Le lycée français privé Saint Benoît (en turc : Özel Saint Benoît Fransız Lisesi) est un établissement francophone d’enseignement secondaire à Istanbul. D'abord collège jésuite fondé en 1583 dans un monastère bénédictin, il passa sous la direction des pères Lazaristes en 1783. Dédoublé en deux collèges, masculin et féminin en 1839, il commence à recevoir ses premiers étudiants musulmans vers la fin du .
L'institution pluriséculaire occupe une place éminente dans l'histoire de l'Église latine d'Istanbul. Sous la tutelle des lazaristes, le lycée Saint-Benoît est l'une des six écoles françaises congréganistes du pays regroupées au sein de la Fédération des écoles catholiques françaises de Turquie.
Le lycée se trouve sur la rive européenne de la ville, plus précisément dans le quartier de Galata (ancienne colonie génoise), au Kemeralti Caddesi, , Karaköy, 34425 Istanbul-Turquie.
Origines Un des piliers de l'héritage éducatif francophone en Turquie, le lycée Saint-Benoît a ses origines au monastère Santa-Maria di Misericordia (dit monastère de la Citerne de Péra), des moniales bénédictines génoises à partir de 1362 à l'emplacement actuel du lycée, sur la rue Kemeralti à Galata. La construction du monastère fut possible grâce à une concession accordée par l'empereur byzantin une décennie plus tôt aux Génois, afin qu'ils puissent remplacer la cathédrale Saint-Michel, ruinée par un incendie. À la demande du pape , les frais de construction furent couverts par la république de Gênes. La seule partie du bâtiment actuel qui date de cette époque est le clocher, qui garde son style « croisade » avec son sommet crénelé.
Par ordre du pape , le monastère fut confié aux bénédictins italiens du Mont-Cassin le , sous la direction du légat apostolique Francesco Spinola, et prit alors le nom de San-Benedetto, connu simplement comme « l'église des Génois » par les habitants de la ville. Le , l'établissement passa aux mains des bénédictins français dirigés par dom Nicolas Meynet et devint alors une institution française sous le nom de Saint-Benoît. En 1540, avec l’accord du sultan Soliman le Magnifique, (roi de France) accorda à Saint-Benoît le statut de chapelle d’ambassade et l'établissement entra alors sous la protection diplomatique de la France. En vertu de ce droit, les ambassadeurs de France nommèrent les économes et les recteurs de ce couvent.
À la suite du départ des bénédictins, l'église et le monastère Saint-Benoît furent confiés aux dominicains entre 1555 et 1583.
L'établissement sous l'Empire ottoman La mission des jésuites et la première école (1583) Au , les congrégations religieuses catholiques prirent pied sur le territoire de l'Empire ottoman à l'instigation du pape . Ce dernier avait établi le collège Saint-Athanase à Rome pour la formation d'un clergé hellénophone en vue de l'apostolat en milieu orthodoxe. Dans ce contexte, conformément à la volonté du roi de France et avec l'accord du pape , un petit groupe de jésuites, composé de deux Français (le père Honoré Caze de Marseille et frère Martin de Marseille) et deux Italiens (Giulio Mancinelli et Maurice Timpanizza de Raguse), s'installa le dans le couvent de Saint-Benoît sous la direction du père G. Mancinelli.
Avec l'arrivée des jésuites, Saint-Benoît devint un centre important d'animation aussi bien religieuse que culturelle. Conformément aux demandes des familles levantines de Galata qui désirent donner à leurs enfants une solide éducation et grâce aux efforts de l'ambassadeur de France Jean de Germigny et du baile de Venise Morosini, la première école y vit le jour en 1583, juste après l'arrivée des jésuites. L'activité de ceux-ci installés à Saint-Benoît ne se limita pas à l'enseignement. Ils assurèrent aussi une assistance religieuse aux catholiques dans les hôpitaux et les prisons de la ville. Mais en 1586, une épidémie de choléra ravagea la communauté.
Le pape Sixte Quint choisit alors les capucins sous la direction du père Joseph de Leonessa pour remplacer les quatre jésuites emportés par le choléra. Mais quand Joseph de Leonessa et un de ses compagnons, le Père Grégoire, eurent la mauvaise idée de se rendre au sérail pour inviter le sultan à se convertir au christianisme, ils furent arrêtés et expulsés.
En 1604, l'ambassadeur de France Savary de Brève obtint du sultan l'autorisation pour une nouvelle mission jésuite. Cette fois-ci, tous les jésuites furent choisis parmi des Français : Antoine Frégate, Guillaume Levesque, Charles Gobin et Claude Colomb, conduits par le Père François de Canillac. Une cinquantaine d'élèves, majoritairement de l'Église latine, étaient inscrits à l'école et les matières enseignées étaient limitées au latin, au grec, aux mathématiques et à la philosophie. Parmi les élèves de cette période, on compte les deux princes Mavrocordato, dont l'un sera drogman de la Sublime Porte et l'autre gospodar de Moldavie ainsi que le futur patriarche grec-orthodoxe de Constantinople, Cyrille de Berrhée.
En 1610, un hôpital y fut créé sous le patronat de Saint-Louis. Une nouvelle épidémie de choléra de 1611-1612 mit la mission en difficulté financière, et le père de Canillac se rendit à Rome, puis à Paris pour collecter des fonds. Le pape Paul V promit de verser 600 écus par an, et la reine de France Marie de Médicis par an pour Saint-Benoît.
En 1686, un incendie provoqué par une bougie que le père Clément Vialar oublia d'éteindre, détruisit la bibliothèque, ainsi que l'église située à l'entrée de l'établissement. De nombreux manuscrits, jetés par les fenêtres, purent être sauvés à la dernière minute. Grâce à l'intervention de l'ambassadeur de France Pierre de Girardin, l'église fut restaurée rapidement. De plus, profitant d'un privilège accordé jusqu'alors uniquement aux mosquées, la nouvelle église comporta une coupole couverte de plomb. Au cours de cette restauration, le mufti de Galata offrit au père supérieur Bénier, des colonnes de marbre byzantines qui furent installées à l'entrée de l'église où on peut encore les voir.
Le un nouveau sinistre endommagea l'hôpital Saint-Louis, dont la restauration fut financée par la chambre de commerce de Marseille.
Une imprimerie vit le jour en 1703, mais elle fut fermée en 1724 en raison des plaintes des chrétiens non-catholiques. Un nouvel incendie frappa la mission en 1731 et le monastère fut reconstruit en 1732 grâce aux efforts de M. de Villeneuve, ambassadeur de France.
Le temps des lazaristes (1783)
En 1764, un édit royal expulsa les jésuites de France, puis le pape supprima la Compagnie de Jésus en 1773. Comme en d'autres pays de mission beaucoup de jésuites poursuivirent leurs activités comme prêtres séculiers. Mais cette situation précaire ne pouvait perdurer étant donné l'importance de leur présence pour la catholicité du Proche-Orient.
À la suite des sollicitations du chevalier de Saint-Priest, ambassadeur de France à Istanbul, auprès de son ministre le duc d'Aiguillon, la France décida de confier les missions des jésuites en Orient à une autre congrégation. Lors d'un Conseil d’État réuni à Versailles le , le roi porta son choix sur les lazaristes. Le fondateur de cette Congrégation de la mission, Vincent de Paul, avait déjà envisagé d'envoyer des compagnons au Levant sans que ses projets ne puissent aboutir. Le , par un décret de la Sacrée Congrégation pour la Propagande de la Foi, le pape chargea officiellement les lazaristes de remplacer les jésuites dans les missions du territoire ottoman, conformément à la volonté de . Le décret signé par le cardinal-préfet Léonardo Antonelli stipula que Saint-Benoît resterait sous la surveillance et la protection du roi de France.
Pierre-François Viguier, orientaliste et linguiste, supérieur de la maison d'Alger, vicaire apostolique d'Afrique du Nord et grand connaisseur des missions en terre d'Islam, quitta Marseille avec et débarqua le à Istanbul pour prendre en charge Saint-Benoît. Cette date est aujourd’hui acceptée comme celle de la création de l’actuel lycée Saint-Benoit. En tant que supérieur de la mission, nomma le Père Antoine Renard comme le premier directeur lazariste de l'école.
En 1792, à la suite de la proclamation de la république en France, l'ambassadeur de France le comte de Choiseul-Gouffier quitta Istanbul et la colonie française de la ville s'organisa sous le nom de « Comité des amis de la liberté et de l'égalité ». Le chef de ce dernier, Antoine Fonton, exigea de Viguier de prêter serment de fidélité à la République conformément à la Constitution civile du clergé. Celui-ci s'y opposa et fut alors destitué. Le père Antoine Renard, lui, accepta de prêter serment et remplaça Viguier le comme supérieur de la mission, tout en préservant son poste de directeur du lycée.
L'hôpital Saint-Louis prit le nom d'hôpital de la République française en 1794 et d'hospice de Saint-Benoît de Galata en 1798 avant de fermer définitivement ses portes en 1825.
La campagne d'Égypte menée par Bonaparte en 1798 provoqua l'interruption des relations diplomatiques entre la France et l'Empire ottoman, et la fermeture provisoire du lycée Saint-Benoît. Mais à la suite du traité d'Amiens, le sultan émit un firman reconnaissant les droits de la France sur Saint-Benoît le .
Après l'incendie du qui détruisit le pensionnat et par un décret du signé par Napoléon , la France envoya une aide financière pour parer aux besoins de la mission. Grâce à cet argent, le bâtiment fut rénové et de nouvelles cloches furent commandées. Celles-ci furent accrochées le à la tour de l'église Saint-Benoît où elles sont toujours.
En 1812, l'école comptait 60 élèves. À partir de 1821, les supérieurs de la mission Saint-Benoît reçurent le titre de préfet apostolique et furent chargés par le Saint-Siège de l'administration de l'ensemble des églises catholiques orientales de l'Empire ottoman.
Dans ce cadre, le supérieur M. Bricet, joua un rôle considérable dans les années 1820 pour la reconnaissance de l'Église catholique arménienne par la Sublime Porte. Avant cette reconnaissance du , qui autorisa aux membres de cette communauté d'ériger leurs propres lieux de culte, le patriarche arménien catholique Antoine Nouridjian résidait à Saint-Benoît et la crypte de l'église était réservée à son culte. D'ailleurs, la première église catholique arménienne du pays (l'église Sourp Prgitch/Saint-Sauveur, toujours en activité) fut construite en 1834 juste à côté de Saint-Benoît, à l'intersection des rues Kemeralti et Alageyik.
Par un firman obtenu par l'ambassadeur de France, l'amiral Roussin, du sultan en 1831, Saint-Benoît fut autorisé à accueillir des sujets ottomans comme élèves à condition que les enfants musulmans, grecs, arméniens, levantins ou étrangers soient traités de façon égale et que l'enseignement soit conforme aux normes en cours dans les écoles de France. Cette même année, l'obligation pour les élèves de porter l'uniforme fut introduite. Le premier uniforme scolaire de Saint-Benoît fut de drap bleu foncé avec parements bleu-ciel et une ceinture ; la coiffure était une casquette l'hiver et un chapeau de paille l'été.
Le cursus comprenait à cette époque l'enseignement du français, du latin, de l'italien, du turc, du grec, de l'arithmétique, de la géographie, de l'astronomie, de la rhétorique, de la littérature, des sciences naturelles et du physique. Le firman de 1831 autorisa également l'admission des élèves externes, ce qui augmenta les effectifs considérablement.
Le père Louis Leleu, directeur du lycée de 1834 à 1848, parle de sa mission dans son rapport envoyé en 1834 au supérieur général des lazaristes :
Leleu adressa une lettre en novembre 1839 à la supérieure générale des Filles de la Charité, en l'appelant à créer des missions en territoire ottoman. Malgré la méfiance suscitée en raison d'éventuelles difficultés pour les religieuses de servir dans un pays musulman, cette demande fut acceptée.
L'appui des Filles de la Charité (1839)