Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau, anciennement appelé La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne, est un tableau de Léonard de Vinci peint à l'huile sur un panneau de peuplier et conservé au musée du Louvre à Paris.

Il a été réalisé dans le cadre de la création d'une « Sainte Anne trinitaire » : sa lente et complexe genèse remonterait à l'extrême fin du pour ses premières études et deux premiers cartons , puis à 1503 pour les débuts de sa mise en peinture. Après l'avoir plus ou moins abandonnée entre 1504 et 1507 en raison d'autres commandes, Léonard de Vinci ne cesse plus de perfectionner cette œuvre ambitieuse, qu’il laisse pourtant inachevée à sa mort en 1519.

Le tableau met en scène certains des principaux personnages du christianisme. Il s'agit du portrait en pied d'un groupe formé par Marie assise sur les genoux de sa mère Anne et tendant les bras vers son fils Jésus qui, à ses pieds, chevauche un agneau. La composition évoque le moment où Marie vient d'accepter la future Passion de son fils, sous le regard satisfait de sa propre mère. Dans son récit, le peintre use de symboles transparents pour ses contemporains : le groupe, incluant notamment Anne qui symbolise l'Église et l'agneau figurant le sacrifice du Christ, est installé au sein d'un paysage stérile, comme l'est Anne, et où ne pousse qu'un arbre feuillu représentant la fertilité de Marie.

Le tableau est pour Léonard de Vinci l'occasion d'innovations formelles, comme l'ajout d'une quatrième figure, le déplacement de Jésus au sol et la quasi fusion des corps des protagonistes, qui toutes trois induisent de nouveaux équilibres et connaîtront d'ailleurs un grand succès auprès de nombreux artistes contemporains et de suiveurs. De même, autour de la création du tableau, Léonard de Vinci signe une gestion novatrice des copies produites dans son atelier, puisque celles-ci sont considérées comme autant de prototypes permettant de tester des propositions adoptées ou écartées ensuite.

L'identité du destinataire de l'œuvre fait l'objet d'un débat entre les chercheurs : ce pourrait être aussi bien le roi de France que les moines servites de Florence ou la république de Florence elle-même. L'hypothèse la plus récente est que l'œuvre émanerait d'une initiative personnelle du peintre puis aurait été proposée par la suite à lorsque celui-ci devient son mécène.

Le tableau est vu au manoir du Cloux en 1517. Son cheminement après la mort de Léonard de Vinci jusqu'à l'inventaire de Charles Le Brun, en 1683, a donné lieu à plusieurs hypothèses.

L'œuvre Description Le support vignette|redresse=1.66|droite|alt=Dessin au crayon représentant un enfant jouant avec un agneau.|Léonard de Vinci ou un membre de son atelier, Enfant à l'agneau, revers du panneau de la Sainte Anne, Paris, musée du Louvre. À gauche, réflectographie infrarouge et, à droite, schéma renforçant le tracéD'après les recherches et schéma proposés dans ..

Le tableau Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau a pour support un panneau composé de quatre planches de bois de peuplier de dimensions régulières et identiques, disposées verticalement et renforcées horizontalement par deux baguettes en bois résineux. Il mesure et présente une épaisseur de .

La recherche historique montre que ces dimensions ont évolué depuis la création de l'œuvre puisqu'elles étaient de dans l'inventaire des collections royales réalisé par Charles Le Brun en 1683. Le panneau a ainsi perdu de hauteur : la répartition de ce retrait est estimée, par comparaison avec une copie très proche conservée à Los Angeles, à un peu moins de sur le bord supérieur et un peu moins de sur le bord inférieur. En outre, une mesure réalisée en 1752 par François-Bernard Lépicié, qui indique une dimension identique à l'actuelle, prouve que cette réduction remonte à la première moitié du . Le panneau a également subi un élargissement au début du , sous la supervision de François-Toussaint Hacquin : deux alèses de chêne, larges chacune en partie haute de , ont été fixées de part et d'autre des deux bords latéraux du panneau et ont bénéficié d'une mise en peinture qui correspond aux couleurs des parties adjacentes. L'œuvre est toutefois exposée avec un cadre qui dissimule les deux bandes ainsi formées.

Enfin, trois dessins d'une hauteur de sont portés au revers du tableau. Réalisés avec un fusain ou une pierre noire, ils représentent une tête de cheval, la moitié droite d'un crâne humain et un enfant jouant avec un agneau. Ils comportent certaines hachures qui semblent être tracées par un gaucher mais sans qu'il soit possible d'affirmer que Léonard de Vinci en soit l'auteur. Le dessin le plus à droite est le plus effacé des trois.

La scène

La scène se déroule au sein d'un panorama volontiers qualifié de , dans le tiers supérieur du panneau. Vers la gauche, un grand cours d'eau s'écoule en plusieurs cascades. Vers le milieu et sur la droite s'étend un paysage de hautes montagnes. Au second plan à droite, derrière les personnages, s'élève un arbre feuillu dont la présence est incongrue à l'altitude que semble avoir choisie le peintre. Enfin, complétant ce paysage minéral, des galets au premier plan paraissent baigner dans une eau évoquée par un voile transparent.

Le dessin représente un groupe de trois personnages : deux femmes et un bébé. L'une d'elles, identifiée avec la Vierge Marie, est assise sur le genou gauche de l'autre, identifiée avec sa mère, sainte Anne, elle-même assise. Elles ont un aspect juvénile et, bien que mère et fille, semblent avoir le même âge. Toutes deux sourient et leur regard contemplatif est porté sur un enfant posé au sol. Celui-ci, identifié avec l'Enfant Jésus, joue avec un agneau : il l'enjambe, et, lui ayant saisi la tête, lui tord le cou. Marie est vêtue d'une robe rouge dont n'est visible que le haut car un ample manteau à la couleur mariale, le bleu, lui recouvre les jambes ; du vêtement d'Anne se voient une manche gris bleuté et, sur ses jambes, un drapé de couleur brune ; Jésus, enfin, est nu.

Sainte Anne est en position supérieure par rapport à sa fille qu'elle regarde tandis que cette dernière est penchée en avant vers l'enfant. Leur épaules gauches sont pratiquement superposées, si bien que les selon une orientation vers la droite.

Malgré la très longue période à laquelle s'y est consacré son auteur, le tableau présente certaines zones inachevées, notamment au niveau du second plan (entre la zone de galets et les montagnes, qui offrent le plus grand degré de finition) et dans certaines parties des personnages : ainsi manque-t-il les couches finales qui auraient conféré plus de relief au visage ainsi qu'au manteau drapé de la Vierge.

Sujet redresse=0.80|vignette|droite|alt=Peinture représentant une femme debout, une femme assise et un bébé, les uns situés derrière les autres.|La composition verticale traditionnelle permet d'exprimer l'idée de succession des générations issues d'Anne (Masaccio et Masolino da Panicale, Sant'Anna Metterza, 1424-1425, Florence, galerie des Offices, ).

Le tableau Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau constitue l'ultime étape d'une réflexion conduite près de vingt ans par Léonard de Vinci sur le thème iconographique chrétien de la « Sainte Anne trinitaire », dans lequel sont représentés ensemble l'Enfant Jésus, sa mère Marie et sa grand-mère Anne..

Ce sujet a été intégré au culte marial afin notamment de justifier le dogme de l'Immaculée Conception, selon lequel Marie, recevant par anticipation les fruits de la résurrection de son fils Jésus-Christ, aurait été conçue exempte du péché originel. Or, ce miracle implique que sa propre mère, Anne, gagne en importance théologique. Dès lors le culte de sainte Anne se développe, si bien que la « Sainte Anne trinitaire » constitue une trinité terrestre en référence à la Trinité céleste.

Peu de temps avant la période d'activité de Léonard de Vinci, le pape favorise ce culte par la mise en place d'une indulgence qui promet la remise des péchés à quiconque prononce une prière devant l'image d'Anna metterza (sainte Anne, la Vierge et l'Enfant). On voit ainsi quelques exemples de la triade de sainte Anne, la Vierge et l'Enfant aux ; puis ce thème iconographique prend de l'ampleur à la fin du , principalement sous forme de sculptures et de peintures.

Historiquement, la représentation italienne de la Sainte Anne trinitaire suit la forme picturale byzantine, proposant à l'origine une structure strictement verticale, où les personnages sont situés les uns au-dessus des autres avec sainte Anne en position supérieure.

Après être passé par une représentation plus horizontale dans le Carton de Burlington House, qui introduisait une véritable narration grâce à l'interaction entre l'Enfant Jésus, Marie et Anne, Léonard de Vinci retourne avec le tableau Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau à un rythme plus vertical où Marie est résolument assise sur les genoux de sa mère : il retrouve donc l'idée de succession des générations que permet seule la verticalité, tout en parvenant à conserver, grâce à la présence de l'agneau, la narration propre à la composition horizontale.

Historique de l'œuvre Contexte de création

La création du tableau de Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau recouvre les années de la vie de Léonard de Vinci : après la prise en 1499, par les troupes de , du duché de Milan où il est en activité, le peintre entame une vie errante qui le conduit d'abord à Mantoue, puis à Venise et enfin à Florence, où il se fixe jusqu'en 1508, date à laquelle il retourne à Milan au service des Français. Par la suite, un séjour malheureux à Rome entre 1513 et 1516 le pousse à partir travailler en France en 1516 : c'est, après ce séjour romain, un vieillard amer, et amoindri physiquement qui entre sous la protection bienveillante de son nouveau mécène et protecteur, le roi (roi de France de 1515 à 1547), qui l’installe au manoir du Cloux où il meurt le .

Selon une chronologie assez répandue au sein de la communauté scientifique, Léonard de Vinci reçoit commande d'une Sainte Anne vers 1499-1500, par un commanditaire indéterminé. Il élabore alors, au tout début des années 1500, un premier carton en tant que première idée de composition. Abandonnant cette proposition, il crée très rapidement après un second carton, dans lequel il écarte le petit Jean-Baptiste au profit d'un agneau : le carton dit « de Fra Pietro », exposé en à Florence, repris par Raphaël et aujourd'hui perdu. En outre, bien que très peu probable, l'existence d'un troisième carton n'est pas à exclure tout à fait. Rejetant une nouvelle fois sa composition, le peintre crée enfin vers 1502-1503 un dernier carton dont sera issu le tableau Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau conservé au Louvre.

En définitive, si ce projet d'une « sainte Anne trinitaire » semble prendre corps vers 1499-1500 et si la mise en peinture du tableau du Louvre commence aux alentours de 1503, la réflexion s'avère beaucoup plus longue, puisqu'elle couvre les vingt dernières années de la vie du peintre selon , Léonard de Vinci ne . Il se penche dessus jusqu'à sa mort en 1519 pour le laisser inachevé : la peinture de Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau représente donc un condensé de toute l'expérience artistique et de toutes les réflexions thématiques de Léonard de Vinci.

Attribution et datation