Šarūnas Bartas (nom parfois transcrit : Sharunas Bartas), né le à Šiauliai en RSS de Lituanie (Union soviétique), est un réalisateur soviétique puis lituanien.

Biographie Formation Dès l'adolescence, il réalise des courts-métrages documentaires et de fiction au sein d'un club amateur qu'il anime.

Son premier projet ambitieux est Tofolaria, un documentaire d'inspiration ethnographique sur la vie d'un peuple en extinction, au fond d'une vallée de Sibérie.

Ce film, réalisé avec Valdas Navasaitis, lui ouvre les portes de l'Institut national de la cinématographie de Moscou où il rencontre Katerina Golubeva, qui sera sa compagne et jouera dans ses trois premiers filmsJean-Michel Frodon, Le Monde, 19 octobre 1995.. Son film de fin d'étude s'intitule En mémoire d'un jour passé, et brouille les frontières entre fiction et documentaire, cherchant à brosser un portrait spirituel et abstrait de Vilnius.

De formation photographique, il est chef-opérateur sur la plupart de ses films.

La production cinématographique : Studija Kinema Pour pouvoir travailler dans son pays à une époque où le système soviétique s'effondre, Bartas crée un studio de cinéma Studija Kinema et devient producteur de ses propres films et d'une vingtaine de films d'autres réalisateurs"Bartas, l'irréductible", reportage d'Isabelle Régnier, Le Monde, supplément spécial Cannes, 15 mai 2003, pages 4 et 5, disponible en pdf . Une génération de cinéastes lituaniens profite de cette structure pour réaliser leurs premiers et seconds filmsJacques Morice, "Le Chaman de Vilnius", Télérama, 13 décembre 2000, p. 44-46.. On peut alors à proprement parler d'une "esthétique Studija Kinema"Tony Pipolo, Six films by Sarunas Bartas, Anthology Film Archives, New York, 2003, 12p pour l'ensemble de cette production (1992-1995), qui contribue à faire apparaître une nouvelle génération de cinéastes lituaniens, depuis largement reconnus (Audrius Stonys, Kristijonas Vildžiūnas, Valdas Navasaitis)Regina Jackūnaitė. Visuotinė lietuvių enciklopedija, II t. Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidybos institutas, 2002. T.II: Arktis-Beketas., 679 psl..

Au sein de Studija Kinema, Bartas a également produit le film de Viatcheslav Amirkhanian Arseniy Tarkovskiy: Malyutka-zhizn, documentaire sur le poète russe Arseni Tarkovski, père du cinéaste Andreï Tarkovski.

Carrière Son premier long-métrage, Trois Jours, demande quatre années de réalisationinterview de Sh. Bartas dans Téléréma, 18 septembre 1996. et reçoit une mention spéciale de la FIPRESCI. Puis c'est CorridorJean Roy, "Les terres inconnues de Sharunas Bartas", L'Humanité, 25 octobre 1995 , avec l'acteur Eimuntas Necrosius présenté au festival de Berlin, rapidement repéré par la critique pour ses innovations formellesSerge Kaganski, "La cité de la joie", Les Inrockuptibles, septembre-octobre 1995, pp 40-41. Trois Jours et Koridorius font l'objet de rétrospectives organisées au cinéma L'Entrepôt à Paris, et par Jacques Déniel aux Rencontres Cinématographiques de Dunkerque. Léos Carax écrit alors plusieurs textes sur Sharunas Bartas. De même, la cinéaste Claire DenisClaire Denis, par Judith Mayne, University of Illinois Press, 2005, p.31 le programmateur hollandais Rieks Hadders, l'italienne Tiziana Finzi et le critique Jean-Michel Frodon jouent un rôle essentiel dans la conquête d'une célébrité rapide au sein du public spécialisé. Bartas commence alors sa collaboration avec le producteur franco-portugais Paulo Branco, connu pour son importante filmographie dans le cinéma d'auteur. Dans le cadre de cette collaboration, Bartas réalisera 4 longs métrages : Few Of Us (1996) avec Katerina Golubeva, The House (1998) avec Alex Descas, Léos Carax et Valeria Bruni-Tedeschi, Freedom (2000), et Seven Invisible Men (2004).

Présenté à Cannes dans la section « Un Certain Regard », Few of Us marque la reconnaissance de Sharunas Bartas comme un des grands auteurs contemporainsJean-Michel Frodon, "Le splendide et silencieux mystère des Sayanes", Le Monde, 19 septembre 1996.Laurent Rigoulet, "Grand Angle sur un monde fermé" et Élisabeth Lebovici, "Un chevalier fier comme un Bartas", , Libération, 16 mai 1996.Thierry Lounas, "Le peuple cinéma", Cahiers du Cinéma n°505, 1996, pages 75-76.Olivier Séguret, "Sharunas Bartas, le temps des Tofolars", Libération, 18 septembre 1996.. Depuis Few of Us (Festival de Cannes 1996), tous ses films ont été sélectionnés dans les festivals les plus prestigieux (A Casa à Cannes en 1998, Freedom à la Mostra de Venise en 2000, Seven Invisible Men au Festival de Cannes en 2005). Il a par ailleurs été membre du jury de la Mostra de Venise en 1998, et de nombreuses rétrospectives ont été organisées dans divers pays.

Il n'a été acteur que dans Pola X de Léos Carax. Comme le rôle de Leos Carax dans The House de Bartas, le rôle de Bartas dans Pola X de Carax est une interprétation de sa personnalité réelle: il apparaît en chef d'orchestre inquiétant, mi-gourou, mi chamanExtrait de POLA X de Leos Carax, avec Guillaume Depardieu et Katerina Golubeva. Sharunas Bartas est le chef d'orchestre messianique du groupe de musique industrielle'VOIR L'EXTRAIT.

En 2015-2016, Bartas fait partie du jury international du Festival international du film d'Odessa et son œuvre fait l'objet de plusieurs rétrospectives (Rabat, etc.) En particulier, le Centre Pompidou propose une rétrospective intégrale de l’œuvre de Šarūnas BartasAu Centre Pompidou : Sharunas Bartas ou le dépaysement absolu sur le site de Telerama, 5 février 2016, alors que sort en salle Peace to Us in Our Dreams, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du 68e Festival de Cannes. Le dossier de presse indique que le Centre Pompidou "invite le cinéaste lituanien Sharunas Bartas pour une première rétrospective exceptionnelle, du 5 février au 6 mars 2016. Rassemblant l’intégralité de sa production – longs et courts métrages parmi lesquels des inédits - la vingtaine de projections organisées permet d’entrer dans l’univers d’un des grands cinéastes contemporains au cours de récits arides et contemplatifs, tels Corridor, Few of Us, The House, Freedom ou Seven Invisible Men, sélectionnés dans les plus grands festivals de cinéma." Parmi les inédits dévoilés à l’occasion de ce cycle, le court métrage Où en êtes-vous, Sharunas Bartas?, commande du Centre Pompidou pour la collection éponyme, en association avec Arte France.

En 2016, une exposition photographique Few of them (Passage de Retz) complète cet hommage organisé par le Centre Pompidou. À cette occasion, les éditions Filigranes publient un livre de photographies du cinéaste. Il est accusé de violences et d'agressions sexuelles par deux femmes en 2017, sans que ces affirmations soient confirmées par la presse lituanienne. La même année, le long métrage Frost est présenté au Festival de Cannes. Il met en scène l'actrice française Vanessa Paradis dans un film cruel salué par la critique, le récit (d'inspiration documentaire) ayant pour décor le conflit ukrainien.

En janvier 2018, les films de Bartas ont fait l'objet d'une rétrospective intégrale à la Cinémathèque Française (organisée et présentée par Frédéric Bonnaud) pour rassembler l'oeuvre du cinéaste qui "tisse avec exigence une œuvre magnétique qui fait dialoguer visages et paysages. Représentant d'une veine cinématographique qui ne (se) met pas en mot, Bartas travaille en laborantin, avec une foi immense, à l'agencement des images et des sons – il est assurément l'un des grands cinéastes sonores."

Interventions dans des événements publics En 1999, le Parlement européen a demandé à Bartas de représenter la Lituanie pour le pont de l'Europe. Son texte "Le combat" est installé à demeure sur le parapet du pontvoir le texte original de Sharunas Bartas pour l'installation permanente du Pont de l'Europe/ Europabrucke de Kehl. Description du projet: . Texte disponible dans l'ouvrage publié par le Conseil de l'Europe: ..

En 2004, son film Children Lose Nothing représentait la Lituanie dans la série Visions of Europe initiée par Lars von Trier et Arte.

À l'occasion de la désignation de Vilnius comme capitale européenne de la culture en 2009, Sharunas Bartas a préparé un long-métrage historique intitulé Margiris. Ce projet ayant été abandonné, il a tourné en 2008 le long métrage Not Before, Not After, une coproduction franco-lituano-russe.

Vie personnelle Sa première épouse est l'actrice russe Ekaterina Golubeva (1966-2011, suicidée à 44 ans), mère de leur fille Ina Marija Bartaitė (1996-2021, décédée dans un accident de la route à 24 ans), puis établie en France et compagne de Leos Carax, mère d'Anastasija dite Nastya Golubeva CaraxRežisieriaus Barto gyvenimas už kadro delfi.lt . Sa deuxième épouse est la violoniste Lora Kmieliauskaitė.

Caractéristiques du cinéma de Bartas Bartas est difficile d'approche, il s'explique très rarement sur son travail. En 2010, les sociétés Era et Leitmotiv ont produit un documentaire réalisé par Guillaume Coudray., et les Films du Paradoxe ont édité plusieurs films de Sharunas Bartas. En 2016, les éditions De l'incidence et le Centre Pompidou ont fait paraître un livre dirigé par Robert Bonamy, Sharunas Bartas ou les hautes solitudes, regroupant les contributions d'une vingtaine de cinéastes et d'universitaires.

Parmi les grands cinéastes contemporains, Robert Bonamy est sans doute un de ceux qui travaille le plusJérôme Lauté, « Empathie, à propos de Corridor », Éclipses, 28, 1999, 34-37. la frontière du documentaire et de la fictionSerge Kaganski, « Les prisonniers du désert, Freedom de Sharunas Bartas : un grand film d'aventures entre Ford et Corto Maltese », Les Inrockuptibles, 269, 18 décembre 2000, 42-43. L'imbrication étroite entre documentaire et fiction s'estompe dans The House, « à moins de considérer que ce film relève d'une forme de documentaire qui ne s'en tiendrait pas au réel, mais au possibleJérôme Lauté, « La cinémathèque de Babel. À propos de The House de Sharunas Bartas », Éclipses, 1998. ».