Jacques Chaban-Delmas, souvent surnommé « Chaban », né Jacques Delmas le dans le et mort le dans le , est un résistant, général de brigade et homme d'État français. Il est Premier ministre du au .
Considéré comme l'un des « barons du gaullisme », il est notamment maire de Bordeaux de 1947 à 1995, ministre sous la et président de l'Assemblée nationale à trois reprises entre 1958 et 1988.
Chef du gouvernement sous la présidence de Georges Pompidou, il préconise une , d'inspiration centriste et sociale. Candidat gaulliste à l'élection présidentielle de 1974 à la suite de la mort de Georges Pompidou, il subit la concurrence du libéral Valéry Giscard d'Estaing et est éliminé dès le premier tour ; cet échec est à l’origine du terme , un néologisme désignant la marginalisation rapide du favori d'un scrutin électoral.
Biographie Origines Fils de Pierre Delmas (1887-1980), ingénieur-conseil chez Delahaye., et de Georgette Barrouin (1895-1985)., professeur de musique à Bordeaux, il naît au 46 boulevard de l’Hôpital à Paris. Ses parents se séparent en 1927 et sa mère se remarie en 1928 avec Maurice Legendre, pilote de chasse pendant la Première Guerre mondiale, devenu marchand de meubles..
Élève médiocre au lycée Lakanal, à Sceaux, il y découvre le rugby et sa tradition éducative. En 1933, il entre en tant que journaliste financier au quotidien L'Information économique et financière. Il étudie ensuite à la faculté de droit de Paris et à l'École libre des sciences politiques (Sciences Po), section Finances publiques.. Il est licencié en droit et diplômé d'études supérieures d'économie politique et de droit public en 1937 avec Michel Debré et Jean-Marcel Jeanneney. Il se classe septième de sa section à Sciences Po.
En 1938-1939, pendant son service militaire commencé au d'infanterie de Bitche en Moselle, il suit la formation des EOR, est reçu premier et sort major de la promotion du maréchal Joffre à Saint-Cyr en . Au moment de la défaite de , il est sous-lieutenant au bataillon alpin de forteresse dans le massif de l'Authion au nord de Nice..
Vichy et la Résistance Il a en . Démobilisé le , il ne parvient pas à gagner Londres. Ne supportant pas l'humiliation de la défaite, il passe en zone libre, où il rencontre le colonel Groussard qui le met en contact avec le réseau de résistance Hector, organisation de résistance du Nord de la France commandée par le colonel Alfred Heurtaux en , d’abord sous le nom de Lakanal, en souvenir de son lycée à Sceaux. Il se lie avec Maurice Bourgès-Maunoury, Henri Sacquet et Félix Gaillard. De 1941 à 1942, il travaille comme contractuel, puis en préparant et en réussissant en le concours de l’Inspection des finances, au cabinet du secrétariat d'État à la Production industrielle, dirigé par Pierre Pucheu puis par François Lehideux sous Darlan, puis Jean Bichelonne, dans le deuxième gouvernement de Pierre Laval, dont les services parisiens étaient installés dans un hôtel particulier du , rue de Grenelle dans le parisien. À la fin de l’année 1942, après la chute du réseau due à des arrestations, il entre directement en contact avec les représentants de Londres et se livre à un travail de renseignement dans les services du ministère de l'Industrie. Il poursuit son activité de renseignement avec l'Organisation civile et militaire(OCM), qui succède à Hector en fusionnant avec d'autres organismes résistants.. Comme haut fonctionnaire, il est sous les ordres de l'inspecteur des Finances Raymond Panié, qui sait que, sous le pseudonyme de Chaban — ce nom de résistant choisi en , un an avant la Libération, a pour origine un écriteau indiquant le château de ChabanEntretien avec Francis Lambert pour la campagne électorale de 1989.. —, il fournit des renseignements économiques à la France libre. Chaban représente le chef du service des relations extérieures aux conférences qui réunissent les représentants des services responsables de l'économie en zone occupée. En , aux côtés de Guillain de Bénouville, François Bloch-Lainé, René Courtin, André Debray et Michel Debré, Chaban est nommé au Comité financier de la Résistance (COFI), que Jacques Bingen et Georges Bidault viennent de créer pour financer l'action de l'armée des ombresJM Binot et B. Boyer, L'Argent de la Résistance, Larousse, 2010.Philippe et Patrick Chastenet, Chaban, Seuil, 1991...
Général de brigade vignette|gauche|redresse|Plaque commémorative de la libération de Paris.
À l'extrême fin de l'été 1943, après plusieurs entretiens avec son ami Maurice Bourgès-Maunoury tout juste revenu en France comme délégué militaire régional, Jacques Delmas rejoint la Délégation militaire du CFLN en France. À partir du mois d', devenu « Chaban », il fait fonction, à Paris, d'adjoint au délégué militaire national (DMN), le commandant Louis Mangin. Sur instruction de ce dernier, il travaille un temps avec André Boulloche, délégué militaire pour la Région parisienne. En , les responsabilités de Jacques Chaban-Delmas dans la Résistance sont stratégiques. En effet, responsable de la coordination militaire sur tout le territoire, il est le lien entre les FFI et le Haut commandement interallié auprès de Pierre Koenig et veille à leur application. Interlocuteur du Comité d'action militaire COMAC, institué par le CNR, il s'efforce de préparer la participation des forces paramilitaires de la Résistance à la libération du territoire.
En , il est nommé délégué militaire national par Socrate (Lazare Rachline), envoyé personnel du général de Gaulle. Devant peser dans les négociations, Socrate le recommande — alors qu'il n'est que lieutenant — au grade de général de brigade au général de Gaulle et au Gouvernement provisoire, qui entérinent. Il est le plus jeune général nommé depuis François Séverin Marceau, général à à la Révolution, même s'il ne commande aucune troupe.
Il quitte Paris pour Londres le afin de rendre compte au Commandement allié des possibilités militaires de la Résistance. Avec le soutien d'Alexandre Parodi, délégué général, il s'oppose à la stratégie insurrectionnelle du COMAC. Il demande instamment que le plan d'opérations qui prévoyait la chute de Paris soit modifié de manière à éviter à la capitale destructions et massacres. Il repart de Londres le nanti des ordres du général Koenig. Amené au Mans par les Américains le , il arrive à Paris deux jours plus tard, à bicyclette. Il agit pendant l'insurrection parisienne de façon à permettre à la Résistance d'exercer une action d'un grand retentissement, tout en prévenant tout débordement de violence. Il accueille le général Leclerc à Arpajon le , et entre avec lui dans Paris.
vignette|gauche|redresse|Jacques Chaban-Delmas (de dos, à droite) avec le général de Gaulle, le général Leclerc et d’autres officiers à la gare Montparnasse le .
Le , il accompagne donc Philippe Leclerc de Hauteclocque à la Libération de Paris et rencontre pour la première fois de Gaulle à la gare Montparnasse.
Il est l'un des quatre généraux de brigade FFI, avec Pierre de Bénouville (1914-2001), Maurice Chevance-Bertin (1910-1996) et Alfred Malleret-Joinville (1911-1960). Un « Additif à l'annuaire des officiers généraux de 1946 », daté du , précise : Annexe de l'ouvrage du général Maurice Chevance-Bertin Vingt mille heures d'angoisse, éditions Robert Laffont, collection "Vécu", 1990, p. 251..
En , il est nommé au cabinet du ministre de la Guerre, André Diethelm, pour une mission d’inspection de l’armée (chef de l’Inspection générale de l’armée), puis est affecté en tant qu’inspecteur des finances dans le civil en , nommé secrétaire général du ministère de l’Information (auprès de Jacques Soustelle, puis d’André Malraux). Fonctionnaire « insoumis », il quitte le ministère début 1946, en désaccord avec la politique sur la presse sous l’Occupation et démissionne.
Débuts en politique Quand il franchit le Rubicon en , le projet de Constitution, auquel de Gaulle est opposé, est rejeté par référendum. Il ne peut postuler pour la nouvelle Assemblée constituante, en place pour six mois, mais prend rang pour l'assemblée qui doit être élue en .
Il hésite entre Charente, Charente-Maritime et Gironde, trois départements où les radicaux, pour cause de divisions, n'avaient pas obtenu de siège en 1945 .Lorrain Cruse a un faible pour la Charente-Maritime à cause des voix protestantes. Félix Gaillard préfère la Charente. Il reste donc la Gironde pour Chaban ; il indique à ce sujet : « J'étais avant tout un citadin. Plus grand serait le poids urbain dans le département où j'allais tenter ma chance, plus je serais à l'aise. » Bref, c'est un Parisien qui débarque à Bordeaux dans une traction-avant décapotable prêtée par un industriel parisien mécène du rugby. Il choisit d’entrer en politique à Bordeaux, comme « parachuté »..
Son ami Maurice Bourgès-Maunoury, radical et futur président du Conseil, est nommé commissaire de la République à Bordeaux en 1945. Ce dernier ne peut empêcher les radicaux du cru de voir d'un mauvais œil ce parachutage. Ils contestent la bénédiction d'Édouard Herriot, le pape du radicalisme. Ils proposent la candidature de l'amiral Muselier qui a été le premier officier général à rallier Charles de Gaulle à Londres dès le .. Les premiers contacts politiques sont tendus, les premières réunions violentes. Il obtient l'investiture et deux sièges pour son parti. Il reconnaît, trente ans plus tard : .
Jacques Chaban-Delmas se fait élire pour la première fois député de Bordeaux le sous l’étiquette radicale avec le soutien de De Gaulle et d'Édouard Herriot. Le , il réussit à préserver la double étiquette radicale (RGR) et gaulliste (RPF) en gagnant contre Henri Teitgen (MRP), mais les partis refusant la double appartenance, il choisit le camp gaulliste. Le , à la suite du second « discours de Bayeux », il fonde, avec René Capitant, Louis Vallon et Pierre Clostermann, l'Union gaulliste pour la République, qui fusionne, le , dans le Rassemblement du peuple français (RPF), constitué autour du général de Gaulle. Il en devient l’une des figures comme membre du conseil de direction et du bureau politique. Il est directeur de publication des journaux du RPF, L'Étincelle (de 1947 à 1955), Le Rassemblement (de 1948 à 1954), Liberté de l'Esprit (de 1949 à 1954.
Il est président de l'Intergroupe d'Action pour une vraie démocratie à l'Assemblée nationale le , puis du groupe d'action démocratique et républicaine à l'Assemblée nationale le , et enfin président du groupe RPF à l'Assemblée nationale..Après l'échec du RPF, il fonde et dirige, de 1953 à 1958, un autre mouvement gaulliste, l’Union des républicains d'action sociale, devenue le Centre national des républicains sociaux, et de son groupe à l’Assemblée nationale, dont la stratégie est de combattre le « système » de l’intérieur.Il est le directeur de publication du journal de ce parti politique, Le Télégramme de Paris, de 1953 à 1958..
Sous la République, Jacques Chaban-Delmas est favorable au retour au pouvoir de De Gaulle.Le député de la Gironde intervient souvent à la tribune de l'Assemblée nationale. Ainsi le , il est entendu au cours du débat sur l'interpellation de Fernand Grenier relative à la dévolution des biens des entreprises de presse. Le et à nouveau le — cette fois-ci à l'occasion du débat sur l'investiture du Président du Conseil Georges Bidault auquel il accorde sa confiance en souvenir des combats communs — Jacques Chaban-Delmas appelle de ses vœux une révision constitutionnelle ; il souligne que l'Assemblée dans sa composition ne représente plus l'opinion publique et qu'elle devrait se séparer pour rendre la parole aux électeurs, comme le préconise le général de Gaulle depuis la fondation du RPF, auquel il appartient. Il n'oublie pas de défendre les intérêts de sa région, que ce soit en luttant contre les incendies de forêt des Landes ou en faveur du théâtre de Bordeaux..