Jules Michelet, né le à Paris et mort le à Hyères, est un historien français.
Libéral et anticlérical, il est considéré comme l'un des grands historiens du , le premier et le plus grand des historiens nationalistes, romantiques et libéraux., l’un des , selon Paul Bénichou, bien qu'aujourd'hui controversé, notamment pour avoir donné naissance à travers ses ouvrages historiques à une grande partie du « roman national »Construction mythifiée de l'histoire de France, héritée de Michelet et adaptée par Lavisse au public populaire de l'école primaire et du foyer familial. Voir ., républicain et partisan, remis en cause par le développement historiographique de la fin du .. Il a également écrit différents essais et ouvrages de mœurs, dont certains lui valent des ennuis avec l'Église et le pouvoir politique. Parmi ses œuvres les plus célèbres de l'époque, Histoire de France, qui sera suivie dHistoire de la RévolutionJules Michelet (21 août 1798 9 février 1874), Hérodote, Apogée de l'Europe, lire en ligne..
Biographie
Origines et formation
Jules Michelet naît le dans l'ancien arrondissement de Paris. Il est issu d'une famille catholique. Son père, Jean François Fursy Michelet (1770-1846), était originaire de Laon. Celui-ci, voulant apprendre le métier d'imprimeur, est venu à Paris et est entré à l'Imprimerie des Assignats, place Vendôme, en octobre 1792, puis à l'Imprimerie nationale pendant la Terreur. Après le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), il a fondé une imprimerie avec des fonds qu'il a empruntés à son père, Félix Michelet (1747-1815), qui l'avait rejoint à Paris.
Le 29 mars 1795, Jean François Furcy Michelet a épousé une Ardennaise, Angélique Constance Millet (1761-1815), de 9 ans son aînée, qu'il avait connue lorsqu'elle était venue rendre visite à son oncle à Laon. Jean François Furcy Michelet avait installé ses presses dans une chapelle déconsacrée (dépendant d’un ancien couvent de religieuses de Saint-Chaumont), 14 rue de Tracy, où il produit à cette époque des assignats.. Jules Michelet y naît le . Cependant, son père, Jean François Furcy Michelet, maître-imprimeur est ruiné par le décret de Napoléon du qui limite sévèrement le nombre des presses parisiennesJules Michelet, Œuvres complètes, , éd. Paul Viallaneix, Paris, Flammarion, 1971, ., et emprisonné à la prison Sainte-Pélagie pour dettes impayées en 1808. Sa mère, Angélique Constance Millet, est une femme pieuse et austère originaire d'une famille paysanne de Renwez, un village des Ardennes.. Après 1812, Jean François Furcy Michelet n'a plus exercé son métier et a été obligé de vivre de travaux dérisoires. La famille a connu la pauvreté. Constance Millet est morte trois ans plus tard, dans la nuit du d'hydropisie. Jules Michelet raconte dans son livre « Ma jeunesse » que cette nuit-là, il traduisait un texte de Sénèque sur la fragilité de la vie humaine.
Initié par son père au travail de l'imprimerie, Jules a la possibilité d'entrer à l’Imprimerie impériale où une place lui est offerte. Cependant, son père refuse, préférant s’imposer des sacrifices pour l’envoyer étudier à l'institution Mélot, tenue par M. Mélot, un ancien maître d’école de campagne qui lui apprend le latin, de 1809 à 1812, puis au lycée Charlemagne, dans la classe de troisième où il a pour maître Andrieu d'Alba jusqu’à 1816. Jules y poursuit des études de lettres. Licencié ès lettres le , il peut entrer comme répétiteur à l'institution Briand.
Il soutient son doctorat ès lettres, le .. Sa thèse en français consiste en une interprétation morale, stylistique et rhétorique. des Vies des hommes illustres (100-120 apr. J.-C.) de Plutarque.. Dans sa thèse latine intitulée « De percipienda infinitate secundum Lockium », il analyse les théories développées par John Locke dans son Essai sur l'entendement humain (1689).. Après l'obtention de son doctorat, il est reçu troisième à l’agrégation des lettres, le .
Débuts professionnels Après quelques remplacements au lycée Charlemagne, il est nommé professeur d’histoire au collège Sainte-Barbe-Rollin à Paris le .. Cette période est des plus favorables pour les érudits et les hommes de lettres en France. Michelet a de puissants appuis en Abel-François Villemain et Victor Cousin, entre autres.. Bien qu’il ait des idées politiques fermes que lui a transmises son père , il est d’abord et avant tout un homme de lettres et un enquêteur sur l’histoire du passé. Il appartient à cette école qui pense que l’histoire doit être avant tout un cours d’enseignement philosophique.. Ses premiers ouvrages sont des manuels scolaires destinés en premier lieu à ses élèves. Il publie tout d’abord Tableau chronologique de l’histoire moderne de 1453 à 1739 en 1825, puis Tableaux synchroniques de l’histoire moderne de 1453 à 1648 en 1826. Son ouvrage suivant, Précis d’histoire moderne, publié en 1827, est un livre solide et soigné, meilleur que tout ce qui est paru auparavant, écrit dans un style sobre et néanmoins captivant. Le de la même année, il est nommé maître de conférences de philosophie et d'histoire à l’École préparatoire, future École normale supérieure. Sa nomination à l’École normale lui vaut en outre d’être choisi pour enseigner l’histoire à Louise d'Artois, fille ainée du duc d’Artois, future régente de Parme..
Monarchie de Juillet vignette|Une leçon de Michelet au Collège de France. Peinture de François Flameng ornant le péristyle du premier étage à la Sorbonne, fin du .
La Révolution de Juillet, qui porte au pouvoir ses professeurs Abel-François Villemain et François Guizot, permettent à Michelet, qui avait perdu sa royale écolière à la chute des Bourbons, de retrouver la place de précepteur royal de la princesse Clémentine, future duchesse de Saxe-Cobourg, puis en octobre celle de chef de la section historique aux Archives nationales, ainsi que le titre de professeur suppléant de Guizot à la Faculté des lettres de Paris de 1833 à 1835, ce qui lui donne accès à une riche documentation historique et lui permet d'étayer et d'approfondir ses idées.
En 1831, son Introduction à l’histoire universelle se démarque des ouvrages précédents par le style. Elle met en évidence ses capacités de synthèse et son talent d’écrivain, ainsi que ses étonnantes qualités de visionnaire., qui font réfléchir, mais le rendent aussi moins digne de confiance en tant qu’historien. Il y expose sa vision de l’histoire comme un long combat de la liberté contre la fatalité..
Peu après, il commence son œuvre majeure, l’Histoire de France, qui va l'occuper pendant les trente années suivantes. Il accompagne cette production de nombreux autres livres, surtout d’érudition, tels que : les Œuvres choisies de Vico (1835, 2 volumes), en particulier une traduction libre de Scienza nuova de Giambattista Vico de 1744 sous le titre : La Science nouvelle, ou Principes de la philosophie de l’Histoire, avec une biographie de l’auteur ; Mémoires de Luther écrits par lui-même traduits et mis en ordre par Michelet (1835) ; Origines du droit français (1837) ; Histoire romaine : république (1839) ; Le Procès des Templiers (1841), second tome en 1851.
Ces ouvrages, et principalement les Origines du droit français, sont écrits dans la première manière de Michelet, c’est-à-dire dans un style concis et énergique, capable de donner relief aux sujets les plus arides et de revivifier le passé.. Il dit de lui-même : Cité par ..
Depuis , suppléant de Guizot, il professe des cours à la Sorbonne à forte tonalité anglophobe, avivée par son voyage en Angleterre d'août à septembre qui le met en contact avec la révolution industrielle et la misère ouvrière urbaine. Il fait de l'Angleterre la préfiguration de l'Europe, voire du monde futur..
L’année 1838 est une année très importante dans la vie de Michelet. Il est dans la plénitude de ses moyens, ses études ayant nourri chez lui son aversion naturelle envers les principes d’autorité et les pratiques ecclésiastiques, et à un moment où l’activité accrue des jésuites suscite une inquiétude réelle ou feinte, il est nommé à la chaire d’histoire au Collège de France, donnant sa leçon inaugurale le devant le ministre de l'Instruction publique Salvandy. Assisté de son ami Edgar Quinet, il commence une violente polémique contre cet ordre impopulaire et les principes qu’il représente, polémique qui range leurs conférences, surtout celles de Michelet, parmi celles qui avaient à l’époque le plus de succès.. Les textes de ses conférences, plus religieuses qu’historiennes ou littéraires, parurent dans trois livres, où il dénonçait la trahison de l’Église romaine face au peuple :
en 1843, Des jésuites en collaboration avec Edgar Quinet ; en 1845, Du prêtre, de la femme, de la famille ; en 1846, Le peuple.
Ces livres ne sont pas encore empreints du style apocalyptique qui, en partie emprunté de Lamennais, caractérise les derniers ouvrages de Michelet, mais ils contiennent en prémices la presque totalité de son curieux credo éthique, politique et religieux — un mélange de romantisme., appuyé par les arguments les plus excentriques et par une grande éloquence.
vignette|Portrait de Jules Michelet par Thomas Couture, musée Carnavalet. vignette|Portrait par André Gill probablement d’après le cliché de Nadar, 1868.
Deuxième République S’étant rendu également insupportable aux camps clérical et libéral, qui l’accusaient, le premier, de vouloir la mort du christianisme, le second de vouloir le « communisme intégral », la monarchie agonisante avait suspendu son cours au Collège de France par une décision ministérielle du .. Pour autant, lors de la révolution de 1848, tout comme il s’était tenu, quoique de cœur avec les combattants, à l’écart des glorieuses de juillet 1830, il ne sera pas de ceux qui, en février 1848, sont entrés, comme Quinet, aux Tuileries, un fusil à la main. De petite taille, de santé fragile, Michelet n’était pas un homme d’action. Il redoutait le bruit et les foules, préférant le silence, la solitude, le travail paisible du cabinet. Au contraire de nombreux autres hommes de lettres, il n’accepte pas l’offre qui lui est offerte d’entrer dans la vie politique active. Les débordements de cette révolution, les tirs de la troupe sur le peuple notamment, le convainquent que la démocratie ne sera possible que lorsqu’une fois qu’elle sera définie et enseignée à l’ensemble des citoyens..
Il se consacre avec plus de force à son travail littéraire. Outre la reprise de sa grande Histoire de France, momentanément interrompue au sixième volume au règne de Louis XI, il entreprend et termine, pendant les années qui séparent la chute de Louis-Philippe et l’établissement définitif de , une enthousiaste Histoire de la Révolution française.
Second Empire Le coup d’État de a pour conséquence de resserrer la censure des voix qui critiquent le clergé et la royauté. Le scénario de la suspension de cours s’était répété sous la République, en 1851, à quelques mois du coup d’État, toujours sous la même accusation.. Le , un décret présidentiel le destitue, en même temps que son collègue et ami Edgar Quinet. De plus, refusant de prêter serment à l’Empire, il perd sa place aux Archives.. Sa carrière professionnelle s'en trouvera brisée puisqu'il ne retrouvera plus de fonction d'enseignement à la suite de cet épisode.
De la mi-1852 à , il vit à Nantes, dans la propriété de la Haute-Forêt, tout près du boulevard qui porte aujourd'hui son nom.., où il est en contact avec les milieux républicains, en particulier avec Ange Guépin. Il poursuit son histoire de la Révolution française jusqu'à la chute de Robespierre. En , les Michelet partent pour quelques mois en Italie, puis reviennent à Paris..