Pierre Dubois, né le à Charleville-Mézières, est un auteur, scénariste de bande dessinée, écrivain, conteur et conférencier français à l'origine du regain d'intérêt pour les fées et le petit peuple en France.

Passionné très tôt par la féerie et les contes, il devient illustrateur après de courtes études aux beaux-arts, puis rassemble des légendes locales qu'il restitue dans des chroniques à la radio et à la télévision durant plus de trente ans, ce qui lance sa carrière et rend sa passion publique. Il est l'inventeur de l'elficologie, ou , comme d'un équivalent à l'étude des , bien qu'il s'agisse à l'origine d'une simple blague de sa part. Son premier album de bande dessinée en tant que scénariste est publié en 1986 et ne connaît qu'un succès d'estime. Depuis, il en sort un chaque année et continue à intervenir régulièrement à la télévision ainsi que dans des conférences, toujours dans l’univers des contes, du rêve et des légendes liées au petit peuple, qui sont devenus ses spécialités.

C'est en grande partie grâce à ses encyclopédies des fées, des lutins et des elfes, résultats d'une vingtaine d'années de recherches et parues dans les , que Pierre Dubois gagne sa reconnaissance internationale de spécialiste français pour ce qui touche à la féerie. Ces encyclopédies se sont vendues à des milliers d'exemplaires à l'époque où il s'agissait des tout premiers ouvrages du genre en France. Depuis, les œuvres de Pierre Dubois, qu'il s'agisse de livres d'art, d'encyclopédies, de recueils de nouvelles ou de recueils de contes pour les adultes ou les enfants connaissent un succès certain, marquées par une érudition et un humour omniprésents. Pierre Dubois est devenu une source d'inspiration pour d'autres auteurs et dessinateurs qui ont repris l'idée de l'elficologie.

Biographie L'essentiel du parcours de Pierre Dubois peut être résumé par son métier d'« elficologue » qu'il s'est lui-même inventé, en cherchant et écrivant tout ce qu'il a pu au sujet du petit peuple et du légendaire en général. Il est fin connaisseur d'un grand nombre d'autres sujets, tels que les dictons, fêtes et traditions populaires, films et littérature fantastiques et de cape et d'épée. , il officie à la radio, à la télévision, au cinéma, aussi bien que dans le milieu littéraire ou celui de la bande dessinée. Lors de ses discours, de ses conférences et de ses interviews, il évoque régulièrement les anecdotes de son enfance et sa rencontre avec .

Enfance thumb|left|Monthermé, village où Pierre Dubois passait ses vacances étant enfant. Pierre Dubois nait dans les Ardennes à Charleville, alors située en Zone Nord sous l’Administration militaire de la Belgique et du Nord. Il reste donc « belge » durant deux années, jusqu’à la constitution de la Quatrième République. Ses parents sont issus d'un milieu très modesteFrançois Busnel, Le grand entretien avec Pierre Dubois, France Inter, 19 décembre 2012, 17h50.

Il passe une partie de son enfance près de la forêt ardennaise, où circulent de nombreuses légendes locales ; c’est là qu’il commence à croire à et qu'il se rend compte que la forêt est vivante, à six ou sept ansFrançois Busnel, Le grand entretien avec Pierre Dubois, France Inter, 19 décembre 2012, 17h45. Ses parents déménagent dans le Nord, à Valenciennes alors qu'il est âgé de cinq ans, ce qui provoque chez lui une cassure et lui fait passer une enfance . Il évoque de cette « maison du Nord » l’arrière-cuisine, qui côtoie le jardin et sert de buanderie, où il imagine des histoires ; selon lui, il y recherche la forêt qui lui manque. Seules la lecture, les images et la musique peuvent le calmer. Durant son enfance, il retourne parfois passer ses vacances à Monthermé et se rend fréquemment en Belgique, dont la frontière est proche.

Son père est un dessinateur industriel très sérieux et souvent absent, qui lui interdit la lecture et les bandes dessinées. Dès que Pierre apprend à lire, c'est pour tenter de retrouver l'ambiance des films d'aventure fantastiques, dont les affiches peintes le fascinent à l'époque. Dans les , sa mère l'emmène discrètement au cinéma le jeudi pour voir des films technicolor tels que Robin des bois, les TarzanLa franchise « Tarzan » est tenue par la société RKO Pictures ; jusqu'en 1948, c’est Johnny Weissmuller qui interprète le rôle-titre. C’est ensuite Lex Barker, qui participe à cinq films à bas budget entre 1949 et 1953 ; puis Gordon Scott, jusqu’à la fin des . et Ivanhoé ; Pierre Dubois .

Il déteste l'école et en est exclu plusieurs fois. La bande dessinée et la lecture ont longtemps pour lui l'image d'une culture de , il lit les bandes dessinées que sa mère lui achète en cachette, comme Buffalo BillEntre juin 1958 et février 1962, René Giffey illustre avec Maurice Limat de Buffalo Bill, édités par Mondiales en petit format. de René Giffey. Il se passionne très rapidement pour les livres, allant jusqu'à lire le dictionnaire lorsqu'il manque de lecture. Il commence par collectionner les ouvrages de la bibliothèque verte et de la collection rouge et or, découvrant notamment L'Île au trésor, Bob Morane, les contes de Grimm et les histoires de pirates entre sept et quinze ans, grâce aux bibliothèques de son quartier.

Adolescence Il commence à écrire et à dessiner très tôt, et par volonté de raconter lui-même des histoires. Il veut devenir écrivain, mais se fait reprocher par ses professeurs d'avoir et d'écrire , Pierre Dubois se dit en effet lui-même . Sa découverte des ouvrages de l'écrivain belge de fantastique Jean Ray, vers quatorze ans (un auteur qu'il relit régulièrement, avec Gaston Bachelard), s'avère déterminante pour sa grande influence sur son travail, notamment sa vision de l'Angleterre et de la Belgique, tout en le passionnant pour le genre littéraire fantastique. Il lit également les aventures de Sherlock Holmes et en retient un vocabulaire riche souvent qualifié de , qu'il réutilise dans ses propres ouvrages. Il découvre Claude Seignolle avec La Malvenue et se passionne également pour cet auteur de fantastique.

Pierre Dubois garde l'habitude de s'habiller en noir depuis l'adolescence, par provocation et pour exprimer son mal de vivre à l'époque. Il rejette l'idée de devenir dessinateur industriel comme son père, et quitte le cycle scolaire. À l'âge de 14 ou , il rencontre un psychologue à qui il dit envisager de devenir tueur à gages. Le psychologue lui conseille d'entrer aux Beaux-Arts et le recommande auprès du directeur des écoles académiques de Valenciennes, où il apprend la décoration, le plâtre et la gravure, utilisant l'encre et la plume pour raconter des histoires. Il finit par être des Beaux-Arts, mais garde de cette formation l'habitude d'écrire et de dessiner à la main, sans jamais utiliser de machine à écrire ni d'ordinateur.

À quinze ans, Pierre Dubois souhaite . Encore étudiant, il rédige à la plume d'oie un manuscrit sur parchemin couvert de cuir, qu’il fait parvenir à Jean-Jacques Pauvert. Essuyant une lettre de refus, il reprend tout son catalogue à la main en entier, en le décorant d’enluminures, le tout sur du carton à dessin moucheté de vert et de noir, avec des signets en herbe. Pauvert accepte de le recevoir, mais Pierre Dubois refusant de lui donner son unique exemplaire, l'éditeur lui conseille de revenir quelques années plus tard.

Débuts de carrière thumb|left|Illustration d'elfe par Richard Doyle. Pierre Dubois arrête très tôt ses études pour se consacrer à l'écriture et l'illustration. Un évènement qu'il évoque souvent comme le déclencheur de sa carrière a lieu durant son service militaire, à Épernay. Il rencontre la fille du folkloriste Arnold van Gennep, qui lui conseille de parler à Claude Seignolle et lui permet de le rencontrer. Cet auteur ne le prend pas mais lui présente du monde et le passionne pour les contes et les légendes. Enfin, Pierre Dubois réalise des dessins pour lui, ce qui lui met .

Ces rencontres avec Claude Seignolle et plus tard Gilles Lapouge font que Pierre s'intéresse à son tour aux vieux métiers, aux pirates, aux contes populaires, aux folklores et au merveilleux. Il commence sa carrière d'illustrateur pour des magazines comme Eerie et Creepy, mais rencontre des difficultés pour trouver du travail. Dans les années 1970, il écrit dans un « Canard », le Clampin libéré, pour s'attaquer à la bien-pensance de la presse lilloise. Ces textes sont publiés en 1977 dans son premier ouvrage papier, les Chroniques du Nord sauvage, illustrées entre autres par René HausmanJean-Pierre Porquet dans .

Collectage Une succession d'évènements pousse Pierre à quitter Valenciennes pour faire du collectage dans toute la France, vers 1967. Rassemblant les légendes locales en voie de disparition, il se prend de passion pour le petit peuple des fées et lutins. Il sillonne les campagnes françaises pour collecter ces légendes et , un travail qui lui prend environ dix ans. Il consulte aussi de nombreux ouvrages sur le sujet, dans des bibliothèques autour du monde. Toujours habillé en noir (avec une cape), il porte les cheveux longs et se promène avec un corbeau nommé Nao sur l'épaule, ce qui intrigue et pousse des personnes à venir spontanément lui parler. Durant cette période de collectage, il s'investit un an pour la protection des rapaces, dans une forêt.

Radio C'est grâce à un bouquiniste de Lille, qui fait une émission sur son travail de collectage et d'illustration à la radio, que Pierre Dubois y entre : la réalisatrice lui commande une série d’émissions radio consacrées à la sorcellerie et au folklore populaire. L'émission est prévue pour un an mais Pierre Dubois se fait confier ce type de travail trente ans durant, grâce à son talent et à son style .

Il commence à restituer les contes et légendes qu'il a collectés (principalement dans le Nord), vers 1968, pour plusieurs chroniques radiophoniques sur la région de Lille. Il anime sur radio fréquence Nord La Hotte du colporteur et Histoires pour les veillées, où il continue son collectage. Son travail lui permet de rencontrer Jeanne Devos et d'interviewer les auteurs qu'il admire (il a rencontré Thomas Owen, par exemple). La réalisation de pièces radiophoniques lui est confiée. Il avoue qu'à l'époque, il faisait malgré la richesse de son vocabulaire. À force d'écrire, il obtient une reconnaissance et certaines de ses pièces sont primées.

Télévision Entré dans le milieu de la télévision à l'époque de l'ORTF, il rejoint par la suite France 3 et présente une chronique littéraire quotidienne au journal de midi, à Lille. Il reste chroniqueur à la radio et la télévision, mais ses prises de positions l'amènent à quitter France 3 pour se rendre à Limoges, à l'époque où il a déjà percé dans l'écriture. C'est ensuite à Rennes qu'il poursuit sa carrière avec des émissions sur FR3 Bretagne, dont des éphémérides parlant du lien de l'homme avec la nature, dans les années 1980. Au total, Pierre Dubois a fait presque trente ans de carrière à la télévision.

Il reste longtemps auteur de pièces radiophoniques et producteur à Régions puis rencontre Michel Le Bris avec lequel il sympathise, et qui devient son directeur pour Le Légendaire. Il réalise quelques films courts mais ne s'est jamais senti attiré par la réalisation cinématographique. Il scénarise plusieurs films fantastiques, légendaires ou de cape et d’épée, et joue des rôles de chouans, de chef celte, de pirate ou de vieux vikings dans quelques films de fiction.

Il quitte le milieu de la télévision et de la radio vers 2004, mais continue à participer à des émissions en tant qu'invité, comme sur le . et le , sur le thème du père Noël..

Écriture thumb|right|Pierre Dubois en dédicace au Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges (2007) Pierre Dubois écrit essentiellement du fantastique et de la féerie. Il est publié pour la première fois en 1977 avec un ouvrage anarchiste, les Chroniques du Nord Sauvage.

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