vignette|Localisation du royaume de Hongrie (en vert) en Europe pendant l'entre-deux-guerres.

Le royaume de Hongrie, ou la régence de Hongrie, désigne, de 1920 à 1946, le régime politique officiellement en vigueur en HongrieLes historiens lui préfèrent le titre de régence.. après une où se succèdent la République démocratique hongroise et une république conseilliste, la république des conseils de Hongrie (milieu de 1919), le royaume n'a, durant cette période, de monarchique que le nom. En effet, la déchéance des Habsbourg-Lorraine a privé le royaume de souverain pendant toute la période.

Jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, la Hongrie avait pour souverain l'empereur d'Autriche, dans le cadre de la double monarchie austro-hongroise. Aussitôt après l'armistice du 11 novembre 1918, le roi Charles, dernier roi de Hongrie, annonce son retrait des affaires publiques, ouvrant une période d'instabilité politique et de quasi-guerre civile. L'amiral Horthy entre dans Budapest le avec ses troupes ; la Diète le nomme ensuite aux fonctions de régent du royaume, après avoir rejeté les prétentions de Charles. Celui-ci fait une tentative militaire de prise de pouvoir, mais échoue, et est contraint à l'exil.

Horthy met en place un régime autoritaire et conservateur ; bien que les apparences de la démocratie soient conservées, avec notamment la présence à la Diète d'une opposition, il n'y a en réalité aucune alternance politique, Horthy dirige le pays en souverain, faisant et défaisant les gouvernements et maintenant la domination de l'aristocratie et du clergé sur le pays.

Menant une politique de révision des traités de paix de 1919, Horthy se rapproche de plus en plus du Reich. Engagé dans le conflit contre l'Union soviétique, le royaume est menacé par l'Armée rouge à partir de l'automne 1944. Souhaitant faire sortir son pays du conflit depuis les défaites hongroises sur le front de l'Est, Horthy est cependant contraint d'accepter l'entrée des troupes allemandes en Hongrie en ; le suivant, à l'issue d'un coup de main allemand à Budapest, il est forcé d'abdiquer et de laisser le pouvoir à Ferenc Szálasi, chef du parti des Croix fléchées, partisan inconditionnel d'Hitler. Le , Ferenc Szálasi est proclamé , mais ne peut stabiliser la situation militaire. Le royaume devient alors un champ de bataille, évacué par les Allemands le .

La sortie du conflit

Entrée dans le premier conflit mondial en vertu de son appartenance à l'Autriche-Hongrie dont le principal allié est le Reich allemand, la Hongrie se trouve indépendante avec la dislocation de l'Autriche-Hongrie au début du mois de , mais avec un territoire indéfini car simultanément, les Slovaques, les Croates et les Roumains se déclarent, eux aussi, indépendants dans les territoires où ils sont majoritaires. Dès l'armistice de novembre 1918, une commission internationale (la commission Lord) présidée par des géographes tels Robert Seton-Watson ou Emmanuel de Martonne, ou encore l'historien Ernest Denis, commence à tracer des frontières de facto entre ces territoires, avant même qu'un traité les officialise de jure. Traitée en pays vaincu, la Hongrie ne bénéficie pas comme ses adversaires du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et ces nouvelles frontières n'englobent désormais plus que deux Hongrois sur trois, le restant se trouvant désormais en minorité (mais localement majoritaires dans plusieurs régions) en Tchécoslovaquie, Roumanie ou Yougoslavie. En 1920, le traité de Trianon vient officialiser ces clauses particulièrement dures pour le pays.

L'exécution des clauses du Traité de paix est confiée à une commission internationale confiée aux États successeurs de l'Autriche-Hongrie.

Les pertes territoriales

Le découpage territorial avantage les pays Alliés de la Petite Entente (Tchécoslovaquie, Roumanie et Yougoslavie) : par rapport à ses frontières d'avant-guerre, le territoire hongrois passe d'une superficie de .

Pál Teleki, le principal négociateur du traité de paix devient premier ministre. Géographe reconnu par ses pairs, il discute pied à pied les clauses territoriales, appuyé sur une abondante documentation, notamment sa fameuse carte rougeLa carte Rouge, établie en 1910, illustre la répartition géographique des nationalités au sein du royaume de Hongrie. Elle doit son nom aux choix du rouge comme couleur pour représenter les Magyars qui apparaissent par contraste avec les teintes plus pâles des autres populations, comme largement majoritaires., critiquée par la commission Lord en raison de son rendu graphique très voyant qui donne l'impression que les Magyars sont largement majoritaires dans la Grande Hongrie.

À l'issue de ces négociations, le royaume perd les deux tiers de son territoire, son accès à la mer et les trois quarts de sa population : plus de d'habitants, dont de Magyars.

Les clauses militaires

vignette|gauche|Timbre hongrois surchargé Occupation française cacheté à Arad en 1919.

Comme tous les autres vaincus du conflit, le royaume se voit interdire la reconstitution de son armée.

L'armée royale hongroise est alors limitée à un effectif de , et son activité est contrôlée par une commission alliée. Elle se trouve privée de moyens modernes de défense, notamment d'armée de l'air, de défense anti-aérienne, de chars d'assaut et d'artillerie lourde.

Comme le Reich, les responsables militaires du royaume tentent à partir de 1929, date de la fin du contrôle allié sur la politique militaire et budgétaire du pays, de contourner les interdictions nées en 1920 par une politique de réarmement clandestin.

Des conditions économiques particulières

Ayant vécu tout au long du dans le cadre d'une union économique avec l'Autriche, la Hongrie de 1919 fait l'objet de toutes les attentions françaises, qui tentent de reconstituer une union économique danubienne, détruite en 1918 par l'éclatement de la double-monarchie. Cependant, de multiples oppositions, notamment hongroises, aboutissent à l'échec définitif du projet en 1921.

Tentatives de restauration

En 1921, à la faveur de l'instabilité politique du royaume restauré, Charles , le dernier roi de Hongrie, tente à deux reprises de reconquérir son trône perdu en 1918.

Ainsi, au printemps 1921, Charles IV, alors exilé en Suisse, tente de s'emparer du trône : il débarque le à Szombathely. Mais il se voit refuser tout encouragement par le Saint-Siège, ancien soutien de la double-monarchie et par Horthy, au terme d'un entretien avec l'ancien monarque, le entretien au cours duquel l'ancien roi se targue du soutien d'Aristide Briand, alors ministre français des Affaires étrangères. En effet, ceux-ci considèrent que la restauration des Habsbourg se heurterait à l'opposition des Alliés et de la Petite Entente, alors susceptible d'envahir la Hongrie. Le , le roi déchu quitte la Hongrie pour la Suisse, prête à accueillir le souverain déchu.

En octobre, le roi déchu tente une seconde fois de reconquérir son trône, sans rencontrer davantage de succès : il débarque en Hongrie, marche sur Budapest entouré de ses partisans. Revenu dans le royaume le , il est arrêté dans sa marche par les troupes fidèles au régent, tandis que les Tchécoslovaques et les Yougoslaves mobilisent leurs troupes en vue d'une intervention. Face à ce déploiement de forces, encouragé en sous-main par la France, le roi déchu doit rapidement céder face aux pressions alliés. en incitant les États successeurs à davantage de méfiance à l'égard du royaume.

La question institutionnelle en Hongrie 1918-1921

vignette|gauche|Miklós Horthy, amiral désormais sans flotte, mais de fait chef de l'État.

À l'issue de la Première Guerre mondiale, l'Autriche-Hongrie se disloque : Charles d'Autriche, pour tenter de sauver la monarchie hongroise, nomme l'archiduc Joseph-Auguste de Habsbourg-Lorraine en Hongrie. Mais dès le , la révolution des Asters porte au pouvoir le comte Mihály Károlyi, qui proclame le suivant la République démocratique hongroise. En mars 1919, les communistes, alliés aux sociaux-démocrates, prennent le pouvoir et établissent la République des conseils de Hongrie, avec Béla Kun comme principal dirigeant. Un gouvernement contre-révolutionnaire, dirigé par Gyula Károlyi puis par , est mis en place dans le sud du pays. Le régime communiste met en œuvre une politique de terreur rouge mais s'écroule dès le mois d' face à l'avancée des troupes serbes, roumaines et françaises de Louis Franchet d'Espèrey.

Gyula Peidl, dernier chef du gouvernement de la République des conseils, est renversé le : le monarchiste István Friedrich devient premier ministre tandis que l'archiduc Joseph-Auguste, mis en résidence surveillée par les communistes, est libéré et restauré. Cependant, devant l'hostilité de l'Entente qui ne reconnaît ni la régence ni le gouvernement Friedrich, l'archiduc renonce à ses fonctions dès le . Avec le retrait des Serbo-Franco-Roumains, Miklós Horthy, devenu ministre de la guerre du gouvernement contre-révolutionnaire, fait son entrée dans Budapest le , à la tête de ses troupes. L'intérim à la tête de l'État est assuré par le chef du gouvernement Károly Huszár.

À l'issue des deux tentatives de restauration de la dynastie, menée par le souverain déchu, au printemps, puis à l'automne 1921, le parlement de Budapest adopte, le , la loi dite loi de détrônement, proclamant la déchéance officielle de la dynastie des Habsbourg et redonnant au royaume de Hongrie son caractère de monarchie élective.

Un royaume sans roi vignette|gauche|István Bethlen, premier ministre de 1921 à 1931. La régence de Horthy Le , une assemblée générale, élue au mois de janvier précédent, abolit la république, rétablit la monarchie et ne rappelle pas le roi mais élit, pour le remplacer, un régent, Miklós Horthy, ancien amiral de la marine austro-hongroise devenu chef de l'armée nationale à peine sortie de la guerre civile contre les communistes. Cécile Vrain, journaliste et universitaire, souligne ainsi que ..

István Bethlen devient premier ministre en 1921, mais le pouvoir doit affronter une nouvelle crise en octobre quand le roi Charles tente un coup de force. L'ancien roi proclame un gouvernement provisoire mais sa manœuvre échoue et il doit repartir en exil. Le , une loi proclame la déchéance définitive des Habsbourg, tout en conservant la monarchie comme forme officielle de gouvernement : la Hongrie devient, de manière définitive, un royaume sans monarque (d'où le titre de régent), conforment aux souhaits des Alliés.

Le régime de Horthy mène une politique autoritaire. Le royaume de Hongrie sous la régence n'est pas de nature fasciste comme celui d'Italie sous Benito Mussolini : il maintient le régime parlementaire et une sorte d'État de droit. Ce régime, parfois qualifié de Martel, 2005, , est de tonalité antidémocratique, nationaliste et favorable à l'aristocratie. Les campagnes sont étroitement surveillées par la gendarmerie et les structures sociales rurales restent immuables dans un pays où l'agriculture reste prépondérante. Le royaume connaît une vie parlementaire et des élections libres sont tenues, bien que leur régularité ne soit pas toujours garantie : le mode de scrutin exclut pratiquement l'alternance démocratique. L'aristocratie, qui domine l'armée et la classe politique, et les propriétaires terriens sont les principaux appuis sociaux du régime. La politique du régime comporte en outre de nets aspects antisémites. Un numerus clausus limite l'accès des Juifs à l'Université.

Les pouvoirs du régent Horthy, pis-aller aux yeux des monarchistes, nombreux dans l'aristocratie, sont de même nature que ceux du roi de HongrieSinor, : il a toute latitude pour dissoudre le parlement et nommer le chef du gouvernement. Amiral sans flotte et régent d'un royaume sans monarque, il ne tolère ni satire ni critique et s'entoure d'un cérémonial de cour, pâle reflet de la cour impériale de Vienne, selon lequel il s'attache à recevoir fastueusement les dignitaires étrangers.

Un État croupion