Le Comité France-Allemagne (CFA) est une association française militant pour un rapprochement franco-allemand à la fin de la République, de 1935 à 1939, à un moment où l'Allemagne est dirigée par les nazis.
Historique Le CFA a été fondé à Paris le . par des notables et des dirigeants de fédérations d'anciens combattants français, notamment Jean Goy pour l'Union nationale des combattants (UNC) et Henri Pichot pour l'Union fédérale des associations françaises d'anciens combattants (UF). Son but officiel étant de Cahiers de l'Union fédérale, 10 décembre 1935Journal des débats, 27 novembre 1935.. Selon son premier président, René Lhopital, qui dit avoir , le CFA entend Le Journal, 27 décembre 1935, "Le commandant L'Hôpital nous parle du comité France-Allemagne qu'il vient d'accepter de présider". réalisés par différents groupements, notamment ceux des anciens combattants, qui ont entamé des discussions avec leurs homologues d'outre-Rhin. Mais aussi avec les autorités nazies. Jean Goy a ainsi rencontré Hitler en .
Le CFA a été fondé dans le contexte de crainte d'une nouvelle guerre que redoutaient et refusaient ses fondateurs, qui croyaient aux protestations de bonne foi d'Hitler et à ses déclarations pacifiques, et dans celui du renforcement du régime hitlérienCahiers de l'Union fédérale, 10 février 1936Le Matin, 7 février 1936.. Surtout, ils se laissent convaincre par les menées et l'entregent d’Otto Abetz, agent d'influence allemand en France. Cet homme de confiance de Joachim von Ribbentrop œuvre au rapprochement franco-allemand, en jouant sur les sentiments pacifistes des Français tout en exaltant l'œuvre d'HitlerCahiers de l'Union fédérale, 20/1/1938, conférence d'Abetz sur la jeunesse allemande, présidée par de Brinon.. L'anticommunisme a aussi pu jouer, puisque les dirigeants de l'UNC souhaitaient dès 1936 la constitution d'un rassemblement anticommunisteCf. par exemple la page Alexis Thomas.. Scapini était aussi anticommuniste.
Le CFA est le pendant de la Deutsch-Französische Gesellschaft (DFG), constituée également en 1935 et animée par des universitaires comme Achim von Arnim et Friedrich Grimm"Bulletin quotidien de presse étrangère", 31/10/1935, Roland Ray, op. cit., : Elle a été fondée le , lors d'une soirée de gala, où a pris la parole l'écrivain Régis de Vibraye. Elle prenait le même nom qu'une organisation semblable née sous la République de Weimar mais qui était internationaliste tandis que la nouvelle DFG était voulue par Ribbentrop et les nazis..
Les buts du CFA ont été affirmés lors d'un banquet le à Paris, en présence de l'ambassadeur d'Allemagne"Cahiers de l'Union fédérale", 10/12/1935.. Une délégation du comité s'est rendue à Berlin au début de 1936 pour rencontrer les dirigeants du Reich, notamment Hitler. Elle comptait son président, René Lhopital, deux vice-présidents (Brinon et Bonvoisin), un vice-président de l'UNC, Charron, et le directeur de l'Union fédérale, PineauLe Vétéran, janvier 1936..
Le CFA n’a été déclaré que le et enregistré au Journal officiel le . Son siège social était installé au 94, boulevard Flandrin, puis, à partir de , 15, rue de Vézelay..
L'activité du CFA consistait à organiser des conférencesLa Voix du combattant, 19/6/1937Journal des débats, 27/6/1937Le Matin, 23/6/1937La Nouvelle revue, juillet-août 1937L'Étudiant français, 25/1/1938Le Matin, 19/6/1938., des voyages en Allemagne, pour ses membres, des anciens combattants, des jeunes, des travailleurs et des intellectuels, à recevoir des délégations allemandesCahiers de l'Union fédérale, 10/2/1936La Voix du combattant, 15.2.1936Cahiers de l'Union fédérale, septembre-octobre 1936Cahiers de l'Union fédérale, 10/12/1936La Voix du combattant, 13/11/1937Cahiers de l'Union fédérale, 10/12/1937Cahiers de l'Union fédérale, 20/3/1937 (AG du comité)Ambassades et consulats, novembre-décembre 1938., à recevoir des dirigeants allemands pour des banquets, ceux du comité olympique allemande en 1935 — sept jours après la fondation du comité : banquet en l'honneur du Reichssportfûher von Tschammer und Osten à l'Hôtel George-V, avec de Brinon et son épouse, Otto Abetz, Achim von Arnim et d'autres Allemands comme le professeur de droit Friedrich Grimm ou Hans Oberlindober, chef des anciens combattants allemands., le ministre Hjalmar Horace Greeley Schacht, venu discuter avec les autorités françaises, ou Baldur von Schirach, en 1937Le Matin, 30/11/1935Le Journal, 30/11/1935La Voix du combattant, 5/6/1937L'Écho d'Alger, 29/5/1937La Voix du combattant, 30/10/1937., à mettre sur pied des congrès en France ou en Allemagne comme celui de Baden-Baden en 1938"Le Journal", 21/6/1938. et à publier les Cahiers franco-allemands, organe appuyé par la presse de l'UNC et de l'Union fédéraleLa Voix du combattant, 22/1/1938La Voix du combattant, 10/9/1938. et qui, sous une apparence anodine et pluraliste, diffusait subtilement une propagande préparant la France au renoncement.
Certains de ses membres étaient en effet prêts à comprendre et à justifier les intérêts allemands, comme Régis de Vibraye, désireux de répandre une information « objective » sur l'Allemagne pour montrer les Cahiers de l'Union fédérale, 20/3/1937 (AG du comité). Cf. aussi les déclarations de Scapini sur la question des anciennes colonies allemandes : Les Annales coloniales, 31/1/1938.. À certaines occasions, des désaccords sont exprimés entre Français et Allemands, comme en 1937 au sujet de la SDN, Henri Pichot de l'Union fédérale s'opposant courtoisement aux thèses du dirigeant des anciens combattants allemands, Hanns Oberlindober, et vantant « l'esprit de Genève »..
L'apogée du comité a lieu en , après la crise qui déboucha sur les accords de Munich : le ministre des affaires étrangères allemand Ribbentrop est venu à Paris signer un accord franco-allemand. L'Union fédérale déclarait : Cahiers de l'Union fédérale, 10/12/1938.. Le comité donne un déjeuner en l'honneur de Ribbentrop, auquel assistent l'épouse du ministre des affaires étrangères Georges Bonnet, Anatole de Monzie, Charles Pomaret, des représentants d'Édouard Daladier, Bonnet et Camille Chautemps, outre Brinon, Bonvoisin et Georges Scapini, ce dernier ayant même été convié parmi les officiels pour recevoir Ribbentrop à son arrivée à Paris à la gare des Invalides, avec Jean de CastellaneCahiers de l'Union fédérale, 10/12/1938L'Echo d'Alger, 8/12/1938L'Echo d'Alger, 7/12/1938Le Matin, 8/12/1938Le Petit Parisien, 8/12/1938Le Temps, 9/12/1938..
Quelques mois plus tard, au lendemain de l'invasion de la Bohême et de la Moravie par les troupes allemandes et peut-être selon les recommandations du ministre des Affaires étrangères BonnetC'est du moins ce qu'il affirme en 1947 : Rapport d'une commission de l'Assemblée nationale ; audition de G. Bonnet, 1947., les dirigeants des associations d'anciens combattants ont poussé le comité directeur à décider la mise en sommeil de l'association et accusé le gouvernement allemand de précipiter l'Europe , sans reconnaître pour autant leur crédulitéCahiers de l'Union fédérale, 25/3/1939La Voix du combattant, 1/4/1939.. Le , le comité directeur a décidé à l'unanimité de cesser son activité. Une courte majorité (132 voix, contre 125 voix pour son maintien) a voté pour sa dissolution lors de sa dernière assemblée générale, le , qui s'est déroulé dans un climat houleuxCahiers de l'Union fédérale, 25/5/1939... Auparavant, en avril, Otto Abetz est venu à Paris pour aviser et a rencontré de Brinon, Henri-Haye, Masson, directeur du Crédit lyonnais, et Melchior de Polignac. En , un vice-président du CFA, le professeur Fourneau, donne encore un déjeuner avec des membres français et allemands du comité..
Dans le contexte de l'affrontement entre Munichois et antimunichois, entre pacifistes et , les communistes, des royalistes d'Action française et quelques hommes de droite antimunichois comme Henri de Kérillis, dénoncent les agissements du CFA et surtout ceux de Fernand de Brinon, appelé par Kerillis, et d'Abetz, d'ailleurs invité à quitter la France en fin .L'Étudiant français, 25/1/1938Regards, 20/10/1938Regards, 6/7/1939Regards, 17/7/1939Ce Soir, 30/12/1938Ce Soir, 23/7/1939Ce Soir, 22/7/1939Ce Soir, 17/7/1939.. Le gouvernement français a obligé la presse à se montrer discrète sur la divulgation de faits de trahisonJournal des débats, 17/7/1939Ce Soir, 19/7/1939., d'où le procès intenté au journaliste communiste Lucien Sampaix, qu'il a gagnéCe Soir, 23/7/1939L'Humanité, 29/7/1939.. Dès la création du CFA et encore plus durant la , les principaux membres du comité, notamment Melchior de Polignac, étaient surveillés par la police judiciaire. Le Droit de vivre, bulletin de la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA), a critiqué le comité mais a reconnu qu'il existait en son sein des comme Scapini ou PichotBulletin de la LICA, avril 1939..
Dirigeants Présidents De 1935 à 1936 : le commandant René Lhopital, ancien officier d'ordonnance du maréchal Ferdinand Foch, commissaire général des Scouts de France et futur résistant De à 1939 : le député de Paris Georges Scapini, président de l'Union des aveugles de guerre et futur durant l'Occupation
Vice-présidents Gustave Bonvoisin, directeur général du comité central des allocations familialesCf. . C'est un familialiste catholique, lié au patronat., le professeur Ernest Fourneau, ancien du comité franco-allemand d'information et de documentationRoland Ray, op. cit., ., et le comte Fernand de Brinon, journaliste politique au quotidien L'Information (jusqu'en ), financé par la banque Lazard. De Brinon est un des principaux initiateurs et animateurs du CFA ; il entretient des rapports suivis aussi bien avec Otto Abetz qu'avec Pierre Laval et Édouard Daladier et c'est un ami de Ribbentrop"Le Journal", 27/11/1935"Bulletin municipal de la ville de Paris", 1.2.1938"Bulletin de l'Académie nationale de médecine", 1949...
Secrétaires généraux Les deux dirigeants des deux plus importantes associations d'anciens combattants : Henri Pichot de l'Union fédérale (Union Fédérale des Associations Françaises d'Anciens Combattants) et Jean Goy de l'Union nationale des combattants (UNC)La Voix du combattant, 19 décembre 1938..
Membres Ont participé aux réunions constitutives Le Journal, 27 décembre 1935, outre ses dirigeants : les germanistes Henri Lichtenberger et Edmond Vermeil, professeurs à la Sorbonne, Paul Morand, Georges Suarez, Bertrand de Jouvenel, le comte Rollon de Chappedelaine, l'Académicien Louis Bertrand, le comte Régis de Vibraye. Certains sont d'anciens membres du Comité franco-allemand d'information et de documentation fondé en 1926, tels Lichtenberger ou le pacifiste Vibraye, qui fut son secrétaireCf. les pages consacrées à Émile Mayrisch et Pierre Viénot, Roland Ray, op. cit., : « Vibraye déclarait en novembre 1933 au Comité franco-allemand : . Vibraye milite contre le nationalisme français (Où mène le nationalisme, 1929) ; c'est une figure du , qui collabore à Jeune République, L'Aube, Notre Temps de Jean Luchaire, à Jeune Europe et à La Revue des vivants, et a adhéré au « Comité Fougère » (Comité d'entente internationale, animé par l'industriel de la soie Étienne Fougère) en 1931, qui prônait alors une entente franco-allemande. Il a fait partie avec Luchaire et Abetz des rencontres franco-allemandes du Sohlberg et de Rethel au début des années 1930 : cf. Bernard Bruneteau, Histoire de l'idée européenne au premier à travers les textes, Armand Colin, 2006, chapitre 9, Geneviève Duchenne, Esquisses d'une Europe nouvelle, Peter Lang, 2008, , Françoise Berger, Les réseaux de l'industrie sidérurgique in Michel Dumoulin (dir.), Economic networks and European integration, Peter Lang, 2004, . Vibraye est à Berlin en octobre 1935 pour le lancement de la société franco-allemande : Bulletin quotidien de presse étrangère, 31/10/1935. Fernand de Brinon a été en relation avec ce comité, sans y adhérer : ..