Jean-Baptiste Bernard Viénot de Vaublanc, dit le chevalier de Vaublanc, est un militaire français, né le à Ouanaminthe à Saint-Domingue (Haïti de nos jours) et mort le à Gumbinnen (aujourd'hui Goussev, dans l'oblast de Kaliningrad). Engagé volontaire à dix-sept ans, il prend part à la guerre d'indépendance américaine, de 1779 à 1782, notamment au siège de Savannah.
Pendant la Révolution française, il participe à la campagne du Rhin, puis devient président de la société populaire de Besançon, où il se fait remarquer par son calme et sa modération, tout en affichant clairement ses convictions républicaines.
Sous l'Empire, il participe à la guerre d’Espagne et est brièvement membre du Conseil de Gouvernement du Portugal, en tant que secrétaire général. Conseil présidé par Junot lors de l'occupation française de ce pays en 1808. Poste auquel il se fait remarquer par son intégrité. Il est successivement inspecteur en chef aux revues à l’armée d’Espagne puis à la Grande Armée. Il meurt d'épuisement fin 1812, lors de la retraite de Russie, non loin de Vilnius, en Lituanie.
Il est le deuxième frère cadet de l'homme politique Vincent-Marie de Vaublanc et a pour fils le chambellan Vincent-Victor Henri de Vaublanc.
Un soldat de l'Ancien Régime Guerre d’indépendance américaine gauche|thumb|upright=1.3|Assauts lors du siège de Savannah Originaire d'une famille de Bourgogne, anoblie en 1697Catalogue de noblesse française Régis Valette, 2007, Vaublanc est le troisième fils du major Vivant-François Viénot de Vaublanc, commandant du Fort Saint-Louis à Fort-Dauphin. Il naît et grandit à Saint-Domingue où son père est cantonné. Il vient en France pour rentrer à l'école militaire de Paris et y reste jusqu'à l'âge de seize ans. De retour à Saint-Domingue, il s'engage à dix-sept ans comme lieutenant aux Chasseurs volontaires de Saint-Domingue, lors de sa création le .
Il participe ainsi en septembre- aux combats de la guerre d'indépendance des États-Unis et principalement aux sanglants combats du siège de Savannah en Géorgie, siège qui est levé après l'échec de l'attaque du .
Il sert ensuite sur le vaisseau de 74 canons, l'Annibal, sous le commandement de La Motte-Picquet, lorsque ce dernier est chargé par le comte d'Estaing de rentrer à Fort Royal à la Martinique pour réparer sept des vaisseaux français qui ont le plus souffert lors des combats.
Vaublanc, qui a combattu pendant cette guerre, tant sur mer que sur terre, sous les ordres des généraux d'Estaing, La Motte Picquet, des colonels Rouvray, Noailles et Kersaint et du chef d'escadre du Teil, est réformé le ; mais il participe tout de même aux campagnes de 1781 et 1782. À la fin de la guerre, il reçoit en remerciements, avec d'autres officiers français, des concessions territoriales de la part du tout nouveau gouvernement américain. Vaublanc retourne alors en métropole.
Une brève carrière militaire dans l'armée royale
Le , il est admis à la compagnie Villeroy du prestigieux corps des Gardes du corps du roi à Versailles. Il est entre autres chargé de garder le Dauphin. Il est ensuite affecté le aux 1 régiment de chasseurs à cheval des Alpes en tant que sous-lieutenant d'infanterie. Il y obtient le grade de lieutenant en second, le , puis de lieutenant le . Il reste dans ce régiment jusqu'au , puis démissionne de l'armée le .
En vue de la convocation aux États généraux de 1789, il se rend à l'assemblée provinciale de la noblesse de la sénéchaussée de Saintonge qui a lieu à Saint-Jean-d'Angély en même temps que son deuxième frère aîné Jean-François.
Guerres de la Révolution française Vraisemblablement grâce à l'appui de son frère aîné Vincent-Marie (alors président du directoire de Seine-et-Marne), il est nommé capitaine de la gendarmerie nationale dans ce département le sous les ordres du colonel Papillon commandant de la de gendarmerie, qui s’étend sur les départements de Paris, Seine-et-Oise et Seine-et-Marne.
La campagne du Rhin thumb|upright=0.7|Le général Custine Le , il est nommé adjudant-général, chef de bataillon destiné d'abord à servir dans l'Armée du Nord.
En , il est affecté à l’armée des Vosges commandée par le général Adam-Philippe de Custine (dont il gagne l'estime) puis par le général Hugues Alexandre Joseph Meunier. Sur son passeport du quartier général de l’armée des Vosges à Wissembourg, signé du chef d'état-major Meunier, il est inscrit que .
Le , il est nommé adjudant-général, chef de brigade par le général Pichegru, et est affecté en cette qualité de l’armée du Rhin, armée commandée aussi par le général Custine.
Il participe à l'ultime tentative de Custine pour reprendre le contrôle de la forteresse de Mayence (évacuée le Mémoires posthumes du général Custines par l'un de ses aides de camp, 1794). Le , lors de la bataille de Herxheim livrée par ce général contre les troupes commandées par le général autrichien Friedrich von Hotze, Vaublanc est placé en réserve avec le général Hatry à la tête de trois bataillons chacun entre Minfeld et Langen-CandelNouveau dictionnaire historique des sièges, par F. M. M…, tome 3, Chez Gilbert et Cie, Libraires, rue Serpente, , Paris, , 1808, . À l'issue de cet échec, et victime des actions entreprises par les hébertistes, le général Custine est rappelé à Paris pour y être exécuté en .
Installation à Besançon et participation à la vie politique locale pendant la Révolution Vaublanc est ensuite transféré, au cours de l'année 1793, à la militaire territoriale, basée à Besançon et commandée par le général Jean Joseph Édouard ReedMémoires, de la Société d'émulation de Montbéliard, 1887, .. Il y fait la connaissance du jeune révolutionnaire bisontin Pierre-Joseph Briot, qui est parvenu à la fin août de la même année à se faire nommer aide de camp de ce général.
En , se produit une péripétie qui illustre l’état d'esprit de Vaublanc dans cette période troublée. À cette date, le représentant en mission Bernard de Saintes, arrive à Besançon pour y faire appliquer les directives de la Terreur et la levée en masse qui provoque un fort mécontentement dans la région. Mais, ce dernier, dont la vertu républicaine n'est pas le premier souci, parvient fort bien à mener de front ses propres affaires et celles de la République : il n'a aucun scrupule en effet, lorsque la jolie aristocrate Élisabeth de Vaudey vient lui demander la libération d'un parent considéré comme suspect, à charger son subordonné Vaublanc de gagner pour son compte le cœur de la jeune femme.
Celle-ci a donc tout loisir de cerner la personnalité de Vaublanc, dont elle nous laisse un des rares témoignages d'époque dans ses Mémoires, qui figurent dans l’œuvre de Louis Constant Wairy :
En dehors de ce témoignage sur l'attitude prudente de Vaublanc pendant la Terreur, l'affaire dont il est chargé n'a pas de suite : en effet, l'épisode se termine avec le départ de Bernard de Saintes, parti annexer la principauté de Montbéliard le , puis envoyé à Dijon et son remplacement, en , par le représentant Lejeune, sans qu'Élisabeth le Michaud d'Arcon de Vaudey n'ait rendu les armesAlbert Mathiez, Autour de Robespierre, Payot, 106 boulevard Saint-Germain, Paris, 1925, page 31.
À la suite du vote de la loi des suspects du par la Convention, Vaublanc est suspendu en octobre par le général Reed sur ordre du ministre de la guerre Jean-Baptiste BouchotteIl avait déjà été destitué une première fois par Jean-Nicolas Pache avant d'être réintégré dans ces fonctions, comme trop modéré, et d'origine noble et surtout parce qu'il est le frère d'un ancien député royaliste Vincent-Marie de l'Assemblée législative passé dans la clandestinité.
Il est toutefois maintenu dans ses fonctions par Pierre-Joseph Briot et surtout par André-Antoine Bernard qui le défend énergiquement. Ainsi celui-ci, dans une lettre en date du de Montbéliard adressée à la Convention, s’étonne que le ministre de la guerre ait suspendu l’adjudant général Viennot à Besançon : , , . De plus Jean Bassal et lui ont , qui les .
Bernard l’a en effet envoyé examiner la situation politique et militaire du département frontalier du Mont-Blanc nouvellement acquis à la France, mission dont il s'acquitte selon Liévyns .
thumb|upright=0.7|André Antoine BernardPortrait par Jacques-Louis David (1795). Épris des écrits de Jean-Jacques Rousseau, Vaublanc participe aux assemblées politiques du département du Doubs. Grâce à l'appui de Briot, il devient président de la société populaire de Besançon. Cette société est le nom du club jacobin de la ville chargé d'accompagner localement les réformes révolutionnaires décidées depuis Paris et appliquées nationalementPatrice Alphand, « Les Sociétés populaires », La Révolution dans les Basses-Alpes, Annales de Haute-Provence, bulletin de la société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence, no 307, 1989, , .
À ce poste au début de 1794, Vaublanc a une altercation verbale avec le représentant de la Convention nationale pour les départements de la Haute-Saône et du Doubs, Augustin Robespierre, frère cadet de Maximilien de Robespierre. En effet, Robespierre le Jeune est venu à Besançon pour s'expliquer avec Bernard de Saintes et adoucir la sévérité que celui-ci exerce dans le département sur fond de forte rivalité personnelle. À la tribune après une attaque à peine voilée de Robespierre contre la politique menée par Bernard de Saintes, il s'en prend à Vaublanc alors que ce dernier tente de concilier les deux partis.
thumb|left|upright=0.7|L'écrivain bisontin Charles Nodier L'écrivain Charles Nodier, alors adolescent, et déjà passionné par la politique locale de sa ville, plutôt favorable à Vaublanc, après avoir décrit ce dernier, narre la scène : […] .
À la suite de ce débat houleux, Robespierre regagne Vesoul dont il est le représentant, puis Lyon en promettant de faire libérer des suspects que Bernard de Saintes a fait incarcérer.
Dans une lettre à son frère en date du 3 ventôse, an II de la République (), de Commune-Affranchie (Lyon), Robespierre le Jeune résume la situation : . Il parle de Briot rédacteur du journal bisontin la Vedette.
Le , Vaublanc épouse Marie-Charlotte Sophie Pion de Mieslot à Besançon, fille d'une famille originaire de Pontarlier et cousine germaine du philosophe socialiste utopique bisontin Charles Fourier.
Le 18 vendémiaire an III (), il est inquiété par la réaction thermidorienne et est à nouveau suspendu de ses fonctions, mais cette fois comme terroriste (c'est-à-dire ayant eu des responsabilités durant le régime de la Terreur) par les représentants du peuple Besson et Jacques Pelletier. Ceci ne l'empêche pas de se faire réélire en brumaire de la (octobre-) président de la société populaire. Finalement, le , il est rétabli dans ses fonctions par le représentant Joseph Marie François Sevestre .. Le 4 germinal de l'an III (), il démissionne de l'Armée à la fois pour raison de santé, à la fois du fait de son âge ; il est alors le plus vieux des adjudants généraux et enfin parce que par trois fois le ministre de la guerre Aubert-Dubayet a refusé de lui accorder le grade de général de brigade. Trois mois plus tard, il demande sa réadmission au sein de l'armée de l'Intérieur, mais aucune suite ne lui est donnée.
À la suite de l'insurrection parisienne ratée du de l'an III, (), il est arrêté et emprisonné à titre préventif, le 6 prairial an III (), en même temps que quatorze autres patriotes de Besançon dont son beau-père, Antoine Pion, marchand-drapier de Besançon et Briot par le président du Directoire départemental du Doubs, Joseph Louvot. Viénot est notamment accusé d'avoir profité de sa position et de son art oratoire pour promouvoir la loi agraire au profit des plus pauvres. .