La Compagnie du chemin de fer de Bordeaux à La Teste est une société anonyme créée en 1838 par Marie Fortuné de Vergès et des capitalistes bordelais pour construire et exploiter une voie ferrée, longue de , reliant Bordeaux à La Teste de Buch, dans le but de créer des conditions favorables au développement du potentiel des ressources existantes dans les landes et sur les pourtours du bassin d'Arcachon. L'ouverture de la ligne, en 1841, fut déterminante pour la création quelques années plus tard, en 1857, de la commune d'Arcachon, devenue un haut lieu de villégiature en Aquitaine et une station balnéaire de renom.
Néanmoins, le manque de moyens financiers de la compagnie, des erreurs techniques et stratégiques dans le choix des matériaux et du tracé, cumulés avec les difficultés créées par la Révolution française de 1848, vont mettre en grande difficulté l'entreprise qui est mise sous séquestre par l'État le . Pour ne pas tout perdre, la société passe un accord avec la Compagnie du Midi des frères Péreire, également bordelais mais bénéficiant d'appuis financiers d'importance nationale. L'État lève le séquestre et remet la ligne à la Compagnie du Midi en 1853. La fusion-absorption, votée en assemblée générale le , est officialisée par un décret du .
Cette ligne fait maintenant partie de deux entités : la ligne de Bordeaux-Saint-Jean à Irun et la ligne de Lamothe à Arcachon.
Chronologie 15 décembre 1837 : concession de la ligne de Bordeaux à La Teste ; 25 février 1838 : la création de la société est approuvée ; 7 juillet 1841 : mise en service de la ligne ; 30 octobre 1848 : mise sous séquestre de la compagnie ; 27 juillet 1853 : officialisation de l'accord avec la Compagnie du Midi ; 5 février 1858 : la fusion avec la Compagnie du Midi est votée en assemblée générale ; 11 juin 1859 : décret qui officialise la fusion.
Origine Antécédent En 1831, Ginet fils ainé, de Bordeaux, adresse à l’administration des Ponts-et-Chaussées le projet d’un chemin de fer de Bordeaux à SaubusseG. Lefranc, « The French Rail Roads, 1823-1842 », Journal of Economic and Business History, February 1930. qui « longerait la route départementale de Bordeaux à La Teste, jusqu’à la rivière de Leyre », dont Le Moniteur universel du rend compte de manière détaillée« M. Ginet fils ainé, de Bordeaux, a proposé l’établissement d’un chemin de fer à travers les grandes landes, depuis la Garonne jusqu’à l’Adour, à Saubusse. Il longerait la route départementale de Bordeaux à La Teste, jusqu’à la rivière de Leyre, qu’il traverserait près de Lamothe, se dirigeant ensuite vers Sanguinet, Parentis, Saint-Paul, Mézos, Castets, Magesq, Saint-Geours ; il aboutirait aux rives de l’Adour, près de Saubusse. Divers changements dans cette direction, adoptées par le soumissionnaire, ont été proposées ; 1° par la commission d’enquête, qui réclame le tracé vers Dax, à partie de Magesq ; 2° par l’ingénieur en chef, qui indique quatre autres lignes. Chacune de ces directions offre des avantages particuliers ; quelle que fut la ligne suivie, il résulterait toujours un bienfait certain de sa création. (Journal des Landes) ». Aucune suite n'est donnée à ce projet. Étude préliminaire et projet Godinet vignette|Situation de la ligne.
En 1835, Louis Godinet, notaire demeurant 49 rue Esprit-des-lois à Bordeaux, adresse au préfet de la Gironde une demande d'autorisation pour un chemin de fer de Bordeaux au bassin d'Arcachon. Le préfet, M. de la Coste, relaie cette demande en constituant un rapport et en l'envoyant à la direction générale des Ponts & Chaussées à Paris le .
La région produisait de la résine ainsi que les produits de sa distillation, des vins et de la fonte venant des forges du département des Landes. Le poisson qui se consommait à Bordeaux venait du bassin d'Arcachon. La plage d’Eyrac était fréquentée l’été par les Bordelais fortunés (10 heures de voyage sur un mauvais chemin de sable). « Les commerçants et hommes d’affaires bordelais qui voulaient cette voie ferrée du chemin de fer connaissaient parfaitement la médiocrité du présent mais faisaient confiance à l’avenir ». À cet égard, il était envisagé un canal entre le bassin d’Arcachon et l’Adour, la mise en culture de la lande au sud du bassin par une compagnie qui créerait des forges et des usines, une ligne maritime entre le bassin et les ports espagnols.
Louis Godinet poursuit l'étude de son projet et constitue un dossier d’avant-projet qu’il transmet au préfet, accompagné des pièces manquantes à un premier envoi. Ce dossier examiné par l’administration des Ponts & Chaussées est jugé recevable eu égard aux dispositions de l'ordonnance royale du portant règlement sur les formalités des enquêtes relatives aux travaux publicsBulletin des lois du royaume de France, IX Série, Tome VI, Partie, 1834.. Elle en informe le préfet par courrier le , et l’invite à organiser l'enquête publique.
Un élément imprévu vient perturber la procédure ; il apparaît que la ligne se situe , et nécessite un examen par les ingénieurs civils et militaires. Jean-Baptiste Billaudel et Claude Deschamps, ingénieurs en chef, et de Chancel, chef de bataillon du génie, sont désignés pour cette mission. Parallèlement, le , un arrêté du préfet constitue la commission d'enquête composée de MM. Portal, président, Cousin père, Allègre, Marichon, comte de Kerkado, Mestrezat, Ghéri, Hourquebie, Buret et Ivoy père. Sans importante opposition, le projet est accueilli favorablement, approuvé par la Chambre de commerce de Bordeaux, le Conseil général de la Gironde et le conseil municipal de Bordeaux.
Après avoir été relancé le , par le directeur général des Ponts & Chaussées, le préfet répond, le , qu'il y a eu quelques retards, mais que le projet d'un chemin de fer entre Bordeaux et La Teste présenté par Louis Godinet et son associé Roché, et estimé à deux millions par eux, apporte une réponse aux besoins économiques de la région qui justifie son acceptation sans un concours (adjudication) qui n'apporterait d'autres résultats que d'en retarder son exécution. Il joint un projet d'arrêté développant l'intérêt du chemin de fer et sollicitant qu’il soit reconnu d'utilité publique, il préconise que ses promoteurs soient autorisés à le construire en contrepartie du tarif fixé. Le ministre des Travaux publics donne son approbation au projet, mais préconise le recours à un concours public. Face à cette décision, les promoteurs réclament une indemnisation de leurs études.
Concession Le projet de loi déposé par le ministre à la Chambre des députés le Voir rapport fait à la Chambre des députés. et le à la Chambre des pairs comporte un article 30 prévoyant une indemnisation de à Louis Godinet . Il est à noter que l’article 48 de la même loi prévoit la possibilité pour le gouvernement « d’accorder de nouvelles concessions de chemin de fer s’embranchant sur le chemin de fer de Bordeaux à la Teste.» Après les votes favorables, la loi est promulguée, le 17 juillet 1837 ; le roi Louis-Philippe signe la loi 6963, qui autorise la mise en concurrence de la concession d'un Chemin de fer de Bordeaux à la Teste dans le département de la Gironde. En annexe est joint un cahier de charges pour l'établissement d'un chemin de fer de Bordeaux à la Teste-de-Buch dressé le , reprenant en grande partie le projet de Louis Godinet qui fixe a maxima une durée de de la concession à soumettre dans le cadre de l’adjudication ainsi qu’un cautionnement de à déposer par les soumissionnaires. Après l'affichage du dans les communes de la Gironde et envoi de l'information dans les départements voisins, l'ouverture des soumissions a lieu le , en Conseil de préfecture, en présence du préfet, François-Jean, comte de Preissac, pair de France, assisté de Billaudel ingénieur en chef des Ponts & Chaussées. Six soumissionnaires ont présenté des offres : Alphonse de Coincy ; Seguier, Mellet, Henry et compagnieMellet et Henry avaient fondé un cabinet d’études à Paris pour soumissionner des projets de travaux publics. Ils étaient concessionnaires du chemin de fer d’Andrézieux à Roanne concédé en 1828 ainsi que du Montpellier-Sète concédé en 1836. ; Aydé ; de VergèsMarie Fortuné de Vergès et son associé Ferdinand-Jean Bayard de la Vingtrie étaient des ingénieurs des Ponts & Chaussées, établis à leur compte à Paris 29 rue Saint-Guillaume, réputés, à l’instar des frères Seguin, pour la construction de ponts suspendus, soumissionnaires malheureux pour une ligne Paris-Versailles en 1837 (cf. G. Ribeil, 76) et concessionnaires du premier chemin de fer italien de Naples à Nocera et Castellamare en 1842. ; Debans l'aînéPierre Debans était agent de change, syndic de la Compagnie des agents de change de Bordeaux. Voir à son sujet Hubert Bonin, Les Patrons du Second Empire: Bordeaux et la Gironde (collection Les patrons du Second Empire, volume 6), Université de Caen, Picard, 1999 (chapitre « Debans », pages 105 et suivantes). ; Dupouy, Berdoly et Lopès-Dias. Seules trois soumissions sont conformes et dépouillées ; l'offre de Fortuné de Vergès se révèle la plus avantageuse pour une durée de concession de 34 ans, 8 mois et 23 jours. La concession lui est attribuée. Il verse une caution de francs. L'adjudication est approuvée par l'ordonnance royale 7235, du .
Création de la compagnie Le 23 février 1838 sont déposés, devant maître Le Hon, notaire à Paris, les statuts de la société anonyme, dont le siège est fixé à Bordeaux, dénommée Compagnie du chemin de fer de Bordeaux à La Teste. Fortuné de Vergès apporte la concession du chemin de fer à la société dont le capital de cinq millions est divisé en actions de 500 francs réparties entre les huit fondateurs administrateurs : MM Henry-Nicolas Hovy, David Johnston, Domaine-Guillaume Mestrezat, Aristide-Lopez Peyreyra, Jacques-François-Émile Galos, Nathaniel Johnston junior, et David-Frédéric-Lopès Dias. Il est prévu que la société pourra exécuter elle-même les travaux ; dans ce cas ce sont les ingénieurs des Ponts et Chaussées Fortuné de Vergès et Bayard de la Vingtrie frères qui en seraient chargés. La création de la société est approuvée par l'ordonnance du [https://books.google.fr/books?id=naRCAAAAcAAJ&lpg=PA381&ots=OlRjGwVPyy&dq=Bulletin%20des%20lois%201837&pg=PA513#v=onepage&q=Bulletin%20des%20lois%201837&f=false Bulletin des lois du Royaume de France, IX Série, Partie supplémentaire, Tome 13, 1838] (consulté le 3 octobre 2011).</ref>Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlemens et avis du Conseil d'État, Année 1838 (consulté le 3 octobre 2011)..
Ligne de Bordeaux à La Teste
Construction Le mars 1838 un traité est passé entre la société et MM. de Vergès et Bayard de la Vingtrie qui s’engagent à construire la ligne de chemin de fer et fournir le matériel contre la somme de 4,6 MF. Contrairement à ce que prévoyait Godinet dans ses études, il n’était pas possible d’établir la gare à Bordeaux rue Lecoq sans devoir compenser la déclivité nécessaire par une forte pente au-delà de la limite fixée par le cahier des charges. En attendant une solution, la gare est construite sur le domaine de Ségur, à la barrière de Pessac. Le coût des travaux de construction de la ligne dépassa d’un million le budget prévisionnel.
Outre l’infrastructure, de Vergès et Bayard de la Vingtrie commandent cinq locomotives à la compagnie d’Anzin et à Starbruck, Longridge et à Newcastle (elles portent les noms de La Teste, Arcachon, L’Océan, La Leyre, La Garonne, La Gironde et L’Anzin), dix voitures de , dix voitures de , quatre voitures de , quatre fourgons à bagages et soixante-huit wagons de marchandises. Les rails sont commandés aux forges de Decazeville.
Dans l’esprit des administrateurs de la compagnie, la partie de la ligne entre Bordeaux et Lamothe devait servir pour un éventuel embranchement vers Bayonnecf. projet de loi non voté en 1846 in A. Picard. À toutes fins utiles, les statuts d’une société pour cette nouvelle ligne sont déposés en décembre 1840.