Le Grand Prix automobile de Monaco 1995 (Grand Prix de Monaco), disputé sur le Circuit de Monaco, à Monte-Carlo, à Monaco le , est la quarante-deuxième édition du Grand Prix, le Grand Prix de Formule 1 couru dans le cadre du championnat du monde depuis 1950 et la cinquième manche du championnat 1995.
La course, de , est remportée par Michael Schumacher (Benetton-Renault), parti deuxième. Damon Hill, sur Williams-Renault, termine deuxième après s'être élancé de la pole position et Gerhard Berger (Ferrari) se classe troisième ; suivent dans les points, Johnny Herbert (Benetton-Renault), Mark Blundell (McLaren-Mercedes) et Heinz-Harald Frentzen (Sauber-Ford). Seuls dix pilotes sur vingt-six engagés franchissent la ligne d'arrivée.
La course est marquée par un carambolage au départ, dans le premier virage. Mis à part les pilotes Simtek, tous participent au redémarrage de l'épreuve, avec leur monoplace ou celle de rechange. Bien que plus rapide d'une seconde au tour lors des qualifications, Damon Hill ne parvient pas à semer Michael Schumacher en course alors qu'il est plus chargé en carburant en raison d'une stratégie à un seul arrêt. L'Allemand prend la tête, au vingt-quatrième tour, lorsque son rival observe son premier ravitaillement et ne la cède qu'un tour durant à Jean Alesi, au trente-sixième passage, pour effectuer son unique arrêt.
La victoire de Michael Schumacher, la troisième en cinq manches, lui permet de disposer de cinq points d'avance sur Damon Hill au classement du championnat du monde. Benetton, avec trente-six unités, prend la tête du championnat du monde des constructeurs, en dépassant Williams et Ferrari, qui détiennent respectivement trente-deux et trente-et-un points. Il s'agit du dernier engagement de l'écurie britannique Simtek en Formule 1, celle-ci étant mise en faillite peu de temps après.
Contexte avant le Grand Prix Situation du championnat du monde Organisation du Grand Prix vignette|alt=Photo satellite du circuit de Monaco.|Vue satellite de Monaco et de son circuit urbain (en 2018). À la demande des pilotes, les organisateurs du Grand Prix de Monaco renforcent la sécurité du circuit pour cette édition. Ainsi, trois étages de rail de sécurité, contre deux auparavant, sont installés sur toute la longueur du tracé tandis que les réservoirs d'eau en plastique sont remplacés par des murs de pneumatiques dans les virages les plus dangereux.
Classements avant l'épreuve À l'approche du Grand Prix de Monaco, le pilote Benetton Michael Schumacher, vainqueur de deux des quatre Grands Prix disputés jusqu'alors, mène le championnat avec , en devançant d'un point le pilote Williams Damon Hill, qui a également remporté deux épreuves. Les pilotes de la Scuderia Ferrari, Jean Alesi et Gerhard Berger, sont troisième et quatrième, avec 14 et . David Coulthard et Johnny Herbert, les seconds pilotes de Williams et Benetton, sont cinquième et sixième, avec chacun.
Chez les constructeurs, à l'issue du Grand Prix d'Espagne, Ferrari occupe la première place avec , suivie par Williams et Benetton avec 26 et . Ces écuries distancent nettement McLaren, quatrième avec six points, Sauber, cinquième avec trois points, Jordan, sixième avec deux points, et Ligier, septième avec un point.
Indonésie, Chine, Malaisie, États-Unis : les nouveaux candidats à l'accueil de la Formule 1 La période précédant le Grand Prix de Monaco est l'occasion de spéculations quant à de futures destinations pour le championnat du monde de Formule 1. Alors que l'Indonésie et la Chine ambitionnent d'organiser une épreuve à Sentul et à Zhuhai, la Malaisie entame la construction d'un circuit international, sur l'île de Langkawi. En raison des périodes de mousson dans cette région du monde, seule la période de mars à mai est envisageable pour la tenue de Grands Prix dans le cadre d'une éventuelle tournée asiatique, dans laquelle serait intégrée le Grand Prix du Japon..
Aux États-Unis, trois projets sont à l'œuvre pour accueillir la Formule 1, dont le dernier passage remonte à 1991. Le premier a pour cadre l'arrondissement de Staten Island, à New York, et présente une physionomie comparable au circuit de Monaco. Il s'agit d'un projet de circuit surplombant la statue de la Liberté et le port de New York, où les spectateurs VIP assisteraient à l'épreuve depuis des yachts, avec les gratte-ciel de Manhattan en toile de fond. Le deuxième projet de circuit se situe à Brandy Station, en Virginie, il est cependant entravé par des difficultés administratives. Enfin, un circuit comprenant un tracé routier et un ovale, à Homestead, en Floride, est en voie d'achèvement. Néanmoins, aucun de ces trois projets ne convainc réellement Bernie Ecclestone, le détenteur des droits commerciaux de la discipline, pour l'organisation d'une épreuve de Formule 1..
Les critiques de Marlboro sur la Formule 1 À l'occasion du dîner annuel organisé pour la presse par le cigarettier Marlboro, Walter Thoma, le président de la branche européenne de Philip Morris, déclare que la réputation et la popularité de la Formule 1 ont été écornées à la suite des accusations de tricherie portées à l'encontre de Michael Schumacher et Benetton Formula en 1994, puis des accusations de carburant non homologué visant Elf, le fournisseur de Benetton et Williams, lors du Grand Prix du Brésil 1995. Il estime que le public est troublé par ces affaires et pourrait considérer que la Formule 1 s'éloigne des valeurs sportives. Il appelle ainsi à mettre fin à un où les résultats sont décidés devant la cour d'appel de la Fédération internationale de l'automobile, afin de revenir vers un sport de haut niveau qui retrouverait la confiance du public et sa crédibilité. Sans cela, Walter Thoma précise que les principaux commanditaires impliqués en Formule 1, dont Marlboro, qui soutient financièrement près de la moitié des écuries du plateau, pourraient quitter la discipline..
Situation des pilotes Nigel Mansell remplacé par Mark Blundell chez McLaren vignette|gauche|alt=Photo de profil d'un homme en combinaison de course.|Mark Blundell (ici en 2013) remplace Nigel Mansell chez McLaren. Le principal centre d'intérêt des observateurs est le départ de Nigel Mansell de l'écurie McLaren. Le Britannique, qui avait fait son retour en Formule 1 chez Williams pour les dernières manches de la saison 1994, n'a pas obtenu une place de titulaire pour 1995, Williams lui préférant David Coulthard ; Mansell rejoint alors McLaren. Lorsqu'il teste pour la première fois le châssis MP4/10, il s'avère que la monoplace est peu maniable et surtout que son cockpit est trop étroit pour l'accueillir. Mansell est ainsi remplacé, pour les deux premières courses, par le pilote-essayeur Mark Blundell, le temps que l'écurie fabrique une monocoque plus adaptée..
Nigel Mansell prend part aux Grands Prix de Saint-Marin et d'Espagne au volant de la MP4/10B, adaptée à ses mensurations, mais le champion du monde 1992 est dominé par son équipier Mika Häkkinen. Surtout, il abandonne volontairement en Espagne, jugeant sa monoplace et la qualifiant de . Norbert Haug, le directeur de la compétition de Mercedes-Benz, le motoriste de McLaren, dénonce le salaire trop élevé de Mansell et juge inacceptable son rythme en course. Finalement, le mardi précédant le Grand Prix de Monaco, Nigel Mansell et Ron Dennis, le patron de l'écurie, conviennent d'une rupture de contrat à l'amiable : Cette séparation, pour laquelle Mansell aurait négocié deux millions de dollars, met un terme à sa carrière en Formule 1. La veille de la course, Ron Dennis fustige les ambitions de son ancien pilote qui exigeait de remporter des courses dès le début de saison, voire le championnat, alors que Dennis espérait de la cohésion d'équipe pour compenser une monoplace peu compétitive. En outre, il considère que Mansell ne se donnait pas à 100 % de ses capacités...
Mark Blundell reprend donc le poste qui était le sien en début de saison, jusqu'au Grand Prix du Canada, où il pourrait signer un contrat jusqu'à la fin de l'année. En outre, l'ombre de Mansell plane encore chez McLaren à Monaco Sa présence était toujours forte à Monaco, puisque les affiches publicitaires pour la course en Principauté sont à son effigie.
Le novice Jean-Christophe Boullion remplace Karl Wendlinger chez Sauber vignette|alt=Portrait d'un homme portant une combinaison de course blanche.|Le Français Jean-Christophe Boullion (ici en 2007) fait ses débuts en Formule 1 avec Sauber à Monaco. Gravement blessé à la tête lors du Grand Prix de Monaco 1994, Karl Wendlinger a suivi sa convalescence jusqu'au début de la saison 1995. De retour chez Sauber, l'Autrichien, pourtant considéré comme un espoir de la Formule 1, n'a pas retrouvé son niveau d'avant son accident, par manque de confiance, et est dominé de plusieurs secondes par tour par son équipier Heinz-Harald Frentzen lors des quatre premières manches du championnat.
La semaine précédant le Grand Prix de Monaco, Sauber, sous la pression de son motoriste Ford, annonce que Karl Wendlinger est rétrogradé au rang de pilote d'essais. Il n'est pas limogé en raison de sa présence chez Sauber depuis 1991 en endurance puis 1993 en Formule 1, et de ses liens étroits avec Red Bull, le commanditaire principal et actionnaire majoritaire de l'écurie suisse....
Le Français Jean-Christophe Boullion, champion international 1994 de Formule 3000 et pilote-essayeur chez Williams, est prêté par l'écurie britannique pour remplacer Wendlinger chez Sauber jusqu'à la fin de saison. Boullion, surnommé Jules par ses amis et les médias, fait ainsi ses débuts en Formule 1. Il est préféré à d'anciens pilotes comme Pedro Lamy, Jyrki Järvilehto, Andrea De Cesaris, Alessandro Zanardi et Riccardo Patrese mais aussi à d'autres jeunes essayeurs, comme Emmanuel Collard (Benetton) et Franck Lagorce (Ligier). La titularisation de Boullion doit aussi permettre à Williams d'évaluer les performances de son nouvel équipier, Heinz-Harald Frentzen : l'Allemand, perçu comme une étoile montante de la discipline, ne s'est jamais mesuré à un pilote ayant officié dans une écurie de pointe et pourrait intéresser l'écurie britannique à long terme...
Premières rumeurs du marché des transferts L'épreuve monégasque est marquée par les premières rumeurs du marché des transferts pour la saison 1996. Celui-ci est dicté par l'avenir de Michael Schumacher, le contrat le liant à Benetton Formula expirant en fin d'année. Celui-ci pourrait être prolongé avec l'écurie britannique mais le salaire du pilote allemand représente la moitié de son budget et son directeur, Flavio Briatore, n'a pas les moyens de satisfaire une probable demande d'augmentation du salaire de son pilote. La piste la plus probable serait un départ de Schumacher vers la Scuderia Ferrari qui apprécie ses talents de pilote et sa capacité à motiver les troupes. Niki Lauda a entamé, dès le début du mois de mai des négociations avec Willi Weber, son agent. Schumacher est également convoité par McLaren et par Williams mais cette dernière ne serait pas prête à le recruter à n'importe quel prix...
Gerhard Berger, en fin de contrat avec Ferrari, espère prolonger avec l'écurie italienne, mais déclare avoir obtenu deux autres offres de la part d'équipes rivales, dont McLaren où il a déjà officié entre 1990 et 1992. En outre, McLaren ambitionne de recruter David Coulthard ou Heinz-Harald Frentzen, lui-même convoité par Williams.
Situation des écuries Essais privés vignette|alt=Plan d'un circuit automobile.|Le circuit de Croix-en-Ternois, près d'Arras, est régulièrement utilisé par les écuries de Formule 1 pour préparer le Grand Prix de Monaco.