vignette|La ménagerie de Versailles fondée par Louis XIV.

Une ménagerie est un établissement historique pour maintenir et présenter des animaux sauvages et exotiques, en captivité sous garde humaine, et donc un prédécesseur du jardin zoologique moderne. Le terme a été utilisé à partir du en français, à l'origine pour la gestion d'une ferme ou des animaux domestiques, puis plus tard pour désigner principalement une collection animale aristocratique ou royale comme la ménagerie royale de Versailles et la ménagerie du Jardin des plantes. L'« Encyclopédie méthodique » de 1782, de langue française, définit une « ménagerie » comme un soit « sans but de production ». Par métonymie, le terme s'est ultérieurement référé aux collections itinérantes d'animaux sauvages, montrées dans les foires et les cirques à travers l'Europe et les Amériques.

Ménageries sédentaires Ménageries aristocratiques La plupart du temps, une ménagerie était reliée à une cour aristocratique ou royale et était ainsi située dans le jardin ou le parc d'un palais. Les ménageries aristocratiques doivent être distinguées des jardins zoologiques postérieurs puisqu'elles ont été fondées et possédées par des aristocrates dont l'intention n'était pas principalement l'intérêt scientifique et éducatif. Ces aristocrates ont voulu illustrer leur puissance et leur richesse, parce que les animaux exotiques, vivants et actifs, étaient rares, très difficiles à acquérir, et très chers à maintenir.

Période médiévale et Renaissance

Déjà au Moyen Âge, plusieurs souverains à travers l'Europe ont maintenu des ménageries dans leurs cours royales.

Un exemple des plus anciens est celui de l'empereur Charlemagne au . Ses trois ménageries à Aix-la-Chapelle, à Nimègue et à Ingelheim, localisées dans des cités à présent en Allemagne et aux Pays-Bas, hébergeaient des éléphants (les premiers visibles en Europe depuis l'Empire romain), des singes, des lions, des ours, des chameaux, des faucons et beaucoup d'oiseaux exotiques. Charlemagne a reçu les animaux exotiques pour sa collection comme dons d'importants souverains d'Afrique et d'AsieJames Fisher, Le Zoo : Son histoire, son univers. Éditions RST, Paris (1966), . (orig. Zoos of the World : The Story of Animals in Captivity. Aldus Book, London (1966).)..

En 797, le calife de Bagdad, Harun al-Rashid (763-809) fit présent à Charlemagne d'un éléphant d'Asie nommé Abul-Abbas (le père du Lion en arabe). Le pachyderme arriva le à la résidence de l'empereur à Aix-la-Chapelle. Il survécut jusqu'en Franco Cardini, Europe and Islam. Blackwell Publishing, Oxford (2001), . ..

Même Guillaume le Conquérant (1027-1087) possédait une petite ménagerie royale après la conquête normande de l'Angleterre en 1066. En son manoir de Woodstock, dans l'Oxfordshire, il commença une collection d'animaux exotiques. En 1129 Simon Pipe, « Woodstock's lost royal palace », sur bbc.co.uk, 2007., son fils (1068-1135) clôtura le domaine de Woodstock par des murs en pierre et agrandit la collection, qui aurait notamment inclus des lions, des léopards, des lynx, des chameaux, des hiboux ainsi qu'un porc-épic Wilfrid Blunt, The Ark in the Park : The Zoo in the Nineteenth Century. Hamish Hamilton, London (1976), . .. Vers 1108, ce roi d'Angleterre, devenu maître du Duché de Normandie, avait offert à Caen, à l'admiration de ses nouveaux sujets, une réunion d'animaux curieux : d'abord un léopard, puis un lion, un lynx, un chameau et encore une autrucheAlfred Franklin, « Animaux féroces (COMMERCE DES) », Dictionnaire historique des arts, métiers et professions exercés dans Paris depuis le treizième siècle, H. Welter, éditeur, Paris, 1906, ..

La collection animale la plus marquante en Angleterre médiévale était la ménagerie de la Tour de Londres dont l'existence remonte aussi loin qu'en 1204 et qui devint la ménagerie royale d'Angleterre pendant six siècles. Elle fut fondée par le roi Jean sans Terre (1166-1216), qui régna sur l'Angleterre de 1199 à 1216, et est connue à cette époque pour avoir hébergé des lions et des ours "Big cats prowled London's tower". BBC News, .. Henry III (1207-1272) a reçu, en 1235, trois léopards en cadeau de mariage de la part de Frédéric II (1194-1250), empereur du Saint-Empire romain germanique. Les plus spectaculaires arrivées dans les premiers temps furent un ours blanc et un éléphant. Ainsi Henry III obtint du roi de Norvège un ours blanc en 1251, qui aurait été régulièrement tenu en laisse pour pêcher sa nourriture dans la Tamise, et en 1255Karl Gröning (direction) et Martin Saller (rédaction), L'Éléphant : Mythes et Réalités, Könemann, Cologne, édition française 1999, . .Thierry Buquet, « Les animaux exotiques dans les ménageries médiévales », in Jacques Toussaint, Fabuleuses histoires des bêtes et des hommes, Trema - Société archéologique de Namur, 2013, ., il reçut de Saint-Louis (1214-1270) un éléphant rapporté en 1254BARATAY Eric & HARDOUIN-FUGIER Elisabeth, Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident (). Éditions La Découverte, Paris (1998), p.15-18. . de croisade en Terre sainte.

En 1264, les animaux ont été déplacés vers le rempart, qui a été rebaptisé la Tour des Lions, près de la principale entrée ouest de la Tour de Londres. Ce bâtiment était constitué par des rangées de cages, avec des entrées voûtées, fermées en arrière par des grilles. Elles étaient formées de deux étages, et il semble que les animaux utilisaient les cages supérieures pendant la journée et étaient déplacés à l'étage inférieur la nuit Hannah O'Regan, "From bear pit to zoo". British Archaeology, , décembre 2002, .. La ménagerie royale de la Tour de Londres a été ouverte au public, au , pendant le règne d'Élisabeth (1533-1603) Daniel Hahn, The Tower Menagerie. Simon & Schuster, London (2003). ..

Dans la première moitié du , l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen avait trois ménageries permanentes en Italie, à Melfi en Basilicate, à Lucera dans les Pouilles et à Palerme en Sicile. En 1235, l'empereur du Saint-Empire romain germanique Frédéric II a établi, à sa cour dans le sud de l'Italie, la « première grande ménagerie » dans l'ouest de l'Europe. Un éléphant, un ours blanc, une girafe, un léopard, des hyènes, des lions, des guépards, des chameaux et des singes y ont été exposés, mais l'empereur était particulièrement intéressé par les oiseaux, et les a suffisamment étudiés pour écrire un certain nombre de livres faisant autorité sur le sujet Robert J. Hoage, Anne Roskell et Jane Mansour, Menageries and Zoos to 1900, in Robert J. Hoage & William A. Deiss (ed.), New World, New Animals : From Menagerie to Zoological Park in the Nineteenth Century. Johns Hopkins University Press, Baltimore (1996), . ..

Au début du , une ménagerie royale est installée au Palais de Alcazaba, voisin du Château de Saint-Georges à Lisbonne. Après la prise de Ceuta en 1415, le roi Jean Ier du Portugal ramena à Lisbonne deux lions de Barbarie, qui ont été placés dans un grand salon de son palais à Lisbonne. Ce salon du palais a pris le nom de Casa dos Leões (portugais : la "Maison des Lions"); aujourd'hui, la zone est occupée par un célèbre restaurant du même nom. Plus tard, en 1494, l'humaniste de Nuremberg Hieronymus Münzer a passé cinq jours à Lisbonne et a vu ces lions; selon lui, ils étaient les plus beaux animaux sauvages qu'il ait jamais vu.

Vers la fin du , pendant la période de la Renaissance, l'aristocratie italienne, les riches patriciens et les ecclésiastiques, ont par la suite commencé à rassembler des animaux exotiques dans leurs résidences situées dans les périphéries des villes. C'est le cas des Médicis qui ont fondé une collection d'animaux sauvages à Florence en Toscane au . Laurent le Magnifique (1449-1492) la porta à son apogée en y exhibant une girafe, la girafe Médicis offerte par le sultan d'Égypte en 1486. Sa collection comprenait également des léopards de chasse, des lions, des tigres, des ours, des éléphants et des sangliers. Son fils, le pape Léon X (1475-1521) développa une ménagerie au Vatican.

La ménagerie du roi Manuel de Portugal (1469-1521), dans le Château de Ribeira à Lisbonne, a été créée au début du , et fut appréciée, en Europe, en raison des énormes pachydermes, que Manuel avait l'habitude d'importer de l'Inde, comme l'éléphant Hanno et le rhinocéros de Dürer célèbres en tant que cadeaux pour le pape Léon X. Le roi Manuel contribua à la collection papale en envoyant des animaux de sa propre ménagerie, un éléphant, en 1514, et un rhinocéros, en fin d'année 1515. Mais, le rhinocéros envoyé du Portugal à Rome périt en mer au large de Gênes, au début de 1516, lors du naufrage du navire qui le convoyait. L'éléphant Hanno est mort à Rome en 1516.

En terres germaniques, les ménageries aristocratiques se multiplient dans la seconde moitié du . En Saxe, le prince électeur Auguste I (1526-1586) fonda une ménagerie à Dresde en 1554. Le futur Maximilien II (1527-1576), empereur du Saint-Empire romain germanique qui régna entre 1564 et 1576, fonda trois collections d'animaux au Château d'Ebersdorf en 1552, au Château de Prague en 1558 et au Château de Neugebäu en 1564. Le Landgrave de Hesse fait de même à Cassel à cette époque.

Le rôle joué par des animaux dans les jardins des villas italiennes s’est accru à la fin du et au début du , duquel la Villa Borghèse à Rome fut le symbole remarquable. Le cardinal Scipione Borghese (1576-1633) décida de construire à Rome, de 1608 à 1628, une villa pour en faire, avec ses jardins, un grand lieu de collections artistique, botanique et zoologiqueÉric Baratay et Élisabeth Hardouin-Fugier, Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident (). Éditions La Découverte, Paris (1998), . ..

Versailles et son legs Au cours du , les oiseaux exotiques et les petits animaux constituaient des ornements d’apparat pour la distraction de la cour de France ; les lions et les autres grands animaux étaient conservés principalement pour participer à des spectacles de combat. Les collections ont augmenté et de plus en plus d’installations permanentes ont été réalisées dans les années 1660, quand Louis XIV (1638-1715) a construit deux nouvelles ménageries : l'une à Vincennes, à côté d’un château à l'est de Paris, et une plus élaborée, qui est devenue un modèle pour les ménageries dans toute l'Europe, à Versailles, sur le site d'un pavillon de chasse royale à deux heures de transport (en carrosse) à l'ouest de Paris Louise E. Robbins, Elephant Slaves and Pampered Parrots : Exotic Animals in Eighteenth-Century Paris. Johns Hopkins University Press, Baltimore (2002), . .

Vers 1661, il faisait construire à Vincennes une ménagerie de bêtes « féroces » pour l'organisation de combats. Autour d'une cour rectangulaire, un bâtiment de deux étages avec des balcons permettait aux spectateurs de voir la scène. Les animaux étaient logés au rez-de-chaussée, dans des cellules qui bordaient la cour, et disposaient de petits enclos à l'extérieur où ils pouvaient prendre un peu d'exerciceEric Baratay et Elisabeth Hardouin-Fugier, Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident (). Éditions La Découverte, Paris (1998), . .

À Vincennes, des lions, des tigres et des léopards étaient gardés dans des cages dans un amphithéâtre où le roi pouvait divertir les courtisans et les dignitaires en visite avec des batailles sanglantes. En 1682, par exemple, l'ambassadeur de Perse a apprécié le spectacle d'une lutte à mort entre un tigre royal et un éléphant. Pendant le , quand le Château de Versailles a été construit en France, Louis XIV a également érigé une ménagerie dans le parc du palaisEric Baratay et Elisabeth Hardouin-Fugier, Zoos : Histoire des jardins zoologiques en Occident (). Éditions La Découverte, Paris (1998), . .