Le Quercorbès ou le Quercorb, ou encore Kercorbès, Kercorb, Chercorbès, Chercorb, QuierecourbeHGL, t. XIII, , 1733. (en occitan Quercorbés ou Quercòrb), est une petite région naturelle du Languedoc, autour de l'ancien château de Quercorb. C'est un ancien fief mouvant entre Sarvatès et Razès situé sur la rive droite du cours supérieur de l'Hers vif, aujourd'hui à cheval sur les départements de l'Aude et de l'Ariège. Baronnie et archiprêtré, siège d'une officialité, jouissant par privilège d'un régime autonome, ce qui en restait à la Révolution, la plus grande partie, a formé le canton de Chalabre..
Dénomination Évolution lexicale 1002 - Castellum Cairocurbum cum CaircurbenseHGL, V, pr. 162.. 1010 - Castellum de Querocurbo cum QuerocurbenseGall. christ., Vl, Instr., c. 20.. 1095 - Castrum quod dicilur KeircorbHGL, V, pr. 388.. Honores de Keircorbes. 1110 - In territorio CercorbensiGall. christ., Vl, Instr., c. 14.. 1117 - ChercurbesMah., V, 68.. 1125 - CheircorbHGL, V, pr. 490.. 1152 - Terra de ChercorbesHGL, V, pr. 585, 3°.. 1180 - Caslar ChercorpDoat, V, f. 297.. 1180 - Caylar de ChercorbHGL, VIII, col. 1887.. 1201 - Patria de QuercorbesArch. nat., J 879.. 1227 - Terra de ChircorbensisDoat, CLXIX, f. 277.. 1296 - In QuercotorbesioVidal, .. Officialatus QuercuscorbesiiVidal, .. Aux Temps modernes, on trouve les formes Chercorbès, Chercorbez, Kercorbès, Quercorbès ou QuiercorbèsA. A. Sabarthès, Dictionnaire topographique du département de l'Aude comprenant les noms de lieu anciens et modernes, , CTHS, Paris, 1912..
Étymologie L'étymologie de l'expression latine terras de CorcorbesF. Pasquier & H. Courteault, Chroniques romanes des comtes de Foix d'Arnaud Esquerier composées au , , Privas, 1895. fait l'objet de spéculations mais le toponyme, réhabilité au par des médiévistes régionalistesC. Pont, Histoire de la terre privilégiée anciennement connue sous le nom de pays de Kercorb, 1873., se retrouve en Vallespir, où il désignait en 832 un château dont il ne reste que la chapelle préromane construite au .
Au début du , le bas latin Caircurbensis désigne l'honneur du château de CairocurbR. Faure, « Le château de Kercorb », in Du côté de Tréziers, Draveil, 24 avril 2003 .. Vraisemblablement situé à CorbièresD. Mirouse, Les circonscriptions intermédiaires du sud du pagus de Toulouse aux (ministerium, vicaria, suburbium...), , Faculté d'histoire de l'Université Jean Jaurès, Le Mirail, novembre 2015., ce château disparaît sans laisser de traces autres que toponymiques pour être remplacé dès la fin du par celui de Balaguier.
Géographie vignette|gauche|Le plateau du Quercorbès en été au pied du château de Puivert. Reliant le Garnaguès, pays du Lauragais situé à son nord, au Sault, qui le borde au sud, le Quercorbès réunit a minimaHGL, t. III, ,HGL, t. VIII "Preuves", 4, c. 271. autour du chef-lieu Chalabre, treize villages, Balaguier, Roubichoux, Coquilloux, Montjardin, Sainte Colombe, Campsaurine, Coumesourde, Rivel, La Calmette, La Métairie des bois, Villefort, Fontrouge, Saint Benoît, auxquels s'est ajouté Sonnac, autrefois sur la rive gauche de l'Hers-Vif en pays fuxéen.
vignette|Montségur, en pays d'Olmes, ferme au sud est le val d'Amor et marque la frontière du Quercorbès. C'est une région isolée de moyenne montagne. Elle comprend au nord le val d'Ambronne, Caudeval initialementCf. infra 1167. inclus. Elle est traversée par le cours moyen de l'Hers-vif, affluent de l'Ariège, et ses ruisseaux, le Roubichoux, le Blau, le Chalabreil et le Riveillou qui convergent dans la plaine de Chalabre.
Au sud ouest, le Quercorbès s'étend au-delà de la gorge du haut Riveillou et le col del Teil dans le département de l'Ariège au vallon de La Borie, qui se jette dans la boucle de l'Hers-vif supérieur, puis au val d'Anior, renommé depuis Val d'Amor, et ses villages de Bélesta et Fougax que domine le château de Montségur. Au sud est et en amont, le plateau de Puivert, célèbre pour son château de la première moitié du , conduit par le ruisseau des Mouillères à la vallée de l'Aude.
On y parle un languedocien méridional.
Histoire Le Quercorbès avant le Quercorbès Le Quercorbès s'étend dans le sud ouest de l'antique cité des Volces Tectosages. Parti de la Narbonnaise, son territoire se trouve au Bas-Empire avec le futur comté de Foix à la limite de la Novempopulanie et de la cité des Consoranni. Après la christianisation, au , il est inclus dans le SavarthèsCf. grotte de Sabart., suburbium du diocèse de Toulouse et futur comté de FoixD. Mirouse, Les circonscriptions intermédiaires du sud du pagus de Toulouse aux (ministerium, vicaria, suburbium...), , Faculté d'histoire de l'Université Jean Jaurès, Le Mirail, novembre 2015..
En 507, Clovis remporte la bataille de Vouillé. Il s'empare de Toulouse et de la plus grande part de l'Aquitaine wisigothique et arienne. Jusqu'en 712, le futur Quercorbès constitue la nouvelle frontière de la France face à la SeptimanieA. A. Sabarthès, Dictionnaire topographique du département de l'Aude comprenant les noms de lieu anciens et modernes, , CTHS, Paris, 1912.. Le , durant le siège de Toulouse, l'invasion sarrasine de l'émir Zama, parti de Narbonne conquise deux ans plus tôt, est arrêtée par le duc de Gascogne et vice roi d'Aquitaine Eudes, fils de Loup, à l'est de Carcassonne, au nord du futur Quercorbès.
Entre Sarvatès et Razès (1002-1209) Ce n'est qu'avec l'effacement de l'empire carolingien et l'émergence de la féodalité que le Quercorbès prend sa personnalité. La première mention qui soit parvenue du Quercorbès figure dans un testament de Roger le VieuxD. Mirouse, Les circonscriptions intermédiaires du sud du pagus de Toulouse aux (ministerium, vicaria, suburbium...), , Faculté d'histoire de l'Université Jean Jaurès, Le Mirail, novembre 2015., qui décède en 1012. En 1035, le deuxième comte de Foix se réserve la propriété directe du château de Quercorb, ainsi que quelques autres, en se déclarant vassal de l'évêque de Gérone, son oncleH. Castillon, Histoire du comté de Foix, , , J. B. Cazeaux, Toulouse, 1852..
Le , le troisième comte de Foix, Roger, militairement défait, renonce contre une forte somme d'argent à ses prétentions sur le Razès et le Carcassès que le comte Roger de Carcassonne, mort en 1067 sans héritier mâle, avait légués à sa sœur Ermengarde. Le titre de comte de Carcassonne est résilié et Raymond-Bernard Trencavel, mari d'Ermengarde, prend celui de vicomte de Carcassonne. Dans le cadre de ce partage, le comte de Foix donneHGL, V, 734-736, c. 388.1. à sa cousine Ermengarde la viguerie de Queille, qui est la partie méridionale et montagneuse du futur diocèse de Mirepoix, et y adjoint le Quercorbès Histoire et patrimoine en Pays de Mirepoix, , Office du tourisme, Mirepoix, 1999.. Celui-ci est rattaché par les Trencavel à leur comté de Razès, dont il fait la bordure occidentale, et érigé en comarque pour faire face au comté de Foix et ses fractions de Mirepoix et d'Olmes.
Cependant le Quercorbès demeure un fief des BellissenN. Peyrat, Histoire des Albigeois: les Albigeois et l'Inquisition, t. I, , Libraire internationale, Bruxelles, 1870., seigneurs de MirepoixN. Peyrat, Histoire des Albigeois: les Albigeois et l'Inquisition, t. I, , Libraire internationale, Bruxelles, 1870., qui portent trois poissons avec trois étoiles en chef et prêtent donc hommage au comte pour une terre et au vicomte pour l'autre. En 1110, le monastère de Sainte Colombe est doté par le vicomte Bernard Trencavel.. Simultanément, les Clunisiens obtiennent de l'évêque de Toulouse, Amelius, de le faire entrer dans leur ordre. Plus en aval, le monastère de Saint Benoît se trouve à mi chemin sur une route de montagne reliant Mirepoix à Rennes, capitale du Razès. Deux ans plus tard, le vicomte transfert son hommage du comte de Barcelone à celui de Toulouse.. Prélude aux guerres baussenques, le Quercorbès change de suzerain. En 1167, le Quercorbès perd au profit du comté de Foix le Vindran, territoire septentrional situé autour de Caudeval qui viendra complété l'archiprêtré du Garnaguès.
Le Quercorbès spolié (1210-1349)
En 1210, durant la croisade des Albigeois, le Quercorbès est défendu par un vassal, Isarn de FanjeauxN. Peyrat, Histoire des Albigeois: les Albigeois et l'Inquisition, t. I, , Libraire internationale, Bruxelles, 1870., quand Thomas Pons de Bruyères-le-Châtel, un parent de Simon de Montfort, le conquiert à la tête de six mil hommes.. Face à un tel nombre, les forteresses ont été désertées, sauf le château de Puivert, qui se rend au bout de seulement trois jours..
En 1223, Pierre Roger de Bellissen est tué au siège de Fanjeaux. Le Quercorbès tombe en vacance. Le comte de Foix Roger Bernard acquiert les droits sur le Quercorbès occupé en dédommageant IsarnH. Castillon, Histoire du comté de Foix, , , J. B. Cazeaux, Toulouse, 1852.. Il est repris en 1226 au cours d'une campagne par laquelle le vicomte Raymond Trencavel reconquiert Limoux alors que le comte de Toulouse a également repris les armes. Le vicomte le rend au comte Roger Bernard, qui en a acquis les droits, pour le payer de son appuiN. Peyrat, Histoire des Albigeois: les Albigeois et l'Inquisition, t. I, , Libraire internationale, Bruxelles, 1870.. Le traité de Meaux signé, Pons devient officiellement seigneur de Quercorb deux ans tard. De là partira en 1244 l'assaut pour Montségur, dernière forteresse à la frontière la plus reculée du pays d'Olmes encore tenue par la résistance cathare..
En 1273, Jean de Bruyères, seigneur de Quercorb, épouse sa belle sœur, Eustachie de Lévis-Mirepoix.. Le Quercorbès est agrandi de quelques terres de Mirepoix apportées en dot, dont Sonnac.. En 1279, le 16 ou le , le paysage du Quercorbès est bouleversé par la rupture du bord aval du lac occupant alors le plateau de Puivert.. Mirepoix est dévasté. Sonnac est reconstruite sur la rive droite. La mémoire de cette catastrophe naturelle a été conservée dans une légende de la reine Blanche..
En 1295, Pamiers est érigé en un diocèse indépendant de celui de Toulouse, lequel reste le siège de l'archevêché. Les paroisses du Quercorbès sont rattachées au nouveau diocèse et sont regroupées en une juridiction propreA. A. Sabarthès, Dictionnaire topographique du département de l'Aude comprenant les noms de lieu anciens et modernes, , CTHS, Paris, 1912.. Une génération plus tard, en 1318, l'officialité du Quercuscorbes est transférée au diocèse de Mirepoix, lequel a été créé l'année précédente par scission de celui de Pamiers. En plus d'un tribunal ecclésiastique, le Quercorbès devient le siège d'un archiprêtréA. A. Sabarthès, Dictionnaire topographique du département de l'Aude comprenant les noms de lieu anciens et modernes, , CTHS, Paris, 1912..
En 1319, le roi de France Philippe le Long exempte le Quercorbès, pour remercier son seigneur Thomas de Bruières de sa participation à la guerre de Flandre, d'impôts sur le sel.
Le Quercorbès démantelé (1350-1790) En 1350, Thomas de Bruières répartit le haut et le bas Kercorb entre ses deux fils, souches respectives de la maison de Puivert et de celle de Rivel.. Durant la guerre de Cent Ans, le château de Puivert est la dernière forteresse face aux Anglais.. En 1366, les consuls de Chalabre font protéger la ville par une enceinte.. À la même époque, avant 1368, le seigneur de Puivert, représentant de la branche aînée, meurt sans héritier mâle et le fief de Puivert passera par les femmes dans plusieurs maisons, dont les Voisins puis les Joyeuse.
Vers 1450, le seigneur de Rivel, Roger, issu de la branche cadette des Bruyères, transfert le siège de son fief à Chalabre.. En 1495, le château de Puivert fait face à l'invasion de l'armée espagnole., qui s'oppose à la France engagée dans la première guerre d'Italie. Durant la Révolution, il est partiellement détruit..
Coutume sous l'Ancien régime La « Terre privilégiée »