Joseph Wresinski, de son vrai nom Józef Wrzesiński, né le à Angers et mort le à Suresnes, est un prêtre diocésain français d’origine polonaise, fondateur du mouvement des droits de l'Homme ATD Quart Monde, initiateur de la lutte contre l'illettrisme.
Biographie Enfance et jeunesse De père polonais (Władysław Bolesław Wrzesiński) et de mère espagnole (Lucrèce Stellas), Joseph Wresinski est né le à Angers dans un centre d’internement pour étrangers..
Son père, originaire de Shrinne, près de Poznan, a quitté son pays à 24 ans. Il a rencontré et épousé sa femme à Madrid. Leur premier fils, Louis, est né le . La famille est retournée alors à Poznan, puis a rejoint Paris en . Leur deuxième enfant, Sophie, y est née le . Après la déclaration de guerre, les étrangers sont regroupés dans des centres de rétention et les Wrzesinski sont envoyés à Saumur. Mme Wrzesinski et ses enfants sont hébergés au petit séminaire Mongazon, le père incarcéré au fort de Crozon. En , il peut rejoindre sa famille à Angers et s’installe dans l’ancien Grand séminaire (aujourd'hui lycée Joachim-du-Bellay). La situation dans ces hébergements est dramatique, tant du point de vue du ravitaillement que de l’hygiène. La fille Sophie décède le . Joseph y naîtra un an plus tard, le .
Au début de l’année 1918, les Wrzesinski (qui orthographient désormais leur nom en « Wresinski ») quittent le « Refuge » (nom donné à la maison des réfugiés de l’ancien séminaire) pour le quartier Saint-Jacques, où ils habitent plusieurs logements. Deux enfants naîtront par la suite, Antoinette le et Martin le . Le père, dans l’incapacité de trouver emploi et ressources, quitte sa famille en 1929 pour retourner en Pologne.
L'enfance de Joseph est donc marquée par une grande précarité. Dès son plus jeune âge, Joseph est amené à subvenir aux besoins de la famille en gardant une chèvre, puis en servant la messe chez les religieuses du Bon Pasteur, en échange d'un bol de lait et de deux sous. À l'âge de 13 ans, il est embauché comme apprenti boulanger-pâtissier..
Sa formation l'amène à Nantes où, après avoir fréquenté pendant six mois les jeunesses communistes, il fait, par l'intermédiaire d'un camarade de travail, la connaissance de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), fondée en Belgique par l'abbé Joseph Cardijn. Comme jociste, il prend part à des enquêtes sur les conditions d'existence, souvent terribles, des jeunes travailleurs. Peu de temps après, il décide de devenir prêtre et, à 17 ans, il reprend des études sur les bancs du petit séminaire de Beaupréau (Maine-et-Loire), avec des élèves qui ont cinq ans de moins que lui. La mobilisation générale, puis la guerre interrompent son parcours vers la prêtrise, et ce n'est qu'en qu'il rejoint le grand séminaire de Soissons, réfugié à Entrammes. Le choix du diocèse de Soissons, plutôt que celui d'Angers, sa ville natale, trouve son origine dans le fait que ses études sont prises en charge financièrement par une famille d'agriculteurs du Soissonnais dont une parente était religieuse au Bon Pasteur à Angers et connaissait la famille Wresinski depuis très longtemps. Joseph est ordonné prêtre le , à Soissons..
Prêtrise Vicaire, puis curé dans des paroisses ouvrières (Tergnier) et rurales (Dhuizel), pendant dix ans, dans le département de l'Aisne, Joseph ne cesse d'aller à la recherche des plus pauvres, des plus humiliés. Il passe quelques mois à la Mission de France, travaille dans des mines. Il contracte la tuberculose. En pèlerinage à Rome en 1950, il poursuit son voyage jusqu'en Sicile pour y découvrir notamment « l'enfer blanc », les mines de sel siciliennes.
Connaissant sa recherche, son évêque (), qui avait été curé à Angers, dans la paroisse de la famille Wresinski, lui propose en 1956 de rejoindre Château-de-France, une cité d'urgence qui ressemble à un bidonville, à Noisy-le-Grand en région parisienne. C'est là que Joseph Wresinski fondera le mouvement ATD Quart Monde. Il crée également le terme de « quart-monde ».
La cité d'urgence Château-de-France a été instituée deux ans plus tôt, à l'initiative de l'abbé Pierre, pour reloger des familles hébergées dans un premier temps porte de Charenton à Paris. Elle est construite avec l'argent de la charité rassemblé lors du grand mouvement dit « de l'insurrection de la bonté » à la suite de l'appel de l'abbé Pierre à la radioEn février 1954, le fondateur d'Emmaüs avait lancé sur les antennes de Radio-Luxembourg, cet appel qui deviendra célèbre sous le nom d'Appel de l'abbé Pierre.. La cité ressemble à un bidonville car elle s'inspire du projet de l'architecte allemand Martin Wagner : les bâtiments sont en forme de demi-bidon métalliqueanalyse critique de EMMAÜS Société Anonyme : notice. Ces cités appelées à être provisoires se transformèrent progressivement, dans le meilleur des cas, en Centre de promotion familiale à Château-de-France ou en cités HLM. Le , Joseph Wresinski rejoint les 252 familles mal-logées à Château-de-France. Il y éprouve un véritable choc. , écrira-t-il plus tard.
Désormais, il consacrera toute son énergie à faire reconnaître ces personnes en quête de dignité, qui possèdent une pensée et une expérience uniques, indispensables à la société. Il engage un combat contre l'assistance et la charité qui dit-il . Il s'oppose à la soupe populaire et aux travailleurs sociaux, il propose aux familles de construire un jardin d'enfants et une bibliothèque. Une chapelle Notre-Dame-des-Sans-Logis-et-de-Tout-le-Monde, des ateliers pour les jeunes et les adultes, une laverie, un salon d'esthétique pour les femmes vont être réalisés peu à peu. Avec les familles du camp et quelques amis est créée une association qui prend l’appellation d'« Aide à toute détresse »En 2009, le conseil d'administration du Mouvement International ATD Quart Monde a décidé de donner au sigle ATD un autre sens : Agir Tous pour la Dignité. (ATD Quart-Monde).
ATD Quart-Monde thumb|Joseph Wresinski prononce son discours Je témoigne de vous le 17 octobre 1987. De Château-de-France à Noisy-le-Grand, le mouvement ATD Quart-Monde s'étend progressivement. Des volontaires vont rejoindre d'autres lieux d'abandon, de la région parisienne d'abord (La Campa, à La Courneuve ; les Francs-Moisins, à Saint-Denis) , puis dans d'autres villes de France, d'Europe ainsi qu'aux États-Unis d'Amérique (New York, en 1964). À travers des voyages et l'entretien d'une longue et fidèle correspondance, le père Joseph Wresinski développe parallèlement un réseau d'amis à travers le monde, composé de personnes et de petites organisations engagées auprès des plus pauvres. était une de ses préoccupations. C'est dans cette perspective qu'il crée à la fin des années 1970 le Forum permanent sur l'extrême pauvreté dans le monde. C'est à la même époque qu'après plus de vingt ans de présence et d'action auprès des plus pauvres de l'Europe et de l'Amérique du Nord, des volontaires d'ATD Quart-Monde sont envoyés en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique.
En 1977 Joseph Wresinski lance un défi :
Dans le rapport moral du mouvement ATD quart monde, publié en 1978, il invente le mot « Illettrisme »L'illettrisme Mieux comprendre pour mieux agir, Marie-Thérèse Geffroy et Valérie Grasset-Morel, Les essentiels Milan, Éditions Milan 2005, , page 5. Le mot est préféré à celui d'« analphabétisme », jugé péjoratif, et le mot « alphabétisation » est abandonné car utilisé pour les immigrés alors que le père Wresinski constate que les personnes rencontrées dans les cités et autres bidonvilles, et qui sont en difficulté avec la langue, sont souvent d'origine française et scolarisées en France.
À la fin des années 1980, il influence le Premier ministre Michel Rocard dans l'instauration du Revenu minimum d'insertion (RMI)Le père Joseph Wresinski, inspirateur d'une Église proche des pauvres.
Membre du Conseil économique et social de la République française à partir de 1979, Joseph Wresinski rédige un rapport aux répercussions sociales et politiques importantes à travers l'Europe et dans le monde. Intitulé « Grande pauvreté et précarité économique et sociale », ce rapport est adopté le . Quelques jours après, le , Joseph Wresinski prend la parole devant la Commission des droits de l'homme des Nations unies, à Genève, pour demander à cet organe de l'ONU de reconnaître l'extrême pauvreté comme une violation des droits de l'Homme.
Le de la même année, en inaugurant à Paris une dalle commémorative des victimes de la misère, scellée sur le parvis des droits de l'homme place du Trocadéro, il institue la Journée mondiale du refus de la misère, reconnue officiellement par les Nations unies comme Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté en décembre 1992, et célébrée chaque année le . Le texte gravé sur la dalle du Trocadéro affirme que :
Quelques mois après, Joseph Wresinski meurt des suites d'une intervention chirurgicale. Ses funérailles sont célébrées en la cathédrale Notre-Dame de Paris sous la présidence du cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris. Il est inhumé à Méry-sur-Oise (Val-d'Oise), sous la chapelle Notre-Dame-de-Tout-le-Monde, au cœur du centre international du Mouvement ATD Quart-Monde.
Reconnaissance vignette|left|upright=0.75|Plaque de la Cour Joseph Wresinski à Nancy. vignette|Plaque de la place Joseph-Wresinski, à Noisy-le-Grand. La cause de béatification, ouverte par le diocèse de Soissons le , a été close au niveau diocésain le et transmise à Rome. Le père Joseph Wresinski a reçu le titre de Serviteur de Dieu.
Il a inspiré le téléfilm Joseph l'insoumis (2011).
La "Fondation Joseph Wresinski", abritée à l'Institut de France, s'emploie à faire connaître la pensée du père Wresinski. Elle soutient chaque année, par des bourses ou des subventions, des projets qui s'inscrivent dans son dessein.Elle organise des colloques et favorise des publications ou des prises de paroles.
Dans les jardins du Trocadéro, une esplanade est nommée en sa mémoire à Paris.
L'athénée municipal de Bordeaux, centre de conférence au centre-ville, a pris le nom de Joseph Wresinski.
Le , en présence de militants, volontaires et partenaires, la présidente d’ATD Quart Monde Claire Hédon, au côté de l'adjointe au maire de Noisy-le-Grand Pascale Cotte-Morreton et de la directrice générale d'Emmaüs Habitat Claire Lanly, inaugure la place Joseph Wresinski là où est né le mouvement ATD Quart Monde 62 ans plus tôt.
Publications 1981 : Pologne, que deviennent tes sous-prolétaires ? Pierrelaye, Éditions Science et service. 1983 : Les pauvres sont l'Église, entretiens avec Gilles Anouil, Paris, Centurion, 250 p. 1984 : Heureux vous les pauvres, Paris, Cana, 270 p. 1986 : Les pauvres, rencontre du vrai Dieu, Paris, Éditions Le Cerf, 2005, 154 p. Paroles pour demain, Paris, Desclée de Brouwer, 144 p. 1987 : « Grande pauvreté et précarité économique et sociale », rapport présenté au nom du Conseil économique et social par M. J. Wresinski, Journal officiel de la République française, Écrits et paroles aux volontaires Tome 1, 1960-1967, Luxembourg-Paris, Éditions Saint-Paul - Quart Monde, 1992, 560 p. Tome 2, mars-, Luxembourg-Paris, Éditions Saint-Paul - Quart Monde, 1994, 148 p. Vivre l'Évangile dans la famille, Éditions Quart Monde « Échec à la misère », conférence faite à la Sorbonne le , Paris, Éditions Quart Monde (Cahiers de Baillet), 84 p. 1998 : « Les plus pauvres révélateurs de l'indivisibilité des droits de l'homme », Paris, Éditions Quart Monde (texte paru dans « 1989, les Droits de l'homme en question », rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, Paris, La Documentation française, 1989 2004 : Culture et grande pauvreté, Paris, Éditions Quart Monde (Cahiers Wresinski, anciennement Cahiers de Baillet) 2005 : Droits de Dieu, droits de l'homme Paris, Éditions Quart Monde (Cahiers Wresinski) Telle est l'eucharistie, Paris, Éditions Le Cerf 2007 : Refuser la misère. Une pensée politique née de l'action, Paris, Éditions Le Cerf