Georges Bonnet, né Étienne Georges Bonnet le à Bassillac (Dordogne) et mort le à Paris, est un homme politique français, député radical-socialiste de la Dordogne de 1924 à 1940 et de 1956 à 1968 et plusieurs fois ministre entre 1925 et 1940.
Il occupe le poste de ministre des Affaires étrangères lorsqu'éclate la Seconde Guerre mondiale, au sein du gouvernement dirigé par Édouard Daladier.
Biographie
Jeunesse et études Fils de Gaston Bonnet, magistrat, président de chambre à la cour d'appel de Riom, et de Berthe Catherine Texier, Étienne Georges Bonnet naît en Dordogne, à BassillacGuy Penaud, Dictionnaire biographique du Périgord, Éditions Fanlac, 1999, , ., le Archives départementales de la Dordogne, registre des naissances de 1889 à Bassillac, : acte de naissance , avec mention marginale de décès..
Il suit ses études secondaires au lycée Henri-IV à Paris et obtient le baccalauréat. Il aborde son cursus universitaire par la philosophie à l'université de Paris, et obtient une licence de philosophie le . Il décide de poursuivre également des études de droit et obtient les certificats qui lui permettent de prétendre au grade de licencié de droit le .
Il continue ses études de philosophie et obtient un DES de philosophie, soutenu le , intitulé La Philosophie du droit chez Savigny.
Sa formation subit une interruption de deux ans lorsqu'il effectue son service militaire d' à au régiment de dragons.
En 1912, il s'inscrit pour l'année universitaire à l'École libre des sciences politiques, où il prépare les grands concours administratifs. Il aurait été exempté des épreuves d'entrée.
Débuts professionnels De retour à Paris, Georges Bonnet s'inscrit au barreau et prête serment le . Il se présente en au concours du Conseil d’État, auquel il est reçu au troisième rang.
En 1914, la mobilisation générale décrétée par le gouvernement l'affecte au de dragons de Compiègne ; dès le , il rejoint le front où il prend part à la bataille de Charleroi ; il est cité à l'ordre de la division pour sa bravoure. Il se trouve sur la Marne puis dans l'Aisne au d'artillerie en 1915. Son frère André, brillant juriste, est tué lors d'une reconnaissance pendant la bataille des Flandres. L'aîné Charles, lieutenant d'infanterie, est blessé puis interné en Suisse. Georges, leur cadet, subit un traumatisme profond. Il est, de surcroît, avocat commis d'office pour assister en 1915, lors du conseil de guerre, le jeune soldat allemand Pollert retrouvé blessé devant les lignes françaises. Son échec à convaincre les juges le conforte dans une aversion pour la guerre commune à beaucoup de ceux de la génération du feu. Après avoir rejoint le d'artillerie, il est détaché d'office de son corps en 1916 pour réintégrer le conseil d'État. Il se fait connaître du grand public en publiant L'Âme du soldat, auquel Jean Norton Cru attribue, dans son livre Témoins, une valeur de témoignage qualifiée d'excellenteCf. Témoins, éd. Les Etincelles, 1929 (pp. 542-547 et 923-924 de la réédition abrégée, Agone, Marseille, 2022).. Sa correspondance révèle ses liens étroits avec André François-Poncet et Robert de Jouvenel, son camarade de régiment, dont les convictions pacifistes s'affirment au moins depuis 1916.
La cessation des hostilités permet à Georges Bonnet, auditeur au conseil d'État, de gagner en notoriété, d'abord comme secrétaire de la délégation française lors de la conférence de la Paix qui se tient à Versailles de janvier à , puis comme chef de cabinet du sous-secrétaire d'État Louis Deschamps, organisateur de la démobilisation. En parallèle, il publie son ouvrage le plus célèbre, Lettre à un bourgeois de 1914., dans lequel il se prononce pour de profondes réformes sociales et culturelles. On peut établir un étroit parallèle avec l'ouvrage polémique de Robert de Jouvenel, La République des camarades.
Entrée en politique Georges Bonnet entre en politique lors des élections législatives de novembre 1919 où il intègre la liste dite de « concentration » d'inspiration radicale, menée par Félix Gadaud et dont fait partie, entre autres, Yvon Delbos, radical-socialiste. Celui-ci est le seul élu contre cinq pour le Bloc national. L'échec de Bonnet s'explique essentiellement par son manque d'ancrage local et sa critique du traité de Versailles, qu'il estime trop dur pour le vaincu.
Il appartient déjà par son père, secrétaire d'Eugène Pelletan, aux cercles éminents de la Troisième République. En épousant en 1920 Odette Pelletan, fille d'André Pelletan et petite-fille d'Eugène, il entre de plain-pied dans le monde de l'« aristocratie républicaine »Paul Baquiast, une dynastie de la bourgeoisie républicaine: les ; L'Harmattan, 1996. Il s'inspire de Léon Bourgeois, concepteur de la Société des Nations, qu'il rencontre régulièrement, ainsi que de Gabriel Hanotaux, diplomate conciliateur qui est son mentor et avec lequel il signe un Guide des champs de bataille.
Louis Deschamps lui confie la direction de la délégation française à la conférence du Congrès postal à Madrid () ; Bonnet livre alors ses conceptions monétaires, auxquelles il demeurera fidèle : le retour à des parités fixes à partir de l'étalon-or., ce qu'il résume dans une brochure. Plus élaboré sera l'ouvrage Les Finances de la France, écrit en collaboration avec Roger Auboin et publié en 1921. Il participe ensuite à la conférence des Communications de Barcelone (), présidée par Hanotaux. Il s'investit dans le mouvement pacifiste internationaliste qui se destine à promouvoir la concorde entre les peuples : au sein d'abord du Groupement universitaire pour la société des Nations, puis du comité d'action pour la SDN.
La carrière politique de Bonnet débute en 1922 par un premier succès comme conseiller d'arrondissement de Champagnac de Bélair en Dordogne avec le soutien actif du responsable radical Léon Sireyjol, patron du journal Le Nontronnais. C'est le point de départ d'un parcours politique d'un demi-siècle, sous quatre régimes politiques différents, de la Troisième à la Cinquième République en passant par la Quatrième et le régime de Vichy. Bonnet conforte son ancrage local lors des élections cantonales de 1925, en devenant conseiller général de Champagnac de Bélair, poste qu'il conserve jusqu'à la guerre de 1940. Il est élu sous l'étiquette de républicain radical et rejoint Yvon Delbos à l'assemblée départementale.
Les législatives du constituent un tournant décisif. La liste du Cartel des gauches, avec Félix Gadaud, Yvon Delbos, Bonnet, Faugère et Bibié, fait passer 5 candidats sur 6 au scrutin de liste départemental.
Carrière ministérielle (1925-1940) Après son succès électoral, Georges Bonnet entre au Parti radical sur les conseils d'Édouard Herriot, dirigeant de cette formation charnière ; c'est un pragmatique qui a épousé les terres radicales plutôt que les conceptions doctrinales. Membre de la délégation française à la Société des Nations qui siège à Genève, il est partisan et de la sécurité collective et du rapprochement franco-allemand. Il soutient l'action de l'expert Charles Rist pour la reconstruction financière de l'Autriche, puis accompagne la proposition d'Henri Bergson et de Julien Luchaire de fonder à Paris l'Institut international de coopération intellectuelle, ancêtre de l'Unesco. Il soutient les initiatives d'Aristide Briand pour l'entrée de la république de Weimar dans le concert des nations et son admission à la SDN.
Bonnet occupe divers postes ministériels entre 1925 et 1940. Il est nommé au sous-secrétariat d'État à la présidence du Conseil (avril-) dans le second gouvernement Paul Painlevé. La fonction de ce département est d'assurer la coordination interministérielle, une innovation qui deviendra permanente. Dans la veine Des Finances de la France, où il livrait en 1921 des conceptions monétaires orthodoxes, il fait paraître en 1926 Comment avoir un franc stable. Il est le premier titulaire d'un ministère du Budget détaché du ministère des Finances dans le troisième gouvernement Painlevé, du au .. Cette nouvelle structure gouvernementale assure la promotion de son titulaire, dont le projet-phare de caisse d'amortissement de la dette ne sera cependant pas mené à terme.
Impliqué dans l'échec du Cartel des Gauches (1924-1925), Bonnet connaît une période creuse de plus de trois années (1926-1929). Il est battu à Nontron aux élections législatives du 22 avril 1928. Il doit son retour au Palais-Bourbon à une élection partielle remportée aisément dans la circonscription de Périgueux le , en profitant du soutien du maire Félix Gadaud. Mais ce sont véritablement les législatives du qui marquent son retour au premier plan de la vie politique nationale. Élu au tour, il bénéficie de la poussée générale au centre-gauche autour du Parti radical.
Le président du Conseil Herriot le choisit pour intégrer la délégation française à la conférence de Lausanne sur les réparations allemandes (1932). Une autre fonction importante, la présidence de la conférence de Stresa () sur la reconstruction économique de l'Europe orientale, lui revient également.
Le gouvernement Paul-Boncour attribue à Bonnet le portefeuille des Travaux publics (-). L'année 1933 est marquée en France par les effets de la Grande Dépression venue des États-Unis. Bonnet est appelé au ministère des Finances sous trois gouvernements successifs : le cabinet Édouard Daladier, en janvier, puis Albert Sarraut en octobre et Émile Chautemps en novembre. Pendant la conférence économique mondiale de Londres (juin-), devant la rupture unilatérale provoquée par la délégation américaine, le ministre Bonnet fait prévaloir la formation du bloc-or regroupant les pays européens continentaux (Belgique, Italie, Pays-Bas, Pologne, Suisse et France). Sur le plan intérieur, les prix du blé sont désormais garantis par l'État ; le gouvernement cherche à maîtriser les dépenses publiques dans une perspective déflationnisteCheik Lo, Georges Bonnet et les relations économiques internationales de la France au début des années 30: (1930-1933), thèse de doctorat, université Paris-X-Nanterre, 1986.. Le passage de Bonnet à la rue de Rivoli en 1933 lui confère un rôle prépondérant au sein du Parti radical, où il incarne désormais la tendance modéréeLachaise Bernard et Puyaubert Jacques, « Deux radicaux de Dordogne face au Front populaire », Institut aquitain d'études sociales, , automne 2006, . Il soutient la super-déflation du président du conseil Pierre Laval en 1934-35. Il approuve aussi la main tendue par Laval à Mussolini au nom de la paix. Herriot et Bonnet sont les deux seuls radicaux présents dans le cabinet Laval de , dans lequel Bonnet est ministre du CommerceJacques Puyaubert, "Un radical au cœur de la vie politique du Périgord : Georges Bonnet, partie: Servir une ambition (1919-1939)", Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, tome CXL année 2013, livraison.. C'est à ce titre qu'il négocie un accord de libre échange avec Cordell Hull ; les pourparlers aboutissent à la signature conjointe de l'accord le , pendant le cabinet Sarraut dans lequel Bonnet a conservé son portefeuille.
Désormais, la vie politique et syndicale tourne autour du Rassemblement populaire, réponse aux émeutes parisiennes du 6 février 1934. Georges Bonnet se tient à l'écart, voire à l'opposé du Front populaire qui se forme autour d'une coalition électorale. Ainsi, lors des législatives d'avril-, il fait campagne sur son nom, se consacrant strictement aux questions locales. Il est réélu aisément dès le premier tour de scrutin du , seul dans ce cas en Dordogne, alors qu'Yvon Delbos qui défend le Front populaire devra attendre le second tour. Logiquement écarté lors de la formation du gouvernement Blum, il reste sur la réserve.