Lhistoire des Juifs en Belgique, ou sur le territoire lui correspondant actuellement est attestée depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Certains supposent toutefois une présence dès l'Antiquité.

Au Moyen Âge central, une première installation de Juifs rhénans a lieu le long de l’axe commercial Bruges-Cologne, mais elle disparaît ou se réduit presque totalement avant la fin du . Des conversos venus de la péninsule ibérique s’installent également un siècle plus tard dans le Nord du pays afin d’échapper à l’Inquisition mais c’est surtout à partir du que se constitue le tissu juif du pays, avec l'arrivée de Juifs depuis les communautés de France, des Pays-Bas et d’Allemagne, rejoints à partir de la fin du siècle par des vagues originaires pour la plupart d’Europe de l’Est.

Avec la montée du nazisme en Allemagne, de nombreux juifs se réfugient en Belgique où périssent entre et , essentiellement à Auschwitz.

De nos jours, la population juive est de plus de .. Les plus grandes communautés sont à Anvers et à Bruxelles ( dont Waterloo). De plus petites communautés, de moins de , sont établies à Charleroi et à Liège et de plus petites encore à Gand, Bruges, Arlon et Ostende. La ville balnéaire de Knokke compte une population juive significative en été.

Commerce avant le début du Provinces romaines Selon des historiens, des Juifs ont pu suivre les conquérants romains jusqu'à la Gaule BelgiqueUllmann, Salomon. Histoire des juifs en Belgique jusqu’au  : (notes et documents) . AnversSchmidt, Ephraim. L’histoire des juifs à Anvers (Antwerpen) . rev. ed. Antwerp: Excelsior, 1969. Print., et ainsi possiblement dans la région de la Meuse. En outre, des pièces frappées en Judée au ont été retrouvées à Atuatuca Tungrorum, à Falmignoul et à Asse.

Au , les Juifs vivent à l'Ouest du RhinHaverkamp, Alfred. “Jewish Communities in the German Empire.” In The Jews of Europe in the Middle Ages (Tenth to Fifteenth Centuries), edited by Christoph Cluse, 49–62. Turnhout: Brepols, 2004., dans la capitale de la Germanie inférieure, Agrippina, et laissent des traces dans celle de la Gaule Belgique, Treveris. En Gaule : « il s’en trouvait (...) dans les grandes villes du Nord qui étaient devenues capitales royales ou dont la très ancienne vocation militaire avait fait des places industrieuses et cosmopolites»<ref>S. Lebecq cité dans "Les villes et l ’économie d'échanges, dans L ’économie médiévale, P. Contamine, Paris 1993, Collection U. Série « Histoire médiévale », p. 46."</ref>. Il est ainsi possible que les villes de l'axe commercial provincial, telles que Tongres et Maastricht, furent des villes visitées par des Juifs.

Royaumes francs au haut Moyen Âge Alors que les Juifs vivent essentiellement dans des villes, en dehors des royaumes francs, certains vivent à Aix-la-Chapelle, ville capitale du au , où la Cour comprenait des marchands et des interprètes juifs bénéficiant de la protection royale. Des marchands se retrouvaient ainsi sur les routes commerciales reliant la capitale impériale. En effet, au , des marchands juifs apparaissent en petit nombre dans les régions du Nord-Ouest de l'Europe, en provenance des communautés du SudJews and Commerce : Modern Fancies and Medieval Realities. Michael Toch. 2000. S. Cavaciocchi (ed.), Il ruolo economico delle minoranze in Europa. Secc. XIII-XVIII (Atti della XXXI Settimana di Studi, Istituto Francesco Datini, Prato), Firenze 2000, 43-58. . Ils laissent peu de traces historiques.

Communautés avoisinantes Dès le siècle, les communautés situées entre le Rhin à la Meuse ont joué «un rôle central dans la transmission du savoir rabbinique et la formation d’une identité juive européenne». Ainsi les régions à l'Ouest faisant partie de Loter dans les sources juives, en référence à la Lotharingie, auraient connu la présence de marchands juifs issus de ces communautés à partir du siècle et à la fin du , lorsque le commerce médiéval gagne en importance. Toutefois, cette contribution aurait été marginale, peut-être du fait que les marchands juifs devaient prendre des mesures de sécurité particulières lors de leurs voyages sur les routes du Nord-Ouest, du fait que dès le , le pays de Liège met en place des interdictions de séjour, ou encore du fait que l'antijudaïsme semble avoir progressé à cette époque. Cependant, on note une présence juive à Liège: une disputation d’un médecin juif avec le prince-évêque Wazon de Liège au et la présence au du médecin renommé Moïse, qui traite Rodolphe de Saint-Trond.

Après les massacres des croisades, les Juifs forment plutôt de nouvelles communautés à l'est du Saint-Empire , et non pas à l'ouest. Les communautés du Rhin entretiennent des relations avec ceux vivant dans le Nord de la Francie occidentale, qui s'étendent par « une expansion très progressive » vers le Nord et l’Est au jusqu'à l'extrémité du Royaume. La première mention de l'influence de ces communautés en Flandre remonte à une chronique hébraïque du début du , selon laquelle, le prénommé Jacob bar Yekoutiel, originaire de Lorraine, s'installe en Flandre avec ses fils sur invitation du Comte Baudouin IV vers 1023, lequel aurait également convié une trentaine de Juifs de ReimsSansterre, Jean-Marie, Alain Dierkens, and Jean-Louis Kupper. “Voyages et voyageurs à Byzance et en Occident du .” Droz, Genève, 2000. p.352 Toch, Michael. (2005). The Jews in Europe 500-1050. 545-570. .

Immigration en provenance de la vallée du Rhin et du Nord de la France Les Juifs semblent s'être installés d'abord en Angleterre au , puis par la suite aux Plats-Pays. Cependant, les premières communautés semblent s'y être installées seulement vers la fin du ou au début du , au vu des mentions textuelles.

Communautés du et du vignette|gauche|Pierre tombale de Tirlemont datant de 1255-56, avec l'inscription hébraïque : « Une pierre gravée et placée à la tête de (la) dame Rivkah, fille de monsieur Moshé, qui décéda l'an 5016 et qu'elle repose au jardin d'Éden ». La première mention d’une présence juive continue remonte aux environs de 1200, à la suite de l’arrivée de quelques familles en provenance de la région de Rhénanie ; suivant vraisemblablement l’axe commercial Bruges-Cologne, ils laissent des traces historiques principalement: à Jodoigne (au début du ), à Louvain (1220), à Arlon (1226), à Tirlemont (1232), à Bruxelles, Saint-Trond et Hasselt (première moitié du ), puis plus tard à Léau (1253) et à Malines (1273). À Anvers, leur présence est attestée à la fin du Schreiber, Jean-Philippe. L’immigration juive en Belgique du Moyen Âge à la première guerre mondiale . Bruxelles: Editions de l’Université de Bruxelles, 1996.. Plus tard, les taxes qui étaient exigées des commerçants juifs aux franchissements de ponts et des portes de villes, témoignent de leur présence dans les villes de Tournai, de Mons et de Namur. Dans la seconde partie du siècle, les Juifs étaient ainsi présents dans l'ensemble des villes capitales du Brabant, et étaient présents aux frontières Cluse, Christoph, and כריסטוף קלוז. “מבנה ההתיישבות היהודית בארצות השפלה / THE STRUCTURE OF MEDIEVAL JEWISH SETTLEMENT IN THE SOUTHERN LOW COUNTRIES.” Jewish Studies / מדעי היהדות, vol. 40, 2000, p. 43*-56*. JSTOR.

De condition modeste et peu nombreux, ils vivent au particulièrement du commerce et de prêt sur gage, car ce métier est interdit aux chrétiensCf. . et car des restrictions leur sont imposées (pour la possession de terres, pour l'exercice de certains métiers, etc.). Ils vivent ainsi à proximité des places financières du duché. Ils doivent en outre faire face à la vive concurrence des banquiers et tenanciers lombards ainsi qu'au monopole des corporations, dont ils ont été exclusStengers, Jean. Les Juifs dans les Pays-Bas au Moyen Âge . Bruxelles: Palais des académies, 1950.. Possédant un haut taux d'alphabétisation et d'éducation, les Juifs de cette période vivent souvent en communautés urbaines et pratiquent des activités qualifiées. Par exemple, un juif nommé Hagin, traduit de l'hébreu des textes astrologiques pour Henri Bate de Malines vers 1273. En outre, Saint-Trond possédait un Beth Din, un tribunal religieux.

Thomas de Cantimpré décrit les Juifs de Louvain comme ayant « une apparence et un langage similaires », ce qui démontre une proximité avec les chrétiens dans la ville médiévale Barzilay, Tzafrir; Levinson, Eyal; and Baumgarten, Elisheva, "Jewish Daily Life in Medieval Northern Europe, 1080-1350" (2022). TEAMS Documents of Practice. 9.

Chapter 5 : Jewish–Christian Dispute over Dearest Rachel A Tale of Child Conversion to Christianity. Il décrit aussi les Juifs de Liège comme une « congregatio maxima », pour décrire son Kahal. Ils obtiennent des « privilèges » contre monnaie sonnante et trébuchante, qui ne les protègent ni de l’antijudaïsme de l’Église ni de la vindicte populaire enflammée par celle-ci.

Une partie rejoint déjà l'ancienne communauté de Cologne, tel que Isaak de Jodoigne en 1251. Chajim bar Schealtiel de Bruxelles et Chiskija, fils du rabbin Eliezer de Tirlemont deviennent membres du Conseil juif de la ville. D'autres partent de Liège, Saint-Trond et HeerlenCluse, C. (2017) Studien zur Geschichte der Juden in den mittelalterlichen niederlanden Christoph Cluse ; Arye Maimon-Institut Für Geschichte der Juden. Trier: Universität Trier..

La volonté du duc Henri III d’expulser les Juifs et Cahorsins pratiquant l'usure dans le Brabant et les conseils prodigués à sa veuve Aleyde par Thomas d'Aquin pour limiter leur influence, n’empêchent pas l’arrivée en Belgique d’autres Juifs, au gré des expulsions d'Allemagne, d’Angleterre ou de France. D'autres arrivent d'Allemagne, fuyant les expulsions locales ou l'oppression des corporations marchandes. Puis d'Angleterre après leur expulsion en 1290 – potentiellement en Flandre, qui selon les documentations, ne connaissait pas de présence juive, malgré sa croissance économique, à l'exception de mentions comme celle de la présence d'un médecin juif de Londres – et d'autres arrivent dans le Hainaut vers 1307, après avoir été expulsés par Philippe IV le Bel, puis à nouveau en 1321.

Le Hainaut possèdent une population juive grandissante au début du , répartie dans plus de vingt localités ruralesJews in the Medieval German Kingdom, Alfred Haverkamp, Online Edition, Trier University Library, 2015, p.25. Ceux-ci reçoivent des garanties et des privilèges en échange de redevances de 1307 à 1337. Le Brabant pour sa part ne connaît pas de croissance significative de sa population juive. Les localités de la Meuse connaissent un développement textile et de la brasserie, mais les conditions économiques semblent avoir été moins favorables aux prêteurs juifsSchaik, van, R. W. M. “On the Social Position of Jews and Lombards in the Towns of the Low Countries and Neighbouring German Territories during the Late Middle Ages.” In: M. Carlier A.o. (Eds.), Core and Periphery in Late Medieval Urban Society. Proceedings of the Colloquium at Ghent (22nd-23rd August 1996). Studies in Urban Social, Economic and Political History of the Medieval and Modern Low Countries 7 (Leuven/Apeldoorn: Garant, 1997), pp. 165–191., à l'exception de Maastricht, jusqu'à 1350. Cette période se termine avant la fin du : décimés en 1309 lors de la , placés sous la protection du duc Jean II de Brabant, une communauté se reconstitue, et se dote d’un rabbin. Ils sont cependant ravagés quelque cinquante ans plus tard par la peste noire qui déferle sur l’Europe, et doivent en outre faire face aux accusations d’avoir empoisonné les puits pour propager l’épidémie ou d’avoir profané des hosties pour tenter de porter atteinte au corps du Christ. Une diatribe des Flagellants contre les Juifs-empoisonneurs provoque un massacre de centaines de Juifs en 1349, lequel marque tant le moine tournaisien Gilles Le Muisit que le martyrologe juif. S'ensuivent des tueries dans les villes du Brabant, au Hainaut, au Luxembourg mais aussi à Zwolle et à Gueldre.