200px|thumb|Blason de Cambrai
Cet article présente les faits marquants de la ville de Cambrai, une commune du nord de la France.
Évolution spatiale Le noyau « Camaracum » de la ville se trouve exactement sous la place Fénelon. Ce noyau emmuré s'agrandit vers le sud afin de protéger les nouvelles abbayes et les faubourgs construits autour. La construction de l'abbaye du Mont-des-Bœufs (à l'emplacement de l'actuelle citadelle) entraîna les populations à s'installer entre cette abbaye et la cité. La place d'Armes et la place au Bois (aujourd'hui Grand-Place et place du Marché Couvert) furent créées afin d'établir un noyau décisionnel en plein cœur de la ville. Celle-ci sera ensuite ceinte de murailles, démolies à la fin du afin de donner de l'espace pour l'expansion industrielle et démographique de la ville.
Antiquité
On sait peu de choses des origines de Cambrai. La première mention connue de Camaracum (ou Camaraco) est celle de la table de Peutinger (une carte des voies romaines) au milieu du . C'est un bourg rural (vicus) au croisement des voies qui relient Amiens à Bavay et Arras à Vermand. À cette époque, la capitale de la cité des Nerviens, une des tribus belges du nord-est de la Gaule à laquelle appartient Camaracum, est Bavay.
thumb|300px|left|Extrait de la Table de Peutinger avec entre autres Turnaco (Tournai), Sammarobriva (Amiens), Camaraco (Cambrai), Casaromago (Beauvais), Cenabo (Orléans), Baca conervio (Bavay) et Castrum Herculis (Arnhem)
Au milieu du l'avance des Francs vers le sud amène les Romains à construire des forts le long des routes Cologne-Bavay-Cambrai et Cambrai-Boulogne. Cambrai se trouve alors sur une position stratégique importante. Dans la Notice des Gaules, rédigée entre 386 et 450, la ville est mentionnée comme chef-lieu civil et religieux de la cité des Nerviens, « Civitas camaracensium », supplantant Bavay qui était probablement trop exposée aux raids francs et peut-être déjà trop endommagée.
C'est à cette époque également que le christianisme s'implante dans la région : au milieu du , un évêque des Nerviens, nommé Superior, aurait été signalé à Cambrai ou à Bavay.
Vers 445, commandés par le roi Clodion le Chevelu, les Francs Saliens s'emparent de la ville, qui devient alors la capitale d'un petit royaume. Vers 509, selon une légende non vérifiée, Clovis unifie les royaumes francs en éliminant l'un après l'autre ses parents, parmi lesquels son cousin Ragnacaire (Regnacharius) qui régnait alors à Cambrai. La ville est définitivement rattachée au royaume des Francs.
Moyen Âge L'époque mérovingienne thumb|100px|Clodion le Chevelu C'est à l'époque mérovingienne, marquée par une longue période de paix, que Cambrai devient véritablement une ville. Clovis charge (saint) Vaast, son catéchiste, de ré-évangéliser le nord de la Gaule. Celui-ci meurt en 540 après avoir unifié les deux évêchés d'Arras et de Cambrai. L'un de ses successeurs, (saint) Wédulphe, transfère le siège épiscopal à Cambrai. Au cours de son long épiscopat, saint Géry, mort vers 625, fonde des églises où il fait déposer des reliques et construit un palais épiscopal. (Saint) Aubert poursuit son œuvre, si bien qu'à la fin du le bourg rural a pris l'aspect d'une véritable ville qui comporte plusieurs églises.
La bataille livrée par Charles Martel contre Rainfroi et Chilpéric II le à Vinchy, près de Cambrai, marque la fin de la dynastie mérovingienne.
L'époque carolingienne thumb|260px|left|Le partage de l'empire franc en 843 Le traité de Verdun de 843 qui partage l'empire de Charlemagne marque le début d'une période de troubles pour Cambrai. Le comté de Cambrésis est inclus dans le royaume de Lothaire (Francie médiane), puis de Lothaire II (Lotharingie). Reprise par Charles le Chauve à la mort de Lothaire II, la Lotharingie est définitivement rattachée au Saint-Empire romain germanique par Henri l'Oiseleur en 925. En conséquence l'Escaut devient pour huit siècles la frontière entre le royaume de France et l'Empire, situation qui fera de Cambrai l'enjeu d'affrontements perpétuels entre ses voisins.
La ville, qui continue à prospérer, est envahie et pillée par les Normands (850 et 880) et assiégée par les Hongrois (953). Elle est aussi le théâtre des rivalités entre le comte et l'évêque, jusqu'à ce qu'un double arbitrage d'Otton en 941 et en 948 donne le pouvoir sur Cambrai à l'évêque Fulbert au détriment du comte Isaac. En 1007 l'empereur Henri II fait de l'évêque le comte de tout le territoire du Cambrésis. Dès lors l'évêque cumule les pouvoirs spirituel et temporel ; Cambrai et le Cambrésis deviennent une principauté ecclésiastique, comme celle de Liège, indépendante mais rattachée au Saint-Empire.
En 922, un important séisme secoue la ville et sa région, 50..
En 958, Cambrai voit naître l'une des premières communes en Europe: ses habitants se révoltent contre l'évêque d'origine saxonne Bérenger en lui refusant l'entrée de la ville. Cette rébellion sera sévèrement réprimée mais l'affrontement entre évêque et bourgeois reprendra au .
Essor économique et culturel En 1027, la ville et le bourg abbatial sont détruits par un violent incendie, représenté dans un célèbre tableau, mais sans vraisemblance historique.
Les luttes communales Du au les affrontements se succèdent entre la population et l'évêque : la commune proclamée en 1077 est réprimée dans le sang. En 1102 l'évêque concède une nouvelle charte aux habitants, supprimée dès 1107. Toutefois, en fait sinon en droit, la population conserve son organisation communale. En 1226, après une nouvelle période de troubles, les « bourgeois » doivent finalement renoncer à leurs chartes, à leur commune, et détruire leur beffroi. Mais l'évêque Godefroid impose en novembre 1227 une loi qui, tout en faisant la part belle aux droits seigneuriaux, ménage en fait les droits des habitants : loi si équilibrée qu'elle ramène la paix et établit pour longtemps le droit municipal.
L'activité économique Malgré ces commotions la ville prospère et s'agrandit considérablement: dès le ses murailles ont atteint le périmètre qu'elles conserveront jusqu'au . La production de textiles (draps, guède, toile de lin ou batiste) se développe: Cambrai fait partie de la Hanse des XVII villes visant à faciliter le commerce avec les foires de Champagne et Paris.
La guerre de Cent Ans vignette|centre|300px|Entrée de l'empereur Charles IV à Cambrai.Grandes Chroniques de France, enluminées par Jean Fouquet, Tours, vers 1455-1460.
Même si l'évêque a toujours affirmé l'indépendance de son petit État de Cambrésis, coincé entre de puissants voisins capables de l'écraser rapidement (comté de Flandre, comté de Hainaut et royaume de France), un tel vœu de neutralité n'est pas chose aisée à garantir, et surtout pas durant la guerre de Cent Ans.
En 1339 le roi Édouard III d'Angleterre doit se retirer après avoir vainement assiégé la ville. Au , le comté de Cambrésis étant cerné de toutes parts par les possessions bourguignonnes, c'est Jean de Bourgogne, bâtard de Jean Sans Peur, qui occupe le siège épiscopal.
Le , l'empereur et roi de Bohême Charles IV et son fils Wenceslas rencontrent l'évêque et les bourgeois de Cambrai.
L'annexion probable du Cambrésis aux États bourguignons est rendue impossible par la mort de Charles le Téméraire. Louis XI, en 1477, s'empare alors immédiatement de Cambrai, qu'il quittera dès l'année suivante.
Cambrai, centre musical des Pays-Bas au La réputation littéraire de la ville s'enrichit au de la chanson de geste de Raoul de Cambrai, récit des violents affrontements qui eurent lieu deux siècles plus tôt pour la possession du Vermandois.
vignette|200px|Guillaume Dufay en compagnie de Gilles Binchois (1440 ou 1451). Dans la chambre des dames par Martin Le Franc. Paris, BNF.
Mais c'est surtout dans le domaine musical que la ville brille: du , Cambrai fut un centre attractif pour les musiciens, notamment grâce à la cathédrale. La ville était alors un centre réputé des Pays-Bas ; de nombreux compositeurs que l'on rattache à l'école bourguignonne grandirent et apprirent leur métier à Cambrai. En 1428, Philippe de Luxembourg affirma que la cathédrale était le centre le plus raffiné de la chrétienté, grâce à ses chœurs, sa luminosité, et au son de ses cloches. De 1409 à 1412, Guillaume Dufay, un des plus célèbres musiciens de l'Europe du , étudia la musique dans la cathédrale de Cambrai. Il revint dans la cité en 1439, après avoir passé de nombreuses années en Italie. D'autres compositeurs comme Johannes Tinctoris, Josquin Desprez et Johannes Ockeghem se rendirent à Cambrai pour étudier la musique avec Guillaume Dufay.
À la fin du , d'autres grands compositeurs travaillèrent à Cambrai, notamment Nicolas Grenon, Alexandre Agricola, et Jacob Obrecht. Au , ce fut le cas de Philippe de Monte, de Johannes Lupi et de Jacobus de Kerle . (Source pour l'histoire musicale de la ville).
Quand le centre de gravité de l’économie monde s'éloigna de l'Europe du Nord et de la ville de Bruges, la région s'appauvrit économiquement et culturellement.
Epoque moderne gauche|vignette|L'Hôtel de Saint-Pol où fut signée la Paix des Dames Après le retrait des Français en 1478 la neutralité du Cambrésis est solennellement réaffirmée par l'archiduc d'Autriche et la France à plusieurs reprises. Même si elle est fragile (l'influence de la Maison d'Autriche se fait sentir de plus en plus dans les affaires cambrésiennes, et l'érection, en 1510, de Cambrai en duché par l'empereur Maximilien ne change rien au fond des choses), cette situation permet à la ville et au comté de recevoir plusieurs congrès internationaux : le traité de Cambrai signé le (et sa conséquence la Ligue de Cambrai) ; la paix des Dames, signée en 1529, un traité rendu possible par l'entremise de Louise de Savoie, mère de François I de France, et de Marguerite d'Autriche, la tante de Charles Quint ; la trêve de Vaucelles du ; les traités du Cateau-Cambrésis signés en mars et avril 1559 entre la France et l'Angleterre d'une part, la France et l'Espagne d'autre part, qui mirent fin aux guerres d'Italie.
thumb|150px|L'empereur Charles-Quint, par Rubens, copie d'un portrait du Titien En 1543 Charles Quint décide de rattacher Cambrai à ses domaines, au motif que la ville n'a pas, justement, su faire respecter sa neutralité. Pour protéger la frontière de l'Empire contre la France il décide de faire construire à Cambrai une puissante citadelle aux frais des habitants auxquels il impose la levée de florins d'or. Pour construire la citadelle sur le Mont-des-Bœufs on abat l'église Saint-Géry et 800 maisons.
Pour mieux lutter contre la Réforme le pape Paul IV scinde, le , l'immense diocèse de Cambrai en créant deux nouveaux diocèses dans sa partie flamande, à Malines et Anvers. Cambrai est érigé par compensation en archevêché (ce qui ne va pas sans créer des tensions avec Reims, l'ancienne métropole), avec comme suffragants les diocèses d'Arras, Namur, Saint-Omer et Tournai, et quatre archidiaconés: Cambrai, Valenciennes, Hainaut et Brabant.
En 1576 les Pays-Bas se révoltent contre Philippe II d'Espagne et les XVII provinces se constituent en confédération des Etats généraux. Cambrai n'en fait pas partie, mais pour autant la ville n'échappe pas au conflit: le baron d'Inchy, Baudoin de Gavre, s'empare par surprise de la citadelle et de la ville, obligeant du même coup l'archevêque à s'exiler à Mons.