vignette|Femme romaine de la période julio-claudienne (statue conservée au musée du Prado, à Madrid, en Espagne).

La société romaine était une société patriarcale et patrilinéaire stricte. À l’origine clanique (gentiliceD'après le mot latin gens qui désignait un groupement familial portant un même identifiant (gentilice) et censé remonter à un ancêtre commun, plus ou moins mythique ou héroïque.), l’organisation sociale donnait tout pouvoir (potestas) au père vivant (pater familias) sur l’ensemble de sa descendance, patrimoine compris.

Les filles pouvaient quitter cette autorité par le mariage, mais pour passer aussitôt sous une autre autorité masculine. Juridiquement, une Romaine n’était donc jamais pleinement autonome. L’histoire romaine s’étale toutefois sur plus d’un millénaire et la situation effective des femmes évolue au fil du temps, ce qui rend une synthèse difficile.

Terminologie Plus précis que les termes génériques ou pour « femme », le Romain dispose d'un vocabulaire du quotidien permettant de distinguer selon la classe d'âge et le statut social : ou pour une jeune fille, ou pour une femme mariée, mère mariée, , veuve et vieille femme. À l'époque archaïque, est la fillette impubère et la fille pubère, capable d'enfanter, qu'elle ait eu ou non des rapports. Jean Gagé a supposé que cette terminologie reflétait un système de classes d'âge féminines, avec des rites de passage de l'une à l'autre, analogues à la coupe de la première barbe et la prise de toge virile des jeunes hommes romains..

Durant la période historique, l'évolution du latin donne des arguments à la critique de la thèse de Jean Gagé : se généralise pour désigner n'importe quelle femme jeune, tandis que se restreint à la virginité. Plus encore, les mots et semblent équivalents dans la langue juridique et ne renvoient pas à des classes d'âge différenciées. Si désigne toute femme mariée sans connotation particulière, est la matrone, l'épouse respectable d'un rang social élevé, qu'elle ait ou non des enfants.

Statut juridique des femmes Particularité fondamentale de la civilisation romaine, le droit (ius), droit civil en particulier (ius civile) définissait le statut des individus, leurs droits et devoirs. Religieux au départ, le droit s’affranchit progressivement de cette influence pour se laïciser. Néanmoins, il demeura toujours affaire de spécialistes peu nombreux et masculins (pontifes, préteurs, consuls, empereurs, jurisconsultes).

La notionPour le développement qui suit, voir et , en particulier le chapitre 3. de dépendance est essentielle : à l’origine, seul le pater familias n’est sous la dépendance de personne. Il est dit « sui iuris » (autonome en droit). Ses enfants, fils et filles, sont placés sous son autorité totale (potestas). Ils n’ont aucune autonomie, pas même patrimoniale. Ils sont dits « alieni iuris » (sous le droit d’autrui). Ses petits-enfants partagent le même statut, s’ils sont fils ou filles de ses fils ; les enfants de ses filles, par contre, lui échappent totalement : ils sont sous la potestas des maris de celles-ci. Nous sommes bien en système patrilinéaire strict.

Quand une fille se marie, elle quitte la potestas de son père, mais pour passer sous l’autorité (manus, la main) de son mari. D’une certaine façon, elle demeure fille, mais de son mari (loci filiae). Quand meurt le paterfamilias et à ce moment seulement, ses fils deviennent à leur tour paterfamilias, indépendants (sui iuris). Une fille non encore mariée est par contre placée sous une tutelle masculine, dans la famille paternelle le plus souvent.

Juridiquement, donc, une femme romaine ne devient jamais totalement indépendante, sui iuris. Il n’y a pas de statut de mater familias, parallèle au statut de pater familias. La famille que fonde une Romaine commence et finit avec elleL’expression est d’un juriste romain, Ulpien .. La transmission est affaire d’hommesCe que transmet d'essentiel le paterfamilias à sa descendance, bien plus que des biens matériels, c'est cette potestas qui seule permet d'assurer la continuité de la gens et donc de la société. À cette partie de son legs, seuls ses fils ont accès.. Avec le temps de nouvelles pratiques juridiquesEn particulier le mariage sine manu, qui confère bien plus d'influence à l'épouse. et sociales apparaîtront, permettant à la femme de s’autonomiser, de gérer son patrimoine, etc. La désignation d’un tuteur restera néanmoins formellement nécessaire, quand bien même son rôle pourra être faible.

En ce qui concerne l’héritage, la fille hérite, au même titre que le fils, de son père. Par contre, les enfants n’héritent pas de leur mère : le patrimoine maternel (dot non consommée) retourne dans sa famille paternelle (système agnatique).

Place dans la société

Les mots d'Auguste, citant Metellus Numidicus, résument la vision romaine de la place de la femme dans la société, à l'ouverture de notre ère : « La nature a fait en sorte que nous ne puissions pas vivre avec elles de manière particulièrement confortable, mais nous ne pouvons pas du tout vivre sans elles ». À la fois incapables et indispensables, subalternes mais intégrées dans la société, les femmes romaines remplissent des fonctions essentielles à la survie de la cité.

Cependant, les femmes, comme dans de nombreuses civilisations, sont politiquement mineures et exclues de la plupart des droits civiques ou de tout rôle au sein de la vie publique. Elles n'en étaient pas moins aussi estimées dans la famille que les fils.

De plus, une loi votée sous l'empereur Vespasien (r. 69-79 ) dispose qu'une femme se compromettant avec un esclave doit être considérée comme telle. Quant aux esclaves féminines, elles sont considérées encore plus inférieures si cela est possible. Être romaine permet néanmoins d’être choisie comme vestale, de participer à certains cultes traditionnels et de contracter le mariage légal. Certains aspects de la tradition romaine leur accordent des droits dont les femmes ne disposent pas dans d'autres cultures : leur témoignage est recevable devant un tribunal (sauf de la part des courtisanes, vénales par définition) ; elles peuvent hériter à part entière ; elles ont droit comme les hommes à l’éloge funèbre lors de leurs funérailles, tradition que Tite-Live fait remonter à l’époque du sac de Rome par les Gaulois (390 av. J.-C.), lorsque les dames romaines avaient offert leurs bijoux pour financer la rançon exigée par les Gaulois Enfin, selon une tradition que les Romains faisaient remonter à l'enlèvement des Sabines, les Romaines aisées sont dispensées de tout travail domestique ou agricole, excepté filer la laine et élever les enfants.

Mariage et divorce

Il existait deux formes de mariage : un mariage rituel, officiel, car sacré et un autre plus populaire, qui permettait le divorce.

Chez les plus riches, le mariage était en général arrangé pour des raisons sociales et économiques. Les filles étaient mariées très jeunes, les textes de loi autorisaient leur mariage à partir de 12 ans, et de 14 ans pour les garçons. Le mari, supposé prendre soin de sa femme, se mariait en général vers vingt ans à l'époque classique et était d'une condition sociale égale ou supérieure à celle de l'épouse. À leur mariage, elles ne changeaient pas de gens. En public, les Romaines tentaient d'incarner beauté et dignité. La monogamie était de règle.

Le divorce est d'abord l'apanage des hommes, mais reste rare au début de la République. Le premier divorce connu de l'histoire romaine date du , obtenu par Spurius Carvilius Ruga, en raison de l'impossibilité physique de procréer de son épouse, qu'il aimait pourtant. À la fin de la République, les femmes mariées sine manu peuvent répudier leurs maris. Le divorce devient alors plus simple et se banalise. Auguste et Domitien imposèrent des lois plus restrictives sur le divorce avec le consentement mutuel et le divorce pour faute grave (adultère, proxénétisme, etc.).

Vie quotidienne Les aristocrates

Les femmes aristocrates devaient s’occuper d’une maison grande et complexe. Comme les couples les plus riches possédaient souvent plusieurs maisons et domaines à la campagne avec des dizaines ou même des centaines d’esclaves, dont certains étaient éduqués et possédaient de nombreuses compétences, cette responsabilité revenait à gérer une petite, moyenne, voire grande entreprise. Comme les hommes aristocrates les plus ambitieux étaient souvent absents, parfois durant plusieurs années (en campagne militaire ou par leurs tâches administratives), la maintenance de la propriété familiale et les décisions importantes étaient laissées à la maîtresse de maison, la matrone ; par exemple, durant les campagnes militaires de Jules César, sa femme Calpurnia Pisonis était responsable de ses biens. Quand Ovide, l'un des plus grands poètes de Rome, fut exilé par Auguste en 8 ap. J.-C., sa femme profita de ses relations sociales et politiques pour conserver la propriété familiale, de laquelle dépendait leur existence. Ovide exprime souvent son amour et son admiration pour elle dans la poésie qu’il écrira durant son exil.

L’une des tâches les plus importantes pour une femme dans une grande maison était la fabrication de vêtements. Dans les premières périodes romaines, le filage de laine était une occupation domestique centrale, et indiquait l’autosuffisance d’une famille, la laine étant produite sur leur propriété. Même dans un environnement urbain, la laine était souvent le symbole des devoirs d’une femme, et l’équipement pour filer pouvait apparaître sur le monument funéraire d’une femme, pour montrer la bonne et honorable matrone qu’elle avait été. On attendait même des femmes des classes supérieures qu'elles filent comme l'avaient fait leurs ancêtres – une pratique imposée dans la maisonnée d'Auguste à la fin de la période républicaine et citée comme une sorte d'affectation sans pareille.

Les femmes et l'armée romaine Les textes classiques n’en disent pas beaucoup sur les femmes et l’armée romaine. L’empereur Auguste (27 av. J.-C. –14 apr. J.-C.) n’autorisait pas le mariage de soldats ordinaires, interdiction qui dura presque deux siècles. Cependant il a été suggéré depuis les années 1980, que les femmes et les enfants de centurions vivaient avec eux aux frontières et dans les forts provinciaux. Au début des années 1990, on a découvert des chaussures de femmes et d’enfant sur le site de Vindolanda (fort romain situé sur le mur d’Hadrien, dans le nord de l’Angleterre), en plus de plaques de bronze, offertes aux soldats provinciaux dont les 25 ans de service leur valut la citoyenneté romaine, prenant en compte leurs femmes et enfants. De la même manière en Allemagne, d’autres preuves de cette pratique ont été découvertes sous la forme de broches et de chaussures. La colonne de Trajan dépeint six femmes parmi des soldats qui tiennent des offrandes en guise de sacrifices, pendant une cérémonie religieuse.

Politique Les femmes ne pouvaient ni occuper des fonctions politiques, ni servir dans l’armée, mais la mythologie de la République reconnaissait le patriotisme, les vertus et l’abnégation des femmes, et condamnait l’égoïsme ou un comportement déloyal.

Pendant les guerres civiles qui mirent fin à la République, Appian témoigne de l’héroïsme des femmes qui sauvèrent leur mari. Une épitaphe connu sous le nom de LaudatioTuriae montre encore l'éloge d’un mari à sa femme, qui, pendant la guerre civile suivant la mort de Jules César, mit en danger sa propre vie et abandonna ses bijoux pour soutenir son mari exilé. Les deux époux survécurent aux aléas du temps et purent profiter d’un long mariage. Porcia, la fille de Caton d’Utique et femme de Brutus l’assassin, eut une fin moins heureuse (pour son époque) mais certes héroïque : elle se tua lors du déclin de la République, comme son père.