est un genre fossile de grands poissons cartilagineux ayant vécu durant une importante partie du Permien, de l'Artinskien jusqu'au Roadien, entre avant notre ère. Souvent présenté à tort comme un requin, Helicoprion appartient en réalité aux eugénéodontes, un ordre éteint de poissons cartilagineux rattaché au clade des holocéphales, groupe aujourd’hui uniquement représenté par les chimères. Il s'agit également du genre type des Helicoprionidae, une famille d'eugénéodontes caractérisée par des structures dentaires spécifiques appelés spirales dentaires. Le genre Helicoprion est nommé en 1899 par Alexandre Karpinsky sur la base de fossiles ayants été découverts en Russie et en Australie, le nom générique signifiant « scie en spirale ». Alors que de nombreuses espèces ont été attribuées au genre par la suite, seules trois sont reconnues comme valides depuis une révision publiée en 2013, à savoir H. bessonowi, H. davisii et H. ergassaminon, distinguées par la forme et l’espacement de leurs couronnes dentaires.

Le taxon est principalement connu pour ses spirales dentaires, qui constituent la quasi-totalité des fossiles le documentant. La position et la fonction de ces structures ont longtemps été débattues, mais les études récentes basées sur des spécimens préservant des éléments cartilagineux montrent qu’il s’agit d’un dispositif de la mâchoire inférieure, spécialisé pour saisir et trancher des proies à corps mou, notamment des céphalopodes. Ce même dispositif aurait également pu servir à décortiquer, voire à retirer la coquille de céphalopodes tels que ceux des nautiloïdes et des ammonites. Sur la base de l’anatomie squelettique d’eugénéodontes plus petits, Helicoprion aurait atteint une longueur estimée entre , avec une apparence générale possiblement comparable à celle des thons, des espadons ou des requins lamniformes. Les fossiles d’Helicoprion sont principalement connus dans des dépôts marins répartis à travers le monde, indiquant une répartition cosmopolite et un mode de vie pélagique. Les découvertes les plus abondantes proviennent toutefois de l’Idaho et de la Russie, deux régions autrefois recouvertes par des mers intérieures profondes où les représentants du genre semblent avoir été particulièrement fréquents.

Historique des recherches Découvertes des espèces reconnues vignette|gauche|redresse=0.9|alt=|Figures lithographiques de divers fossiles d'eugénéodontes, le spécimen holotype d’H. davisii (WAMAG 9080) étant montré en haut de l'image (fig. 1).

Le premier spécimen connu d’Helicoprion consiste en une spirale dentaire partielle préservant quinze dents, dont quatorze visibles, découvert en Australie-Occidentale dans un affluent du fleuve Gascoyne par un orpailleur nommé M. Davis, son prénom étant inconnu. Depuis conservé au Western Australian Museum sous le numéro WAMAG 9080, ce fossile ne fut pas découvert in situ, sa provenance stratigraphique restant donc incertain. En 1884, le météorologue irlandais Robert Henry Scott transmet au paléontologue britannique Henry Woodward une lettre rédigée par un pasteur de Fremantle, accompagnée d’une photographie de la trouvaille. En raison de son état incomplet, Woodward identifie le fossile comme étant très similaire à ceux du poisson cartilagineux Edestus, un genre que l'américain Joseph Leidy avait premièrement décrit en 1855. Désireux d’examiner le fossile directement, Woodward persuade Scott d’écrire à sa sœur, Lady Barker, afin qu’elle obtienne le prêt du spécimen auprès du pasteur. Après une longue correspondance, le géologue irlandais , alors en mission dans la région de Kimberley, est chargé de rapporter le fossile en Angleterre lors de son retour. C'est dans une publication de 1886 que Woodward décrit finalement le spécimen comme représentant une nouvelle espèce d’Edestus, qu'il nomme Edestus davisii en l'honneur de son découvreur..

vignette|droite|redresse=1.0|alt=|Vue d'ensemble de la spirale dentaire lectotype d’H. bessonowi (TsNIGR 1/1865).

Des spirales dentaires plus complètes sont découvertes à la fin du par Alexandre G. Bessonov, de l’Académie des sciences de Russie, dans une carrière située près de la ville de Krasnooufimsk, dans l'oblast de Sverdlovsk. Il les transmet au géologue Alexandre Karpinsky, qui les décrit pour la première fois dans une monographie en russe publiée en 1899., suivie d’une traduction allemande parue plus tard la même année.. Les fossiles analysés étant suffisamment distincts d’Edestus, Karpinsky les attribue à un nouveau genre qu'il nomme Helicoprion, avec comme espèce type H. bessonowi. Le nom générique Helicoprion dérive du grec ancien , « spirale », et de , « scie », en référence à la morphologie caractéristique des spirales dentaires, tandis que l'épithète spécifique honore leur découvreur. Parmi les six spécimens décrits par Karpinsky, le plus complet d'entre eux, depuis catalogué TsNIGR 1/1865 au de Saint-Pétersbourg, est désigné comme lectotype par le paléontologue russe dans un ouvrage publié en 1964... Ce spécimen précis fut d'ailleurs volé en 1998, étant finalement retrouvé par le paléontologue britannique via l'aide d'un trafiquant anonyme de fossiles... Dans ses observations de 1899, Karpinsky note également que le spécimen décrit en 1886 par Woodward présente des similarités suffisantes avec les fossiles de Krasnooufimsk pour justifier son transfert provisoire dans le genre Helicoprion, l’espèce étant alors renommée H. davisii. Néanmoins, cette interprétation est contesté dès 1902 par le paléontologue américain Charles R. Eastman, qui classe alors cet espèce chez le taxon apparenté et nouvellement érigé .. Quelques années plus tard, en 1909, son compatriote Oliver Perry Hay déplace de nouveau cette espèce dans un autre genre apparenté, également nouvellement établi, Toxoprion.. Dans des publications ultérieures, Karpinsky réaffirme la position qu’il avait formulée en 1899, une interprétation reprise par plusieurs auteurs dans les décennies suivantes. Son interprétation est finalement confirmée en 1940, lorsque le paléontologue germano-américain décrit des fossiles beaucoup plus complets d’H. davisii, qui, tout comme l’holotype, ont eux aussi été découverts en Australie-Occidentale..

Depuis que le genre Helicoprion fut érigé par Karpinsky en 1899, de nombreuses espèces supplémentaires ont été décrites à partir de fossiles venant des quatre coins du monde, bien que la majorité d'entre eux proviennent d’Amérique du Nord. C'est dans une révision morphométrique publiée en 2013 que les paléontologues américains Leif Tapanila et Jesse Pruitt réévaluent l’ensemble de ces attributions spécifiques. Leur analyse montre que, parmi la dizaine d’espèces historiquement nommées, seules trois présentent des caractères distinctifs suffisants pour être considérées comme valides : H. bessonowi, H. davisii et H. ergassaminon, les autres étant jugées comme synonymes ou douteux.. L'espèce H. ergassaminon fut premièrement décrite en 1966 par l’ichtyologue danois Svend Erik Bendix-Almgreen dans une monographie consacrée à plusieurs fossiles du genre conservés au sein de collections paléontologiques d’universités de l’Idaho, aux États-Unis. Tout comme le nom générique, l’épithète spécifique est dérivée du grec ancien , signifiant « celui qui a fait du travail », en référence aux marques d’usure particulières observées sur l’holotype. Ce dernier, surnommé « Idaho 5 » et ayant été découvert dans une mine aujourd’hui fermée située près de Fort Hall, est alors indiqué par Bendix-Almgreen comme conservé à l’université de l'Idaho à Moscow.. Cependant, des recherches ultérieures ne parviennent pas à le retrouver dans cet établissement, le fossile étant alors noté comme perdu. L’holotype est finalement redécouvert en 2017 lors du recatalogage des collections du musée d'histoire naturelle du Danemark, avant d’être transféré en 2023 à l’université d'État de l'Idaho à Pocatello, où il est désormais conservé..

Espèces synonymes ou douteux vignette|gauche|redresse=1.2|Spirale dentaire découvert au Texas ayant été anciennement attribué à H. ferrieri, un taxon depuis vue comme un synonyme plus récent d’H. davisii.

Dans ses travaux de 1907 et de 1909, Hay érige le nouveau genre et espèce Lissoprion ferrieri, qu’il décrit à partir de trois spécimens fossiles provenant de gisements de phosphates situés à la frontière de l’Idaho et du Wyoming.. L’holotype se limite à une courte série de trois dents, mais l’un des spécimens supplémentaires illustrés en 1909 montre au moins deux séries de dents, ce qui conduit Karpinsky à reclasser le taxon sous le nom d’H. ferrieri en 1911, tout en soulignant sa ressemblance avec H. davisii.. Pendant près d’un siècle, cette espèce fut distinguée sur la base de l’angle et de la hauteur de ses dents. Cependant, dans leur révision de 2013, Tapanila et Pruitt démontrent que ces traits varient naturellement au sein d’une même espèce d’Helicoprion, et considèrent dès lors H. ferrieri comme un synonyme plus récent d’H. davisii. En 1939, le géologue américain érige deux espèces supplémentaires d’Helicoprion, H. sierrensis et H. nevadensis, à partir de spécimens types provenant respectivement de Californie et du Nevada. Wheeler distingue H. sierrensis par l’amplitude de variation de la tige de la spirale dentaire, tandis qu’H. nevadensis se caractériserait, selon lui, par le schéma d’expansion de la spirale et par la hauteur des dents.. Dans leur révision de 2013, Tapanila et Pruitt démontrent que les caractères attribués à H. sierrensis s’inscrivent en réalité dans la plage de variation naturelle observée chez H. davisii, tandis que ceux d’H. nevadensis correspondent au stade de croissance d’H. bessonowi. Les deux espèces nommées par Wheeler sont donc respectivement mises en synonymie avec H. davisii et H. bessonowi.

En 1945, le géologue Federico K. G. Müllerried décrit l'espèce H. mexicanus à partir d'une spirale dentaire partielle mal préservé conservant dix dents, qui fut découvert près de Delicias, dans l'État mexicain du Coahuila. L'auteur distinguait alors le taxon via l'ornementation des dents.. Bien que l'holotype de cet espèce soit depuis noté comme perdu., Tapanila et Pruitt notent que son anatomie est assez proche de celui du plus grand spécimen connu d’Helicoprion. Néanmoins, les deux spécimens sont assignées à aucun des trois espèces reconnues en raison de leur préservation incomplète. Ainsi, en l'absence d'autres spécimens plus complets attribuables au taxon, H. mexicanus est alors vue comme un nomen dubium. En 1953, Obruchev illustre dans sa monographie un spécimen fossile mal conservé, préservant l’empreinte et la racine de deux dents, découvert dans les monts Oural, en Russie.. Toutefois, contrairement aux exigences de la CINZ, l'auteur ne fournit aucune diagnose permettant d’établir la distinction du taxon. Le spécimen étant en outre considéré comme perdu, Tapanila et Pruitt classent cet espèce comme un nomen nudum. En 1970, le géologue polonais nomme l'espèce H. svalis sur la base de dents isolées et de spirales dentaires fragmentaires ayant été découverts dans l'archipel norvégien du Svalbard. Sur la base du spécimen type, il distingue ce taxon par la relative étroitesse des dents, lesquelles semblent ne pas se toucher les unes aux autres.. Tapanila et Pruitt interprètent ces observations comme étant due à la conservation partielle de l'holotype, car seul la partie centrale des dents de cette dernière est préservé. Les deux auteurs de l'étude de 2013 estiment qu’H. svalis présente de fortes similarités avec H. bessonowi, mais ils ne peuvent l’en synonymiser formellement en raison de l’incomplétude du matériel fossile, étant alors vue comme un taxon douteux.