Jacques Fesch (né le à Saint-Germain-en-Laye et mort le à Paris) est un Français condamné à mort pour un vol à main armée suivi du meurtre d'un policier : Jean-Baptiste Vergne, commis le à Paris. Converti en prison au catholicisme, il lit beaucoup et exprime un profond repentir. Depuis 1987, une instance en béatification est ouverte.

Biographie Origines Jacques Fesch voit le jour le dans une famille aisée. Il est le fils de Georges Fesch, directeur de banque et pianiste belge qui se réclame du lignage Fesch (le cardinal Joseph Fesch était l'oncle maternel de Napoléon Bonaparte), et de Marthe Hallez. Cette parenté avec le cardinal Fesch ne semble cependant pas exister d'après une étude généalogique parue en 2025 et mentionnée dans la Bibliographie . Une étude généalogique suisse datée de 2013 reprend la thèse erronée de cette parenté en mentionnant Georges Fesch comme issu de la branche de Hans Albert (ou Johann Albrecht) Faesch (1648 -1707), qui est l'arrière-grand-père du cardinal Joseph Fesch, établie depuis fort longtemps en Belgique , alors que cet Hans Albert Faesch, né à Bâle en 1648, mort à Bâle en 1707, ne s'est jamais établi en Belgique (les Pays-Bas méridionaux à l'époque), qu'il s'est marié à Bâle en 1671 à Salomé Nübling (1641 - 1705), que ses cinq enfants (trois garçons et deux filles) sont nés à Bâle de 1671 à 1681. Sauf informations inédites vérifiables et consultables, la généalogie complète de cette famille semblerait à établir, ce que ni l'étude belge ni l'étude suisse ne paraissent pouvoir faire en totalité. La famille Faesch de Bâle, dont les branches sont nombreuses, en Suisse comme dans d'autres pays, remonte au XIVe siècle et a pour origine Fribourg-en-Brisgau : https://www.genealogiesuisse.com/Faeschdebale.pdf . Sa mère, Marthe, femme pieuse et mère au foyer, élève ses trois enfants : deux filles, nées 4 et avant Jacques, et son petit dernier, aux caprices duquel elle cède souvent..

Dans les années 1920, son père, qui dirige une banque pour les étrangers, s'installe avec sa famille à Paris, avant d’habiter à Saint-Germain-en-Laye. Jacques reçoit dans son enfance une éducation religieuse dont il se détache assez tôt. De 1938 à 1947, il fait sa scolarité à l'école Saint-Érembert, puis au lycée Claude-Debussy. Ses amis se souviennent de lui comme de quelqu'un de mou et d'absent. Il ne s'intéresse à rien, s'ennuie, n'étudie pas et quitte le lycée sans avoir obtenu le baccalauréat. À cette époque, il sort beaucoup, fréquente Saint-Germain-des-Prés et les boîtes de jazz. Servi par un physique avantageux, il se présente comme un grand séducteur de jeunes femmes. Tout au long de son enfance, il reste marqué par la forte personnalité de son père, par la grande érudition de celui-ci, ainsi que par son affirmation d'homme athée. Ne se sentant pas à la hauteur d'un tel père, il a des difficultés à s'identifier à lui. Les rapports difficiles entre ses parents instaurent durablement un climat familial instable..

Jacques Fesch rencontre Pierrette Polack, sa future femme, lorsqu'il est encore lycéen. De 1950 à 1951, il accomplit son service militaire en Allemagne, dont il sort avec le grade de caporal et avec un certificat de bonne conduite. Son livret militaire indique qu'il est mauvais tireur. Pierrette est enceinte pendant qu'il effectue encore son service militaire et il l'épouse à Strasbourg le . Les parents Fesch voient cette union d'un très mauvais œil car Pierrette est juive, et eux, antisémites. Le couple sans ressource s'installe donc chez les parents de la mariée et le , Pierrette donne naissance à une fille, prénommée VéroniqueVéronique Fesch, 7 juillet 1951 - 21 janvier 2015, et postérité (deux fils : Timothée et Quentin).. Le père de Pierrette offre un emploi à Jacques Fesch. Ce dernier abuse de sa confiance et détourne des fonds à son profit. Jacques Fesch est donc mis à la porte de chez ses beaux-parents et sa femme ne le suit pas. Avant cette éviction, sa mère lui avait offert un million de francs afin qu'il en créant une société de livraison de charbon pour concurrencer son beau-pèreInterview de Pierrette à .. Avec la moitié de cette somme il avait acheté une voiture de sport, une Simca décapotable aux fauteuils en cuir vert et continué à séduire les femmes, tandis qu’il « flambait » le reste ; il ne livrera jamais de charbon.

En , il rencontre Thérèse Troniou et entame une relation avec elle ; de celle-ci naît, en , à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul de Paris, un garçon, Gérard, qui est placé à l'Assistance publique puis dans des familles d’accueil. Il ne sera jamais adopté. Quand il a dix ans, l'administration change son nom : Troniou est transformé en Droniou, au prétexte d'une erreur de graphie. Il ne découvre ses origines qu'en 1994 à la faveur d'un reportage dans un magazine sur Jacques Fesch, car l'une de ses amies avait trouvé une ressemblance entre la photo de Jacques Fesch et lui. Gérard prend alors contact avec Jean Duchesne, le biographe de Jacques Fesch et des recoupements permettent d'établir le lien de filiation, notamment grâce au nom de Troniou, qui est celui de sa mère et que lui-même a porté jusqu'à l'âge de dix ans. Gérard est reconnu en 2007, par décision de justice, comme le fils naturel de Jacques Fesch..

Affaire criminelle vignette|Comptoir du 39, rue Vivienne, à l'angle de la rue Saint-Marc, à Paris. Désœuvré, sans but à la suite de son licenciement par son beau-père, Jacques Fesch est fasciné par les ouvrages Seul à travers l'Atlantique et À la poursuite du soleil du navigateur Alain Gerbault. Il passe commande à un chantier naval de La Rochelle de la construction d'un voilier neuf afin de tenter l'aventure. Comme il n'a pas l'argent pour le financer, il emprunte le revolver de son père et le jeudi , vers , au 39, rue Vivienne, dans le quartier de la bourse de Paris, il entre avec son complice Jacques Robbe, dit Criquet, dans le Comptoir de Change et de Numismatique, nom du bureau de change d'Alexandre Silberstein, pour voler à ce dernier les pièces d'or qu'il était venu commander la veille du braquage : deux lingots, cent napoléons, de et de , soit deux millions d'or (en anciens francs). Son complice, selon lui ignorant les projets de Fesch, prend peur, sort et alerte un policier dans les termes suivants : Pendant ce temps, Fesch, qui a verrouillé la porte et sorti son revolver de sa sacoche, menace le changeur qui essaie de le raisonner en lui disant qu'il est un ancien combattant, qu'il va gâcher sa vie. Fesch s'impatiente et le frappe de deux coups de crosse. Son arme tombe et il se tire par inadvertance une balle dans la main gauche en la ramassant. Il rafle la caisse pour environ . La victime s'est remise de ses coups et appelle à l'aide..

Revolver en main, Fesch couvre sa fuite. Des passants donnent la chasse au malfaiteur qui, à la faveur de la nuit tombante, sème ses poursuivants et trouve refuge au cinquième étage de l'immeuble du 9, boulevard des Italiens. Après s'être calmé, il redescend jusqu'à la cour. Le concierge a entre-temps alerté un agent de police, Jean-Baptiste Vergne, autour duquel s'est formé un attroupement. Fesch essaye de prendre un air détaché, passe à côté du concierge et de l'agent de police, et se dirige vers la porte calmement. Il est reconnu par un badaud. Vergne dégaine et lui crie : Fesch qui a perdu ses lunettes dans sa fuite, se retourne et tire, au jugé, maniant son arme dans la poche de son imperméable..... Touché en plein cœur, le gardien de la paix Vergne, veuf de trente-cinq ans et père d'une enfant de deux ans, meurt sur le coup. Fesch reprend sa course éperdue, blesse gravement à la nuque un passant, Raymond Lenoir, qui tente de l'agripperRaymond Lenoir, typographe de ., dévale les marches de la station de métro Richelieu-Drouot et tire encore deux coups de feu avant d'être stoppé par des portes fermées. Il est maîtrisé par un passant de , Georges Plissier, qui le désarme..

Enquête Jacques Fesch est immédiatement conduit au commissariat. Étant donné qu'il a tué un policier, c'est le commissaire divisionnaire Max Fernet, chef de la brigade criminelle, qui prend personnellement la direction de l'enquête. Jacques Fesch reconnaît immédiatement les faits, sans exprimer aucun regret ni remords, sauf celui de s'être fait prendre. La police convoque Alexandre Silberstein, qui le reconnaît formellement ainsi que son complice. Les deux suspects sont conduits sans délai au 36, quai des Orfèvres. Les inspecteurs commencent par gifler copieusement Jacques Fesch, qui est ensuite entendu par Fernet. Le suspect expose au commissaire ses motivations : financer l'achat d'un voilier pour gagner Tahiti. L'enquête est vite bouclée et le commissaire divisionnaire conclut que Fesch a prémédité son projet de braquage seul, qu'il a enlevé le cran d'arrêt de son arme en avance, avec l'intention de tuer et qu'il a manipulé son complice.

Incarcération et conversion Dans l'attente de son procès, Jacques Fesch est incarcéré pendant trois années dans une cellule de la prison de la Santé, à Paris. Isolé, tourmenté et plein de questionnements, il lit et écrit, jusqu'à y passer des journées entières. Lui qui n'avait rien fait à l'école se bâtit une culture littéraire et entame un cheminement intellectuel, puis spirituel. Durant cette période, plusieurs personnes contribuent à l'éveil de sa foi.

Il reçoit une fois par semaine la visite de son avocat, Paul Baudet (1907-1972)., ténor du barreau de Paris de l'époque recruté par ses parents. Baudet joue un rôle dans le cheminement spirituel de son client. En homme profondément croyant, Baudet va tous les jours à la messe. Originaire de Bourges, il est venu à Paris pour y faire carrière ainsi que pour échapper à la stigmatisation dans laquelle le tenait son homosexualité dans une ville de province dans les années 1950. D'abord tenté par une retraite dans l'abbaye Notre-Dame de la Trappe, située dans l'Orne, il a finalement fait vœu de chasteté et décidé de vivre sa vocation à travers son métier d'avocat. Chacune de ses visites à Fesch dure des heures, pendant lesquelles les deux hommes parlent de l'affaire, ainsi que de la souffrance, du châtiment, de la pénitence et de la rédemption. Fesch résiste au début, ressemblant en cela à son père anticlérical, et surnomme dans un premier temps son avocat « la panthère de Dieu ».

Pendant ses années de détention, il entretient une correspondance régulière avec des proches, notamment avec sa mère, personne très croyante, qui lui fait parvenir en prison en un ouvrage de vulgarisation sur les apparitions mariales de Fátima. Pour Fesch, c'est une révélation : Il apprend en détention la mort de sa mère survenue le à la suite d'un cancer : . : . : (Lettre de Jacques Fesch au frère Thomas datée du 8 juin 1956).. Il écrit également à frère Thomas, jeune moine également originaire de Saint-Germain-en-Laye. Les deux hommes ne se connaissent pas. Au début, le jeune moine lui écrit par charité chrétienne et Jacques Fesch ne répond pas dans l'immédiat. À mesure que grandit sa foi, il noue avec le jeune moine une relation épistolaire nourrie, publiée sous le nom de Lumière sur l'échafaud. Sa belle-mère enfin recueille ses pensées dans un journal spirituel.

Il demande à se confesser et s'entretient régulièrement avec le père Devoyod, aumônier de la prison. Il communie d'abord une fois par mois, puis tous les quinze jours, puis toutes les semaines et enfin presque tous les jours. L'aumônier lui fournit une abondante lecture religieuse.

Ces lectures, correspondances, entretiens, lui permettent de renouer peu à peu avec la foi perdue dans sa jeunesse. Cela le change complètement, il devient mystique (il connaît une expérience spirituelle au cours de la nuit du ), écrit des textes spirituels et regrette son crime et tout le mal qu'il a causé : ... (). (). ..

Procès