Jacques Lusseyran, né le à et mort le à Saint-Géréon en Loire-AtlantiqueRelevé des fichiers de l'Insee, aveugle depuis l'âge de 8 ans, est un résistant français, responsable au sein des mouvements Volontaires de la Liberté puis Défense de la France, déporté à Buchenwald en 1944-1945, par la suite professeur de littérature et de philosophie aux États-Unis.
Biographie Origines familiales Il est issu d'une famille de haut niveau intellectuel : son père, Pierre Lusseyran, est ingénieur chimiste, ancien élève de l'ESPCICf. Promotion 1917 de l'ESPCI. ; sa mère, d'une famille de Juvardeil en Maine-et-Loire, a fait des études supérieures de sciences.
Handicap et études En , il perd la vue à la suite d'un accidentRelaté dans Et la lumière fut, 2005, .. Ses parents décident de ne pas le confier à une école spécialisée (qui aurait été l'Institut national des jeunes aveugles) et d'essayer de lui faire poursuivre les études dans le cadre habituel. Sa mère et son père lui apprennent le braille en quelques mois, et le , il revient en CM1 dans son école communale de la rue Cler dans le de ParisCette école n'existe plus., utilisant une machine à écrire le braille. Malgré son handicap, c'est un brillant élève ; il est admis en sixième en 1934 au lycée Montaigne.
Il passe généralement ses vacances à Juvardeil, chez ses grands-parents, ou sur la côte atlantique, mais en 1937, la famille fait un voyage en Suisse, à Dornach, résidence jusqu'en 1925 de Rudolf Steiner, dont Pierre Lusseyran est un disciple, puis en AutricheEt la lumière fut, 2005, . En 1938, l'Anschluss l'amène à intensifier son apprentissage de l'allemand, sa seule langue vivante au lycée. En , son père l'emmène à Stuttgart rendre visite à un ami menacé par le régime naziEt la lumière fut, 2005, ..
À la déclaration de guerre, son père est mobilisé dans une usine de Toulouse et il fait donc son année de Première dans cette ville, obtenant la première partie de baccalauréat en 1940, les épreuves ayant été retardées par les événements militaires. La famille rentre à Paris durant l'été. Il entre alors en terminale, en série Philosophie, au lycée Louis-le-GrandEt la lumière fut, 2005, ., passe la deuxième partie de baccalauréat en 1941 et continue à Louis-le-Grand dans la classe préparatoire à l'École normale supérieureEt la lumière fut, 2005, ..
Un décret de Vichy ayant exclu les handicapés de la fonction publique, il obtient une dérogation du directeur de l'enseignement supérieur en ; mais, le , alors qu'il a déjà subi deux épreuves écrites, on lui transmet une lettre du ministre Abel Bonnard annulant cette dérogationEt la lumière fut, 2005, ..
Les Volontaires de la Liberté En 1940-1941, il se rapproche d'autres élèves refusant comme lui d'accepter l'occupation allemande. Au mois de , âgé de seulement , il participe avec une cinquantaine d'élèves des lycées Louis-le-Grand et Henri-IV et des étudiants de la Sorbonne, à la mise en placeEt la lumière fut, 2005, . d'un mouvement de résistance, les Volontaires de la Liberté, dont le but initial est d'informer la population. Un Bulletin est publié à partir de . Au début de 1942, le mouvement compte environ , 600 à la fin de l'annéeEt la lumière fut, 2005, ..
Durant toute cette période, Jacques Lusseyran mène de front ses études et les activités de résistance, secondé par un des premiers participants, « GeorgesDans son livre, il ne donne pas les noms de famille des membres du groupe. », qui, lui, est passé dans la clandestinité. Malgré son handicap, il joue rapidement un rôle important dans le mouvement"'Jacques Lusseyran : Le héros aveugle de la résistance française", vidéo de la Conférence plénière de Zina Weygand, colloque international "Blind creations", 30 juin 2015. Pendant les premiers mois, il est chargé de contrôler le recrutement de nouveaux membres, utilisant un sens intérieur, développé depuis qu'il est devenu aveugle, qui lui permet de détecter les faux-semblants chez des interlocuteurs inconnus.
Défense de la France En , a lieu sa rencontre importante avec Philippe Viannay dit « Philippe », à la tête du mouvement Défense de la France, qui publie un journal imprimé clandestin du même nomLe journal Défense de la France devenu France-Soir après la Libération. qui à ce moment tire à . Défense de la France est beaucoup mieux organisé que les Volontaires, mais a très peu de militants de base. Jacques Lusseyran prend alors la décision de mettre les Volontaires au service de la diffusion de Défense de la France.
Il s'ensuit une scission des Volontaires de la Liberté, un certain nombre d'entre eux (autour de Pierre CocheryDans Et la lumière fut, 2005, , Jacques Lusseyran indique les noms de « Claude » et « Raymond ».) maintiennent un groupe autonome, par la suite lié au mouvement socialisant Libération-Nord. Jacques Lusseyran indique que la quasi-totalité des Volontaires le suit à Défense de la FranceEt la lumière fut, 2005, ., où lui et Georges entrent au Comité directeur et au Comité de rédaction, chargés de la diffusion du journal. Le tirage augmente progressivement mais de façon très importante. Le numéro du est tiré à (c'est aussi lui qui en rédige l'éditorial). La diffusion passe du système de la distribution en porte à porte à la diffusion ouverte, à la sortie des églises, voire dans le métro, pour le numéro du Et la lumière fut, 2005, ..
La déportation Il est arrêté le et incarcéré à Fresnes ; il subit plusieurs interrogatoires, mais sans violences ; un interrogateur ayant fait lire devant lui le dossier fourni par l'agent double à l'origine des arrestations, il réussit même à déterminer qui est cet agentEt la lumière fut, 2005, et dans la préface, ..
En , il est transféré au camp de Compiègne et déporté au camp de Buchenwald (), près de Weimar. Après le séjour dans la section de quarantaine, il est placé dans le block des invalides.
Sa survie tient, d'une part, au fait qu'il a été engagé comme interprète par l'administration nazie du camp, n'ayant ainsi pas à subir les terribles travaux forcés des « kommandos » de travail, mais aussi à ce qu'il a été aidé au quotidien par d'autres prisonniers du fait de sa cécité. Enfin, selon ce qu'il rapporte dans ses livres Et la lumière fut, Le monde commence aujourd'hui et La lumière dans les ténèbres, il a été porté par une force spirituelle qu'il affirme être présente en chacun.
Sa connaissance de l'allemand lui permet de comprendre et de décrypter les informations transmises par les SS sur les haut-parleurs du camp. Le , il a la certitude que Paris a été libéré, bien que cela n'ait évidemment pas été explicite.
Le , l'armée américaine du général Patton atteint la région de Weimar. Le 10, lorsque les SS lui donnent le choix entre rester au camp ou partir avec eux, il décide de resterEt la lumière fut, 2005, . ; après une journée d'incertitude, le camp est libéré le 11.
Le , il est rapatrié, ainsi que deux autres déportés de Défense de la France, par Philippe Viannay venu personnellement (sans autorisation formelle) au camp de BuchenwaldEt la lumière fut, 2005, ..
L'après-guerre Il passe les licences de lettres et de philosophie et est reçu à l'agrégation.
Il épouse Jacqueline Pardon (1921-2009), secrétaire de Philippe Viannay à Défense de la France, dont il divorcera le .
Le , il rencontre Georges Saint-Bonnet, dont il sera très proche jusqu'à sa mort en 1963. Il raconte sa fascination pour ce personnage, qui fut son ami, son médecin et son Georges Saint-Bonnet, maître de joie, A.G.I, Paris, 1964, , dans un livre paru en 1964, Georges Saint-Bonnet, maître de joie.
Les aveugles restant exclus de l'enseignement public secondaire en France (jusqu'en 1955), il enseigne à la Mission laïque de Salonique en GrèceActuellement : Institut français de Thessalonique, puis à l'Alliance française à Paris, tout en faisant des cours pour étrangers à l'ENS de Saint-Cloud et à la Sorbonne.
Vers 1955, on lui propose un poste en Virginie, à l'université privée américaine Hollins College. De là, il passe à la Western Reserve University de Cleveland ; enfin, en 1969, il devient titulaire de la chaire de littérature française à l'université de HawaïDétails sur la carrière dans la « Préface » (2005) de Jacqueline Pardon..
Il trouve la mort avec sa troisième épouseDivorcé en 1955 de Jacqueline Pardon, il se marie une seconde fois avec Jacqueline Hospitel, puis une troisième avec Marie Berger (1941-1971), une de ses étudiantes de l'université de Cleveland. dans un accident de la route, au début d'un séjour d'été en France« Deux habitants de Honolulu tués sur la RN 23 » (devenue la RD 723), Ouest-France, édition de Nantes, 28 juillet 1971, . L'article indique une perte de contrôle du véhicule à la sortie d'un virage dangereux (selon les actes d'état civil de la commune de Saint-Géréon), au lieu-dit la Robinière, par temps de pluie. Les Lusseyran venaient de louer la voiture à Paris et se rendaient sur le littoral. L'article ne mentionne pas son rôle dans la Résistance le , à l'âge de .
Décorations . Médaille de la Résistance avec rosette Croix de guerre 1939-1945 avec palme
Prix Prix Louis Barthou 1954 de l’Académie française
Ouvrages Jacques Lusseyran est l'auteur de plusieurs ouvrages autobiographiques : Et la lumière fut, La Table Ronde, 1953 Et la lumière fut, Le Félin, coll. « Résistance », 2005 (réédition : Folio, 2012 ) Cette deuxième édition, préfacée par Jacqueline Pardon, et datée « Hollin's College, Virginie, , », n'est pas une simple réédition. C'est la traduction de And there was light, un livre écrit pour le public américain. Selon Jérôme Garcin, les deux versions n'ont rien à voir. Premières pages de l'ouvrage Silence des hommes, La Table Ronde, 1954. Le monde commence aujourd'hui, La Table Ronde, 1959 (réédition : Silène, 2012 ; Folio, 2016 ) Georges Saint-Bonnet, maître de joie, A.G.I, Paris, 1964 Douce trop douce Amérique, Gallimard, 1968 Ce que l'on voit sans les yeux suivi de La Cécité : un regard nouveau sur le monde, avec les commentaires de Georges Saint-Bonnet, A. G. I., Paris, 1977. Conversation amoureuse, Les Trois Arches, 1990 (réédition : Triades, 2006 ) La Lumière dans les ténèbres, Triades, 2002
En anglais Against the Pollution of the I : selected writings of Jacques Lusseyran, New York, Parabola Books, 1999 . And there was light, New World Library, 2014 .
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Jacqueline Pardon, « Préface » à l'édition 2005 de Et la lumière fut, . Jérôme Garcin, « Un aveugle à Buchenwald », dans Le Nouvel Observateur, () (photographie de Jacques Lusseyran avec Albert Camus en 1953). Jérôme Garcin, Le Voyant, Gallimard, 2014 . Réédité en poche avec une postface de l'auteur, Folio, 2016 Marion Chottin, Céline Roussel, Zina Weygand (dir.), Jacques Lusseyran, entre cécité et lumière, Paris, Éditions Rue d'Ulm, Presses de l'École normale supérieure, 2019, 232 p. .
Liens externes
Biographie et photo de Jacques Lusseyran sur le site du musée de la Résistance de Champigny « Une lumière au sein de la Résistance », de Laurent Lejard Spectacle de théâtre de la Compagnie Peu Importe, adaptation libre de Le Monde Commence Aujourd'hui, 2007 « Moi Lusseyran, aveugle et résistant », Une histoire particulière, France Culture, (05/2024)
Catégorie:Résistant français Catégorie:Déporté résistant Catégorie:Survivant de Buchenwald Catégorie:Autobiographe français Catégorie:Aveugle français Catégorie:Écrivain aveugle Catégorie:Écrivain français du XXe siècle Catégorie:Élève du lycée Louis-le-Grand Catégorie:Élève du lycée Montaigne (Paris) Catégorie:Professeur à l'université d'Hawaï Catégorie:Titulaire de la médaille de la Résistance française avec rosette Catégorie:Titulaire de la croix de guerre 1939-1945 Catégorie:Chevalier de la Légion d'honneur Catégorie:Naissance en septembre 1924 Catégorie:Naissance dans le 18e arrondissement de Paris Catégorie:Décès en juillet 1971 Catégorie:Décès à Ancenis-Saint-Géréon Catégorie:Décès à 46 ans