Le palais des Tuileries est un ancien palais royal et impérial situé à Paris, entre les pavillons de Flore et de Marsan, dans le prolongement du palais du Louvre. Aujourd'hui détruit, sa construction commença en 1564 sous l'impulsion de Catherine de Médicis, à l'emplacement occupé auparavant par l'une des trois fabriques de tuiles établies en 1372 à côté de l'hôpital des Quinze-VingtsL'établissement est transféré à son emplacement actuel, rue de Charenton, en 1779., non loin du vieux Louvre.
Agrandi au fil du temps et réuni avec le palais du Louvre en 1857, il disposait d'une immense façade ( de long pour le palais disparu, et environ si on compte les pavillons de Flore et de Marsan qui existent encore aujourd'hui et qui appartenaient autrefois au palais). Il était le point focal du grand axe historique de Paris (perspective en enfilade de l'avenue des Champs-Élysées, la place de la Concorde et du jardin des Tuileries) conçu à partir de ce palais.
Il a été la résidence royale à Paris de nombreux souverains (, , , , , puis Louis-Philippe) et impériale ( puis ). Entre-temps, il a aussi été le siège de la Première République et du Consulat.
Son rôle de siège officiel du pouvoir français fut interrompu par sa destruction par un incendie volontaire le , allumé par les communards Jules-Henri-Marius Bergeret, Victor Bénot et Étienne Boudin. Les ruines du palais des Tuileries furent abattues en 1883, les présidents de la Troisième République étant alors installés dans le palais de l’Élysée.
Histoire Sous l'Ancien Régime Au , l'emplacement du palais était occupé par des terrains vagues et des fabriques de tuiles. Au , le prévôt de Paris Pierre des Essarts y possédait un logis, dit hôtel des Tuileries, et quarante arpents de terre labourableFélix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, édition de 1844, , .. Le site se situait en dehors de l'enceinte de Charles V, construite de 1356 à 1383 et dont il était séparé par un fossé alimenté par la Seine.
En 1500, , secrétaire aux Finances, y fit bâtir un hôtel. Louise de Savoie, mère de , incommodée dans l'hôtel des Tournelles, place des Vosges, par les eaux stagnantes, vint y habiter. En 1518, le roi acheta l'hôtel pour sa mère, qui en fit don au maître d'hôtel du Dauphin, Jean Liercoun, en 1527.
Premières constructions mourut dans l'hôtel des Tournelles en 1559. Catherine de Médicis, sa veuve, quitta alors cette propriété dont l'ordre de démolition fut donné en 1563 par . La reine acheta alors la maison des Tuileries, plusieurs propriétés voisines, ainsi qu'un grand terrain appartenant à l'hôpital des Quinze-Vingts. Elle les fit raser et demanda aux architectes Philibert Delorme, puis à la mort en 1570 de celui-ci, à Jean Bullant, d'y édifier un palais qui devait s'élever à l'ouest du Louvre. Le projet d'origine était ambitieux : deux grands bâtiments parallèles et perpendiculaires à la Seine, réunis par quatre ailes plus courtes, compartimentant ainsi trois cours intérieures. Mais seul le bâtiment occidental fut finalement construit. Un grand jardin à l'italienne, l'actuel jardin des Tuileries, fut également aménagé entre le château et le glacis de l'enceinte (actuelle place de la Concorde).
Cet édifice comportait un pavillon central surmonté d'un dôme, doté d'un escalier suspendu sur voûte qui fut considéré comme un chef-d'œuvre. Ce pavillon était encadré de deux ailes. L'aile sud se terminait par un pavillon, appelé pavillon de Bullant (construit en 1570) tandis que l'aile nord ne fut pas achevée. En effet, Catherine de Médicis, très superstitieuse, refusa finalement d'habiter aux Tuileries et s'installa à l'hôtel de Soissons, à l'emplacement de l'actuelle Bourse de Commerce, qu'elle fit bâtir en toute hâte, en 1574, près de l'église Saint-Eustache. La légende raconte que son astrologue Ruggieri lui avait prédit qu'elle mourrait « près de Saint-Germain » et le palais se trouvait à proximité de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois.
Sous le règne de , le chantier de construction des Tuileries fut progressivement abandonné. y donna quelques fêtes, mais n'y résida pas ; il s'enfuit cependant de Paris par le jardin des Tuileries, le , lors de la journée des barricades.
Le « Grand Dessein »
vignette|Les Tuileries, le Louvre et la Grande Galerie en 1615. Plan de Merian.
Au début du , décida de relier le Louvre au palais des Tuileries en faisant construire une longue galerie longeant la Seine, galerie dont l'amorce existait depuis quelques années. C'est ce que l'on appela le « Grand Dessein ». La Grande-Galerie ou Galerie du bord de l'eau (qui existe toujours) fut édifiée de 1607 à 1610 par Jacques II Androuet du Cerceau. Au même moment, le palais des Tuileries fut prolongé vers le sud par une aile appelée Petite-Galerie, destinée à raccorder le pavillon de Bullant à la Grande-Galerie : au croisement des deux bâtiments fut construit un pavillon, baptisé pavillon de la Rivière (et rebaptisé pavillon de Flore en 1669). Le palais du Louvre et celui des Tuileries étaient donc désormais reliés entre eux.
Après la mort d', en 1610, le palais connut à nouveau une longue période d'abandon.
thumb|gauche|Restitution de la vue sur le parterre des Tuileries depuis la chambre à coucher de Louis XIV, . Ce fut Louis XIV qui décida de reprendre le chantier. Le palais des Tuileries était en effet dissymétrique : la Petite-Galerie bâtie sous Henri IV n'avait pas de pendant au nord. Entre 1659 et 1666, Louis Le Vau et François d'Orbay construisirent d'abord un pavillon destiné à faire pendant au pavillon de Bullant (et qui fut baptisé « pavillon du Théâtre »), ensuite une galerie destinée à faire pendant à la Petite-Galerie (et qui fut baptisée « galerie des Machines »), enfin un pavillon destiné à faire pendant au pavillon de Flore (et qui fut baptisé « pavillon de Pomone », puis « pavillon de Marsan »D'après G. Lenotre dans Les Tuileries (), le nom provient du long séjour qui fit la comtesse de Marsan, gouvernante des futurs Louis XVI et Louis XVIII.). Le peintre Charles Le Brun dirigea en 1666-1667 différents chantiers au palais des Tuileries avec une importante équipe de peintres, dont faisait partie Charles de la Fosse.
Le palais était donc désormais symétrique et complet du nord et sud. Cependant, plusieurs décennies s'étaient écoulées entre la construction des bâtiments situés au sud du pavillon central et celle de ceux situés au nord. L'édifice souffrait donc d'une grande hétérogénéité sur le plan architectural. Le roi ordonna qu'il soit donc largement modifié par Le Vau. Le pavillon central (baptisé « pavillon de l'Horloge ») fut entièrement reconstruit dans le style classique : plus large, plus élevé, il fut recouvert d'un dôme volumineux ; les ailes qui le flanquaient, ainsi que la Petite-Galerie, furent également reconstruites.
vignette|Palais et jardin des Tuileries, à la fin du .
À la fin du , le palais des Tuileries présentait donc l'aspect qu'il allait définitivement conserver pendant deux siècles, long de , depuis le pavillon de Marsan au nord jusqu'au pavillon de Flore au sud. À l'ouest du palais s'étendait le jardin des Tuileries, jusqu'à la future place Louis XV (actuelle place de la Concorde) ; à l'est se trouvait une vaste cour, appelée cour du Carrousel, elle-même prolongée par une place (la place du Carrousel), puis par un quartier de vieilles maisons (situé à l'emplacement de l'actuelle pyramide en verre), et enfin par la cour Carrée du Louvre.
Durant l'Ancien Régime, les principaux habitants des Tuileries furent la duchesse de Montpensier, dite Grande Mademoiselle (de 1638 à 1652), (de 1664 à 1667) et (de 1715 à 1722)Louis XV y réside du 30 décembre 1715 au 15 juin 1722, avant de s'installer à Versailles, le roi n'y effectuant que de courts séjours en 1744 et 1745. Cf. .. Un lit de justice se tint aux Tuileries le . Le palais fut ensuite déserté et occupé par des courtisans ou des artistes auxquels le Roi octroyait des logements de faveur, ainsi que par des artistes, des retraités et des personnes de toute condition.
Chassé du Palais-Royal par un incendie le , l'Opéra s'installa aux Tuileries, dans une salle de spectacles qui avait été aménagée par Louis XIV dans la galerie des Machines dite « salle des Machines » (ou « théâtre des Tuileries ») ; il y demeura jusqu'en 1770, date à laquelle il fut remplacé par la Comédie-Française, qui y demeura jusqu'en 1782, puis par la troupe du « théâtre de Monsieur ». La première du Barbier de Séville, de Beaumarchais, y eut lieu le .
Sous la Révolution et le Consulat vignette|La prise des Tuileries le 10 août 1792.
Au cours des journées révolutionnaires d'octobre 1789, , Marie-Antoinette et leurs enfants s'installèrent dans le palais le après avoir été ramenés du château de Versailles par les émeutiers. Les Tuileries entraient dans la grande histoire : pendant 80 ans, le palais allait être la principale résidence des rois et des empereurs, ainsi que le théâtre d'événements politiques majeurs.
La distribution intérieure du château était la suivante : On pénétrait dans le palais du côté de la cour du Carrousel, par le vestibule du pavillon de l'Horloge. À droite se trouvait l'escalier qui s'arrêtait à un premier palier menant à la chapelle et continuait après un demi-tour jusqu'à la salle des Cent-Suisses (futur salon des Maréchaux) ; Au sud de cette salle, et jusqu'au pavillon de Flore, se trouvaient en enfilade, donnant sur la cour, l'antichambre du Roi, la chambre de Parade, le grand cabinet du Roi et la galerie de Diane. Du côté du jardin se trouvaient l'appartement de la Reine puis l'appartement d'hiver du Roi, occupé par à son arrivée aux Tuileries.
Pendant la Révolution, l'ancien appartement de la Reine fut occupé par Marie-Thérèse de France et son frère, le dauphin Louis. Marie-Antoinette s'installa au rez-de-chaussée, côté jardin, tandis que Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, occupait le premier étage du pavillon de Flore. Des meubles furent rapportés de Versailles, des cloisons furent ajoutées ou abattues pour aménager les appartements de la famille royale qui vécut dans une intimité renforcée et dans l'angoisse.
La famille royale résida pendant trois ans dans le palais. Le , elle tenta de s'enfuir, mais, arrêtée à Varennes, fut contrainte de regagner les Tuileries.
vignette|Le Premier consul ordonne à Leconte la réfection et l'aménagement des Tuileries (ci-dessus, en 1802).
Puis, le , à 7 heures du matin, elle fut contrainte de quitter le palais, assiégé par les émeutiers, pour aller se réfugier dans la salle du Manège, qui abritait alors l'Assemblée législative et qui se trouvait le long du jardin (à l'emplacement de l'actuel carrefour entre les rues de Rivoli et de Castiglione). La garnison de gardes suisses resta en place autour du palais désormais vide. Celui-ci fut envahi et pillé, et près de 600 gardes moururent soit pendant le combat, soit ensuite massacrés par la foule. Une centaine d'entre eux parvint toutefois à s’échapper grâce à une partie de la population parisienne. Le , la guillotine fut dressée sur la place du Carrousel, à l'est du palais.