Viatcheslav Mikhaïlovitch Molotov (en ; né le Le calendrier julien est resté en vigueur dans la Russie tsariste jusqu'en 1918 à Koukarka sous le nom de Viatcheslav Mikhaïlovitch Skriabine (en ) et mort le à Moscou est un journaliste, homme politique et diplomate soviétique.

Chef du gouvernement de l'URSS de 1930 à 1941, ministre des Affaires étrangères jusqu'en 1949, membre titulaire du Politburo de 1926 à 1957, il est considéré comme le bras droit de Joseph Staline. Il demeure un membre influent du Parti communiste de l'Union soviétique jusqu'à son éviction, lors de la déstalinisation.

Biographie Jeunesse (1890-1917) Viatcheslav Molotov est né à Koukarka, dans l' du gouvernement de Viatka de l'Empire russe, sous le nom de Viatcheslav Mikhaïlovitch Skriabine ()L'historien britannique Simon Sebag Montefiore, dans une note (62) en bas de la page 39 de l'édition britannique de son ouvrage Staline : la cour du tsar rouge (), paru en 2003, s'inscrit en faux contre une assertion courante qui prête un lien de parenté proche entre Viatcheslav Molotov, né Viatcheslav Mikhaïlovitch Scriabine et le compositeur russe Alexandre Scriabine, certaines personnes qualifiant les deux hommes de « cousins germains », d'autres de « parents »..

Après des études au Gymnasium (école secondaire ou lycée) de Kazan, il s'inscrit en 1906 au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) sous le pseudonyme de Molotov (du russe : molot (молот) marteau), abandonnant son nom de famille de Skriabine. En 1911, il s'inscrit à l'Institut polytechnique de Saint-Pétersbourg pour étudier l'économie et y reste jusqu'en 1916.

En 1912, il est l'un des fondateurs de la Pravda. C’est également cette année qu’il rencontre pour la première fois Staline, qu’il héberge chez lui avant une nouvelle déportation de ce dernier en Sibérie.

Ascension au PCUS (1917-1930) En 1917, il est, avec Alexandre Chliapnikov, le plus ancien bolchevik à Pétrograd lorsqu'éclate la révolution de Février. Alors que Lénine est encore en exil en Suisse, il se rallie à l'analyse et à la politique de Lénine. Son rôle dans la révolution d'Octobre et dans la guerre civile russe reste obscur. Son ascension dans les hautes sphères du parti et de la nomenklatura commence en 1921, année où il fut nommé membre candidat du Politburo ; à cette époque, son ascension est contestée par Lénine, qui l’accuse de , et par Trotski. Tout au long de sa carrière, il manifeste ostensiblement son entière obéissance à Joseph Staline, au point que ce dernier l'autorise à manifester de temps en temps des désaccords, qui deviendront des critiques après la mort de Staline. L'obéissance de Molotov se manifesta aussi au plan privé, lorsqu'il resta sans réaction le face à la mise en cause de son épouse Polina Jemtchoujina, accusée d'avoir des , et d'avoir, en , ; elle est alors condamnée de cinq années de relégation dans l'oblast de Koustanaï, au Kazakhstan. Elle est libérée en 1953 grâce à BeriaVasileva .

Numéro 2 de l'URSS (1930-1949) Le , à la suite de manœuvres de Staline, il est élu par le Comité central, soit l’équivalent soviétique d'un Premier ministre ; il conservera ce poste jusqu’au . Il fut également secrétaire du Comité central jusqu'en 1935. À la fin des années 1930, il fit partie avec Lazare Kaganovitch, Nikolaï Iejov, Kliment Vorochilov et avec Staline du groupe restreint de cinq membres qui gouverne l'Union Soviétique.

Rôle dans la dékoulakisation et les purges (1930-1939) À ce titre, il fut un des chefs de la dans les campagnes (1930-1933). Il n'hésita pas à se rendre en Ukraine pour conforter la politique stalinienne et ; il se fit à ce sujet remarquer par Staline, qui lui écrivit :

Pendant les Grandes Purges de 1937-1938, Molotov fut le dirigeant soviétique le plus souvent reçu dans le bureau de Staline au Kremlin, avant même le chef suprême de la police politique Nikolaï Iejov. Il ne se cacha jamais d'avoir soutenu fermement la politique de la Grande Terreur, qui aboutit à en deux années et à l'envoi arbitraire de centaines de milliers de personnes au bagne. Sa signature apparaît aux côtés de celle de Staline dans de très nombreuses listes de condamnations à mort collectives.

Lors d'entretiens dans les années 1970 avec le journaliste Félix Tchouev, Conversations avec Molotov, 1995 ., Molotov fut sans ambiguïté : Staline était le principal responsable de la Terreur, . Comme membre du Politburo, il continua d'approuver fermement les exécutions en masse des . Molotov est ministre des Affaires étrangères de 1939 à 19491939 : l’alliance de la dernière chance : une réinterprétation des origines de la Seconde Guerre mondiale, Michael J. Carley, Les Presses de l'Université de Montréal, 2001..

Seconde Guerre mondiale (1939-1945) Quand Staline apprend le projet de bombe atomique américaine, c'est Molotov qui supervise le projet de bombe atomique soviétique. Comme Staline ne peut se déplacer à cause de la guerre, il envoie Molotov négocier à Londres et à Washington. Il accompagne aussi Staline à Téhéran, à Yalta, et à Potsdam et il représente l'URSS à la fondation de l'ONU.

Durant la guerre, les Allemands, ayant capturé son cousin Vassili Kontouline, ne le placèrent pas en camp de prisonniers de guerre et le gardèrent en otage jusqu'à la fin de la guerre, dans l'éventualité d'obtenir quelque avantage en échange de sa libération.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, par un hommage ironique des soldats finlandais, son nom est donné au cocktail Molotov, un mélange inflammable utilisé pour stopper l'avancée des chars.

Pacte(s) de non-agression (1939-1941) Il signe le Pacte germano-soviétique avec le régime hitlérien en et, le , il signe, comme tout le Politburo, l'ordre (préparé par Lavrenti Beria) d'exécuter des milliers de prisonniers de guerre polonais, surtout des officiers, qui est connu comme le Massacre de Katyń..

En , il se rend à Berlin pour discuter des relations germano-soviétiques dans le cadre d’une adhésion éventuelle de l’Union soviétique au pacte tripartite. Mais les exigences territoriales de Staline ainsi que les demandes d’explications que Molotov présente sans circonvolutions à Hitler indisposent ce dernier. La rencontre est un échec et Hitler prend peu après la décision d’attaquer l’URSS.

Opération Barbarossa (1941) Le à du matin, les troupes allemandes franchissent la frontière occidentale de l'URSS. À , l'ambassadeur du Reich à Moscou, Friedrich-Werner von der Schulenburg, vient à la rencontre de Molotov et lui remet une déclaration affirmant que le gouvernement soviétique entreprend une politique de subversion en Allemagne et dans tous les pays qu'il occupe, ainsi qu'une politique étrangère dirigée contre l'Allemagne, et . La déclaration se clôture par ces mots : . Peu après midi, alors que la Wehrmacht s'est déjà enfoncée de plusieurs dizaines de kilomètres en territoire soviétique, c'est lui qui annonce la nouvelle de l'invasion aux citoyens de l'URSS. Son discours, diffusé à la radio, se termine par la phrase suivante restée célèbre : .

Le lendemain, Molotov convoque le chargé d'affaires finlandais pour lui demander de clarifier expressément la position de son pays. En effet, même si la Finlande empêche pour l'instant les unités allemandes stationnées à Petsamo et Salla de traverser la frontière, les avions de la Luftwaffe qui participent au bombardement des villes soviétiques utilisent d'ores et déjà les aérodromes finlandais comme bases de ravitaillement. De plus, dans son discours de la veille, Hitler y est allé de sa petite phrase pour les troupes allemandes qui . Devant Molotov, Hynninen témoigne de son incompréhension.

Le , Molotov envoie une missive à l'ambassadeur soviétique à Washington D.C., , dans laquelle il lui dit : ..

Le le Præsidium du Soviet suprême, le Sovnarkom et le Comité central du PCUS établissent, par le biais d'une résolution conjointe, le Comité d'État à la Défense, un cabinet de guerre d'urgence pour gérer l'agression nazie. Avec l'approbation de Staline, Molotov accède à sa vice-présidence.

Le , Molotov et l'ambassadeur britannique Stafford Cripps signent un accord au nom de leurs nations respectives. Les relations du gouvernement soviétique avec les autres pays de la coalition anti-hitlérienne dont les gouvernements sont en exil à Londres (Belgique, Norvège, Pologne, Tchécoslovaquie) sont rétablies en conséquence.

Le , Molotov informe son ambassadeur en Turquie, Sergueï Vinogradov, que le gouvernement soviétique reconnaît Charles de Gaulle comme le chef des antifascistes français et est disposé à établir des relations officielles avec la France libre.

Du , se tient à Moscou une conférence à laquelle participent l’Union soviétique, les États-Unis et le Royaume-Uni. Au cours de la conférence, les questions de livraison de biens militaires à l'URSS sont tranchées. S'exprimant lors de la séance de clôture, Molotov déclare qu’un . En , le Commissariat du Peuple aux Affaires étrangères de l'URSS, ainsi que le corps diplomatique, sont évacués vers Kouïbychev, mais Molotov, comme Staline, décide de rester à Moscou pour la bataille décisive. Dans la capitale menacée, Molotov s'intéresse aux livraisons d'armes britanniques et américaines ainsi qu'à l'ouverture d'un second front à l'Ouest, réclamée par Staline..

Le , lors de la , Molotov se rend sur le front pour la seule fois de la guerre en compagnie de Mikoïan, de Malenkov, de Vorochilov et de Vassilievski qui dirige l'essentiel des activités de la délégation..

Un diplomate clé de l'après-guerre (1945-1949)

Déclin politique (1949-1963) Mise à l'écart lors de la campagne antisioniste (1949-1953) Ardent partisan de la fondation de l'État d'Israël à une époque où même les États-Unis et le Royaume-Uni étaient sceptiques quant à cette dernière, Molotov se retrouve en ligne de mire lors du revirement antisioniste de la politique soviétique qui s'opère au cours de l'hiver 1948-1949. Durant cette période, Molotov est démis de ses fonctions de ministre des Affaires étrangères (Vychinski le remplace) et sa femme est exclue du PCUS et arrêtée par le NKVD. L'historien et dissident Jaurès Medvedev note : .

Molotov continue de siéger au Politburo, renommé Présidium du Comité central à l'occasion du . Le surlendemain de sa clôture (soit le ), Staline fustige Molotov lors d'un plénum du Comité central.. Parallèlement, la propagande d'État soviétique continue de le présenter comme le du régime (après Staline).

Soutien puis opposition à Khrouchtchev (1953-1957) Le , après la mort de Staline, Molotov retrouve son poste de ministre des Affaires étrangères de l'URSS. Molotov soutient Khrouchtchev dans sa décision de liquider Beria, puis dans celle de retirer Malenkov de la présidence du Conseil des ministres en 1955. Par la suite, les deux hommes se brouillent et s'opposent sur de nombreuses questions de politique intérieure (campagne des terres vierges, transfert de l'oblast de Crimée de la RSFSR à la RSSU) et extérieure (retrait des troupes soviétiques d'Autriche, normalisation des relations avec la Yougoslavie). Leurs désaccords culminent avec la déstalinisation. Cette dernière suscite une opposition importante dans la patrie natale de Staline, la Géorgie, et au cours de la foule scande . Quelques mois plus tard, Molotov est démis de ses fonctions de ministres des Affaires étrangères. Khrouchtchev n'est pas en mesure de s'en débarrasser immédiatement et il est nommé .

Le « groupe anti-parti » (1957)