alt=Couverture d'une édition russe des Protocole des Sages de Sion avec un monarque tenant un sceptre, entouré d'un pentacle, d'une croix orthodoxe et d'une étoile de David.|vignette|Les Protocoles des Sages de Sion.

L' est la discrimination et l'hostilité manifestées à l'encontre des Juifs en tant que groupe ethnique, religieux ou supposément racial.

Étymologiquement, ce terme pourrait s'appliquer aux peuples sémites parlant l'une des langues sémitiques (comme l'amharique), mais il désigne en fait, dès sa formulation vers la fin du , une forme de racisme à prétentions scientifiques et visant spécifiquement les JuifsVoir notamment : : « » , , 2006. Paul Johnson, , HarperPerennial 1988, 133 ff. Bernard Lewis, , , 2006, 25-36, à la suite d'une conférence délivrée à l'université Brandeis le .

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Les motifs et mises en pratique de l'antisémitisme incluent divers préjugés, des allégations, des mesures discriminatoires ou d'exclusion socio-économique, des expulsions, des massacres d'individus ou de communautés entières. Dans certains cas, l'antisémitisme peut exister dans un pays où la population juive est quasi-inexistante, on parle alors d'« antisémitisme sans les juifs ».

Origine et définitions Origine du terme Création Le terme « antisémitisme » et ses dérivés apparaissent en Allemagne à la fin du bien que les faits qu'ils décrivent soient plus anciens.

Pour l'historien Alex Bein, le terme fut utilisé pour la première fois (dans un seul article et de façon isolée), en 1860 par l'intellectuel juif autrichien Moritz Steinschneider dans l'expression « préjugés antisémites » (« »), afin de dénoncer les idées d'Ernest Renan qui affuble les « peuples sémites » de tares culturelles et spirituelles (la désignation des peuples du Levant sous ce terme remontait à 1781). Ainsi que Gilles Karmasyn, L’« antisémitisme » : une hostilité contre les Juifs : genèse du terme et signification commune, PHDN, 2002-2012, note 6.. Cette utilisation isolée a eu une postérité limitée.

Le mot « » traduit ici par « antisémitisme » est introduit dans le discours politique en 1879 par le journaliste allemand Wilhelm Marr. Rejetant le concept d'une assimilation possible, il plaide pour une expulsion de tous les Juifs vers la Palestine. À la fin de sa vie, Marr finira par publier à Hambourg un essai final intitulé Testament d'un antisémite, où il explique avoir rejeté la « misérable folie romantique du Germanisme ».

Le spécialiste du négationnisme Gilles Karmasyn rappelle que c'est le journaliste allemand Wilhelm Marr qui invente véritablement le terme « » dans le sens « d'hostilité aux Juifs », à l'occasion de la fondation d'une « ligue antisémite » en 1879. et non, comme il est parfois rapporté, dans son pamphlet anti-juif Victoire du judaïsme sur la germanité considérée d'un point de vue non confessionnel, publié la même année mais où l'expression n'apparaît pas.. Le mot n'est pas issu des lexiques religieux mais se teinte de scientisme en créant ce substantif en .isme pour stigmatiser les Juifs sur de fallacieux critères de race et d'ethnie.

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Après avoir traduit l'hostilité basée sur la religion puis sur la « théorie des races », le terme « antisémitisme » désigne toute manifestation de haine, d'hostilité ou la discrimination à l'égard des Juifs ou non-Juifs sympathisantsNotamment, des non-juifs reçoivent des insultes ou des menaces antisémites, s'ils dénoncent l'antisémitisme ou défendent les juifs ou Israël..

vignette|Caricature anti-dreyfusarde : « Boule de juif » figurant Joseph Reinach en singe (1899).

Histoire et évolution La traduction française d'Antisemitismus par « antisémitisme » apparaît, selon le dictionnaire Le Robert, en 1866, suivi de l'épithète « antisémite » trois ans plus tard. Toutefois, Karmasyn a mis au jour les traductions « antisémitique » et « antisémite » dans le journal Le Globe dès .. L'historien Jules Isaac précise que le terme « antisémitisme » est par lui-même équivoque, alors que « son contenu […] est essentiellement anti-juif », 24.. W. Marr utilise en effet le mot « Semitismus » comme synonyme de « Judentum », lequel désigne indifféremment le judaïsme, la communauté juive et la judaïté.

Le mot « antisémitisme » abandonne donc la signification spécifiquement religieuse de l'hostilité anti-juive pour se prêter au concept de « race juive » par lequel on a commencé par désigner des Juifs baptisés, justifiant la poursuite des discriminations à leur égard alors qu'ils ont apostasié. Des théories pseudo-scientifiques sur la conception de « race » se sont répandues en Europe dans la seconde moitié du , particulièrement chez l'historien prussien Heinrich von Treitschke, dont les idées seront reprises dans les théories nazies..

Le terme « antisémitisme » peut paraître équivoque ou même ., soit parce qu'il vise les autres populations de langue sémitique dont les Arabes, soit parce que les Juifs d'aujourd'hui ne seraient plus que très partiellement sémites.

En dépit de l'origine du terme « antisémitisme », forgé pour désigner l'hostilité revendiquée contre les personnes juives, leur culture, ou les institutions juives, ou perçues comme telles et nullement contre d'autres locuteurs de langues sémitiques, et quoique toujours employé dans ce sens, le terme est sémantiquement vague. Toutefois, avec l'apparition de l'Yehoshafat Harkabi, Les Protocoles dans l'antisémitisme arabe (trad. fr. Michelle Herpe-Voslinsky), in Pierre-André Taguieff (dir.), Les Protocoles des Sages de Sion. Faux et usages d'un faux, t. II : Études et documents, Paris, Berg International, 1992. pour désigner l'hostilité des Arabes envers les Juifs, alors que le monde arabe est , selon Edgar Morin.

vignette|Graffiti à Madrid, Espagne (2003). De nos jours, l'affaissement de la dimension proprement et ouvertement raciste de l'hostilité envers les Juifs permet de penser que l'antisémitisme englobe une notion plus large que la conception raciale originelle du et du début du . C'est qu'il a en réalité existé sous des formes qui ne s'appuient parfois ni sur des conceptions raciales, ni sur des fondements religieux, ce qui rend le concept difficile à définir de manière précise.

Le philosophe et politologue Pierre-André Taguieff préfère le terme de « judéophobie ». pour désigner l'ensemble des formes anti-juives dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale et le distinguer de l'antisémitisme lié aux thèses racialistes. D'autres préfèrent parler de « nouvel antisémitisme » pour qualifier les idéologies plus récentes qui s'appuieraient sur la dénonciation d'un « supposé lobby juif ou du sionisme pour masquer leur antisémitisme ». Le négationnisme et la compétition des victimes s'ajoutent à l'antisionisme pour définir les trois axes du nouvel antisémitisme, selon Bernard-Henri Lévy« Antisémitisme : le discours de Bernard-Henri Lévy à l’Assemblée générale de l’ONU », La Règle du Jeu, 23/11/2015 , propos repris et développés dans Bernard-Henri Lévy, L'Esprit du judaïsme, Grasset, 2016..

Nicole Gnesotto, titulaire de la chaire « Union européenne » au Conservatoire national des arts et métiers, propose de distinguer trois sources de l'antisémitisme contemporain en France. :

La confusion s'accroit encore lorsque le président Emmanuel Macron, en , devant le CRIJF, annonce que l'antisionisme est « une des formes modernes de l'antisémitisme »., reprenant ainsi les propos du ministre Robert Badinter de devant l'UNESCO, avant de faire voter une résolution validant la nouvelle définition de l'antisémitisme, proposée par l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste.

Définitions Définitions encyclopédiques françaises D'un point de vue encyclopédique, l'antisémitisme se manifeste essentiellement envers les personnes, mais peut se généraliser envers la communauté, la culture ou tout ce qui peut être perçu comme juif.

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Définition de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA)

Cette définition, et surtout les exemples que l'IHRA a apporté pour l'étayer, fait l'objet de nombreuses oppositions, tant de la Ligue des droits de l'Homme., que de la Commission nationale consultative des droits de l'Homme, ou de chercheurs et journalistes.. Il lui est reproché son imprécision créant des amalgames, son absence d'universalisme en se démarquant de la lutte globale antiraciste et surtout sa dérive dans l'assimilation de la critique légitime de l'État d'Israël et de sa politique à de l'antisémitisme.

Si l'antisionisme ou l'antiisraélisme n'est pas explicitement mentionné dans cette définition de l'antisémitisme, celle-ci inclut d'une part les termes « institutions communautaires », et d'autre part dans ses exemples, les références à l'État d'Israël, tendant ainsi à s'écarter de son objet premier et permettant de qualifier d'infraction antisémite toute manifestation contre l'État d'Israël.

Toutefois, le , le Parlement européen a adopté cette définition de l'antisémitisme de l'IHRA, accompagnée d'exemples, et demande à tous les États membres de l'Union européenne de la partagerVersion française du parlement européen, page 56 sur .... :

Au , vingt pays dont seize de l'Union européenne, notamment la France. ont adopté cette définition.

En 2026, en Australie un juge a rejeté la validité légale de la définition de l'IHRA, la considérant « verbeuse, imprécise et détachée de la réalité » ainsi qu'un prétexte pour faire taire la critique envers Israël.

Définition de la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme (DJA)

En 2021, des chercheurs internationaux (principalement issus des États-Unis et d'Israël et dont les travaux portent sur l’histoire des juifs, l’antisémitisme, le judaïsme et la Shoah) réunis sous la DJA ont élaboré une autre définition. Contestant celle de l'IHRA pour laquelle ils reprochent son « ambiguïté », l'objectif déclaré de la DJA est d'établir une distinction claire entre la haine envers les juifs et la critique politique.

Initialement 210 signataires lors de la publication en 2021, ils sont 370 en 2026.

Principes de l'antisémitisme L'historienne américaine Barbara Tuchman, prix Pulitzer, identifie trois « principes » à la source de l'antisémitisme : « Il est vain d'espérer de la logique – c'est-à-dire l'expression raisonnée d'un esprit éclairé », dès qu'il s'agit d'antisémitismeAdam Biro relève : «… la victoire emportée par un juif dans une disputatio n’a jamais convaincu l’Inquisition, la tirade de Shylock n’a pas mis fin à l’expulsion des Juifs d’Angleterre, l’utilité nationale des savants et écrivains Juifs allemands n’a pas empêché leur déportation par d’autres Allemands, l’éducation chrétienne n’a pas empêché les nazis de jeter des nouveau-nés dans les flammes – aucun argument n’a fait changer d’avis les antisémites ». Lire en ligne. ; L'apaisement est futile : . Cité par Georges Bensoussan, Juifs en pays arabes, , Éditions Tallandier, 2012 & 2021, chap. « Une condition de colonisé », . ; « L'antisémitisme est indépendant de son objet. Ce que les Juifs font ou omettent de faire n'est pas un facteur déterminant. L'impulsion provient des besoins des persécuteurs et d'un climat politique spécifique »Barbara W. Tuchman, « They poisoned the Wells », Newsweek, 03/02/1975 cité in H. J. Fields, A Torah Commentary for Our Times, vol. 2 : Exodus and Leviticus, New York, Union for Reform Judaism, 1990...

., Mark Twain.

Formes d'antisémitisme

thumb|Aquarelle du représentant un Juif de Worms portant la rouelle. Il est également accompagné d'une bourse d'or, motif illustrant la cupidité attribuée aux Israélites. Même si, dans son étymologie, le mot « antisémitisme » prend une tournure raciale et laïque, il est dès sa création utilisé pour qualifier tous les actes anti-juifs qui peuvent avoir lieu, quel qu'en soit le motif, ainsi que pour désigner les actes hostiles aux Juifs avant l'invention du terme « antisémitisme » au Voir plus haut..