Le Pangolin à courte queue ou Pangolin de Chine (Manis pentadactyla). est une espèce de mammifères de la famille des Manidae. Il vit en Asie orientale et du Sud-Est.

C’est un animal au corps allongé, couvert d’écailles kératineuses, qui vit dans des dizaines de terriers répartis sur son territoire. Il chasse la nuit les fourmis et les termites qu’il attrape avec sa langue très longue et gluante.

Le Pangolin de Chine est actuellement classé par IUCN comme une espèce en . Le déclin des populations tient à une chasse et à un braconnage excessifs, stimulés par les demandes des pharmacopées traditionnelles chinoises, vietnamienne et coréenne. Une tradition culinaire de la Chine du Sud et du Vietnam, de consommer de la viande de la faune sauvage, pour des raisons de santé et pour « réchauffer » (sous-entendu « la vigueur sexuelle »), porte aussi une lourde responsabilité. Dénomination Étymologie

Le nom de genre Manis vient du latin Mânes « esprit des morts, fantôme » en raison des mœurs nocturnes du pangolin. L’épithète spécifique penta.dactyla vient du grec πεντα penta « cinq » et δακτυλος daktulos « doigt », réfère aux cinq doigts de l’animal.

En français, le nom commun pangolin vient d’un mot malais penggoling, signifiant . En malais moderne, c’est teggiling. Le terme a été introduit en français par Buffon dans son Histoire naturelle (tome X) en 1763.

Histoire de la nomenclature

Carl Linné a donné le nom de Manis pentadactyla à l’espèce en 1758 dans Systema naturae. Il l’a classé dans l’ordre des Bruta à côté des éléphants, des lamantins, paresseux et tamanoir (fourmilier), auxquels il rajoutera en 1766 les tatous. L’anatomiste Vicq d’Azyr les met en 1792 dans l’Ordre des Édentés (sans les éléphants, éliminés par Storr). Cuvier en 1798 distingue parmi les Édentés, I. Fourmiliers II. Oryctérope III. Tatous IV. Paresseux. Les premiers se décomposent en fourmiliers couverts de poils (tamanoirs), les fourmiliers épineux (Echidna) et les fourmiliers écailleux ou pangolins (Manis pentadactyla L. et M. tetradactyla L.).

Au début du , le zoologiste germano-néerlandais Weber pour regrouper à part les pangolins dans un ordre qui leur soit propre, crée l’ordre des Pholidota, sous le superordre des Edentata qui comprend aussi les Xenarthra, regroupant tatous, paresseux et fourmiliers. L’homogénéité des Edentata ne cessa pourtant pas de susciter des débats.

La séparation des Pangolins et des Xenarthra fut encore renforcée par les analyses d’ADN menées à partir de 1985 qui rapprochèrent les pangolins des carnivores. Une étude de O’Leary et al. (2013) a clairement établi les relations entre les ordres des mammifères vivants et fossiles en construisant un arbre phylogénétique étalonné avec des fossiles. Les pangolins (Pholidota) sont proches des Carnivora (loups) mais très éloignés des Xenarthra.

Sous-espèces

On compte 3 sous-espèces, basées sur les différences morphologiques : le pangolin à queue courte de Taiwan (Manis pentadactyla pentadactyla) ; le pangolin à queue courte du Népal (Manis pentadactyla aurita) ; le pangolin à queue courte du Hainan (Manis pentadactyla pusilla).

Caractéristiques

thumb|Manis pentadactyla, de forme fuselée(taxidermie de la collection de zoologie de l’Université de Rennes)

thumb|Squelette du Pangolin de Chine

thumb|Cinq grandes griffes dont la la plus puissante

thumb|Tête conique du Pangolin est dans le prolongement du corps

Les caractéristiques principales du Pangolin de Chine sont : Taille : jusqu’à de longueur totale (corps + queue) Queue : , soit moins de la moitié du corps, c’est aussi la longueur maximum de la langue Poids : de 3 à , mais certains individus peuvent atteindre Écailles : des écailles kératineuses couvrent le corps. De de diamètre, elles croissent sans arrêt à partir de la peau et s’usent sur les bords. Denture : édenté

Le corps est allongé, fuselé, adapté à la vie souterraine. Les mâles sont plus gros que les femelles.

Les écailles couvrent la surface dorsale de la tête et du dos, l’extérieur des membres et de la queue. En tout, il y en a de , soigneusement empilées comme des ardoises. Faites de kératine (comme les ongles et les cheveux humains), elles sont de couleur brun foncé, jaune brune ou gris sombre. Des poils épais comme des soies poussent à leur base. Seuls le museau, la face ventrale du tronc et l’intérieur des membres en sont dépourvues.

La tête est conique et le museau court . La peau faciale est grise jaunâtre. Comme tous les pangolins, l’espèce n’a pas de dents. Il a une langue longue (de ) et fine, couverte de salive gluante. Elle s’étend et se rétracte rapidement pour collecter une proie. Rétractée, elle est pliée dans une poche située dans la gorge. Les pavillons des oreilles sont proéminents, les plus gros de toutes les espèces de pangolin.

L’estomac comporte deux compartiments, un premier servant de lieu de stockage et représentant 80 % du total, un second assurant la fonction de mastication, pour écraser les insectes vivants absorbés. Des parois musculaires épaisses équipées d’épines kératineuses, ainsi que des pierres absorbées, servent à broyer les proies.

Les quatre membres sont robustes, chacun doté de cinq doigts munis de grosses griffes acérées. La griffe du troisième doigt est la plus puissante, la première et cinquième griffes sont petites et essentiellement vestigiales.

Des glandes anales produisent une odeur musquée. Les pangolins de Chine émettent une odeur repoussante lorsqu’ils se sentent agressés et pour marquer leur territoire. Les mâles ont un pénis bien développé mais les testicules ne descendent pas dans le scrotum, elles résident dans un pli de peau dans l’aine. Les femelles ont deux mamelles pectorales.

Écologie Le Pangolin de Chine creuse des terriers pour s’abriter et pour chercher ses proies. Des mesures de télémétrie effectuées à Taiwan, ont permis d’évaluer un domaine vital des mâles allant de 70 à et des femelles de 24 à . Le domaine d’un mâle peut recouper plusieurs domaines de femelles, ce qui suggère une structure sociale polygyne. L’espèce préfère creuser ses terriers d’habitation sur de fortes pentes (de 30 à ) qui reçoivent directement le soleil.

Il y a deux types de terrier : ceux pour résider et ceux pour se nourrir. Les terriers pour se nourrir sont moins grands que ceux pour résider. En Chine du Sud et à Taiwan, il a été observé que les terriers d’hiver sont plus longs (de 1 à ) que ceux d’été (de 0,3 à ). Ce qui peut être mis en relation avec leurs proies. En hiver, le pangolin de Chine consomme au moins deux espèces de termites dont la Macrotermes barneyi, dont le nid est situé à sous la surface l’hiver, et juste sous la surface () l’été.

Au sud de Taiwan, le pangolin mâle possède de 72 à 83 terriers d’habitation et la femelle de 29 à 39. Ils sont utilisés durant 2 à 3 jours de suite durant la saison sèche (novembre-avril) mais seulement une fois durant la saison humide (juin-octobre). En Chine du Sud, dans la province de Canton, les pangolins utilisent le même terrier pendant 9 à 15 jours avant d’en changer.

Comportement thumb|Manis pentadactyla

L'animal est un insectivore nocturne. Il passe la majorité de la journée à dormir ou se reposer dans son terrier et sort le soir ou la nuit pour chasser. En Chine continentale, il se nourrit de fourmis en été et de termites en hiver. Il consomme aussi bien leurs œufs, leurs larves et que les imagos. À Taiwan, on observe aussi des fluctuations saisonnières du régime alimentaire. Durant la saison humide de juin à octobre, le pangolin à courte queue consomme presque deux fois plus d’insectes qu’à la saison sèche (novembre-avril), avec la proportion de fourmis allant de à . En saison humide, la diversité des espèces et l’abondance des fourmis est significativement plus grande ; elle correspond à un accroissement du poids de l’animal.

C’est un quadrupède marchant sur ses deux pattes arrière, la tête levée, le dos courbé et les pattes avant repliées. Quand il chasse, il marche lentement et s’arrête régulièrement pour humer l’air ou le sol, sa faible vue l’obligeant de s’appuyer sur l’olfaction pour localiser les proies.

Une fois qu’il a trouvé un nid de fourmis ou une termitière, il le creuse de ses pattes avant, en s’appuyant fermement sur ses pattes arrière et éventuellement sur sa queue. Les nids de fourmis sont vite éventrés, le pangolin sort alors sa longue langue et lape les fourmis. Accéder à un nid de fourmis ou de termites peut nécessiter de creuser un tunnel qui pourra éventuellement servir d’abri.

Il fouille le sol à l'aide de son long nez allongé et possède des griffes qui lui permettent d'éventrer les fourmilières.

Grâce à sa langue, il est capable d'avaler plus de 80 fourmis en une minute..

Quoique principalement terrestre, le pangolin est capable de grimper par exemple pour chasser une espèce arboricole. C’est aussi un nageur habile. Quand il perçoit un danger, il s’arrête soudain, fuit ou se roule en boule.

Reproduction Ordinairement solitaires, les individus se rencontrent uniquement quand les femelles sont en œstrus. Autrement, la femelle reste avec son petit jusqu’à ce qu’il devienne indépendant. Les accouplements ont lieu au printemps et en été (de février à juillet) et les femelles mettent bas en automne et au début du printemps. Cependant, une étude menée dans l’Est de Taiwan rapporte que les mâles visitent les terriers des femelles de décembre à mai, et restent avec les femelles de à . La gestation dure de 6 à durant laquelle la femelle prend du poids et voit ses glandes mammaires gonfler. Un seul petit naît, rarement deux. Quand il a faim, il cherche un téton de sa mère. Celle-ci l’enserre étroitement sur sa poitrine en ne laissant exposer que sa tête.

Les premières semaines, le jeune est laissé dans le terrier lorsque sa mère sort chasser. Plus tard, il l’accompagne en se fixant sur la base de sa queue. Au bout de 11 semaines, le jeune commence à sortir du terrier. Il sort chasser vers 4 mois. Le sevrage a lieu à l’âge de 5-6 mois quand le jeune pèse 2 à . Les femelles deviennent sexuellement mature à un an, un an et demi.

La durée de vie à l’état sauvage est inconnue mais en captivité, les individus peuvent vivre plus de 20 ans.

Population

Jadis commun en Chine, la population de pangolins de Chine a considérablement décliné entre 1960 et 1990 en raison d’une surexploitation. Wu et al. a établi une diminution de de la population durant ces trois décennies. Il est probable que l’espèce a été extirpée des provinces du Jiangsu, Henan et Shanghai. Yang et al. estiment qu’en Chine orientale (Fujian, Jiangxi, Zhejiang) l’aire de l’espèce s’est contractée de entre 1970 et 2000. Les populations se limitent aux monts Wuyi au nord du Fujian.

À Taiwan aussi, l’espèce un temps commune a connu un déclin rapide dans les années 1950-1970 en raison de surexploitation. Les populations se sont rétablies depuis, et Taiwan (avec Hong Kong) représente probablement le seul lieu où les populations ne sont plus en déclin. La population totale est estimée à .

Les populations de pangolins de Chine ont décliné partout dans l’Asie du Sud-Est et en Asie du Sud.

Au Bangladesh, les populations ont disparu dans certaines parties du Sud-Est, mais des populations isolées dans certaines parties des Chittagong Hill Tracts persistent.

Aire de répartition

thumb|upright=0.8|Aire de répartition du Pangolin de Chine

Cette espèce vit en Asie de l'Est et du Sud-Est. Elle est distribuée en Chine (essentiellement au sud du Yangzi Jiang), Taiwan (sauf à l’ouest), au Vietnam (Nord et Centre), Laos (Nord), de l’ouest du Myanmar jusqu’au nord-est de l’Inde, et le nord de l’Inde, le Bangladesh et Népal.

L’espèce est sympatrique (partage le même territoire) avec le Pangolin malais (M. javanica) en Asie du Sud-Est, et avec le Grand pangolin de l'Inde (M. crassicaudata) dans le sud du Népal et l’Inde du Nord-Est.

Habitat