Joseph Bruce Ismay, né le à Crosby (Merseyside) et mort le à Kensington (Londres), est un homme d'affaires britannique, président pendant plusieurs années de l'International Mercantile Marine Co., un trust regroupant plusieurs compagnies maritimes financé par John Pierpont Morgan. Il fut également président de l'Oceanic Steam Navigation Company (plus communément nommée White Star Line) héritée de son père, Thomas Henry Ismay.

En 1907, il décide avec William James Pirrie de la construction de trois paquebots géants de la , l’Olympic, le Titanic et le Gigantic (converti en navire-hôpital sous le nom de Britannic). Le survient le naufrage du second navire au cours de son voyage inaugural. Ismay parvient à quitter le navire, mais est considéré comme le principal responsable de la catastrophe. La presse américaine le conspue, et il doit renoncer en 1913 à ses deux présidences.

Il ne se retire pas pour autant des affaires puisqu'il continue à s'occuper de plusieurs compagnies de Liverpool et de Londres, et fonde deux associations caritatives. Ce n'est qu'en 1934 qu'il quitte définitivement ses fonctions. Il meurt le , âgé de .

Aujourd'hui encore, il pâtit d'une image négative, que ce soit dans l'opinion publique ou les films et documentaires, que ses défenseurs ne parviennent pas à faire oublier.

Biographie Jeunesse

Joseph Bruce Ismay est né le à Crosby, Merseyside, près de Liverpool. Il est le fils aîné de Thomas Henry Ismay et de Margaret Bruce « Mr Joseph Bruce Ismay », Encyclopedia Titanica. Consulté le 14 août 2009. Son père est le propriétaire de l’Oceanic Steam Navigation CompanyL'Oceanic Steam Navigation Company est plus généralement appelée White Star Line, qui est le nom de la compagnie rachetée par Thomas Ismay. Ce nom est le nom commercial qu'ont continué à arborer les navires de la compagnie. qu'il a fondée en rachetant la White Star Line en 1867« Histoire de la White Star Line », Le Site du « Titanic ». Consulté le 14 août 2009.

Bruce Ismay fait ses études au collège d'Elstree et à Harrow, avant de passer un an en France. Il est ensuite apprenti dans l'entreprise de son père pendant quatre ans, avant de faire un tour du monde d'une année. Son apprentissage commence difficilement. En effet, le premier jour, il suspend son manteau et son chapeau avec ceux de son père comme il le faisait lorsqu'il lui rendait visite. Son père convoque alors un assistant et lui dit : . Ceci est peut-être à l'origine de la dureté dont il fait preuve auprès de ses employés, et de fait, de son impopularité..

À son retour, il est affecté aux bureaux new yorkais de la compagnie familiale. Le , il se marie à New York avec Julia Florence Schieffelin « Married in early december », The New York Times sur Encyclopedia Titanica. Consulté le 14 août 2009. Ils ont deux filles et deux fils.

En 1891, Ismay revient au Royaume-Uni avec sa famille, et est associé à la direction de la White Star Line et actionnaire des chantiers navals Harland & Wolff de Belfast qui travaillent en étroite collaboration avec la compagnieLa White Star a en effet été rachetée par Ismay avec l'aide de l'oncle de Gustav Wolff, l'un des fondateurs des chantiers. La compagnie a donc pour habitude de commander presque tous ses navires dans ces chantiers..

À la tête de la compagnie À la mort de son père le « Thomas Henry Ismay », The Ismay Family. Consulté le 14 août 2009 « Thomas Henry Ismay dead », The New York Times sur Encyclopedia Titanica. Consulté le 14 août 2009, Bruce Ismay prend sa succession. Il décide de la construction de quatre paquebots gigantesques au luxe inégalé dans la lignée de l’Oceanic voulu par son père : ce sont les Big Four : le Celtic, le Cedric, le Baltic et l’Adriatic. Ces navires, conçus plus pour le luxe et la sécurité que pour la vitesse, résument bien la volonté d'Ismay et de ses associés : offrir un service régulier de qualité aux passagers tout en faisant des économies sur le carburant..

En 1902, Ismay négocie le rachat de sa compagnie par l'International Mercantile Marine Company (IMM Co.), un trust fondé par le financier américain John Pierpont Morgan, regroupant de nombreuses compagnies maritimes dont la White Star Line est le joyau. La somme versée par Morgan représente dix fois le chiffre d'affaires de la White Star en 1911. Le trust est alors dirigé par Clement Griscom, l'un de ses fondateurs. En , Ismay prend sa place à la tête de l’IMM avec le soutien de Morgan, et obtient les pleins pouvoirs. Il garde par ailleurs son poste de directeur de l'Oceanic Steam Navigation Company « Griscom is no longer head of the Ship Combine », The New York Times sur Encyclopedia Titanica. Consulté le 14 août 2009.

La conception de la classe Olympic thumb|left|Bruce Ismay (à droite) et William James Pirrie inspectant le chantier du Titanic en mai 1911. En 1907, au cours d'un dîner, Lord Pirrie, directeur des chantiers de Harland & Wolff et actionnaire de l'International Mercantile Marine Co., et Bruce Ismay décident la construction de trois navires géants pour concurrencer les nouveaux navires de la Cunard, le Lusitania et MauretaniaCeux-ci avaient eux-mêmes été conçus pour concurrencer le Kaiser Wilhelm der Grosse et le Deutschland appartenant respectivement à la Norddeutscher Lloyd et à la Hamburg America Line, deux compagnies allemandes.. Comme les Big Four, les trois navires ne sont pas conçus pour battre des records de vitesse mais doivent en revanche offrir un confort et une sécurité inégalés.. La conception est confiée à Alexander Carlisle et Thomas Andrews, ce dernier étant le neveu de Pirrie« Construction, lancement, essais du Titanic », Le Site du « Titanic ». Consulté le 14 août 2009.

Avant son départ à la retraite en 1910, Carlisle propose à Ismay d'installer un nouveau modèle de bossoirs à bord des nouveaux navires de la pour permettre aux paquebots de transporter jusqu'à 64 embarcations de sauvetage. Ismay refuse cependant de mettre des canots en surnombre par rapport aux réglementations, de peur d'effrayer la clientèle et de devoir équiper tous les autres navires de la compagnie. Il accepte cependant d'installer les bossoirs de type Welin proposés par Carlisle, pour éviter des travaux supplémentaires en cas de changement de la loi.. Les navires contiennent cependant un nombre de canots de sauvetage supérieur aux exigences émise par le Board of Trade, dont les normes vieillissantes n'ont pas été mises à jour depuis l'année 1894 et ne correspondent plus aux technologies des nouveaux transatlantiques« Les canots de sauvetage », Le Site du « Titanic ». Consulté le 14 août 2009.

Le premier des trois géants, l’Olympic, effectue son voyage inaugural le . Ismay y participe, comme de coutume pour les voyages inauguraux de la compagnie, puis, en automne, émet le souhait de quitter la direction de l'IMM Co. pour se consacrer exclusivement à la White Star. Le suivant, Ismay adresse une lettre à John Pierpont Morgan fixant son départ au .

Le Titanic et l'opprobre

Le , Bruce Ismay monte à bord du Titanic dans la matinée pour assister à sa traversée inaugurale.. Il voyage en compagnie de son valet Richard Fry, de son secrétaire William Henry Harrison et d'Ernest Freeman. Également secrétaire d'Ismay, ce dernier voyage à bord du Titanic comme premier steward de pont« Les cimetières de Halifax », Le Site du « Titanic ». Consulté le 14 août 2009. Ismay occupe à bord la suite B-52 - 54 - 56, une suite de luxe avec salle de bains et toilettes privatives, ainsi qu'un pont promenade privé. Cette suite, qu'il occupe gratuitement, avait à l'origine été réservée par le milliardaire Henry Clay Frick, qui avait annulé son voyage, son épouse s'étant fait une entorse. Elle avait ensuite été choisie pour John Pierpont Morgan, qui décida finalement de ne pas participer au voyage et resta à Aix-les-Bains. Un autre couple avait également réservé la suite, mais choisit finalement de voyager sur le Mauretania« Les suites des millionnaires », Le Site du « Titanic ». Consulté le 14 août 2009. Ismay occupe donc la suite.

Au cours de la traversée, Ismay s'entretient avec le chef mécanicien Joseph Bell au sujet d'un éventuel essai de vitesse si le temps le permet..

Le à , le Titanic, qui vogue à environ 22 nœudsSa vitesse maximale étant de 25 nœuds, le navire n'est pas à pleine vitesse. De plus, le Mauretania a traversé à de nombreuses reprises cette zone à 27 nœuds. La vitesse du Titanic est donc très raisonnable pour l'époque., heurte un iceberg. Le choc réveille Ismay qui croit alors que le navire vient de perdre une pale d'hélice. Il demande des informations à un steward qui ne peut le renseigner et décide d'aller voir le commandant Smith sur la passerelle. Ce dernier lui fait part de l'iceberg et Ismay inquiet, lui demande si le navire court un réel danger, ce à quoi Smith lui répond par l'affirmative..

Lorsque l'évacuation débute, Ismay aide tant bien que mal, conduisant un certain nombre de passagères aux canots de sauvetage « Titanic » Inquiry Project. Consulté le 14 août 2009. Il parcourt le pont des embarcations et incite les marins à accélérer le chargement des canots. Ce faisant, il contribua à sauver des vies.. Il presse notamment par deux fois l'officier Herbert Pitman de hâter les préparatifs de la mise à l'eau du canot 5. Ce dernier n'ayant pas reconnu Ismay, l'ignore une première fois puis réalisant à qui il avait affaire, demande à Smith l'autorisation de mettre l'embarcation à l'eau. Le commandant donne alors son accord.. À une femme qui refuse d'embarquer sur ce même canot, disant qu'elle n'est , il répond : . Alors que le cinquième officier Harold Lowe est occupé à faire descendre un canot, Ismay s'emporte : . Lowe lui répond : Ismay, abasourdi, se retire sans répliquer. Lors de l'enquête sur le naufrage, il commente cette sortie de l'officier en disant que .

Durant le naufrage, il embarque à dans le canot C, qui est le dernier affalé à tribord« Composition du radeau pliable C », Le Site du « Titanic ». Consulté le 14 août 2009, personne ne se trouvant plus à proximité de l'embarcation. Il abandonne à leur sort son valet, John Richard Fry, et son secrétaire, William Henry Harrison. À bord du canot, il rame le dos tourné au navire.

À son arrivée à bord du Carpathia, Ismay ne sait que répéter d'un ton monocorde . Après avoir refusé un bol de soupe, il s'enferme dans la cabine que le médecin de bord lui a prêtée.. Le docteur lui donne également de l'opium.. C'est cependant Ismay qui rédige le message annonçant le naufrage du Titanic aux bureaux de la White Star Line à New York. Celui-ci est signé « Yamsi » par mesure de précaution.

Lorsqu'il arrive à New York, Ismay est accueilli par Philip Franklin, vice-président de la compagnie. Il reçoit également une convocation à comparaître devant une commission sénatoriale dirigée par le sénateur républicain William Alden Smith.

Mais l'accueil réservé par la presse est un nouveau coup dur pour lui : les journaux américains lui reprochent en effet d'avoir survécu là où nombre de compatriotes ont péri en héros. Accusé d'avoir embarqué dans le premier canot avec une escorte de marins « Ismay condemned for taking boat », Washington Times sur Encyclopedia Titanica. Consulté le 14 août 2009, il est également surnommé « Brute Ismay » dans certaines caricatures.. Son principal ennemi est William Randolph Hearst, directeur d'un grand groupe de journaux hostile à Ismay depuis qu'il a refusé de lui donner des informations sur les perspectives de la compagnie.. Au lendemain de l'arrivée d'Ismay à New York, Hearst publie une tribune dans laquelle il vante les mérites de ceux qui « restèrent seuls sur le pont du navire en détresse avant de disparaître avec lui ». Sa conclusion est directement adressée à Ismay :