La Semaine sainte (Semana santa) de Séville, en Andalousie est la célébration religieuse la plus importante de la ville, et l'une des plus célèbres d'Espagne. Tout comme la Feria de Abril qu'elle précède de quelques semaines, elle rythme le calendrier annuel de la ville, qui vit durant une semaine au rythme des processions.
Elle commence le dimanche des Rameaux et s'achève une semaine plus tard, le dimanche de Pâques, pour la commémoration de la Résurrection du Christ. Durant ces 7 jours dédiés à la Passion du Christ, 60 confréries (Hermandades et Cofradías) sortent en procession pour se rendre à la cathédrale, conclure leur station de pénitence, avant de revenir vers leur point de départ.
Chacune de ces congrégations conduit lors de son long cheminement ses pasos, (du latin passus, scène, mais aussi souffrance) sont les statues qui défilent en Espagne durant la Semaine sainte, transportées mécaniquement ou portées par des hommes. Ils reçoivent des noms différents en chaque lieu, selon la tradition. Richement décorés et qui servent de supports à des groupes sculptés en bois représentant des scènes de la Passion. Une foule considérable de Sévillans, d'Espagnols et d'étrangers, de croyants et de non-croyants se presse dans les rues de la ville pour se recueillir ou simplement admirer le passage de ces imposants cortèges de pénitents, dont certains sont accompagnés de musique.
Les confréries Les confréries, dont les plus anciennes remontent au Moyen Âge, en France depuis 1901 sont des regroupements de fidèles laïcs. Le siège de ces congrégations est basé dans des chapelles ou églises qui abritent les effigies ou reliques du Christ, de la Vierge ou d'un saint, auxquelles les membres manifestent leur profond attachement.
Rassemblés autour des idéaux chrétiens (formation, culte et charité) de la société à laquelle ils appartiennent, ils se consacrent toute l'année à diverses œuvres de bienfaisance et au culte catholique. La Semaine Sainte constitue cependant le point d'orgue de leur année de foi, l'occasion de faire pénitence en cette fin de Carême et à l'approche de la célébration de la Résurrection de Jésus.
Chacune des 60 cofradías de la Semaine Sainte est dirigée par un Hermano Mayor, un frère majeur. Ces responsables élisent les dirigeants du Consejo General de Hermandades y Cofradías, organisation qui fédère les hermandades et se charge de coordonner leurs activités et d'organiser les processions.
Unie par la dévotion dont elle témoigne à l'égard des saintes images qu'elle conserve en son siège, chaque hermandad accompagne ces précieuses effigies dans les rues des villes. Montées sur les pasos, les statues représentent la Vierge et le Christ, lequel est souvent accompagné d'autres personnages des Évangiles ou de l'hagiographie chrétienne, dans une mise en scène évoquant des épisodes de la Passion. Dans la plupart des confréries, Marie et Jésus sont représentés sur deux pasos différents : le paso du Christ (appelé misterio) précède celui de la Vierge (nommé palio). Ces "autels" sont toujours richement ornés de dorures, moulures et autres étoffes précieuses. Ces sculptures de bois peintes sont pour beaucoup de véritables œuvres d'art, exécutées par de grands maîtres du baroque espagnol.
Lors des processions qui mènent ces pasos à travers Séville, les cofrades se répartissent selon leurs fonctions :
les costaleros : ils portent les pasos, dont le poids contraint à disposer d'un effectif important, tournant à intervalles réguliers. Les confréries possèdent de un à trois pasos, soit autant de groupes de porteurs ; le capataz : c'est le responsable de l'équipe des costaleros. Il dirige le paso et guide les porteurs par la voix en indiquant la direction à prendre. Il est assisté de contraguías. Il ordonne la levée ou l'arrêt du paso, à l'aide du llamador ou martillo, heurtoir situé à l'avant de l'autel. les nazarenos : ce sont les pénitents qui marchent au-devant des pasos, vêtus d'une tunique et d'une cagoule (le capirote), dont les couleurs varient d'une confrérie à l'autre, voire au sein d'une confrérie, selon le paso qu'il précède.
Déroulement des processions
L'itinéraire des confréries est fixé par avance, puis annoncé publiquement à la Chapelle Royale de la Cathédrale 14 jours avant le début de la Semaine Sainte. Cette cérémonie, dont l'origine remonte au synode diocésain (assemblée délibérative d'ecclésiastiques) de 1604, est connue sous le nom de Cabildo de Toma de Horas.
Chacune des confréries, au jour et à l'heure qui lui échoient, sort en procession depuis l'église ou la chapelle où est établi son siège. Le cortège, formé des centaines voire des milliers de membres de la société, entame alors son chemin de pénitence vers la cathédrale. Pour atteindre celle-ci, il doit effectuer la dernière partie de son parcours sur un itinéraire officiel, commun à toutes les cofradías : la Carrera Oficial. Ce segment amène les confréries à passer devant l'Hôtel de Ville. Une fois arrivées à la cathédrale, les congrégations achèvent leur station de pénitence avant de rejoindre leur point de départ qu'elles regagneront après des heures de procession dans les rues de Séville.
L'aspect spectaculaire de ces litanies de cofrades (membres des cofradías) s'explique par leur accumulation, la beauté baroque des pasos (chars), le silence absolu des processions, ou au contraire leur musique solennelle, mais aussi par leur avancée dans les ruelles de la vieille ville, qui forme un cadre grandiose. La configuration tortueuse de certaines voies rend parfois périlleuse leur progression, ce qui contribue à donner encore davantage de panache à leur marche, qui semble interminable: il faut souvent patienter plus d'une heure pour voir passer la totalité d'une hermandad. Les processions effectuent des arrêts, qui sont alors l'occasion d'entendre des saetas entonnées par des anonymes, depuis la rue ou un balcon. L'instant le plus propice à ces improvisations se situe à la sortie et au retour du cortège.
La Semaine Sainte atteint son paroxysme lors de la Madrugá qui, dans la nuit du jeudi au vendredi saints, voit sortir les plus célèbres congrégations de Séville : la Macarena, Esperanza de Triana, Jesús del Gran Poder,… La ville connaît cette nuit-là la plus forte affluence de la semaine.
Sortie des Confréries
Le dimanche des Rameaux
Hermandad de La Borriquita Confrérie qui marque le début de la Semaine Sainte. Elle compte environ 650 Nazarenos, tous de moins de 14 ans. Cas unique, le misterio est séparé du palio, qui est celui de la Hermandad d'El Amor. Fondation: à l'hôpital de los Medidores de la Alhóndiga dans la seconde moitié du . Siège: Église collégiale du Salvador. Misterio: Señor de la Sagrada Entrada en Jerusalén (Seigneur de l'Entrée Sacrée à Jérusalem) à cheval sur une mule et entouré de rameaux, anonyme du . Palio: aucun. Couleurs des nazarenos: tunique et capirote blancs, ceinture de sparterie. Hermandad de Jesús Despojado (de Jésus Dépouillé) Fondation: Église de San Marcos en 1936. Siège: Chapelle de Nuestra Señora del Mayor Dolor (plaza de Molviedro). Misterio: Nuestro Padre Jesús Despojado de sus Vestiduras (Jésus Dépouillé de ses Vêtements). Tête d'Antonio Perea Sánchez (1939), corps d'Antonio Eslava Rubio (1974). Palio: Virgen de los Dolores y Misericordia (Vierge des Douleurs et Miséricorde), d'Antonio Eslava Rubio (1961), accompagnée de Saint Jean, de Juan Ventura (1981). Couleurs des nazarenos: tunique jaune, cordon de ceinture rouge, capirote et cape noirs. Hermandad de La Paz (de la Paix) Fondation: Quartier de Porvenir en 1939. Siège: Paroisse de San Sebastián (calle San Salvador). Misterio: Nuestro Padre Jesús de la Victoria (Notre Père Jésus de la Victoire) recevant la Croix qu'il doit monter sur le Calvaire, d'Antonio Illanes Rodríguez (1940). Palio: Virgen de la Paz, d'Antonio Illanes Rodríguez (1937). Couleurs des nazarenos: tunique, capirote et cape blancs, cordon de ceinture jaune. Hermandad de La Cena (de la Cène) Fondation: Hôpital de San Lázaro au . Siège: Église de los Terceros (calle Sol). Misterio: Señor de la Sagrada Cena (Seigneur de la Cène Sacrée) au moment d'instituer l'eucharistie, de Sebastián Santos Rojas (1955). Paso: Señor de la Humilidad y Paciencia (Seigneur le l'Humilité et Patience) attendant sa crucifixion, auteur anonyme du . Palio: Virgen del Subterráneo (Vierge du Souterrain), de Juan de Astorga (). Couleurs des nazarenos: tunique et capirote blancs, ceinture de sparterie. Hermandad de La Hiniesta (du GenêtYahoo!) Fondation : Hôpital de l'ancienne rue Rascaviejas (1412). Siège: Église de San Julián (plaza de San Julián). Misterio: Cristo de la Buena Muerte (Christ de la Bonne Mort), avec Marie-Madeleine à ses pieds, de Castillo Lastrucci (1938). Palio: Virgen de la Hiniesta, de Castillo Lastrucci (1937). Couleurs des nazarenos : tunique blanche, ceinture de sparterie et capirote bleu pour le misterio ; tunique et capirote bleus, cordon de ceinture blanc et bleu et cape blanche pour le palio. Hermandad de San Roque (de Saint Roch) Fondation: Paroisse de San Roque en 1901. Siège: Paroisse de San Roque (plaza de Carmen Benítez). Misterio: Señor de las Penas (Seigneur des Peines) avec la Croix à ses côtés, d'Antonio Illanes Rodríguez (1939). Palio: Virgen de Gracia y Esperanza (Vierge de Grâce et Espoir), de José Fernández Andes (1938). Couleurs des nazarenos: tunique et cape blanches. Capirote et cordon de ceinture violets pour le misterio, verts pour le palio. Hermandad de La Estrella (de l'Étoile) Connue comme la Valiente (la Vaillante), étant la seule confrérie à avoir osé sortir en 1932, durant la Semaine Sainte de la Seconde République. Fondation: Couvent de la Victoria (1560). Siège: Chapelle de la Estrella (calle San Jacinto). Misterio: Señor de las Penas (Seigneur des Peines) priant au milieu de deux bourreaux en attendant sa crucifixion, de José de Arce (1655). Palio: Virgen de la Estrella (Vierge de l'Étoile), anonyme du . Couleurs des nazarenos : tunique et cape blanches. Capirote et cordon de ceinture violets pour le misterio, bleus pour le palio. Hermandad de La Amargura (de l'Amertume) Fondation: Paroisse de San Julián (). Siège: Église de San Juan de la Palma (calle Feria). Misterio: Nuestro Padre Jesús del Silencio (Notre Père Jésus du Silence) devant Hérode, de Pedro Roldán (1697). Palio: Virgen de la Amargura (Vierge de l'Amertume, ou du Chagrin), attribuée à Pedro Roldán (), et accompagnée de San Juan, de Benito Hita del Castillo (1670). Couleurs des nazarenos: tunique et capirote blancs, ceinture de sparterie. Hermandad de El Amor (de l'Amour) Fondation: Église de Santiago en 1508. Siège: Église collégiale du Salvador. Misterio: Cristo del Amor (Christ de l'Amour) mort sur la Croix, de Juan de Mesa (1620). Palio: Virgen del Socorro (Vierge du Secours), d'Astorga (). Couleurs des nazarenos: tunique et capirote noirs, ceinture de sparterie.
Le Lundi Saint
Hermandad del Poligono de San Pablo (du Quartier de Saint Paul) Fondation: Paroisse de San Ignacio de Loyola en 1979. Siège: Paroisse de San Ignacio de Loyola (calle Jesús Cautivo y Rescatado). Misterio: Nuestro Padre Jesús Cautivo y Rescatado (Notre Père Jésus Captif et Sauvé) devant Hérode, d'Álvarez Duarte (1992). Palio: Virgen del Rosario Doloroso (Vierge du Rosaire Douloureux), de Luis Alberto García Jeute (1991). Couleurs des nazarenos: Tunique et capirote blancs, ceinture de sparterie. Hermandad de El Rocío (de la Rosée) Fondation: Église de Santa María la Blanca en 1955. Siège: Église de Santiago (plaza de Jesús de la Redención). Misterio: Judas baisant les pieds du Señor de la Redención (Seigneur de la Rédemption), de Castillo Lastrucci (1958). Palio: Virgen del Rocío, de Castillo Lastrucci (1955). Couleurs des nazarenos: Tunique blanche. Capirote et cordon de ceinture violets pour le misterio, verts pour le palio.