Jean Ziegler, né le à Thoune et mort le à Genève, est un homme politique, altermondialiste et sociologue suisse.
Rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde, il fut vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations unies de 2009 jusqu'à sa mort en 2026.
Biographie Origines et famille Jean Ziegler naît Hans Ziegler le à Thoune ou Berne, dans une famille protestante bourgeoise et conservatrice. Son père est colonel d’artillerie et juge. Il est originaire de Berne et, à partir de 1969, de Genève. C'est Simone de Beauvoir qui lui conseille de changer son prénom pour la publication de son étude L'arme blanche en Afrique publié en 1963 dans la revue Les Temps modernes, dont elle participe à la correctionL'oeil dans le rétroviseur, Jean Ziegler se livre à son autocritique, Le Matin (page 22), 4 septembre 2011. Archive Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne).
Il est le fils de Hans Ziegler, président du tribunal de district de Thoune, et d'Elisabeth Walther. L'un de ses grands-pères est l'un des fondateurs de l'Union démocratique du centre.. Jean Ziegler a une sœur, nommée Barbara König-Ziegler, de deux ans sa cadette, institutrice, membre du Parti radical-démocratique et première femme présidente du Conseil communal (législatif) de Thoune, dans le canton de Berne, en 1980.
Il épouse en 1965 Wedad Seinier avec laquelle il a un fils, Dominique Ziegler, dramaturge et metteur en scène de théâtre, et vivent à ChoulexJean Ziegler, l'homme qui voit rouge, L'Illustré (pages 23, 25, 27, 28, 29, 30), 24 novembre 1976. Sa femme Wedad (qui adoptera aussi le nom de Marie-Claire), née en 1940 en Égypte, est l'auteure du livre La face voilée des femmes d'Égypte, paru en 1985 aux Éditions Mercure de France, sous l'instigation d'Edmond KaiserLa vraie vie des femmes égyptiennes, Radio TV, (page 14), 21 mars 1985. Archive Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne)Marie-Claire Ziegler, Echo du petit lac ouest lémanique (page 11), 20 février 1986. Archive Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne). En secondes noces, il épouse Erica Deuber en 1999. Ils résident à Russin dans une maison qui appartient à sa femmeJ'ai une peur panique du temps qui file, L'illustré, 17.04.2024Le sport m'aide à faire mon boulot L'illustré (pages 45 à 47), 20.10.2004. Archivre Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne).
Militant de gauche et universitaire vignette|redresse|gauche|Jean Ziegler en 1971. Après des études de droit et de sociologie à Berne, Genève, Paris et New York, Jean Ziegler obtient un doctorat en droit en 1958 et une habilitation en sociologie en 1967 à Berne.
Dans le livre Jean Ziegler parle aux Arabes, écrit en 2003 par Riadh Sidaoui, l'auteur relate la première fois où Ziegler a rencontré Che Guevara quand il s'est rendu à Genève en 1964, à la tête de la délégation politique, à l'âge de 30 ans. Jean Ziegler est allé le voir à l'hôtel et lui a demandé de pouvoir l'accompagner à Cuba pour participer aux guerres contre l'hégémonie américaine et les dictatures en Amérique latine… Alors Che Guevara lui aurait dit : . Collaborateur à la revue Afrique-Asie dans les années 1970 et 1980, il défend les interventions cubaines en Afrique.
En 1970, Jean Ziegler aurait facilité le contact entre Farouk Kaddoumi, le chef de la politique étrangère de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) (cette organisation menait alors de fréquentes opérations de guérilla) et le conseiller fédéral Pierre Graber, chargé des Affaires étrangères. Il prétend qu'un accord officieux, dont les autres membres du gouvernement suisse n’ont pas été informés, a été trouvé. Aux termes de celui-ci, la Suisse doit rester épargnée par le terrorisme palestinien mais s’engage à soutenir l’OLP dans ses efforts pour sa reconnaissance diplomatique auprès du siège des Nations unies à Genève. Dans la foulée, la Suisse renonce à porter plainte contre un suspect palestinien de l’attentat contre le vol Swissair 330 à Würenlingen. Cet accord officieux a été tenu secret jusqu’en , date à laquelle Jean Ziegler a rendu public son rôle de facilitateur « par respect et en mémoire des 47 victimes de Würenlingen et de leurs familles, qui ont droit à la vérité. ». Cette version est vivement mise en doute par deux anciens délégués du CICR, Michel Barde et Marcel Boisard, qui avaient participé aux négociations pour la libération des passagers otages de Zarka en Jordanie, ainsi que par les historiens , Thomas Bürgisser et Yves Steiner, collaborateurs des Documents diplomatiques suisses (Dodis), qui qualifient ce prétendu accord de « hautement invraisemblable ».
Jean Ziegler est le rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation du Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies de 2000 à 2008, poste auquel lui succède Olivier De Schutter. Il est ensuite vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations unies.
En 1972, il est nommé professeur de sociologie à l'université de Genève malgré l'opposition de la philosophe Jeanne Hersch, elle-même enseignante émérite de l'académie genevoise et membre elle aussi du Parti socialiste suisse. ; elle conteste alors son manque de rigueur scientifique et dénonce ses convictions partisanes« Jeanne Hersch, l’exigence de la liberté »Campus 99, Université de Genève, p. 32-33. Il occupera ce poste jusqu'en 2002. Il enseigne également à l'université de Grenoble et à l'université Paris 1.. Il publie de nombreux ouvrages.
Il est conseiller municipal (socialiste) de la ville de Genève de 1963 à 1967Bio sur www.evene.fr. Il est membre du parlement fédéral suisse (représentant du canton de Genève) du au et du au (Parti socialiste). En 1975, il dépose une initiative parlementaire pour l’exercice du droit de vote et d’éligibilité à 18 ans au lieu de 20. Acceptée par le Parlement, cette initiative parlementaire est une étape importante sur la voie de l'adoption totale du projet en 1991.
Jean Ziegler est le premier dirigeant de la communauté d'Emmaüs genevoise. Il rencontre l'abbé Pierre à Paris en 1952.
Il est également membre honoraire du conseil d'administration de la Fondation France Libertés..
Jean Ziegler, selon le biographe de Tariq Ramadan, a joué un rôle clef dans l'ascension de ce dernierHadrien Mathoux, "L'imposture" de Tariq Ramadan confirmée dans une biographie, marianne.net, 14 février 2020.
Au début des années 2020, il fait partie du « conseil scientifique » de l'Institut La Boétie..
Aux Nations unies
Sa première expérience à l'Organisation des Nations unies débute sur le terrain en septembre 1961, lorsque Jean Ziegler débarque à Léopoldville au Congo en raison de la sécession du Katanga. L'ONU cherchait un francophone, mais qui ne soit ni français, ni belgeL'oeil dans le rétroviseur, Jean Ziegler se livre à son autocritique, Le Matin (page 22), 4 septembre 2011. Archivre Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne).
vignette|Jean Ziegler en séance de dédicaces au Livre sur les quais à Morges (Suisse) en 2018. De 2000 à , il est rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation (des populations) du Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies.
En tant que rapporteur spécial, il a étudié le niveau d'alimentation des populations de nombreux pays (Niger, Éthiopie, Inde, Bangladesh, Mongolie, Brésil, Palestine, Bolivie, Cuba, Guatemala), publiant chaque année de son mandat, pour l'Assemblée générale des Nations unies, un rapport sur la situationL'ensemble des rapports sur la situation de l'alimentation et de la malnutrition dans le monde est disponible sur le site des Nations unies : .
En 2005, dans un ouvrage intitulé , il dénonce le fait que . Dans ses travaux, il met également en avant la malnutrition chronique, ou , qui affecte deux milliards de personnes. Les carences en micronutriments qu'elle implique (kwashiorkor, anémie, rachitisme, cécité).
En 2008, il met en lumière le rôle néfaste du développement de la culture des agrocarburants pour l'évolution du prix des denrées sur les marchés mondiaux.. :
En , alors qu'il n'exerce plus la fonction de rapporteur spécial, Jean Ziegler publie , dans lequel il continue à dénoncer le scandale de la malnutrition qui se perpétue au . Ainsi, il a qualifié de « crime contre l'humanité » le fait d'abandonner les cultures vivrières au profit des agrocarburants. :
Depuis 2009, il est membre du comité consultatif du Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, poste auquel il a été réélu le puis de nouveau réélu en 2016.
Il est membre du comité de parrainage du tribunal Russell sur la Palestine, dont les travaux ont commencé le .
En tant qu’auteur
Jean Ziegler a participé aux travaux de reconnaissance de la spoliation de déportés de leurs comptes bancaires en Suisse au profit de l'Allemagne nazie. Son travail est décrit dans La Suisse, l'or et les morts, paru en 1997 aux éditions du SeuilDaniel Vernet, La Suisse en or de Jean Ziegler, lemonde.fr, 2 avril 1997Antoine Menusier, Face à la plainte qui le vise, Jean Ziegler se découvre un allié: son pire ennemi, letemps.ch, octobre 1998. Il y explique comment les banquiers suisses ont aidé à financer la machine de guerre des nazis. La plupart des commentateurs considèrent alors que l'essai de Jean Ziegler est dénué de validité historique et jugent celui-ci comme le prolongement de son engagement politique contre la place bancaireCédric Terzi, << QU'AVEZ-VOUS FAIT DE L'ARGENT DES JUIFS? ». Problématisation et publicisation de la question << desfonds juifs et de l'or nazi » par la presse suisse, 1995-1998, Thèse, Fribourg, 2005, p. 167 et suiv.. Néanmoins, à sa mort, la nécrologie du Monde reconnait qu'« en Suisse, l’histoire lui a souvent donné raison après coup. » Ainsi, « les scandales successifs des fonds en déshérence des victimes de la Shoah puis la fin progressive du secret bancaire sous la pression internationale ont fini par valider les ouvrages (La Suisse lave plus blanc et La Suisse, l’or et les morts) de Jean Ziegler » sur ce système.
Jean Ziegler est l'auteur de plusieurs livres sur la mondialisation et sur ce qu'il considère être des crimes commis au nom de la finance de marché mondiale et du capitalisme, condamnant en particulier le rôle de la Suisse. Il s'oppose à la « théorie du ruissellement » (les plus riches, par leur consommation, créeraient des débouchés et de l'emploi), qui justifierait l'existence des riches par leur rôle dans la redistribution des richesses. Il critique fortement l'action du FMI, qui conditionne ses aides financières à des plans d'ajustement structurels, qui supposent notamment la privatisation des services publics, conduisant souvent, selon lui, à leur dégradation avec des conséquences tragiques sur la santé publique et l'alimentation dans les pays les plus pauvres. Il rejoint sur ce point Joseph Stiglitz, qu'il qualifie néanmoins de Dans son livre Les Nouveaux Maîtres du monde et ceux qui leur résistent (2002), Extrait : "J'aime lire et écouter Stiglitz. Rien de plus beau qu'un déserteur qui s'attaque à son ancien patron !". page 141.. Enfin, il accuse les États-Unis (« l'empire américain contre la démocratie planétaire ») d'être le bras armé des entreprises multinationales. Il insiste sur la spécificité de la politique étrangère des États-Unis, et leur refus de nombreuses conventions internationales (Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, contre la sanction judiciaire des crimes de guerre - Convention de Rome, 1998, contre le concept de droits économiques, sociaux et culturels - Conférence de Vienne, 1993).
Il écrit en français et en allemand.
We Feed the World est un film documentaire sorti en inspiré par L'Empire de la honte, un livre de Jean Ziegler. Ce documentaire de l'Autrichien d'Erwin Wagenhofer donne à plusieurs reprises la parole à Jean Ziegler.