Adélaïde Hautval, surnommée Haïdi, née Marthe Adélaïde Haas le au Hohwald (Bas-Rhin) et morte le à Groslay (Val-d'Oise), est une psychiatre française, rescapée des camps de concentration nazis et reconnue Juste parmi les nations par l'État d'Israël en 1965.
Biographie Enfance Surnommée Haïdi, Adélaïde est la fille du pasteur de l’Église réformée d'Alsace-Lorraine Philippe Haas-HautvalContribution à la localisation des troubles psychiques post-commotionnels (les aphasies, les bradypsychies), Université de Strasbourg, 1934, 146 p. (thèse de Médecine) , cité par .. Elle naît dans un village qui appartient alors à l'Empire allemand. Pro-français, le pasteur Haas avait décidé en 1920 d'accoler le nom français Hautval à son patronyme. Elle est la septième et plus jeune enfant de la famille. Elle fait du scoutisme chez les éclaireuses unionistes de Guebwiller au sein de la Fédération française des éclaireuses. Elle est autorisée à porter le nom de Hautval par jugement du .
Formation Adélaïde Hautval fait ses études de médecine à Strasbourg, puis travaille dans des hôpitaux et des instituts neuro-psychiatriques locaux et à Kussnacht en Suisse.
Seconde Guerre mondiale Son arrestation a lieu en , alors qu'elle traversait la ligne de démarcation à Vierzon pour des raisons personnelles (les funérailles de sa mère). À la prison de Bourges où elle est internée, elle prend la défense en allemand d'une famille juive maltraitée par un soldat allemand. Les Allemands lui disent alors . Elle est emprisonnée à Bourges puis internée à Pithiviers, les Allemands lui font porter sur la poitrine une étoile jaune avec une banderole Elle est ensuite transférée à Beaune-la-Rolande le et y reste jusqu'au , elle passe quelques jours à la prison d'Orléans en , et arrive enfin à la prison de Romainville le de la même année. Elle est déportée à Auschwitz par le convoi du , dit convoi des 31000, où elle a le matricule .
Sa qualité de médecin est reconnue au bout de quelques jours et elle devient médecin dans un des de Birkenau. Les conditions médicales sont plus que déplorables. Elle est d'abord affectée au block 22, où elle s'occupe de détenues allemandes, puis est envoyée en au block 10 du camp principal. Elle refusa de participer à l'expérience « médicale » des médecins nazis Clauberg, Schumann, Wirths et Mengele. Le médecin-chef y pratique des , notamment des stérilisations de femmes en brûlant leurs organes avec des produits caustiques. Adélaïde Hautval refuse d'y participer et est chargée des soins post-opératoires. Lorsqu'un nouveau médecin-chef est affecté à ce service, il ordonne à Adélaïde Hautval de l'assister, ce qu'elle refuse et elle est renvoyée, en parmi les autres détenues du camp. Elle y est relativement isolée : en quelques mois la population du camp s'est renouvelée et les détenues qu'elle avait rencontrées en prison ou lors de son transfert sont mortes ou ont été transférées dans un autre block. Le , elle apprend par Orli Reichert-Wald chargée de l'administration du qu'elle serait exécutée le lendemain si elle n'acceptait pas de participer aux opérations, ce qui ne la fait pas changer d'avis. Orli lui administre alors un somnifère, fait peut-être passer un autre cadavre pour le sien en prétendant qu'elle est déjà morte et lui sauve ainsi la vie.
Adélaïde Hautval est par la suite de nouveau affectée comme médecin au camp. En tant que psychiatre, elle est amenée à examiner des femmes devenues folles avec comme ordre de les déclarer « inaptes au travail », ce qui les conduira directement à la chambre à gaz. Elle ne comprend pas pourquoi on lui demande ici des justifications médicales pour pouvoir assassiner. Volontaire pour et , elle assiste à plusieurs séries d'expériences des médecins nazis, notamment celles du Docteur Carl Clauberg spécialisé dans la stérilisation et la castration, tout en soulageant ses camarades et en les faisant échapper à la mort. Elle souffre du typhus de jusqu'en février-mars de l'année suivante.
Elle est transférée à Ravensbrück le où on l'envoie comme médecin au camp de concentration de Watenstedt (une usine de munitions), puis, l'administration s'apercevant qu'elle était classée Nuit et brouillard, elle ne peut plus travailler à l'extérieur de Ravensbrück où elle est ramenée. Elle est alors de nouveau médecin au . Elle voit la libération du camp en mais y reste avec Marie-Claude Vaillant-Couturier afin de s'occuper des malades qui ne peuvent être immédiatement transportés. Elle quitte le camp pour la France avec les derniers malades français le .
N'appartenant à aucun réseau ou organisation de résistance, Adélaïde Hautval n'obtient qu'avec difficulté une carte de déportée résistante qui lui est donnée en 1963. Elle est décorée de l'Ordre national de la Légion d'honneur en pour son dévouement envers les autres déportés dans les camps.
Après guerre En 1946, Adélaïde Hautval écrit Médecine et crimes contre l'humanité, qui sera édité en 1991Médecine et crimes contre l'humanité : témoignage manuscrit « Déportation » écrit en 1946, revu par l'auteur en 1987, Actes Sud, Paris, 1991, 101 p. .
En , elle témoigne en Angleterre au procès en diffamation de l’écrivain Leon Uris contre Vladislav Dering (), un médecin polonais qui avait participé à des expérimentations médicales à Auschwitz et qui réfutait une note de bas de page de son roman Exodus.
Le , Adélaïde Hautval reçoit la médaille des Justes parmi les nationsDossier n° 100, consulté sur le site de Yad Vashem..
Se découvrant des signes de la maladie de ParkinsonFlorence Hervé, « Adelaïde Hautval », in Histoires et visages d'alsaciennes, Cabédita, Divonne-les-Bains, 2005, p. 82 , elle met fin à ses jours à l'âge de 82 ans le à Groslay (Val-d'Oise). Elle est inhumée au cimetière de cette même ville.
Publication
Distinctions
Juste parmi les nations, 1965. Flicker of Light, Yad Vashem
Hommages posthumes Noms de rue Une rue de Strasbourg porte son nom depuis 1993 La ville de Bourges possède une rue Adélaïde-Hautval Une rue Adélaïde-Hautval existe à Blaye (Gironde). Un square porte son nom à Sélestat. Une rue porte son nom à Haguenau depuis le conseil municipal du . Une école à Illkirch-Graffenstaden porte son nom.
Plaques commémoratives Sa commune natale du Hohwald a érigé en 1991 une fontaine sur laquelle est inscrite en onze langues sa devise : . À Groslay, où elle vécut après la guerre, une plaque est apposée sur le mur de sa maison en Une plaque commémorative a été apposée en gare de Rothau (Bas-Rhin) le .
Institutions À Guebwiller (Haut-Rhin), le « Cercle Adélaïde Hautval » a été créé en 2006 et une école porte son nom depuis la rentrée 2019 . Le , le directeur général des Hôpitaux de Paris, Martin Hirsch, annonce à l'AFP que l'hôpital de Villiers-le-Bel porte désormais le nom d'hôpital Adélaïde-Hautval en remplacement de son ancien nom d'hôpital Charles-Richet, du nom d'un médecin rétrospectivement décrié pour ses thèses racistes. En 2020, le collège de Ferrette (Haut-Rhin) est renommé collège Adélaïde-Hautval Le , l'église protestante de Marlenheim reçoit le nom d'Adélaïde Hautval. En 2023, les élèves et habitants d'Illkirch-Graffenstaden donnent son nom à la nouvelle école de la ville. Une démarche est actuellement en cours afin qu'Adélaïde Hautval entre au Panthéon En 2025, le Centre de santé de l'Épée de Bois (Paris 5è) est devenu le Centre de santé Adélaïde Hautval Le 3 Novembre 2025 une nouvelle école primaire porte son nom dans la ville d'Oberhausbergen
Exposition Une exposition lui est consacrée par le Centre d'étude et de recherche sur les camps d'internement du Loiret et de la déportation juive (Cercil) à Orléans en
Documentaire 2021 : Adélaïde H. une résistante alsacienne, réalisé par Daniel Cling
Notes et références Notes
Références
Annexes Bibliographie Denis Labayle Adélaïde Hautval. La psychiatre qui a tenu tête aux médecins nazis, 2024, Éd. Plon, Bulletin du Cercle généalogique d'Alsace, , ; recension par P.-A. M (Pierre-André Meyer) dans Généalo-J, Revue française de généalogie juive, , , . Denis Labayle, Adélaïde Hautval : la psychiatre qui a tenu tête aux médecins nazis, Plon, 2024, 272 p. . Maryvonne Braunschweig, Georges Hauptmann, Docteur Adélaïde Hautval, dite Haïdi, 1906 – 1988. Des camps du Loiret à Auschwitz et Ravensbrück[...], témoignages de Génia Obœuf, d’Anise Postel-Vinay, nombreux documents originaux, édition du Cercle d'étude, Paris, 2017, 240 p.
Hervé de Chalendar, « Juste parmi les Nations. Adélaïde Hautval. Elle n'a jamais rien cédé », in Les Saisons d'Alsace, (L'Alsace, ce beau jardin), printemps 2017,
Sabine Faivre, Adelaïde Hautval, une conscience face au mal- le destin d'un médecin chrétien dans l'enfer d'Auschwitz, éditions L'Harmattan, . . – Extrait de La Revue du praticien, 2004, . Florence Hervé, « Adelaïde Hautval », Histoires et visages d'Alsaciennes, Cabédita, Divonne-les-Bains, 2005, . Mordecai Paldiel, « Adelaïde Hautval. », , Taylor Trade Publications, 2011 Léon Strauss, « Adélaïde Hautval », Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 45, Laura Lynn Windsor, , ABC-CLIO, Santa Barbara, Calif., 2002,
Liens externes
Site consacré à A. Hautval : Adélaïde Hautval sur le site Yad Vashem Fiche sur le site du Comité français pour Yad Vashem Adélaïde Hautval sur le site du judaïsme d'Alsace et de Lorraine Allocution du docteur Adélaïde Hautval et lettre de Moshe Bejski, juge à la Cour suprême d'Israël après le décès d'Adélaïde Hautval sur le site du judaïsme d'Alsace et de Lorraine Adelaïde Haas Hautval (1906-1988). Musée virtuel du protestantisme Documentaire Docteur Adélaïde Hautval, résister jusqu'au bout sur le site de France Culture,
Catégorie:Femme médecin française Catégorie:Résistante française Catégorie:Résistant alsacien Catégorie:Prisonnier au fort de Romainville Catégorie:Déporté résistant Catégorie:Déporté à Ravensbrück Catégorie:Survivant d'Auschwitz Catégorie:Survivant de Ravensbrück Catégorie:Shoah en France Catégorie:Juste parmi les nations français Catégorie:Chevalier de la Légion d'honneur décoré en 1945 Catégorie:Personnalité du protestantisme alsacien Catégorie:Étudiant de l'université de Strasbourg Catégorie:Naissance en janvier 1906 Catégorie:Naissance dans le district de Basse-Alsace Catégorie:Décès en octobre 1988 Catégorie:Décès dans le Val-d'Oise Catégorie:Décès à 82 ans Catégorie:Suicide par moyen indéterminé en France Catégorie:Personnalité inhumée dans le Val-d'Oise