Le prolétariat est, selon Karl Marx notamment, la classe sociale opposée à la classe capitaliste. Elle est formée par les prolétaires, également désignés couramment comme travailleurs.
Le prolétaire ne possède ni capital ni moyen de production et doit donc, pour subvenir à ses besoins, avoir recours au travail salarié et à la vente de sa force de travail. Le prolétariat ne se réduit donc pas au stéréotype de l'ouvrier en blouse bleue ni du travailleur souillé des mines, mais recouvre l'ensemble des êtres humains qui doivent se soumettre à un travail salarié, quels que soient leur niveau de vie et le niveau de leur salaire.
Le philosophe Bernard Stiegler prolonge le concept marxiste de prolétarisation, qu'il définit comme le « processus de dépossession des savoirs ».
Étymologie Le mot « prolétaire » désigne à l'origine un citoyen romain de la plèbe si pauvre qu'il ne paie pas d'impôt et ne peut être utile à l'État que par sa descendance (du latin proles). Il forme la classe la moins considérée de la civitas (ensemble des citoyens), constituée de ceux qui ne peuvent s'acheter aucune pièce d'armure et qui ne possèdent le droit de vote qu'en théorie. C'est la sixième et dernière classe sociale.
Définitions du prolétariat thumb|Les Mangeurs de pommes de terre, Vincent van Gogh, huile sur toile (1885).
Théorie marxiste Selon la définition de Marx et des marxistes, le prolétariat est constitué de l'ensemble des salariés et des chômeurs (considérés comme des salariés sans emploi). Le prolétariat est la classe sociale qui, pour avoir de quoi vivre, est obligée de vendre sa force de travail à la classe antagoniste, qui dispose du capital et des moyens matériels de productionVoir par exemple Maximilien Rubel, « La conception du prolétariat chez Marx », communication au Congrès mondial de sociologie, Washington, 1962. Également Jacques Wajnsztejn, Après la révolution du capital, L'Harmattan, 2007, . De même Yvon Quiniou, Karl Marx, Le Cavalier bleu, 2007, . Jean-Charles Asselain, dans « Le capitalisme : mutations et diversités », de La Documentation française, mars-avril 2009, ..
Marx et Engels proposent plusieurs définitions du prolétariat : (Le CapitalKarl Marx, Le Capital, 1867, Garnier-Flammarion, 1969, .). Dans le Manifeste communiste (1848), Marx parle du prolétariat comme étant .
Le prolétariat se définit ainsi en opposition à une autre classe : la bourgeoisie ; avec laquelle il entretient un rapport économique déterminé : le salariat. Prolétariat et bourgeoisie sont ainsi les deux pôles d'un même rapport social. Il (Karl Marx, Manifeste communiste, 1848). (Karl Marx, Le Capital, 1867Marx, Œuvres I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1967, .). Les chômeurs sont aussi considérés comme faisant partie du prolétariat.
Selon Engels :
L'intérêt du prolétaire est d'obtenir le plus possible de son travail, tandis que réciproquement le propriétaire des moyens de production cherche à minimiser ce coût. Le prolétaire a donc des intérêts contraires à ceux du bourgeois (ou du capitaliste). D'où un conflit entre eux, la « lutte des classes ».
Selon Marx, le moteur de l'Histoire est précisément la lutte des classes. Le contexte historique est important pour comprendre les notions de « bourgeoisie » et de « prolétariat » à une époque où le droit de vote est réservé à la classe possédante. Et c'est parce qu'il y a lutte entre les prolétaires et les bourgeois que les prolétaires doivent écarter la bourgeoisie de l'exercice du pouvoir et supprimer l’exploitation économique, permettant la disparition des classes sociales ( est l'objectif énoncé par Marx dans les statuts de l'Association internationale des travailleurs, en 1864). La société deviendrait alors communiste.
Selon le conseilliste et marxologue Maximilien Rubel, Maximilien Rubel, Marx critique du marxisme, Payot, 2000, p. 288.. L'un des moyens d'auto-émancipation et d'auto-organisation du prolétariat, selon Rubel, étant notamment l'instauration de conseils de travailleurs révolutionnaires.
Approche stieglerienne
Un dépassement du concept marxiste vignette|upright|Bernard Stiegler, philosophe de la technique.
Par une relecture des , le philosophe Bernard Stiegler élargit le concept de prolétariat. Selon lui, Il conjugue ce phénomène avec une perte d'individuation, concept venant de Gilbert Simondon :
La prolétarisation est un processus. Il identifie trois phases d'automatisation au cours du capitalisme : lors de la révolution industrielle, de l'avènement de la société de consommation, puis du capitalisme de surveillance. Celles-ci s'accompagnent respectivement de trois stades de prolétarisation : , des savoir-vivre et des savoir-penser. Le stade actuel du capitalisme est celui de la qui Plus prosaïquement, ces savoirs peuvent être cuisiner, éduquer, habiter, vivre ensemble, compter, mesurer...
Cette prolétarisation généralisée, par son caractère automatisant et uniformisant, réduit la diversité des pratiques et augmente l'entropie (comprise comme une mesure de l'uniformité).
Exemple Stiegler considère que l'économiste de renom Alan Greenspan, qui est président de la Réserve fédérale des États-Unis lors de la crise des subprimes, est un prolétaire. En effet, celui-ci avoue lors de la commission d'enquête ne pas comprendre les produits financiers complexes qu'il a popularisés ; et même plus : que personne ne les comprend.
Stiegler considère aussi que les chauffeurs de taxis sont prolétarisés depuis l'arrivée des GPS, car ils ont perdu leur connaissance de la ville et ne peuvent plus se déplacer sans cette technologie.
Les agents conversationnels, tels que ChatGPT, sont qualifiés de technologie prolétarisante car les utilisateurs délèguent leurs savoir-penser.
Déprolétarisation Le processus qu'est la prolétarisation peut être inversé par ce que Stiegler nomme la « déprolétarisation », c'est-à-dire la réappropriation des savoirs. Il prend l'exemple des pratiques collaboratives, telles qu'elles existent dans le milieu du logiciel libre, des fab labs et de Wikipédia, qu'il met au centre de sa théorie de l'économie contributive. Tout ceci participe à recréer des communs (aussi numériques). Pour Stiegler, les contributeurs s'investissent
La déprolétarisation passe par une « désautomatisation ». Cependant, Stiegler insiste sur le fait qu'elle n'a pas à se faire en opposition aux machines. Il prend l'exemple des contributeurs de Wikipédia qui sont assistés par des bots, sans qui la plateforme ne pourrait pas fonctionner, notamment pour les tâches fastidieuses et répétitives.
Autres approches Selon Raymond Aron (en 1955), le prolétariat regrouperait , c'est-à-dire les ouvriersRaymond Aron, L'Opium des intellectuels, 1955, partie I, Chapitre III, section « Définition du prolétariat » :.
D'autres sources associent le prolétariat à tout ou partie de la classe ouvrière tel le TLFi :
Cependant, selon l'Encyclopædia Universalis :
En 1925, Edmond Goblot a enrichi la notion de capital en y incluant le « capital humain » (principalement les relations/amis et les diplômes). À la lutte des classes s'ajouteraient donc de nouvelles discriminations sociales entre les diplômés et les non diplômésEdmond Goblot, La Barrière et le Niveau, édition numérique Denis Anne, .. Pierre Bourdieu le développe dans La Distinction (1979) sous le concept de capital culturel. Des auteurs contemporains rapprochent la prolétarisation du phénomène de paupérisation et d'exclusionKarine Clément, « Russie : pauvreté de masse et stigmatisation des pauvres (Partie 2) », Cultures et conflits, 35, 1999, .. Enfin, selon Raoul Vaneigem, Modestes propositions aux grévistes, 2004..
Usages historiques En 1825, Jacques Marquet de Montbreton de Norvins affirme : Portefeuille de 1813, p. 489. Cité dans .. En , une proclamation du Gouvernement provisoire écrite par Alphonse de Lamartine annonce qu' à dater de la loi électorale provisoire qui substitue le suffrage universel masculin au suffrage censitaire. L'historien Samuel Hayat estime qu'..
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes
Liens externes
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