La dissertation, ou développement construit aussi parfois appelée composition, est un exercice d'argumentation et de réflexion traditionnellement organisé en trois parties, parfois en deux parties selon les disciplines et les formations, qui retrace le cheminement d'une pensée d'une introduction à une conclusion, le plus souvent à l'appui de références académiques propres à la culture légitime.

La dissertation résout une problématique, sauf parfois en histoire où elle répond à un questionnement historique davantage chronologique. Elle est pratiquée dans les établissements scolaires français, principalement à partir du lycée (dans les séries préparant au bac général), en classes préparatoire, à l'université (dans les départements de lettres et de sciences humaines) ou dans certaines grandes écoles (ENS, IEP, etc.).

Elle est la base des grands concours de l'enseignement dans les matières littéraires et dans les sciences économiques et sociales, au chef desquels le concours d'entrée aux Ecoles normales supérieures, le CAPES et l'agrégation, aussi bien à l'écrit que dans leur équivalent oral, ainsi qu'au concours général. Elle est traditionnellement l'exercice le plus prestigieux, notamment en lettres et en philosophie.

Méthodologie Buts et raisons La dissertation est un exercice académique de réflexion qui permet de formaliser le cheminement d'une pensée, d'une question, d'une notion (notamment en philosophie) ou d'une citation (notamment en lettres) originaire à une conclusion. Une argumentation logique doit rigoureusement suivre un fil directeur. La dissertation exige d'être nourrie par les connaissances de l'élève (concepts, auteurs, œuvres, exemples et illustrations). Elle s'oppose par conséquent à la récitation par cœur ainsi qu'à la pure invention..

Le format de la dissertation est applicable à une multiplicité de disciplines. Les règles changeront donc selon les disciplines : une dissertation de littérature comparée doit s'appuyer sur des exemples issus de la littérature, et suit généralement une logique de dépassement, tandis qu'une dissertation d'histoire peut être organisée selon un plan chronologique ou thématique. Une dissertation de géographie peut être bâtie autour d'un plan typologique également, en variant les échelles. Une dissertation de droit est nécessairement structurée en deux parties, et ne dispose pas d'une conclusion.

Sous les républiques, la dissertation est considérée, à l'inverse de l'écriture de discours, comme un exercice aux vertus démocratiques et républicaines, en ce qu'il permet d'organiser sa pensée et de démêler le vrai du faux.

Choix des sujets Lycée et Baccalauréat La question du choix des sujets se pose d'abord au professeur qui doit préparer les énoncés, puis à l'élève ou au candidat au tout début de l'épreuve. Pour l'épreuve du bac passé en terminale lors des sessions 2005 à 2012 comme pour l'épreuve anticipée passée en première à partir de la session 2012, il y a deux sujets au choix du candidat. Les textes officiels limitent le nombre de sujets possibles aux grands thèmes du programme : Note de service du publiée dans le BO du , 286 définissant l'épreuve obligatoire d'histoire-géographie du baccalauréat général, séries ES, L et S, applicable à compter de la session 2005 de l'examen..

Certains professeurs de classes préparatoires estiment cependant que la dissertation au lycée a tendance à laisser la place à une réponse organisée à une problématique prémâchée, et qu'elle y favorise ainsi plus la restitution des connaissances que la réflexion, contrairement à ce qui a cours dans le supérieur.

Choix des axes Pour un sujet donné, il y a rarement une seule problématique et un seul plan corrects, mais bien plusieurs. Une bonne problématique et un bon plan sont ceux qui couvrent « le sujet, tout le sujet, rien que le sujet », pour éviter les oublis et les hors-sujets.

En histoire, les différents types de plans pour une composition sont les plans chronologiques le plus souvent, notamment lorsque la période couverte par le sujet est longue (les parties correspondent à des périodes), les plans thématiques (les parties correspondent à des thèmes), les plans chrono-thématiques (parties chronologiques et sous-parties thématiques, ou l'inverse).

En géographie, tout ce qui est chronologique est remplacé par l'étude spatiale (on n'étudie pas le temps, mais les territoires), les différentes parties pouvant correspondre aux échelles géographiques (échelles mondiale, nationale et locale par exemple).

Structure générale La dissertation commence par une introduction, qui, sans être trop longue, doit exposer et contextualiser le sujet. Elle doit permettre de l'éclairer, de le reformuler et de la problématiser. Si elle n'est généralement qu'en un unique paragraphe, elle couvre cinq mouvements, même si la variabilité selon la matière et le niveau de l'élève varie. Ainsi, la rigueur et l'élégance sont des exigences bien moindres au niveau du baccalauréat. une accroche, une entrée en matière (éventuellement une citation) où le sujet est amené la reprise du sujet une explication de la dimension du sujet, c'est-à-dire ses enjeux et ses limites, et donc d'une problématisation l'annonce de la problématique choisie l'annonce du plan. L'accroche est elle-même subdivisée en deux parties : l'énoncé d'un fait (ou une citation), et, immédiatement après, une explicitation du lien entre l'énoncé (ou la citation) et le sujet. L'annonce de plan permet au lecteur de connaître immédiatement le cheminement que suivra l'auteur dans la dissertation. Elle est constituée d'une, deux ou trois phrases qui rendent compte de la structure du raisonnement.

En philosophie, le cheminement est différent : il s'agit non pas d'aboutir à une seule problématique, mais de construire une réflexion qui pose les jalons, les limites de la réflexion, tout en clarifiant l'itinéraire de pensée, et qui se matérialise souvent par plusieurs questions interconnectées logiquement.

Le corps de la dissertation se compose généralement de deux ou trois parties, l'idéal, sauf en droit ainsi que dans les IEP. Chaque partie doit être introduite. La sous-partie commence par la présentation de l'argument, puis une explication, illustrée d'un exemple, repris dans une déduction. Chaque partie s'achève sur une conclusion partielle et une transition problématique. Le formalisme des sous-parties est souvent caché à des fins d'élégance, notamment au niveau des concours de l'ENS et de l'agrégation.

La conclusion termine la composition avec deux éléments, l'ensemble étant de taille approximativement équivalente à celle de l'introduction : d'une part un bilan, une synthèse, un résumé qui répond à la problématique donnée dans l'introduction ; d'autre part une « ouverture » c'est-à-dire une nouvelle problématique liée au sujet qui vient d'être traité. Une ouverture en géographie correspond à un changement d'échelle pour poursuivre le sujet ; une ouverture en histoire correspond aux suites chronologiques du sujet ou à des considérations mémorielles, tout en veillant à ne pas anticiper. L'ouverture peut également, en philosophie, souligner des pistes de prolongement de la réflexion.

La rédaction se fait directement au propre, à l'exception de l'introduction, des transitions et de la conclusion où un brouillon est préférable.

Concours d'entrée des ENS et agrégations Il s'agit des dissertations les plus exigeantes, requérant une maîtrise in extenso des oeuvres citées et où l'esprit de finesse, comme l'esprit de géométrie, pour citer Pascal, sont requis. Il faut en la matière disitinguer les dissertations sur oeuvre au programme et les dissertations hors programmes, qui concernent pour ces dernières, certaines agrégations, certaines spécialités du concours AL de l'ENS, ainsi que toutes les matières du concours BL de l'ENS.

IEP Les IEP ont développé leur propre méthodologie de dissertation, inspirée de la dissertation en droit, et dotées cependant que de deux parties, ce qui empêche de formuler un dépassement dans une troisième partie.

Dissertations orales Dans les concours académiques les plus prestigieux, tels que les concours de l'ENS et de l'agrégation, les épreuves littéraires orales donnent souvent lieu à des commentaires ou des dissertations, alors appelées leçons. Elles suivent la même méthodologie, si ce n'est que, oral oblige, la rupture entre les sous-parties n'est pas clairement visible, et qu'il est toléré d'être plus lourd dans les transitions, dans la mesure où elles ne peuvent être matériellement distinguées. Il ne s'agit nullement d'un entretien déguisé, comme dans le cas du grand oral de l'ex-ENA.

Notation

Chaque enseignant est libre de choisir sa méthode de notation. Pour la correction de l'épreuve écrite du baccalauréat, un document ayant pour titre Orientations pour la correction est distribué à chaque correcteur, leur fournissant des « consignes et indications de correction »Exemples : ; . ; ces consignes sont avant tout des extraits des différents textes encadrant l'épreuve :

Concours de l'ENS La notation couvre désormais l'ensemble de l'éventail de notes, là où traditionnellement, les notes étaient pour la plupart inférieures à 10, et avec un très faible écart-type, contrairement aux matières scientifiques.

Baccalauréat Lors de la remise des copies corrigées par les correcteurs, l'établissement servant de centre d'examen leur fait compléter un tableau représentant la répartition des différentes notes : le plus souvent ce tableau de notes représente une courbe de Gauss.

Toute note est forcément relative, selon les exigences du professeur, mais aussi selon le niveau de la classe (d'où l'importance de la moyenne de classe) et de l'établissement. Selon le correcteur, les erreurs d'orthographe ou de grammaire (plus rarement de typographie), la mise en page, le soin, le style ou la calligraphie seront ou non pris en compte dans la notation. Un usage au baccalauréat est de se limiter à quatre points sur vingt retirés pour ces questions de forme.

Enfin, aucune note est « juste » : les expériences de multicorrection montrent des écarts de notes souvent importants pour un même devoir selon le correcteur . Des études semblables ont été menées antérieurement : Laugier et Weinberg en 1936 ; Pieron, Reuchlin et Bacher en 1962.... Ces écarts sont censés être corrigés par la concertation entre les professeurs ainsi que par les commissions d'harmonisation au moment de l'examen.

Histoire

De la disputatio à la dissertatio La dissertation trouve son origine dans la mutation d'un exercice académique médiéval appelé disputatio. Débat rhétorique oral sur les auteurs, il amenait les étudiants et les érudits à construire une réflexion en plusieurs temps afin de résoudre une question imposée..

La dissertation en latin apparaît au et remplace progressivement dans les universités l'ancienne disputatio. Elle est fortement liée à la culture humaniste qui modèle la pensée occidentale à la Renaissance. Utilisée par René Descartes, elle devient rapidement le symbole du cartésianisme et de la rigueur de la pensée. Beaumarchais identifie la dissertation à l'esprit français, en mentionnant le ..

Intégration au programme scolaire républicain La dissertation est popularisée dans le système éducatif français par les jésuites, qui en font un des piliers de leur enseignement. L'influence académique des jésuites, ainsi que l'adoption du format de la dissertation par de nombreux philosophes, fait que la dissertation philosophique est introduite dans les lycées sous le Second Empire, en 1864. Elle s'étend à partir de ce moment aux disciplines connexes.