L'histoire de l'Armée de l'air française est à la fois celle des moyens aériens militaires (aéronefs et pilotes) et celle des supports à ces moyens (mécaniciens, surveillance aérienne, protection, administration). Elle débute avec l'aéronautique militaire.
L'Armée de l'air française est la plus ancienne force aérienne au monde (1910). Les cinq premières escadrilles ont été créées début 1912 et dépendaient alors de l'Armée de terre française. L'Armée de l'air est devenue une arme à part entière le .. Pour autant, ses unités sont pour la plupart héritières des traditions, notamment des insignes, des escadrilles de la Première Guerre mondiale où s'illustrèrent nombre d'aviateurs devenus célèbres.
En 1940, seul un quart des avions est engagé au front durant la bataille de FrancePierre Cot, "En 40 où étaient nos avions?", Icare, , 1971., l'état-major ayant préparé une guerre longue, et non courte et intense, (de type Blitzkrieg). L'engagement des aviateurs français libres (Forces aériennes françaises libres) de 1940 à 1943, puis de ceux de l'Armée de la Libération, sont également des épisodes marquants de l'Histoire de l'Armée de l'air.
Depuis 1945, l'Armée de l'air a notamment été engagée durant la guerre d'Indochine (1946-1954), à Suez (1956), la guerre d'Algérie (1954-1962), en Mauritanie et au Tchad, dans la guerre du Golfe (1990-1991), les guerres de Yougoslavie, durant la guerre d'Afghanistan et l'intervention militaire de 2011 en Libye, ainsi que lors de l'intervention militaire au Mali (2013-2014).
L'Armée de l'air a eu jusqu'au début des années 1970 la responsabilité unique de la force de dissuasion nucléaire française : moyens pilotés (Mirage IV) ou guidés : missiles balistiques sol-sol de la base aérienne 200 Apt-Saint-Christol du plateau d'Albion, dépendant des forces aériennes stratégiques. L'Armée de l'air fut également le berceau du parachutisme militaire français, avec la mise sur pied de l'Infanterie de l'air dans les .
En 2020, l'Armée de l'air est officiellement renommée « Armée de l'air et de l'espace »..
vignette|René Fonck devant son SPAD S.XIII en 1918. vignette|Douglas Boston du Groupe de bombardement Lorraine. vignette|Un Mirage IVP au décollage en 2000. vignette|Airbus A400M en 2015. vignette|Drone EADS Harfang en service de 2008 à janvier 2018.
L'Aéronautique militaire Les prémices de l'aviation militaire (1793-1912) vignette|La compagnie d'aérostiers transporte le ballon à Fleurus en 1794. vignette|Le dirigeable Patrie en 1907, l'un de ceux construit par les frères Paul et Pierre Lebaudy. vignette|Les dirigeables Ville de Nancy et République lors du défilé du 14 juillet 1909. vignette|droite|Avion Farman devant être transporté par route avant d'être mis en œuvre, condition de la commande militaire 1911. Le premier emploi de la troisième dimension dans les opérations militaires remonte à 1793, avec la création d'une compagnie d'aérostiers. Le ballon L'Entreprenant est crédité de services ayant permis la victoire lors de la bataille de Fleurus en 1794.
Au cours de la guerre de 1870, Paris s'est retrouvée encerclée. Des ballons à gaz, avec nacelle, ont été utilisés pour transporter notamment le courrier civil ou militaire, et des passagers, ainsi que des pigeons. Léon Gambetta quitte la capitale à bord du Ballon monté L'Armand Barbès, il rejoint le gouvernement replié à Tours.
À la fin du apparaît l'aéronef à voilure rigide, il transforme complètement l'esprit de la conquête de l'air.
La part du budget de la guerre consacré à l’aviation passe à en 1910. Il atteint en 1911.
La Direction du génie suivait avec une grande attention les progrès de l’aviation, intéressée par son potentiel pour des missions de reconnaissance. Alors que les aéroplanes de l’époque n’atteignent pas une altitude satisfaisant ses besoins, le génie achète à la fin de l’année cinq appareils pour étudier leurs applications militaires () et ne pas laisser l’aviation être rattachée à l’artillerie qui se montre également très intéressée, les avions permettant de mieux régler ses tirs..
L'instruction au pilotage devient une priorité. En 1909, une première section militaire entièrement destinée à cet apprentissage ouvre sur le terrain de la future Base aérienne 122 Chartres-Champhol, bientôt suivie par celles de Pau et d'Ambérieu-en-Bugey. Bien d'autres écoles d'aviation militaire voient le jour avant 1914.
Début 1910, l’artillerie commande sept aéroplanes : deux Wright, trois Henry Farman, deux Antoinette..
C'est du que sont datés les débuts de l'Aviation militaire en France avec le premier raid effectué par les officiers Albert Féquant et Charles Marconet du camp de Châlons-sur-Marne à Vincennes à bord d'un Farman, soit en Carte du trajet suivi pour le raid Châlons - Vincennes Le Matin sur Gallica.fr.. Cette première mission amène également la réalisation des premiers clichés photographiques de reconnaissance, permettant de développer plus encore l'aéronautique militaire.
L'état-major prend alors la mesure de l'intérêt de l'emploi militaire de l'aviation en engageant des aéroplanes au côté de dirigeables lors des grandes manœuvres de Picardie en 1910. Dès lors, le brevet de pilote militaire est créé (en 1911), le premier concours d'avions pour une commande militaire est organisé sur le terrain d'aviation de Reims et la loi du consacre l'« aéronautique militaire » comme arme aux côtés des quatre armes « de tradition » que sont l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie et le génie militaire.. Cette autonomisation, issue d’un regroupement interarmes, marque la fin de la querelle entre le génie et l'artillerie pour la mainmise sur l'aviation.
Les cinq premières escadrilles ont été créées au début de 1912 (donc deux ans et demi avant le début de la Première Guerre mondiale, et bien avant la création officielle de l'Armée de l'air qui date, elle, de 1934).
Ces cinq escadrilles, constituées chacune de six avions d'un même modèle étaientSource : Histoire de l'aviation militaire française par Charles Christienne, Pierre Lissarague, Alain Degondin, Patrick Facon, Patrice Buffotot et Marcellin Hodeir. Ed. Charles LAVAUZELLE, Paris-Limoge 1980.: l'escadrille Henry Farman, H.F. 1 à Châlons; l'escadrille Maurice Farman, M.F.2, à l'école de Buc; l'escadrille Blériot, BL.3, à Pau; l'escadrille Deperdussin, D.4, à Saint-Cyr l'École; l'escadrille Maurice-Farman, M.F. 5, à Saint-Cyr l'École.
La désignation des escadrilles comportait l'identification du type d'appareil suivie d'un numéro d'ordre. Par la suite, on retrouvera parmi les appellations les plus courantes : SPA pour une escadrille équipée de SPAD, N pour Nieuport, SAL pour Salmson etc.
La Première Guerre mondiale
vignette|gauche|Un ballon d'observation français type Caquot en 1915.
Lors de l'entrée de la France en guerre, début , l'aéronautique militaire disposait d'un total de 148 avions (dont huit de l'aéronautique navale) équipant 25 escadrilles de six avions et trois escadrilles de cavalerie de quatre avions. Numérotées dans l'ordre chronologique de leur création, avec en préfixe les initiales du type d'appareil qu'elles utilisent, ces escadrilles étaient les suivantes : Bl 3, MF 5, Bl 9, Bl 10, Bl 17 et Bl 18 à disposition de la armée. HF 1, MF 8, HF 19, MF 20 et MS 23 à disposition de la armée. MF 2, HF 7, HF 13, MF 16 et C 25 à disposition de la armée. C 11, V 14, V 21 et Do 22 à disposition de la armée. D 4, D 6, N 12, REP 15 et V 24 à disposition de la armée. Bl C2, Bl C4 et Bl C5 à disposition du corps de cavalerie.
L'aérostation disposait de son côté de huit compagnies armant huit ports d'attache pour dirigeables et quatre compagnies de place pour quinze dirigeables. Leur adversaire dans le ciel de France et de Belgique sera la Luftstreitkräfte, l'aviation de l'Empire allemand.
Nommé directeur de l'Aéronautique militaire au ministère de la Guerre le , le général Hirschauer complète le programme d'augmentation du nombre des escadrilles en réduisant le nombre de types d’appareils en service : Morane-Saulnier Parasol et biplan Farman pour la reconnaissance, Caudron G. pour l’observation et le réglage d’artillerie, biplan Voisin III pour le bombardement. Ce plan prévoit de porter le nombre d'escadrilles à 65, soit : 16 escadrilles d'armée sur Morane-Saulnier, Voisin et Maurice Farman. 30 escadrilles de corps d'armée sur Caudron. 16 escadrilles de bombardement sur Voisin et Maurice Farman. 3 escadrilles de cavalerie, autorisées à conserver leurs monoplans Blériot.
Les premiers combats aériens de l'histoire de l'aviation impliquent l'aviation française, et interviennent très tôt dans la guerre ; en effet, le tout premier combat aérien de l'histoire de l'aviation oppose le Voisin piloté par le sergent Joseph Frantz (accompagné de son mécanicien) à un Aviatik allemand le , et la victoire est obtenue par les deux Français.
vignette|Marcel Courmes, officier français et pilote, groupe de bombardement GB2, août 1915. La création du premier groupe de bombardement (le GB1) regroupant les trois escadrilles VB1, VB2 et VB3 date de .. Les premiers essais en ce domaine ayant eu lieu en 1912..
Ce programme sera modifié à de nombreuses reprises, avant de se stabiliser en autour de 128 escadrilles pour . Au , l’aviation militaire compte dont 130 officiers, 500 pilotes et 200 observateurs.
Le recrutement se montre aisé. De nombreux officiers de l'Armée de terre demandent leurs mutations comme pilotes. La cavalerie, en particulier, est entravée par la stabilisation du front. Les réseaux de tranchées n'offrent plus l'espace de manœuvre qui lui est tactiquement nécessaire. Les officiers de cavalerie sont attirés par la dimension « chevaleresque » du combat aérien, conforme à leurs traditions. Les deux chevrons verts qui ornent aujourd'hui les épaulettes des pilotes en sont la trace.
vignette|René Fonck près de son SPAD S.XIII.
En revanche, le début de la guerre nécessite également de penser l'organisation de la formation des pilotes, avec la création des écoles d'aviation militaire, ancêtres de l'école de pilotage de l'Armée de l'air, comme celles de Chartres (future base aérienne 122 Chartres-Champhol) ou d'AvordÉcole de pilotage à Avordhttp://www.cg18.fr/dossier-pedagogique-aeronautique/article.php?laref=5&titre=avord-premiere-ecole-d-aviation-au-monde-pendant-la-premiere-guerre-mondiale..
Cette formation connaîtra beaucoup de soubresauts : de 1914 à 1918, la capacité est insuffisante pour assurer les besoins en pilotes.. Le futur général Adolphe Girod joue un rôle décisif, en ce domaine.
La première escadrille française de chasse, l'escadrille MS 12, fut créée le à l'initiative du commandant Charles Tricornot de Rose, et commandée par le capitaine de Bernis. Le plus grand as de l'aviation française, et peut-être de la Première Guerre mondiale fut René Fonck avec 75 victoires confirméesN. L. R. Franks, F. W. Bailey, , Londres, Grub Street, 1922..
La première mission de ce que l'on appellera par la suite l'appui aérien rapproché a lieu le , elle est effectuée par deux avions de l'aviation française..
Si les années 1914-1915 ont été marquées par l'éclosion des spécialités renseignement, bombardement et chasse, 1916 constitue le moment où, l'expérience de la bataille de Verdun aidant, les adversaires en présence découvrent l'importance essentielle de la bataille aérienne. De grandes unités aériennes rassemblant parfois des centaines d’appareils sont créées par les principaux belligérants. En , étaient en service groupé en 301 escadrilles.