L'opération BodenplatteUne Bodenplatte est une plaque de fond, déflecteur de flammes ayant une forme qui rappelle un presse-citron, utilisée sous la table de tir d'un missile V2, cf. plate-forme de tir de V2. fut une opération aérienne de la Luftwaffe destinée à paralyser les forces des Alliés dans le cadre de la bataille des Ardennes. Elle avait pour objectif d'acquérir la supériorité aérienne au-dessus du champ de bataille afin de soulager les troupes allemandes alors engagées dans leur contre-attaque. Mettant en œuvre une force de frappe de plus de 900 chasseurs, chasseurs de nuit, bombardiers et avions de reconnaissance, l'opération visait la destruction au sol de l'aviation alliée basée dans une zone comprenant le nord-est de la France, l'est de la Belgique et le sud des Pays-Bas. Bodenplatte était initialement programmée pour le mais les mauvaises conditions météo la repoussèrent de manière répétée jusqu'au jour de l'an 1945.

Le secret fut si bien gardé qu'une partie des forces terrestres et maritimes allemandes ne furent pas informées de l'opération. Si les services Ultra britanniques enregistrèrent des mouvements, ils ne réalisèrent pas non plus l'imminence de l'attaque. Il en résulta une certaine surprise chez les Alliés et un certain succès tactique allemand. Cependant, les pertes occasionnées en pilotes - dont plusieurs leaders expérimentés - ne purent jamais être compensées alors que les avions alliés détruits au sol étaient rapidement remplacés. La Luftwaffe n'obtint pas la supériorité aérienne, ne serait-ce que temporairement, tandis que les troupes allemandes continuèrent à être exposées aux attaques des Alliés jusqu'à la chute du Reich.

Contexte Afin d'enrayer l'avance des Alliés en Europe, Hitler décida à l'automne 1944 d'une contre-offensive terrestre dans les Ardennes. Le soutien de la Luftwaffe lui étant indispensable, il ordonna le au Generalleutnant Werner Kreipe de planifier les opérations aériennes. Le , Kreipe demanda à la Reich Luftflotte le transfert de six à sept escadres de chasse et une d'attaque au sol au Luftwaffenkommando West. Le , Hermann Göring ordonna au II. Fliegerkorps, renforcé par la Jagddivision et la SG 4, de préparer leurs unités pour une attaque au sol de grande envergure à l'Ouest. Les préparatifs devaient être terminés le et l'attaque devait être menée le premier jour de l'offensive.

Organisation Planification Le Luftwaffenkommando West réunit toutes les unités concernées (à l'exception des JG 300 et 301) pour une planification à Flammersfeld le . À la tête du II. Fliegerkorps depuis un mois se trouve le jeune Generalmajor Dietrich Peltz qui le , lance officiellement les plans de l'attaque. Ancien pilote de Stuka puis sur bombardier conventionnel, Peltz était un expert de l'attaque au sol et le candidat idéal pour planifier l'opération. Le , le plan fut mis en chantier avec l'aide des responsables de la Luftwaffe sur le front Ouest, parmi eux Gotthard Handrick à la tête de la chasse dans le secteur du Rhin moyen ainsi que Walter Grabmann et Karl Hentschel, respectivement commandants des et Jagddivision. Une partie ou la totalité de onze Jagdgeschwader ainsi que la SG 4 constituaient le dispositif d'attaque principale, auxquelles on rattacha des éléments de la Nachtjagd.

Toutefois, le mauvais temps en ce milieu de décembre ne permit - à de rares exceptions près - d'effectuer des missions aériennes. La RAF et l’USAAF se retrouvaient dans l'impossibilité de soutenir leurs forces terrestres tout comme la Luftwaffe qui ne pouvait mener à bien l'opération prévue. Ces aléas reportèrent constamment sa mise en œuvre qui faillit être purement et simplement annulée. À ce moment-là, l'armée allemande avait perdu son élan devant la résistance des Alliés qui avaient profité d'une accalmie météo en toute fin d'année pour opérer depuis les airs. La Wehrmacht tenta alors de contre-attaquer en lançant l'opération Northwind prévue le et Bodenplatte fut finalement confirmée le lendemain le . Ce hasard du calendrier permit aux Allemands de tabler sur des Alliés et un éventuel manque de vigilance de leur part.

Cibles et ordre de bataille Le plan était simple : attaquer au petit matin en rase-motte une quinzaine de bases aériennes alliées en Belgique, aux Pays-Bas et en France afin de paralyser le maximum d'avions, hangars et pistes. La force principale était composée de Bf 109 et de Fw 190. Les unités de chasseurs de nuit équipées de Ju 88 jouaient le rôle d'éclaireurs. Parallèlement, d'autres chasseurs équipés de caméras accompagnaient chaque formation pour des prises de vue. Enfin, une mission de reconnaissance globale menée par des avions à réaction Me 262 et Ar 234 devait évaluer les dégâts puis couvrir si possible la retraite des chasseurs à moteurs à pistons sur leur chemin de retour.

La liste ci-dessous fait état des cibles désignées pour chaque unité :

Unités allemandes Cibles Codes cibles Forces aériennes Principaux avions JG 1 Maldegem B-65 20px Spitfire Saint-Denis-Westrem B-61 20px Spitfire Ursel B-67 20px Mosquito, Lancaster, B-17 JG 2 et SG 4 Saint-Trond A-92 40px P-47 JG 3, KG 51 Eindhoven B-78 20px / 20px Typhoon JG 4 Le Culot A-89 40px P-47, F-5 JG 6 Volkel B-80 20px 20px Tempest JG 11 Asch Y-29 40px P-47, P-51 JG 26, JG 54 Bruxelles-Evere B-56 20px Spitfire Grimbergen B-66 20px SpitfireEn réalité, le 132 Wing avait déménagé aux Pays-Bas et le nouvel occupant, le 131 Polish Wing se trouvait encore à St. Denis Westrem, un détail qui échappa aux services de renseignement allemands . JG 27, JG 54 Bruxelles-Melsbroek B-58 20px / 20px Mitchell, Spitfire, Wellington, Mosquito JG 53 Metz-Frescaty Y-34 40px P-47 Étain-Rouvres A-82 40px P-47 JG 77 Anvers-Deurne B-70 20px / 20px Spitfire, Typhoon KG 51, KG 76 Gilze en Rijen B-77 20px Spitfire, Mustang

Toutes les formations allemandes ne frappèrent pas le bon aérodrome alors que d'autres furent impliquées dans l'opération malgré elles :

Aérodromes Codes Forces aériennes Principaux avions Heesch B-88 20px Spitfire Helmond B-86 20px RAF Regiment Squadrons Woensdrecht B-79 20px 20px 20px Spitfire Ophoven Y-32 20px 20px Spitfire

Noms de code À la suite du raid, les Alliés retrouvèrent plusieurs journaux de bord d'avions allemands abattus. Dans l'un d'eux était écrit ce qui conduisit les Alliés à penser que l'opération avait été nommée pour Hermann Göring. L'opération impliqua l'utilisation de cinq autres codes différents : Varus : indiquant que l'opération était confirmée et qu'elle surviendrait dans les 24 heures Teutonicus : autorisation pour briefer les pilotes et de préparer l'armement et les avions prêt à décoller Hermann : donnant la date exacte et l'heure de l'attaque Dorothea : indiquant un délai pour l'attaque Spätlese : annulation de l'attaque après le décollage des formations

Carences allemandes L'opération comportait d'emblée de sérieuses lacunes. Les planificateurs avaient établi des trajectoires de vol au-dessus des zones les plus lourdement défendues de l'Europe, notamment la zone de lancement de V2 autour de La Haye. Ces sites étaient protégés par de nombreuses unités de défense anti-aérienne Flak. En 1944, le commandement de l'air Ouest disposait de 267 batteries lourdes et 277 batteries moyennes ou légères, auxquelles s'ajoutaient 100 batteries de la Kriegsmarine le long de la côte hollandaise. La plupart d'entre elles se situaient dans le secteur de la division AAA, avec une station de contrôle à Doetinchem, au nord-est d'Arnhem. Si quelques unités de Flak furent bien prévenues de l'opération, elles ignoraient en revanche quand et où les formations allemandes devaient opérer. En conséquence, des avions allaient irrémédiablement être victimes de tirs fratricides avant même d'atteindre l'objectif.

Un autre problème à cette époque était la formation des pilotes allemands. Après cinq années de guerre et la perte de nombreux vétérans, un grand nombre de pilotes qui composaient la Luftwaffe étaient alors inexpérimentés et faiblement entraînés, déficients au tir, au pilotage et à la navigation. Les instructeurs expérimentés faisaient défaut et bien des unités d'entraînement devaient voler proche des unités en opération afin de les renforcer au besoin. Les jeunes novices à l'entraînement se retrouvaient donc sous le feu des chasseurs alliés à long rayon d'action et disposaient de peu d'endroits où voler sans être attaqués. La pénurie d'essence impliquait également de voler haut et lentement afin d'économiser le précieux carburant, et donc de s'exposer aux obus de la DCA.

L'opération exigeait évidemment le secret militaire et un strict silence radio de façon à garantir la surprise. Les cartes étaient à moitié complètes, identifiant seulement les cibles, sans tracé des routes de vol ni du point de départ au cas où les documents tomberaient entre les mains de l'ennemi. La plupart des commandants se virent aussi refuser la permission d'informer leurs pilotes jusqu'à quelques heures du décollage, ce qui ajouta encore plus à la confusion. Seul l'essentiel du plan fut communiqué, et quand les opérations débutèrent, certains pilotes ne comprenaient pas à quoi allait servir l'opération ou ce qu'on exigeait tout simplement d'eux. Ils étaient convaincus de faire juste un passage en force au-dessus du front en se rassurant qu'ils n'auraient qu'à suivre leurs leaders tout le long du vol.

Echec du renseignement allié De leurs côtés, les services de renseignement alliés ne réussirent pas à déceler les intentions allemandes. Plusieurs indications émanèrent pourtant de ce qui se préparait dans les transcriptions Ultra. Ainsi le , on détecta que le II Jagdkorps stockait des aides à la navigation, comme des bombes fumigènes et des fusées éclairantes, avec ordre de les utiliser en temps voulu pour une opération d'une durée d'une heure. Huit jours plus tard, Ultra décela que des Ju 88 devaient utiliser les fusées pour guider des formations de chasseurs. Un ordre similaire émana le jour suivant et le renseignement conclut en toute logique que ces instructions concernaient une mission d'appui au sol, sans pour autant davantage de précisions sur le nom de la cible. Le , un message de la Jagddivision fut intercepté confirmant que les emplacements d'atterrissage d'urgence lors d'un demeuraient inchangés, tandis qu'un autre le lendemain montrait que plusieurs Gruppen pratiquaient des attaques à basse altitude à l'entraînement. Ces signaux d'alertes perdurèrent jusqu'au , ce qui donnait une claire indication que quelque chose se tramait. À chaque fois pourtant, les services de renseignement ne firent pas états de ces observations.

Déroulement La force principale, soit quelque 824 chasseurs flanqués de 33 avions munis de caméras, entra en action vers bien que quelques-uns durent revenir à leur base pour problème technique. La formation se dirigea ensuite vers une dizaine de bases alliées guidée par 44 chasseurs de nuit. 28 jets s'élancèrent une heure après essentiellement pour observer les résultats de l'opération, qui furent globalement mitigés. Si elle connut un franc succès sur certains objectifs, l'attaque se solda à d’autres endroits par un bilan négligeable, voire un sanglant échec pour l’agresseur et coûteuse en vies humaines. Les détails de l'opération sont donnés ci-dessous.

Bataille rangée près de Gand (JG 1) La JG 1 combattait exclusivement sur le front Ouest européen depuis sa création. À peine réorganisée après la perte, moins d'une semaine auparavant, de 39 pilotes dont plusieurs grands as, l'escadre se retrouve renforcée du NAGr 1 de reconnaissanceNAGr pour Nahaufklärungs ou groupe de reconnaissance rapproché. et se voit confier l'attaque de trois aérodromes en Belgique proche de Gand : Maldegem, Ursel et St. Denis-Westrem. Situés sur un axe nord sud-est, deux de ces terrains disposent de plusieurs unités de Supermarine Spitfire, mais celui d'Ursel n'accueille que quelques appareils non opérationnels.