L'église Saint-Étienne est une ancienne église catholique désaffectée située dans le site patrimonial remarquable de Dijon. Elle abrite aujourd'hui le musée Rude et la bibliothèque Colette depuis le déménagement en 2007 de la Chambre de commerce et d'industrie de Dijon, ainsi que des services culturels dont le centre de documentation du musée des Beaux-Arts. L'église date du et a été restaurée au . Sa façade actuelle de style jésuite est du .

L'église est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1862.

Historique

L'église Saint-Étienne fut fondée au par l'abbé Garnier de Mailly. Le bâtiment date en partie de la dernière campagne de restauration du ainsi que de la reconstruction engagée à la fin du et au début du , à la suite de l’effondrement des voûtes de la nef en 1671. Campagne de reconstruction de l’église au Sous l’abbatiat de Richard Chambellan (1477-1495), l’église fut ruinée par la chute de son clocher et connut une nécessaire campagne de reconstruction qui dura sept ans

Aujourd'hui seuls le chœur et la croisée du transept, avec ses belles voûtes sur croisée d’ogives, datent des travaux de reconstruction engagés par Richard Chambellan à partir de 1488. Campagne de reconstruction de l’église au Le , la plus grande partie des voûtes de la nef de l'église Saint-Étienne s’écroula, obligeant l’abbé Fyot à mener une ultime campagne de restauration. On décida d’abattre les murs et les piliers de la nef et des transepts, jugés en trop mauvais état, et de les reconstruire, ainsi que les voûtes, dans le style gothique. Les armes de l’abbé Fyot, sculptées sur les clés de voûte du chœur et de la sacristie, datent de cette époque, ainsi que les contreforts qui soutiennent les murs à l’extérieur de l’église. On construisit également une sacristie à l’extrémité du transept sud, désignée aujourd’hui comme salle capitulaire. On conserva le chœur, la croisée du transept et le clocher datant de Richard Chambellan. Cette campagne de travaux dura sept ans pendant lesquels les offices de la paroisse furent à nouveau célébrés dans la vieille église voisine Saint-Médard. Le , jour de la fête du Saint-Sacrement, parce que l'évêque de Langres, ni aucun évêque n'étaient disponibles, l'abbé Fyot fit lui-même une première bénédiction de l'église pour la rendre au culte des paroissiens de Saint-Médard dont la vieille église menaçait ruine. La translation des reliques de saint Médard eut lieu le dimanche suivant, où elles furent déposées dans l'autel de la paroisse. Quelques années plus tard, l'église fut solennellement bénie par Étienne Le Camus le , qui la consacra sous le vocable de saint Étienne martyr ; le grand autel de l'église étant consacré à ce dernier et l'autel de la paroisse à saint MédardClaude Fyot, Histoire de l'église abbatiale et collégiale de Saint-Estienne de Dijon, page 240 et suivantes, ..

Les embellissements du Claude Fyot, dont l’abbatiat fut particulièrement long, puisqu’il mourut en 1721, à l’âge de 91 ans, supervisa également le début d’une campagne d’embellissement de l’église qui eut lieu au début du . En 1716 il s'adressa à plusieurs architectes de la région, dont Martin de Noinville et Jean-Baptiste Bouchardon pour lui fournir le projet d'une nouvelle façade en pierre de taille. C’est finalement le projet de Martin de Noinville, ingénieur et architecte de la province de Bourgogne, qui conçut la place royale de Dijon en 1692, qui fut retenu. Cette façade classique suivant la tradition jésuitique, fut édifiée, sous sa direction entre 1718 et 1723. Le musée des Beaux-Arts de Dijon conserve également des projets, qui furent proposés à l'abbé Fyot par un antiquaire dijonnais, Jean-Baptiste Lucotte du Tillot, dont un intéressant projet faisant précéder le portail d'un baldaquin en pierre.

Un programme de sculptures fut commandé à Jean-Baptiste Bouchardon pour la façade de l’église. Outre différents ornements, dont deux statues de la Religion et la Constance, des vases couverts et une croix aujourd’hui disparus, un tympan sculpté représentant la lapidation de Saint-Étienne prenait place au-dessus de la porte d’entrée. Il est aujourd’hui visible au portail de la cathédrale Saint-Bénignedéposé et modifié dans ses dimensions, il a été installé en 1813 au-dessus du portail de la cathédrale Saint-Bénigne. Bouchardon dessina des projets de décors sculptés qui ne furent probablement pas exécutés, comme la décoration des piliers de la nef de l’église devant accueillir les bustes de saints hommes et de saintes femmes. Des bustes en pierre des douze Apôtres furent finalement sculptés par Jean Dubois. Ils ornent aujourd’hui les piliers de la nef de la cathédrale Saint-Bénigne. Jean Dubois sculpta également deux grandes statues de saint Étienne et saint Médard pour la décoration de l’église. Ces sculptures apparaissent dans un des projets dessinés par Jean-Baptiste Lucotte du Tillot, abritées dans des niches de la façade. Comme beaucoup des décorations réalisées pour Saint-Étienne, ces statues ont été déplacées à Saint-Bénigne, dont elles ornent le bras sud du transept.

À la mort de l’abbé Fyot, qui fut inhumé dans l’église au tombeau des abbés sous le grand autel, dans la crypte sous le chœur ; un cénotaphe lui rendant hommage fut commandé pour orner l’église. Deux projets de tombeaux par Bouchardon sont conservés au musée des Beaux-Arts de Dijon, un cénotaphe mural de 1721 orné des armoiries et du buste de l’abbé Fyot et un projet de tombeau de 1729, surmonté d’une statue de l’abbé Fyot priant et des armoiries de sa famille sous une couronne de marquis. Les huit années qui séparent ces deux projets, trahissent les hésitations qui l’ont entouré. On ne sait si aucun des deux ne fut réalisé. La famille Fyot ayant son tombeau dans l’église Saint-Michel fit exécuter un monument familial en 1773, toujours en place. On connaît également un très beau projet de boiseries pour le chœur de Saint-Étienne datant du début du XVIIIe siècle, d’une qualité assez comparable aux boiseries installées dans le chœur de l’église Saint-Michel en 1763.

Cathédrale de Dijon de 1731 à 1789 Saint-Étienne, relativement neuve et bien entretenue, et qui avait été un chapitre cathédral pendant le haut Moyen Âge, fut choisie comme cathédrale lors de la création du diocèse de Dijon par Clément XII en 1731. Pourtant, la Révolution lui fut fatale. En 1792 Saint-Bénigne fut choisie comme nouveau siège cathédral, à la suite de quoi Saint-Étienne fut désaffectée.

Usages et affectations au Désaffectée et vidée de ses ornements au lendemain de la Révolution Saint-Étienne s'effaça progressivement du paysage dijonnais. Elle servit de halle aux grains dès le début du XIXe siècle. En 1809, la ville de Dijon l’achète et lui conserve cet usage de halle au blé jusque dans les années 1850. Dès cette époque le fond de la nef avait été muré et le bras nord du transept servait de magasin pour les décors du Grand Théâtre construit entre 1822 et 1828 à l’emplacement des vestiges de l’ancienne Sainte-Chapelle.

À la fin du XIXe siècle, la municipalité projette même de la détruire pour édifier sur cette parcelle de terrain un grand bâtiment servant d’hôtel des postes et télégraphes et de chambre de commerce. C’est finalement le projet de transformation des espaces de la nef en bourse de Commerce qui est retenu et qui est achevé en 1899. La chambre de commerce prenant place dans l’ancienne sacristie rebaptisée salle capitulaire. Le bras nord du transept servant toujours de magasin pour les décors du théâtre, et le chœur et ses deux absides abritant un musée lapidaire, dont l’entrée se faisait par une petite porte percée dans l’abside sud donnant sur la rue Vaillant. Des fouilles effectuées à la fin du siècle dans les sous-sols du chœur, ont révélé le tracé du mur du castrum gallo-romain édifié pendant les grandes invasions avec des pierres de réemploi, dont des pierres et des marbres antiques sculptés.

Usages et affectations au et C’est dans l’état du que l’église Saint-Étienne parvient au . Dénaturée et morcelée, son histoire s’efface petit à petit de la mémoire des Dijonnais. Après-guerre en 1947 un musée de moulages en plâtre, consacré au sculpteur François Rude, ouvre dans le bras nord du transept et la croisée du transept, mettant notamment en scène le Départ des volontaires, groupe monumental sculpté pour l'Arc de triomphe de l'Étoile. Dans les années 1970 les bas-côtés de la nef sont entresolés avec des planchers en béton et des garde-corps en verre fumé. En 2019, le déménagement de la chambre de commerce et d’industrie dans un immeuble moderne de l'agglomération dijonnaise permet l'ouverture de nouveaux espaces partagés entre la documentation du musée des Beaux-Arts de Dijon, la société des amis du musée et une nouvelle antenne de la bibliothèque municipale de Dijon, que l’on baptise la Nef. En 2023, l'éphémère Nef est rebaptisée Bibliothèque Colette en hommage à l'écrivaine du même nom.

Bibliographie Thierry Auclair, Saint-Étienne et ses paroisses, mémoire de maîtrise dactylographié, Dijon : Université de Bourgogne, 1995. Dijon, Ville d'art et d'histoire, Focus - L'église Saint-Étienne de Dijon, 2019 Laurent Durnecker, « Les reliques de Saint-Étienne de Dijon du : constitution, enrichissement et mise en valeur d'un patrimoine sacré », éd. Jean-Luc Deuffic (éditeur), Reliques et sainteté dans l'espace médiéval, PECIA, vol. 8-11, 2005 (). Abbé Claude Fyot de la Marche, Histoire de l'église abbatiale et collégiale de Saint-Étienne de Dijon, avec les preuves et le pouillé des bénéfices dépendans de cette abbaie, in-f°, Dijon : Jean Ressayre Imprimeur et Libraire, 1696. Julien Guillot, Vie commune et régularité à Saint-Étienne de Dijon, , mémoire de master dactylographié, Dijon : Université de Bourgogne, 2006. Jean Marilier, « Divionensium canonicorum vindicatio contra monachos sancti Benigni, contribution à l'étude topographique du Dijon médiéval », in Mélanges E.-R. Labande. Études de civilisation médiévale, Poitiers : C.E.S.C.M., 1974 (). Jean-Charles Picard, « Langres et Dijon au Moyen Âge : christianisation et réseau urbain en Bourgogne », in La Bourgogne : études archéologiques. Actes du Congrès National des Sociétés Savantes (Dijon, 1984. Section d'archéologie et d'histoire de l'art, I), Paris : C.T.H.S., 1984 (). Christian Sapin, « L'abbatiale Saint-Étienne de Dijon et ses cryptes », Congrès Archéologiques de France, , Côte-d'Or, 1994, Paris, 1997 (). chanoine A. Sebille, Histoire du chapitre collégial et cathédral de l'église Saint-Étienne, puis de l'église Saint-Bénigne de Dijon (Bibliothèque Municipale de Dijon, mss. 1806-1807). Dominique Viaux, La vie paroissiale à Dijon à la fin du Moyen Âge, Dijon : Éditions Universitaires de Dijon, 1988 (226 p.).

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Dijon Musée Rude Chanoines réguliers de saint Augustin Liste des monuments historiques de la Côte-d'Or

Liens externes

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