Le Fossa est un mammifère féliforme de la famille des Eupleridae, endémique de Madagascar. Il s’agit de l’unique espèce actuelle de son genre Cryptoprocta, sous le nom de Cryptoprocte féroce (Cryptoprocta ferox), c’est le plus gros mammifère carnivore de l'île ; il est parfois comparé à un petit puma. Les adultes mesurent 70 à de long du museau à la base de la queue, et pèsent de 5,5 à . Les mâles sont plus lourds que les femelles. Ses griffes semi-rétractiles permettent au fossa de grimper et de descendre des arbres la tête en avant, et l'animal peut aussi sauter d'arbre en arbre. Ses organes génitaux partagent certains caractères avec ceux des félins et des hyènes.
Le fossa a une aire de répartition répandue sur Madagascar, mais les densités de peuplement sont généralement faibles. Il vit uniquement en habitat forestier, et chasse activement la nuit comme le jour. Plus de la moitié de son régime alimentaire se compose de lémuriens, les primates également endémiques de l'île ; les autres proies connues sont représentées par des tenrecs, des rongeurs, des lézards, des oiseaux et divers autres animaux. L'accouplement a habituellement lieu dans des arbres, sur des branches horizontales, et peut durer plusieurs heures. La portée compte un à six petits, qui naissent aveugles et sans dents. Les jeunes sont sevrés au bout de quatre mois et demi, et sont indépendants au bout d'un an. Ils atteignent la maturité sexuelle à l'âge de deux ans, et la longévité mesurée en captivité est de vingt ans.
Sa classification a été sujette à débats, l'animal partageant des traits avec les félins, d'autres suggérant une relation étroite avec les viverridés. Sa position phylogénétique, avec celles des autres carnivores malgaches, a influencé les hypothèses sur le nombre de colonisations de l'île par les mammifères carnivores. Les études génétiques ayant montré que le fossa et tous les autres carnivores de Madagascar étant plus proches entre eux, formant le clade qu'est la famille des Eupleridae, on sait aujourd'hui que les carnivores ont colonisé l'île en une seule arrivée, remontant à 18 ou d'années. Le fossa est considéré comme « vulnérable » par l'Union internationale pour la conservation de la nature, ses effectifs sont jugés en déclin et principalement menacés par la destruction de l'habitat. Il est généralement craint par le peuple malgache et est souvent protégé par un tabou ( en malgache) qui le préserve de la chasse.
Description thumb|left|Fossa sur un rocher au Bioparc Valencia en Espagne.
Aspect général Le fossa ressemble à une forme diminuée d'un grand félin, comme un puma, mais avec un corps svelte et des membres musclés, et une queue presque aussi longue que le reste du corps. Sa tête ressemble à celle d'une mangouste, relativement plus longue que celle d'un chat et avec un museau large et court, de grandes oreilles arrondies. Il a les yeux bruns relativement écartés aux pupilles fendues. Comme de nombreux carnivores qui chassent la nuit, il possède un augmentant son acuité visuelle, et qui reflète une lumière orange. Le Fossa mesure 70 à de long du museau à la base de la queue et celle-ci est longue de quelque 65 à . Il y a un certain dimorphisme sexuel, les mâles adultes étant plus grands que les femelles, avec des fourchettes de poids respectives de 6,2- et de 5,5-. Les individus plus petits se trouvent généralement dans le Nord et l'Est de Madagascar, tandis que les plus grands se répartissent vers le sud et dans l'Ouest. De grands individus pesant exceptionnellement jusqu'à ont été signalés, mais il existe un certain doute quant à la fiabilité des mesures. Le fossa a de bonnes facultés olfactives, auditives et visuelles ; il est robuste et les maladies sont rares en captivité.
Les mâles et les femelles ont le poil court et droit, formant une fourrure unie et relativement dense. Les deux sexes ont le dos généralement brun roussâtre et le ventre d'un crème sale. En rut, ils peuvent avoir une coloration orange sur leur abdomen à cause d'une substance rougeâtre sécrétée par des glandes exocrines pulmonaires, mais cela n'a pas été observé par tous les chercheurs. La queue est généralement d'une coloration plus claire que les flancs. Les juvéniles sont gris ou presque blancs.
thumb|Le dessous des pattes du fossa : patte antérieure à gauche, patte postérieure à droite.
Plusieurs des caractéristiques physiques de l'animal sont des adaptations au milieu arboricole. Sa queue l'aide à s'équilibrer et ses griffes semi-rétractiles lui permettent de grimper aux arbres à la recherche d'une proie. Ses pattes sont semi-plantigrades, l'animal alternant entre une démarche arboricole aux allures plantigrades et un déplacement plutôt digitigrade au sol. Le dessous de ses pattes est presque nu et couvert de solides coussinets. Le fossa est pourvu de chevilles très flexibles qui lui permettent de s'agripper facilement aux troncs pour y grimper ou en descendre, tête la première, ou encore de sauter d'arbre en arbre. En captivité, on a observé les juvéniles se balancer tête en bas, accrochés à des cordes à nœuds par leurs pattes arrière.
Le fossa dispose de plusieurs glandes odorantes, moins développées chez la femelle que chez le mâle. Comme les mangoustes, il possède une glande périanale à l'intérieur d'un sac anal entourant l'anus comme une poche. Cette dernière débouche à l'extérieur par une fente horizontale au-dessous de la queue. D'autres glandes sont situées près du pénis ou du vagin, les glandes péniennes émettant une forte odeur. Comme les mangoustes, il n'a pas de glandes préscrotales.
Organes génitaux Les organes génitaux externes sont l'une des caractéristiques physiques les plus intéressantes de cette espèce. Le mâle a le pénis (et son baculum) exceptionnellement long, parvenant en érection entre ses pattes avant. Le gland se prolonge jusque vers le milieu du pénis et est épineux, sauf en son bout ; à titre de comparaison, le gland des félidés est court et épineux, tandis que celui des viverridés est lisse et long. La femelle fossa présente une masculinisation transitoire, commençant à un ou deux ans d'âge, et consistant dans le développement d'un clitoris imposant et épineux prenant la forme d'un pseudo-pénis. Le clitoris est soutenu par un os clitoridien, qui diminue à mesure que l'animal grandit. Les femelles n'ont pas un pseudo-scrotum, mais sécrètent une substance orange qui colore leurs parties inférieures, très semblablement aux sécrétions des mâles. Les niveaux d'hormones (testostérone, androstènedione, dihydrotestostérone) ne semblent pas jouer un rôle dans cette masculinisation transitoire, ces niveaux étant identiques chez les juvéniles masculinisés et les adultes non masculinisés. La masculinisation transitoire pourrait réduire le harcèlement sexuel des jeunes femelles par les mâles adultes, ou réduire l'agressivité des femelles territoriales. Si les femelles d'autres espèces de mammifères (comme la hyène tachetée) ont également un pseudo-pénis, chez aucune de celles-ci ce clitoris hypertrophié ne décroît en volume quand l'animal grandit.
Comparaison avec les carnivores proches left|thumb|Crâne de la collection du Muséum de Toulouse.
Dans l'ensemble, le fossa a des caractéristiques en commun avec trois familles de carnivores différentes, et d'éminents scientifiques l'ont placé, ainsi que d'autres membres des Eupleridae, dans les Herpestidae, les Viverridae et les Felidae. Les caractères félins sont principalement ceux associés au système digestif, comme la forme des dents et les parties faciales du crâne, la langue et le tube digestif, typiques de son régime alimentaire exclusivement carnivore. Le reste du crâne ressemble plus à celui du genre Viverra, tandis que la structure générale du corps est très semblable à celle des différents membres de la famille des Herpestidae.
thumb|Dessins de la mâchoire supérieure et de la mandibule.
La dentition permanente est (trois incisives, une canine, trois ou quatre prémolaires et une molaire de chaque côté sur chaque demi-mâchoire), la formule déciduale étant similaire mais dépourvue de la quatrième prémolaire et de la molaire. Le fossa a un grand rhinarium proéminent similaire à celui des viverridés, mais a des oreilles rondes plus grandes, presque aussi grandes que celles des félins de taille similaire. Les vibrisses de sa face sont longues, les plus longues l'étant plus que sa tête. Comme certains genres de mangoustes, en particulier Galidia (qui est aussi de la famille des Eupleridae) et Herpestes (des Herpestidae), il est muni de vibrisses carpiennes. Ses griffes sont rétractiles mais ne sont pas cachées dans une gaine de peau contrairement à celles des félidés. Le fossa a trois paires de mamelons (une inguinale, une ventrale et une pectorale).
Écologie et comportement Alimentation Le fossa est l'un des huit carnivores endémiques de Madagascar. Opportuniste, il chasse des proies de taille petite à moyenne. Il est le plus grand mammifère terrestre actuel endémique de l'île et le seul prédateur capable de s'en prendre aux adultes de toutes les espèces de lémuriens existantes, la plus grande pouvant peser jusqu'à 90 % du poids d'un fossa de taille moyenne. Bien qu'il soit le principal prédateur des lémuriens, les relevés de ses habitudes alimentaires révèlent une grande variété de sélectivité de proies entre les individus et une spécialisation en fonction de l'habitat et de la saison ; le régime alimentaire ne varie pas selon le sexe. Par exemple, alors que le fossa est spécialisé dans la chasse de lémuriens dans le parc national de Ranomafana, son régime alimentaire est plus variable dans les autres habitats des forêts humides.
thumb|left|Le petit Microcèbe mignon (Microcebus murinus) fait partie du régime alimentaire du fossa.
Le régime alimentaire du fossa sauvage a été étudié par l'analyse des excréments caractéristiques de l'espèce, qui ressemblent à des cylindres gris aux extrémités torsadées, et mesurent de 10 à de long pour 1,5 à d'épaisseur. Les fèces collectées et analysées à Andohahela et Andringitra renferment des restes de lémuriens et de rongeurs. Les populations de l'Est du massif d'Andringitra ont la plus grande variété enregistrée de proies, des vertébrés comme des invertébrés. Les vertébrés consommés comprennent des reptiles, une grande variété d'oiseaux (du sous-bois ou terrestres) et des mammifères, avec des insectivores, des rongeurs, et des lémuriens. Les invertébrés consommés par le fossa dans les hautes montagnes de l'Andringitra comptent des insectes et des crabes. L'étude de ces excréments montre que les vertébrés représenteraient 94 % du régime alimentaire du fossa, avec les lémuriens comptant pour plus de la moitié, suivis des tenrecs (9 %), des lézards (9 %) et des oiseaux (2 %). Les graines, qui représenteraient 5 % de l'alimentation, proviennent peut-être des estomacs des lémuriens ingérés, ou de fruits consommés par le fossa pour leur eau, ces graines étant plus fréquentes dans l'alimentation pendant la saison sèche. La taille moyenne des proies varie géographiquement, avec seulement dans les hautes montagnes de l'Andringitra, mais dans les forêts humides et plus de dans les forêts sèches décidues. Selon une étude du régime alimentaire du fossa menée dans la forêt sèche à feuilles caduques de l'ouest de Madagascar, plus de 90 % des proies étaient des vertébrés, et plus de 50 % étaient des lémuriens. La base du régime est constituée d'environ six espèces de lémuriens et de deux ou trois espèces de tenrecs-hérissons, de serpents et de petits mammifères. En règle générale, le fossa cherche à chasser les plus gros lémuriens et rongeurs, et non les plus petits.
thumb|Le fossa consomme des proies aussi grosses que le Sifaka à diadème (Propithecus diadema).