André Labarthe, né le à Paris Voir la notice d'autorité d'André Labarthe sur le site Internet de la BNF. En revanche, Alain Bonnet, Jacques Levron, Dictionnaire commenté de l'œuvre du général de Gaulle, Paris, Plon, 1975, 877 pages, 433, indiquent le 28 janvier. et mort le à Paris Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 1460, vue 23/31.Voir la Revue de la France Libre, 171, novembre-décembre 1967, 27 ; « Mort d'André Labarthe, journaliste scientifique et ancien commissaire à l'information du Comité d'Alger », Le Monde, , cité dans Thierry Cottour, « "Constellation" et Rencontre (1967-1970): un malentendu fécond », in François Vallotton, Les Éditions Rencontre, 1950-1971, Éditions d'en bas, 2004, 216 pages, , notes 7 et 13, et , note 55 ; Robert Belot, « Labarthe, André », in François Broche, Georges Caïtucoli, Jean-François Muracciole, Dictionnaire de la France Libre, Robert Laffont, 2010, 842. Guillaume Piketty, dans François Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance et de la France libre, Robert Laffont, 2006, et Robert Belot, dans Claire Andrieu, Philippe Braud et Guillaume Piketty (dir.), Dictionnaire de Gaulle, Robert Laffont, 2006, 661-662, indiquent à tort l'année 1970. La notice d'autorité de la BNF donne également le ., est un ingénieur et un homme de presse français. Membre de la France libre durant la Seconde Guerre mondiale, possible agent des services soviétiques, il est surtout connu pour la revue La France Libre, qu'il a fondée à Londres en 1940 et dirigée jusqu'à la fin de 1945, ainsi que pour son hostilité au général de Gaulle.

Militant de gauche dans les années 1930 Fils d'une femme de ménageJean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre de l'appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, 175.Né de père inconnu (selon lui, mais l'acte de naissance indique Pierre Labarthe, 36 ans, employé), il affirmait être le fils de Maurice Maeterlinck. Voir Nicolas Baverez, Raymond Aron, un moraliste au temps des idéologies, Flammarion, 1993, 541 pages, 168 , docteur ès sciences, il est assistant de physique mécanique à la faculté de Paris en 1931, puis attaché au département des recherches du ministère de l'Air.

Antifasciste et sympathisant communiste, il se lie avec Pierre Cot, leader du Rassemblement universel pour la paix (RUP), à la suite d'un voyage en Espagne en . Ingénieur en chef du génie maritime, il est directeur du service technique de l'armement au ministère de l'Air entre 1936 et 1938, dans le cabinet de Pierre CotSelon Guillaume Piketty, auteur de l'article « André Labarthe (1902-1970) », dans le Dictionnaire historique de la Résistance et de la France libre, Labarthe est nommé chef de cabinet du sous-secrétaire d'État à l'Air en , chargé des questions sociales, « avant d'être mis en sommeil » à cause « de son activisme débridé et de son comportement partisan »..

Il fait la connaissance de Jean Moulin au ministère et, d'après certains, se lie d'amitié avec luiVoir notamment « Jean Moulin : l'enquête rebondit », interview de Jacques Baynac par François Dufay, parue dans le magazine Le Point, 1795, 8 février 2007, 108..

En , il participe, à Londres, à une « Assemblée des peuples pour l'aide au peuple chinois » en compagnie de Frédéric Joliot-Curie et Jean PerrinMichel Pinault, Frédéric Joliot-Curie, Odile Jacob, 2000, 712 pages, ..

Auteur en 1939 de La France devant la guerre. La balance des forces, essai comparatif sur le potentiel économique et militaire de la France et de l'Allemagne, il est nommé par le gouvernement Daladier directeur de l'Office des recherches et inventions, qui comprend le groupe des laboratoires du CNRS de Bellevue et la station nationale de recherches et d'expériences techniques, en 1940.

La France Libre À Londres Après la débâcle, il embarque à Bordeaux sur le Casamance, rejoignant Londres le Pierre Marie Gallois, Le Sablier du siècle. Mémoires, L'âge d'homme, 1999, 565 pages, ., et s'engage dans la France libre. En juillet, le général de Gaulle le nomme directeur du service de l'armement, dans son cabinet civil (composé de 7 services). En conflit avec le commandant Fontaine, alias Aristide Antoine, nommé par de Gaulle à la tête des services civils, qui lui adresse un blâme le , il est relevé de ses fonctions le 14. L'amiral Muselier, qui le soutient contre FontaineJean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre de l'appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, 176., le fait alors nommer président du comité de perfectionnement des écoles de marine, poste qu'il quitte rapidement.

Dans son essai La France Libre de l'appel du à la Libération, Jean-Louis Crémieux-Brilhac le décrit en ces termes :

Création de La France Libre Au même moment, avec deux anciens du RUP, Martha Jansen-Lecoutre et Stanislas Szymanczyk (bientôt rejoints par Raymond AronSur les circonstances de l'entrée de Raymond Aron à La France Libre, voir ses Mémoires, Robert Laffont, 2003, 168-170.), et l'appui financier de l'Intelligence Service, il fonde la revue mensuelle La France Libre (domiciliée au 15 Queensbury Place, à Londres), qui est publiée de à Le est daté de décembre 1946-janvier 1947. Voir Thierry Cottour, , 167, note 25.. Tirée à exemplaires (elle passe de exemplaires en 1940 à à la Libération selon Thierry Cottour), cette revue se distingue par sa haute qualité intellectuelle et ses nombreux collaborateurs, parmi lesquels se distinguent Georges Bernanos, Albert Cohen, Ève Curie, Henri Focillon, Camille Huysmans, Jacques Maritain, Robert Marjolin, Jules Roy ou Herbert George WellsJean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre de l'appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, 191-192.Christian Malis, « Après le Blitszkrieg : le réveil de la pensée militaire française (juin 1940-mars 1942), Le rôle de la revue La France Libre ». Très appréciée de la presse anglo-saxonne, une édition spéciale, mise au point à l'été 1943, est larguée sur la France par la Royal Air Force. À la même époque, la revue s'installe à Alger. Pour Labarthe, cette revue a pour mission d'entreprendre une « croisade des idées » pour lutter contre « l'acceptation morale de la défaite » et restaurer une civilisation fondée sur la « liberté humaine »Robert Belot, « Labarthe, André », in François Broche, Georges Caïtucoli, Jean-François Muracciole, Dictionnaire de la France Libre, Robert Laffont, 2010, .. Suivent ensuite deux éditions au Caire et à New York (sous le nom de Tricolor, elle publie aussi des auteurs américains)Thierry Cottour, « "Constellation" et Rencontre (1967-1970): un malentendu fécond », in François Vallotton, Les Éditions Rencontre, 1950-1971, Éditions d'en bas, 2004, 216 pages, ..

Opposant de gauche à de Gaulle Devenu une personnalité grâce à sa revue, il constitue bientôt, avec les dirigeants du journal France et du groupe Jean-Jaurès, ainsi que quelques proches de l'amiral Muselier, un groupe informel d'opposants « de gauche » au général de GaulleJean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre de l'appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, 194.. En , il est l'un de ceux qui conseillent à l'amiral Muselier de forcer de Gaulle à partager la direction de la France libre en créant un « comité exécutif de la France libre » présidé par le commandant des FNFL. Dans ce comité, Labarthe se chargerait de la Direction politique et de la Propagande (Action en France et dans l'Empire)Raymond Aron, Mémoires, Robert Laffont, 2003, 182-184.Jean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre de l'appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, 200-205..

Après l'échec de cette tentative, il évolue vers un antigaullisme virulent, profitant du prestige de sa revue pour intriguer contre le chef de la France libre. Il contribue notamment à propager l'image d'un BCRA cagoulardJean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre de l'appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, 726-733. .

Le , dans l'émission Les Français parlent aux Français, diffusée par la BBC, il dénonce la déportation des Juifs et appelle à faire « la chaîne des braves gens », expliquant que « les Juifs de France sont placés sous la sauvegarde des Français »P. Laborie, « 1942 et le sort des Juifs, quel tournant dans l'opinion ? », Annales ESC, 3, mai-juin 1993, 661..

En , avec Muselier, il choisit Giraud, qui le nomme secrétaire de l'Information le , contre de GaulleJean-Louis Crémieux-Brilhac, La France Libre de l'appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, 1996, 474., et s'oppose à la fusion du Commandement en chef français civil et militaire avec la France combattante.

En , il gagne les États-Unis, où il tente de créer une revue en anglais et mène une campagne de dénigrement contre de Gaulle jusqu'à la fin de la guerre. Il est le seul journaliste français admis à assister à l'explosion de la bombe atomique américaine, à Bikini, en 1946 (Opération Crossroads)Site de l'AJSPI.

Un agent soviétique ? Labarthe a reconnu, selon Henri Frenay, entretenir des rapports avec les services de renseignement soviétiques dès 1935Pour Guillaume Piketty, dans François Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance et de la France libre, Robert Laffont, 2006, Labarthe aurait fait état de ces rapports avec les services de renseignement soviétiques en 1940.. Depuis sa mort, ces relations sont régulièrement évoquées par des témoins et des historiensThierry Wolton, Le Grand Recrutement, Paris, Grasset, 1993, .« On devient un agent lorsqu'on reçoit de l'argent », entretien accordé à Jean-Marie Pontaut par Marcel Chalet, ancien chef de la DST (1975-1982), L'Express du 29 octobre 1998.J. F. Bosher, The Gaullist Attack on Canada, 1967-1997, McGill-Queen's Press-MQUP, 1999, 331 p., 225 .. Raymond Aron a, pour sa part, exprimé des doutes sur la questionRaymond Aron, Mémoires, Paris, Éditions Julliard, 1983 (rééd. Robert Laffont, 2003, 170-171). Il ajoute, en note : , de même qu'André Dewavrin, chef du BCRAIncrédule sur la question, le colonel Passy écrit à propos de Labarthe : . Cité par Thierry Wolton, , et 247, et Pierre Marie Gallois, , . et Pierre Marie Gallois, qui fut pendant cinq ans son voisin à NeuillyPierre Marie Gallois, , ..