La Confédération des VIII cantons est le nom de l'une des étapes de formation de l'ancienne Confédération suisse, soit de 1332 au , après la Confédération des III cantons et avant la confédération des XIII cantons (avec l’entrée dans la confédération de Soleure et de Fribourg).

À partir de la signature du pacte de Brunnen entre les trois cantons d'Uri, Schwyz et Unterwald qui forment la confédération des III cantons, un véritable réseau d'alliances défensives va naître en l'espace de quarante ans, tout d'abord avec Lucerne en 1332 et Zurich en 1351. La ville de Zoug puis la vallée de Glaris concluent à leur tour une alliance en 1352, bien que . Toutefois, quelques semaines après avoir signé ces accords, les confédérés doivent rendre ces deux territoires aux Habsbourg et ne les récupèrent finalement qu'en 1365 pour Zoug et 1388 pour Glaris. En 1353, c'est au tour de Berne de signer une alliance qui a également pour but d'empêcher toute revendication obwaldienne sur l'Oberland bernois, arrière-pays rural et sujet de la ville.

Une nouvelle charte, appelée la « Charte des prêtres », est signée entre les communautés en 1370. Ce texte, qui mentionne pour la première fois le terme de confédérés, définit l'égalité de tous les habitants devant la loi.

La région va ensuite connaître plusieurs conflits : de l'invasion en 1375 des « Guglers » anciens mercenaires de la guerre de Cent Ans qui pillent le nord-ouest du pays à l'assaut du comte de Kybourg contre la ville de Soleure en 1382, la ville de Berne est principalement touchée et peut compter sur l'appui de ses alliés. Le à Sempach, puis le à Näfels, les Suisses et les Autrichiens s'affrontent à nouveau dans deux batailles qui voient toutes deux une nette victoire confédérée et forcent les Habsbourg à reconnaître l'indépendance des différentes communautés formant la Suisse de l'époque.

Ayant réglé leurs différends avec les Habsbourg, les cantons suisses tentent, pendant l'ensemble du , de s'agrandir par tous les moyens : financiers en achetant certains territoires ou en en récupérant d'autres grevés d'hypothèques, militaires en envahissant ou annexant des terres à leurs frontières ou encore diplomatiques en aidant et conseillant les protagonistes de la guerre d'Appenzell. Ces manœuvres s'accompagnent de tensions internes, en particulier entre Schwyz et Zurich sur la question de la propriété du Toggenbourg qui débouchent en 1444 sur une guerre civile appelée l'ancienne guerre de Zurich qui verra la mise au ban de la Confédération de Zurich pour quelques années.

En 1475, Berne, Fribourg et Soleure envahissent le pays de Vaud, alors territoire de Jacques de Savoie, allié de Charles le Téméraire, ce qui déclenche les guerres de Bourgogne. En attendant le renfort des troupes bourguignonnes, la contre-attaque savoyarde est menée par Humbert de Cerjat, seigneur de Combremont, de Denezy et de la Molière, gouverneur militaire du Pays de Vaud. Malgré leur repli initial, les Suisses l'emportent contre Charles le Téméraire successivement lors des batailles de Grandson, Morat, puis Nancy où le duc trouve la mort. Ces victoires vont faire la réputation des soldats suisses et permettre la signature de traités confirmant l'indépendance de la Confédération.

Situation politique thumb|right|Le pacte fédéral de 1291. À la suite de la nouvelle possibilité, dès la première moitié du , de traverser les Alpes par le col du Saint-Gothard, la vallée d'Uri cesse d'être un cul-de-sac pour devenir l'un des points de passage obligés du massif, et elle prend ainsi une importance politique qui lui permet d'obtenir de l'empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric II, l'immédiateté impériale en 1231 au détriment de la famille de Habsbourg, propriétaire de la vallée ainsi que des deux vallées voisines de Schwytz (qui la recevra en 1240) et d'Unterwald (qui l’aura, en dernier, au )..

Après plusieurs années de conflit larvé et à la suite de l'annonce de la mort de l'empereur Rodolphe de Habsbourg, les trois vallées renouvellent, en 1291, un pacte d'alliance éternelle les unissant pour s'aider mutuellement contre toute intervention militaire extérieureVoir le Pacte fédéral suisse sur Wikisource. et refusant comme bailli toute personne étrangère et qui n'aurait pas été choisie localement ; cette dernière mesure en particulier est rejetée par les Habsbourg qui mettent dans le même temps en place sur l'ensemble de leurs terres une forme de gouvernement centralisé où le bailli représente directement le pouvoir au niveau local..

Quelques années plus tard, à la suite d'une expédition des schwytzois contre le couvent d'Einsiedeln, le duc Léopold d'Autriche, dirigeant de la maison Habsbourg et fortement opposé à la politique séparatiste des trois communautés, réunit des troupes pour punir les Confédérés. Ceux-ci vont cependant prendre par surprise l'armée du duc et la défaire lors de la bataille de Morgarten en 1315.. Quelques semaines après cette victoire, les représentants des trois vallées se réunissent pour signer un nouveau pacte, appelé pacte de Brunnen du nom du lieu où il est adopté, qui, rédigé, pour la première fois, en allemand, mentionne l'expression d', traduite par la suite en français par confédérés..

L'admission de cinq nouveaux cantons

Après la victoire confédérée lors de la bataille de Morgarten, les équilibres régionaux sont bouleversés : de grandes villes, jusqu'alors simples alliées, envisagent sérieusement de rejoindre les Waldstätten dans le but de s'affranchir de la domination des grandes familles. D'autres villes, plus lointaines, vont initier un rapprochement avec eux tout comme certaines régions rurales en lutte et contre la domination seigneuriale et contre celle des villes d'importance régionale ayant acquis l'immédiateté impériale..

Lucerne thumb|left|Le de Lucerne. Fondée au début du non loin d'un couvent, la ville de Lucerne, située au bord du lac des Quatre Cantons à l'embouchure de la Reuss, est alors la seule ville tenant le débouché nord du Saint-Gothard.. Plaque tournante du commerce local, elle est achetée en 1291 par l'empereur Rodolphe du Saint-Empire, , qui y déplace le péage de Châlon-Arlay, précédemment situé à Jougne quelques jours seulement avant sa mort..

En raison de leurs déboires avec les confédérés, les Habsbourg tentent de renforcer leur emprise dans la région jusqu'à imposer, en 1308, un blocus économique sur les trois vallées rebelles et une transformation de la ville de Lucerne en une plateforme militaire d'où des expéditions sont lancées contre les villages insoumis ; les troupes lucernoises sont mobilisées et participent à la bataille de Morgarten du côté autrichien, mais la victoire des confédérés lors de cette bataille va faire naître dans la ville un courant en leur faveur..

En 1326, le bailli local, représentant les intérêts des Habsbourg, empiète sur les droits accordés à la ville en manifestant son intérêt pour le poste d'avoyer et en désirant prendre le contrôle de l'élection du Grand Conseil. En réaction, le parti pro-confédérés ou autonomiste, séduit par l'indépendance des trois vallées voisines, s'oppose au parti autrichien, favorable aux Habsbourg. En 1328, les autonomistes remportent une victoire politique et obtiennent que la nomination de l'avoyer soit faite sous l'autorité exécutive de la ville. Cependant, le duc d'Autriche refuse en 1330 de reconnaître l'ancien droit ce qui provoque, le , la signature du pacte des Quatre CantonsUne traduction du pacte est disponible sur , pages 53-56. (également appelé pacte de Lucerne) entre les confédérés et la ville..

Tout comme dans celui de Brunnen, ce nouveau pacte précise les modalités d'une politique extérieure commune et y ajoute une procédure d'arbitrage qui précise qu'en cas de conflit entre les trois cantons primitifs, Lucerne devrait obligatoirement se ranger du côté de la majorité. Le nouveau pacte réserve les droits légitimes des seigneurs qui ne sont pas remis en cause.. En réaction à la signature de ce pacte, des troubles éclatent progressivement dans la ville et trouvent leur conclusion dans un coup d'État des partisans autrichiens, regroupés dans ce qui sera par la suite appelé la « conjuration des manches rouges »., qui tentent de reprendre sans succès le contrôle de la ville le ..

Le traité d'alliance confirmé, le lac de Lucerne change de nom pour devenir le lac des Quatre Cantons, en allemand , soit littéralement lac des quatre cantons forestiers tout en devenant un véritable lac intérieur à la confédération : de fait, la navigation fluviale est largement répandue et souvent préférée à la route, jugée plus lente, plus coûteuse et moins sûre, en particulier pour le transport des marchandises.

Zurich thumb|right|Serment d'allégeance au pacte avec les Confédérés par les bourgeois de Zurich en 1351. Dès 1218, la ville industrielle et commerciale de Zurich est placée sous la souveraineté directe de l'empereur Frédéric II et est dirigée par l'abbesse du Fraumünster dont l'influence va aller en décroissant jusqu'au , dans le même temps où augmente celle des corporations de commerçants de la ville, et en particulier celles des tisseurs et du commerce de la soie, page 108.. Au début du , la ville va rapidement se développer tant économiquement (grâce à l'ouverture du Gothard) que politiquement (lorsque la ville décide d'assurer la sécurité de la route commerciale passant par les Grisons) ; ses dirigeants vont alors développer de bonnes relations avec les Habsbourg jusqu'à la dernière décennie du siècle, lorsque accorde à Zurich le droit d'exercer directement la haute justice, transformant ainsi la ville en une communauté quasi-indépendante..

prend, en 1330, le contrôle de la ville voisine de Rapperswil, position clé sur la route des cols grisons ; cette intrusion, couplée aux demandes de plus en plus fortes des artisans de la ville d'être associés à la vie politique de la cité., provoque des mouvements politiques anti-Habsbourg à Zurich, favorisant l'arrivée au pouvoir du chevalier et chef du parti des artisans Rodolphe Brun en 1336.. Ce dernier met en place le une nouvelle Constitution appelée la « Charte des Conjurés » qui assure à son parti la moitié des sièges au Grand Conseil, se fait nommer capitaine et bourgmestre à vie et obtient des bourgeois de la ville qu'il lui jurent obéissance, prenant ainsi un pouvoir quasi-absolu sur la ville et dirigeant sa politique extérieure. Après avoir changé d'alliances à plusieurs reprises et s'être frotté aux troupes des Habsbourg et leur avoir en particulier repris la ville de Rapperswil le ce qui lui vaut d'être pris en aversion par les dirigeants autrichiens., il contacte les Waldstätten pour leur offrir un traité en 1351 qui sera accepté par les confédérés après une phase de négociation (textes des traités traduits en français)..