L'oppidum celte de Manching (Haute-Bavière) était la capitale de la tribu des Vendéliques. Il fut fondé au et occupé jusqu'en -50 ou -30 av. J.-C.. Il connut son apogée dans la seconde moitié du , occupant une superficie de 380 hectares protégée par un rempart de 7,2 km de longueur, accueillant une population estimée entre et . Il est ainsi l'un des centres urbains les plus importants au nord des Alpes, tant par sa superficie que par sa démographie.

Topographie Cet oppidum occupait une position stratégique au croisement de deux routes commerciales orientées nord-sud et est-ouest. Second avantage : la rivière Paar se jetait autrefois à cet endroit dans le Danube, ce qui offrait donc un atout considérable pour le commerce fluvial longue distance. Un port avait été aménagé au nord-est de l'oppidum dans un bras délaissé du Danube. Manching est le plus important centre commercial et économique de l'époque de La Tène découvert à ce jour au nord des Alpes.

La construction de la cité respecta un plan préétabli. Des axes à angle droit orientés selon les points cardinaux découpaient des parcelles fermées sur des cours. On en est toujours réduit aux conjectures quant à l'interprétation de ce plan en parcelles rectangulaires. Il peut renvoyer à une organisation en fermes autarciques, qui rappellent les exploitations autonomes du premier âge du fer ; cette organisation spatiale typiquement campagnarde n'est pas confirmée par les fouilles les plus récentes. Il paraît aujourd'hui plus probable que ce découpage rectangulaire fasse écho à une spécialisation des secteurs économiques (agriculture, artisanat et culte). Les fouilles de l'« Altenfeld », partie centrale de l'oppidum, confirment cette hypothèse, car on y a exhumé un quartier entièrement consacré à l'artisanat.

On peut assurer l'existence d'un temple au centre du site, dont la construction doit remonter à la fondation de la cité. Ce vieux sanctuaire a été actif entre le et le . Des offrandes constituées d'armes, de harnachements de chevaux et de couverts, un espace pavé, ainsi qu'un grand nombre d'ossements d'enfants et de nouveau-nés trouvés à cet endroit témoignent de la fonction cultuelle du lieu.

Le long du decumanus (axe est-ouest), reliant la porte orientale à une hypothétique porte ouest, se trouvaient de petites huttes, que les fouilles semblent désigner comme des boutiques d'artisans. Une voie identique devait relier la porte sud au nord du bourg.

La densité de la population était variable d'un endroit à l'autre du site. Le noyau (le quartier central) était formé d'une plaine alluviale relativement sèche entre la porte est et la présumée porte ouest. La densité d'occupation diminue à mesure que l'on se rapproche des remparts. On ne voit même aucune trace d'habitation sur une zone extérieure, large de 500 m, raccordée aux remparts. Ces surfaces étaient certainement réservées à la culture et à la pâture.

En ce qui concerne l'habitat, on a retrouvé des maisons à meneaux de plain pied de 40 m² à 100 m² de surface, comportant une ou plusieurs pièces. On a également mis au jour quelques maisons à colombages. Des maisons en longueur, des maisons semi-enterrées, des greniers sur pilotis, des caves à provisions, des ateliers et des puits complètent le tableau. Plusieurs relevés mettent en évidence des mesures calibrées sur le demi-pied gaulois (soit 15,45 cm). L'archéologue Schubert a découvert une baguette portant plusieurs anneaux en bronze régulièrement espacés de cette longueur, et l'a interprétée comme un étalon de mesure.

Un trait remarquable de cette capitale celte est la grande variété de clefs et de serrures qu'on y a retrouvées. Ces gens possédaient de toute évidence des biens qu'il leur importait de protéger : une telle densité d'habitat chez une population rurale devait susciter un sentiment d'insécurité accru. On utilisait des serrures à targette et des clefs à crochet pour les portes de maison et de ville, des serrures à pêne vertical pour les portes plus petites, enfin des serrures à ressort pour fermer les caisses et des coffres.

Alimentation Plusieurs indices montrent que l'on pratiquait l'agriculture à l'intérieur de l'enceinte même. Il devait même y avoir des plantations dans les quartiers d'habitation. L'oppidum, à son apogée, dépendait pourtant certainement de la région alentour pour sa subsistance. L'orge et l'épeautre étaient les cultures dominantes. On trouvait aussi du millet, de l'engrain, de l'avoine, du blé dur et du seigle. On consommait aussi d'autres graines, comme les lentilles, les fèves, le pavot, les noisettes et toutes sortes de fruits.

Le nombre d'ossements d'animaux témoigne d'un élevage intensif ; il est même possible que Manching ait été le siège d'un marché aux bestiaux dont le rayonnement dépassait la région. On vendait surtout des porcs et des bœufs (également utilisés comme animaux de trait), mais aussi des moutons (pour la laine) et des chèvres (pour le lait et le fromage). La volaille ne jouait pratiquement aucun rôle. Les chevaux et les chiens étaient présents dans l'alimentation, mais ne faisaient pas l'objet d'un élevage particulier.

La proximité de ruisseaux et de rivières laisse supposer qu'on pratiquait la pêche, ce qui n'a pu toutefois être prouvé par les vestiges archéologiques que très récemment. On y a retrouvé les traces d'une sauce à base de poisson de recette méditerranéenne (du garum).

Économie thumb|Pièces d'or découvertes à Manching. La ville jouissait d'un artisanat du fer florissant, mais dont les produits répondaient essentiellement aux besoins locaux. Le minerai de fer était extrait dans la vallée du Danube et à Feilenmoos. On produisait entre autres des outils spécialisés, qui témoignent d'une activité artisanale intense. Manching produisait également des perles et des bracelets en verre, où dominait le bleu. La poterie, l'orfèvrerie et le tissage étaient également pratiqués à un niveau avancé.

Les fouilles ont mis au jour de l'ambre de la Baltique et des amphores de vin méditerranéennes, qui témoignent d'un commerce à l'échelle européenne. On a trouvé en outre des articles de vaisselle de luxe (Campana), des objets en bronze et des bijoux.

La ville disposait de sa propre monnaie pour le commerce local, consistant en petites pièces d'argent et en Büschelquinare (pièces d'argent représentant un cheval, dont la crinière, stylisée, rappelle la forme d'un épi, en allemand Büschel), ainsi qu'en monnaies de potin. Pour le commerce à longue distance, on utilisait des pièces en or et même, à partir du , une monnaie en argent. Les pièces d'or de Manching prennent la forme spécifique de petites coupelles tout à fait caractéristiques connues sous le nom de bols d'arc-en-ciel ou Regenbogenschüsselchen. Une fausse monnaie circulait également, remplaçant par exemple l'or par le bronze. Des pesettes (balances de précision pour les monnaies) servaient à les distinguer.

Fortification La première enceinte de l'oppidum, un murus Gallicus, fut érigée vers -150. On ignore au juste pourquoi elle fut construite, mais outre des raisons purement défensives, le prestige associé à un tel ouvrage n'a pas dû jouer un rôle négligeable. Cette fonction de prestige est bien apparente dans la monumentalité de la porte orientale de la ville. Le rempart fut renforcé d'un glacis de 9 m d'épaisseur à l'intérieur. Une seconde enceinte en palissade fut plantée en -104, et une troisième enceinte suivit un schéma similaire.

Avant la fondation de l'oppidum, le ruisseau d'Igelsbach traversait la cité jusqu'à une mare. Il fut détourné le long des remparts dans la Paar, formant ainsi un fossé au sud-ouestD'après la revue allemande Das Archäologische Jahr in Bayern, année 2001. « Neue Befunde zur Entwicklung der Kulturlandschaft im Raum Ingolstadt-Manching während der Bronze- und Eisenzeit », pp.68 et suiv..

La porte orientale, qui est maintenant bien connue, a pu être reconstituée (tout au moins sur la partie sud de l'enceinte) et peut être visitée. C'est une porte en tenailles (dans laquelle on entre par une sorte de couloir à ciel ouvert flanqué de deux murs), dont l'aspect exact ne peut être entièrement déterminé. Elle fut détruite par le feu vers -80 ; les décombres ont été abandonnés sur place, ce qui montre que la rue qui y passait ne servait déjà plusSievers, Manching - die Keltenstadt, pp.109 et suiv. .

Recyclage Les fouilles de l'« Altenfeld » indiquent un usage fréquent de métal de deuxième fonte. On ne sait comment ce besoin de recyclage se fit jour. Mais les vestiges datés de la dernière phase de peuplement, au , semblent montrer que le déclin de la ville était alors déjà engagé et que le recyclage de matières premières y était devenu indispensableD'après la revue Archäologie in Deutschland, cahier n°2/2006. « Duales System am Ende der Eisenzeit » pp. 6 et suiv. .

Inhumation Les fouilles archéologiques ont mis au jour un grand nombre d'ossements, qui ont fait penser lors des premières fouilles que l'oppidum avait connu une fin violente. On soupçonne aujourd'hui plutôt une forme particulière de culte des morts, mais dont les rites ne peuvent être davantage précisés. On a souvent relevé les traces d'un rituel d'inhumation en deux étapes, qui consistait à prélever des parties partiellement décomposées de la dépouille des défunts (de préférence les os longs), pour les conserver (peut-être comme reliques) ou les entasser afin de former un ossuaire. D'une manière générale, le nombre de sépultures trouvées en Allemagne pour la période s'étendant du est très faible en regard du nombre de sites correspondants. Seule une petite partie de la population devait donc être inhumée de cette manière : on peut donc espérer des méthodes actuelles de l'archéologie qu'elles permettent la découverte de nouvelles tombes.

Nécropoles Deux nécropoles peuvent être rattachées au site de l'oppidum : celle de Hundsrucken et celle de Steinbichel, qui furent ouvertes à la fin du et dont les sépultures les plus récentes ont été datées du La nécropole de Hundsrucken (22 tombes) se trouvait au nord-est à l'intérieur du mur d'enceinte (qui lui est postérieur), et dut vraisemblablement être abandonnée par suite de l'extension de la ville. La nécropole de Steinbichel (43 tombes) est sur l'autre rive de la Paar. Les tombes des deux nécropoles n'accueillaient que les classes supérieures de la société, ce que montrent le grand nombre des armes découvertes et le luxe des parures trouvées dans les tombes de femmes.

Trouvailles intéressantes

Parmi les nombreuses découvertes faites lors des fouilles, certaines ont connu une notoriété particulière. Près du port, on a trouvé en 1999 un trésor de monnaies d'or. Il comprenait 483 statères en forme de coquille d'origine boïenne et une pépite d'or de 217 g. Trois anneaux de bronze laissent supposer qu'ils avaient été contenus autrefois dans un coffret en matériau organique. Lors des fouilles des faubourgs nord en 1984, fut découvert un arbre cultuel en or. Il s'agit d'un tronc recouvert d'une feuille d'or plaquée, portant une branche avec des feuilles de lierre en bronze, auquel ont été ajoutés des bourgeons et des glands dorés. Cet arbre cultuel, qui peut être daté du , est interprété comme un surgeon de chêne entouré de lierre. Il était conservé dans un coffret en bois également recouvert d'une feuille d'or. Cet objet de culte qui évoque l’Arbre sacré, devait être employé lors de cérémonies religieuses ou de processions. Une statue de cheval du , interprétée comme un objet cultuel. Contrairement aux autres statuettes de cheval de cette époque, elle n'est pas en bronze, mais constituée de plaques de fer. On n'a malheureusement retrouvé que la tête (sans les oreilles) et des parties des pattes.

La fin de l'oppidum