Le cirque de Barrosa (Circo de Barrosa en espagnol) est un cirque glaciaire situé au centre de la chaîne des Pyrénées, en Espagne, dans la comarque du Sobrarbe (province de Huesca, communauté autonome d'Aragon). Une partie de sa ligne de crête forme la frontière avec la France.
Il s’agit d’un beau cirque de montagne, attrayant pour des montagnards, mais il se singularise par sa structure géologique en deux étages, l’étage supérieur faisant partie d’un chevauchement, et par les vestiges d’un ancien chemin muletier qui le traverse de part en part. Or ces deux singularités sont intimement liées puisque ce chemin a été aménagé sur une corniche naturelle qui court, dans les falaises, à la limite entre les deux étages, ce qui confère à son parcours un grand intérêt sur le plan géologique.
De plus le cirque de Barrosa fournit l’occasion de s’intéresser à plusieurs histoires : celles de l’exploitation minière dans la région du cirque, à laquelle ce chemin est lié ; celle des relations humaines entre la France et la vallée de Bielsa, par ce chemin ou des cols voisins ; celle d’un épisode de la guerre d’Espagne, dont la vallée de Bielsa a été le théâtre ; et celle du pyrénéisme, dont les pionniers découvrent le cirque à la fin du .
Toponymie Barr- vient de l’indo-européen, ou du latin, barra- (cime, extrémité, branche pour un arbre) qui a donné « barre » en français avec le sens de pièce de bois qu’on met en travers pour « barrer » le passage, comme le fait une « barre rocheuse » plus large que hauteLe Robert (Dictionnaire historique de la langue française) sous la direction d'Alain Rey, 1998, tome 1, page 336..
L’origine du suffixe –osa est obscure : peut-être le latin –osus, -osa, qui marque la quantité, comme en français le suffixe –eux, par exemple dans herbeux.
Barrosa en espagnol devient Barroude en français, -osa passant à –oda, -oudo dans le gascon local
Géographie Topographie thumb|alt=Vue panoramique du cirque de Barrosa|Vue panoramique du cirque de Barrosa, prise de la sierra de Liena.
Le cirque glaciaire de Barrosa se situe sur le versant espagnol de la crête frontière des Pyrénées centrales, dans le Haut Aragon (province de Huesca, comarque de Sobrarbe), vallée de Bielsa. Y prend sa source le rio Barrosa, qui se jette dans le rio Cinca à Bielsa.
Entre le col d’Espluca Ruego au sud () et le port frontalier de Barroude au nord (), distants de , sa ligne de crête principale dessine une demi-conférence de de long, passant par les sommets de la Punta d’Espluca Ruego (), le pic Robiñera (), le pic de la Munia (), et le pic de Troumouse (). Elle est de si on la considère comme se prolongeant au-delà du port de Barroude jusqu’au pic Barrosa ().
thumb|alt=Carte de la région du Cirque de Barrosa|Carte topographique et géologique de la région du cirque de Barrosa
Par l’arête est du pic de La Munia, qui avance dans le cirque un gros épaulement en forme de dôme, le cirque est divisé en deux parties. Sa partie nord (« dite Barroseta »), qui s’adosse au cirque de Troumouse, et dont la falaise prolonge en Espagne la muraille de Barroude, communique avec la vallée de La Gela, branche de la vallée d’Aure, par le port de Barroude. Sa partie sud, la plus grande, comprend la partie centrale du cirque, dont les pentes, sous le large col de Robiñera, sont modérées, et la falaise sud du cirque, prolongée à l’est par le versant nord, abrupt, de la sierra de Liena. Par le col d’Espluca Ruego elle communique avec le plateau pastoral de Liena (ou de Ruego), versant sud de cette sierra, en pente douce au-dessus de la vallée d’un affluent de la rive droite du rio Barrosa, le rio Real.
Voies d'accès L’accès le plus facile se fait par le lieu-dit l’« Hospital de Parzan », au bord du rio Barrosa, sur la route internationale A-138, à de la sortie sud du tunnel transfrontalier d’Aragnouet-Bielsa. De là on atteint le fond du cirque, à pied, en 1 heure 1/4 environ.
Par le sud on peut y accéder par la vallée de Chisagües, hameau accessible par la route à laquelle succède une piste, parfois en forte pente, permettant d’atteindre, en , une cabane sur le plateau de Liena. De là on monte au col d’Espluca Ruego en 1 heure à pied.
Au nord on peut y accéder par la vallée de La Gela en montant à pied au port de Barroude, en 3 h 30 - 4 h à partir de la route D 173.
Géologie thumb|alt=Coupe des Pyrénées centrales|Coupe nord-sud des Pyrénées centrales montrant les chevauchements consécutifs à la collision de la plaque tectonique Ibérie contre la plaque eurasienne
La muraille du cirque comporte deux étagesCarte géologique des Pyrénées à 1:400000, BRGM, Instituto Geologico y Minero de España, planèteterreR. Mirouse et P. Barrère, Carte géologique de la France à 1:50000, feuille Vielle-Aure, BRGM, 1993, ce qui a d'emblée frappé Franz SchraderF. Schrader, Pyrénées, Privat-Didier, 1936, tome 1 (Courses et ascensions), p. 155-175 (« Barrosa ») ; tome 2 (Science et art), p. 186 (« Glaciers ») lorsque le premier, en 1877, il visite le cirque alors méconnu des pyrénéistes français.
L’étage supérieur appartient à une unité chevauchante (« chevauchement », « allochtone ») dite « nappe de charriage de GavarnieR. Mirouse, Pyrénées centrales franco-espagnoles, collection « Guides géologiques régionaux », Masson, 1992, p. 9-39 (« Formation des Pyrénées »), p. 131-135 (« Région de Barrosa », avec en p. 134 un dessin de la partie sud du cirque), p. 155-167 (« Région de Gavarnie »)F. Bixel, M. Clin, C. Lucas, C. Majesté-Menjoulas, R. Mirouse, P. Roger, Pyrénées : 500 millions d'années, BRGM, 1983, p. 4-23 (« Formation des Pyrénées »), p. 65-89 (« Nappe de Gavarnie ») », et repose par un contact anormal sur une unité inférieure (« socle », « substratum », « autochtone »). Ce plan de chevauchement est quasiment horizontal dans le cirque alors qu'au-delà il plonge vers le nord et vers le sud.
Le cirque de Barrosa met ainsi son visiteur en présence du mécanisme de la formation des montagnes par collision continentale (ce qui est le cas des Pyrénées, qui peut être comparé à celui des AlpesH. Le Meur, E. Calais, M. Tardy, « Les Alpes battent en retraite », La Recherche, n° 355, juin 2003, p. 30-37M. Marthaler, « Le Cervin est-il africain? », L. E. P. Loisirs et Pédagogie, 2001, p. 47-64 (« Formation des montagnes »)M. Mattauer, Ce que disent les pierres, Bibliothèque Pour la science, 1998, p. 34-51 (« Formation des montagnes »), p. 128-137 (« Pyrénées ») et de l'HimalayaG. Mascle, B. Decaillau, G. Hérail, « La formation de l'Himalaya », La Recherche, n° 217, janvier 1990, p. 30-39, à base de chevauchements par compressionC. Pomerol, Y. Lagabrielle, M. Renard, Éléments de géologie, Dunod, , 2005, p. 267-320 (« Coupe des Pyrénées » : p. 308)G. Boillot, P. Huchon, Y. Lagabrielle, Introduction à la géologie. La dynamique de la lithosphère, Dunod, , 2003, p. 125-132M. Mattauer, Monts et merveilles, Hermann, 1989, p. 121-128 (« Formation des montagnes »), p. 178-190 (« Formation des Pyrénées »)O. Merle, Nappes et chevauchements, Masson, 1994, p. 77-108.
Vers –80 millions d’années (Ma), la plaque continentale ibérique (sa lithosphère) entre en collision avec le bord aquitain de la plaque eurasienne supposée fixe. La plaque ibérique s’enfonce (difficilement car relativement légère) sous la plaque eurasienne, mais des écailles, bloquées contre le front de celle-ci, s’en décollent successivement et chevauchent, par à-coups successifs, la croûte ibérique sous-jacente qui continue à migrer vers le nord. Un mécanisme analogue affecte à un moindre degré le bord aquitain de la plaque eurasienne. C’est l'empilement par en dessous de ces « unités chevauchantes », dans le prisme formé par les deux plaques, qui, en épaississant la croûte continentale, est le principal mécanisme de la surrection des Pyrénées. Celle-ci est passée par un maximum d’intensité vers –40 Ma. Elle remanie une croûte continentale qui avait été affectée, entre -350 et -300 Ma, par la formation de la chaîne hercynienneP. Matte, M. Mattauer, « La chaîne hercynienne reconstituée », Pour la science, n° 311, septembre 2003, p. 58-63, par la suite réduite à l’état de pénéplaine par son érosion au Permien et au Trias (-300 à -200 Ma). Elle continue aujourd’hui, mais beaucoup plus lentement.
thumb|alt=Coupe nord-sud de la région du cirque de Barrosa|Coupe nord-sud de la région du cirque de Barrosa situant celui-ci dans l'empilement des chevauchements, par rapport à la nappe de charriage de Gavarnie
Sur une coupe nord-sud cet empilement a la forme d’un éventail avec déversement vers le nord sur la plaque eurasienne (incluant la faille nord-pyrénéenne qui représente la suture entre les deux plaques), et surtout vers le sud. Dans la partie centrale des Pyrénées il constitue la chaîne axiale, faite en majorité de terrains primaires. Son versant méridional, empilement des têtes plongeantes des unités chevauchantes, est fait surtout de sédiments calcaires crétacés et tertiaires ; il constitue le futur massif du Mont-PerduP. de Bellefon, M. Clin, E. Balcell Rocamora, J. - F. Le Nail, Tres Serols -- Mont - Perdu, Association Mont-Perdu -- Patrimoine mondial,2000, p. 57-85 (géologie du Mont-Perdu), p. 138-161 (relations entre France et Espagne).
Le cirque de Barrosa a été creusé par les glaciers quaternaires dans l’épaisseur de deux de ces unités chevauchantes superposées, à un endroit où le plan de chevauchement entre les deux est pratiquement horizontal. L’unité inférieure est constituée de granite dans les parties centrale et méridionale du cirque et le plateau de Liena, et de cornéenne (schistes infiltrés et recuits par le granite à l’état fondu lorsqu’il s’est mis en place dans la chaîne hercynienne) dans sa partie nord. Sa surface est celle de l’ancienne pénéplaine post-hercynienne, par la suite recouverte de sédiments : dépôts fluviatiles discontinus de grès rouge au Permien et au Trias (pic Barrosa, plateau de Liena) résultant de l’érosion de la chaîne hercynienne, puis dépôts calcaires dans une mer peu profonde au Crétacé supérieur moyen.
L’unité supérieure (la « nappe de charriage ») est constituée, de bas en haut : d'wikt:ampélite du Silurien, de calcaire du Dévonien inférieur et de schistes du Dévonien moyen et supérieur.
thumb|alt=Schéma géologique de trois parties du cirque de Barrosa|Schémas de la structure géologique de trois parties du cirque de Barrosa : la falaise sud, la falaise nord et le port de Barroude
En raison de la place importante qu’elle occupe dans la cirque, l'ampéliteA. Foucault, J.- F. Raoult, Dictionnaire de géologie, Masson, 1980 justifie une mention spéciale. Cette roche contient en effet des matières organiques, donc du carbone, sous forme de particules de graphite où les feuillets de carbone sont mal liés entre eux. Ceci explique, outre la couleur noirâtre de la roche, son délitement facile (responsable des reliefs émoussés du port de Barroude), et surtout son rôle de « couche-savon » lié à l’effet lubrifiant du graphite, donc sa position à la base de l’étage supérieur, juste au-dessus du plan de chevauchement.
Le profil en « auge » de la vallée du rio Barrosa témoigne de son érosion par le glacier quaternaire qui a creusé la partie sud du cirqueP. René, « Les glaciers des Pyrénées françaises », Revue pyrénéenne, n° 119, octobre 2007, p. 21-25. Au centre du cirque, une moraine, masquée par une pelouse mais parsemée de blocs calcaires erratiques, en aval d’un verrou glaciaire, est le témoin du glacier plus récent (fin de la dernière période glaciaire : à années) qui a creusé sa partie nord. Après la fin du petit âge glaciaire, au milieu du , a persisté dans la versant est du pic Robiñera un glacier aujourd'hui disparu<ref name="Russell">Henry Russell, Souvenis d'un montagnard, Pyrémonde/PRNG, 2008, p. 159-161 (« Région de Barroude »), p. 277-278 (« Robiñera »)</ref>.
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