thumb|Église Saint-Étienne de Nevers. thumb|Abbaye Saint-Pierre de Moissac. thumb|Basilique de Paray-le-Monial. thumb|La cathédrale et la tour de Pise, Italie. thumb|L'abbaye de Maria Laach, Allemagne. thumb|Basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay. thumb|Cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle, portail des Orfèvres.
L'architecture romane est le premier grand style créé au Moyen Âge en Europe occidentale après le déclin de la civilisation gréco-romaine. À l'échelle de l'Europe entière, elle arrive cependant après l'architecture byzantine qui s'était épanouie dans l'empire Romain d'Orient et son aire d'influence. Le développement de l'architecture romane est pleinement établi vers 1060, mais les premiers signes de mutation vers cette architecture sont différents suivant les régions et il n'y a pas de consensus sur une date des débuts qui vont du . Du fait de la forte instabilité politique d'une Europe qui a fini par se réorganiser dans la féodalité, mais chapeautée par un pouvoir religieux qui demeure unifié, elle représente le résultat d'une lente évolution par étapes successives, avec des échanges réguliers entre plusieurs traditions architecturales plus régionales, échanges qui se font de plus en plus intenses pour finir par former un système assez généralisé, qui continue cependant de se décliner en de nombreux sous-styles régionaux bien différenciés. L'architecture gothique est le style qui lui succède progressivement à partir du . Le dynamisme monastique, de profondes aspirations religieuses et morales, la spiritualité des routes de pèlerinages dans une Europe rendue à la paix président à la naissance de l'art roman et contribuent à en faire un style neuf et d'une profonde originalité. La volonté de libérer l'Église de la tutelle de pouvoirs séculiers, les croisades, la reconquête chrétienne en Espagne avec l'effondrement du califat de Cordoue, la disparition du mécénat royal ou princier font de l'art roman l'art de toute la chrétienté médiévale.
L'architecture romane s'est développée sur un vaste espace qui s'étend depuis la moitié nord de l'Espagne jusqu'à l'Irlande, l'Écosse et la moitié de la Scandinavie. L'Est de l'Europe, les pays slaves de la Pologne à la Slovaquie, la Bohême et la Moravie, la Hongrie et la Slovénie adoptent aussi ce style comme l'ensemble de l'Italie avec ses îles. Cet espace correspond à l'influence de l'Église romaine au Moyen Âge, à la grande famille des peuples romano-germaniques, des Slaves de l'Ouest et de quelques reliques ethniques.
Les premiers foyers d'art roman se manifestent déjà vers l'an mille, en Catalogne sur les contreforts nord et sud de la partie orientale des Pyrénées, en Lombardie étendue de la plaine centrale du Pô à l'Italie du sud, en Bourgogne dans la zone fluviale de la Saône, en Normandie près de la Manche, sur le cours inférieur du Rhin jusqu'à la Moselle, la haute Rhénanie de Bâle à Mayence et la Basse-Saxe entre l'Elbe et la Weser.
D'autres régions connaissent un développement plus tardif de l'architecture romane, dont l'originalité éclate au , comme la Westphalie, la Toscane, les Pouilles, la Provence et l'Aquitaine. Entre 1042 et 1066 Édouard le Confesseur, dont la mère est normande, introduit l'art roman en Angleterre et après la conquête normande de l'Angleterre en 1066, les Normands intègrent des apports anglo-saxons dans l'art anglo-normand.
Sur le plan technique, on passe de la pierre cassée au marteau à l'appareil de pierre taillée et la mise au point de la pile composée. Sur le plan architectural, l'art roman introduit la façade harmonique, le chevet à déambulatoire, les voûtes en berceau plein-cintre et brisé, la voûte d'arêtes et la croisée d'ogives avec leurs contrebutements.
La terminologie « art roman » apparaît en France pour la première fois en 1818. Les spécialistes allemands font remonter la naissance de l'art roman après l'art ottonien et réservent le terme style roman à la dernière phase de l'évolution architecturale. L'architecture romane est en Angleterre traditionnellement dénommée architecture normande.
La découverte de l'art roman thumb|left|upright=0.7|Église Saint-Étienne de Caen. thumb|Abbaye de Lessay. Cette découverte est liée à l'architecte Philibert Delorme au qui a effectué des relevésVis du Prieuré de Saint-Gilles en Languedoc, sur : Premier tome de L'architecture de Philibert de l'Orme, page : 123, numérisé sur Gallica. et à des historiens des . Après la Révolution, des Normands émigrés en Angleterre découvrent les recherches comme Anglo-norman Antiquities publiées en 1767 et The Architectural Antiquities of NormandsNumérisé sur Gallica. de John Sell Cotman. Rentrés en France, l'abbé Gervais de La Rue, Charles de Gerville, Auguste Le Prévost et Arcisse de Caumont veulent se réapproprier le patrimoine normand.
En 1818 Charles de Gerville dans une lettre à Auguste Le Prévost a l'heureuse idée d'employer le terme roman pour cet art qui coïncide avec l'époque où les langues romanes commencent à se dégager du latin et où, pour Arcisse de Caumont, l'architecture des premiers siècles de Moyen Âge offre tous les caractères de l'architecture romaine dans un état de dégénérescence avancé. L'architecture romane remplace rapidement les appellations usuelles lombarde, saxonne ou anglo-normande, comme première tentative d'unification artistique de l'Europe.
L'étude de cette période architecturale suit l'évolution de l'archéologie et de ses limites et passe d'une histoire de l'art romantique et intuitive à l'établissement de typologies. Dans un premier temps Arcisse de Caumont et ses amis définissent la période romane en trois phases depuis la décadence romaine : du jusqu'au , puis de la fin du à la fin du et la troisième qui comprend le où l'arc brisé remplace l'arc en plein cintre, cette différence capitale dans la forme des arcades, jointe à plusieurs autres établissant le caractère distinctif entre les architectures romane et gothique.
Après avoir défini des limites dans le temps, Arcisse de Caumont cherche à définir des caractères communs dans l'espace et esquisse sur le territoire français sept régions monumentales définies en particulier par la nature du sol mais aussi par des différences de goût et d'habileté qui ne peuvent venir que d'écoles. Jules Quicherat, Viollet-le-Duc, Anthyme Saint-Paul, Auguste Choisy ont repris et complété l'idée.
En 1925, François Deshoulières dans le Bulletin Monumentalnumérisé sur Gallica. propose neuf écoles : Île-de-France et Champagne, Normandie, Lombardie-Rhénanie, Basse-Loire, Sud-Ouest et Poitou, Auvergne, Bourgogne, Provence et Languedoc. Depuis les études d'Arcisse de Caumont qui avait daté l'architecture romane du , on a créé l'Antiquité tardive du , rattaché l'architecture carolingienne au haut Moyen Âge et analysé le siècle de l'an mil par rapport à l'époque précédente et non plus comme annonciateur de l'avenir.
En 1935, un architecte catalan, Josep Puig i Cadafalch, définit un premier art roman réalisé par des peuples différents qui s'étend sur une grande partie de l'Europe avant que des écoles particulières ne s'y soient développées.. Pierre Francastel en 1942 remet en cause les écoles régionales, remplace le terme de premier art roman par celui de premier âge roman qui intègre les idées de Jean Hubert et Marcel Durliat. Pour Louis Grodecki, il existe un bloc d'architecture charpentée, une sorte de premier art roman du Nord distinct et symétrique opposé au premier art roman méridional..
En 1951, les bénédictins de l'abbaye Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire fondent les éditions Zodiaque et la collection La nuit des temps spécialisée dans l'art roman qui publie sur l'ensemble du monde roman 88 ouvrages entre 1954 et 1999.
Difficulté d'une définition précise Toute définition de l'architecture romane est nécessairement réductrice dans la mesure où cette architecture recouvre des réalisations d'une grande variété et construites sur une longue période. On attribue parfois le qualificatif de roman à des édifices dont la datation est très incertaine, simplement parce qu'on y retrouve des techniques ou une ambiance qui semblent romanes à l'observateur moderne : voûte en berceau, arc en plein cintre ou chapiteaux historiés par exemple... En fait, il existe des édifices romans charpentés et non voûtés, tandis que le berceau en plein cintre est plutôt l'exception par rapport à l'arc légèrement brisé. Enfin, bien des chapiteaux romans ne sont pas historiés.
On peut donc définir l'architecture romane sur des critères plus subjectifs, plus ou moins bien étayés par ce que nous croyons savoir des interprétations religieuses de ces époques. On pourrait donc dire, même si cette présentation s'applique mal au caractère ascensionnel des grandes églises auvergnates, que l'architecture romane, notamment dans les édifices de petite taille, procure au visiteur le sentiment d'une certaine massivité qui évoque plus l'ombre, la pénombre ou cette « lumière profonde » dont parle Yves Bonnefoy, que les envolées lumineuses des verrières gothiques.
Une interprétation veut que cette architecture ne relève pas d’une ascendance pour une finalité glorieuse, mais plutôt d’une « transcendance vers le bas », d’une forme cryptique et initiatique par une ambiance de mystère originel. En fait, l'expérience de la lumière dans l'église chrétienne est décidée dès la construction des premières basiliques chrétiennes, mais la poussée due au choix de lourdes voûtes en pierre (remplaçant les voûtes à charpente dans les grands édifices ou pour échapper aux incendies des charpentes en bois) oblige à renforcer les murs et y percer des baies étroites : cette « lumière profonde » résulte donc plus d'une contrainte technique que d'un choix liturgique. Ainsi, lors du deuxième âge roman différentes voûtes sont créées (voûte d'arête, voûte en croisée d'ogives) et renforcées avec différents contrebutements (demi-berceaux des tribunes) ou épaulements (contreforts), ce qui permet de faire entrer la lumière en perçant de plus grandes baies dans les surfaces muralesChristine Le Goff, Gary Glassman, documentaire : Les cathédrales dévoilées, 2011..
Les historiens de l'art ont cependant tenté de caractériser l'architecture romane par ses modes de couvrement (voûtes en berceau et en arête, coupole), de supports (murs épais pourvus ou non d'arcatures et percés généralement de petites fenêtres en plein cintre, murs renforcés de colonnes engagées à l'intérieur ou de contreforts à l'extérieur) et sa grammaire décorative (répertoire d'oves, de perles, de frettes, palmettes et rinceaux, roses et feuilles d'acanthe, chapiteaux ioniques et corinthiens)..
Contexte historique Après une période de recherches et de développement parfois tortueux, les grandes composantes classiques méditerranéennes et paléochrétiennes se sont définitivement unies avec les apports germaniques dans l'art roman. L'architecture romane trouve ses sources dans l'art préroman et en particulier carolingien et se développe en parallèle de l'architecture ottonienne. Cette gestation est au cœur de la tentative d'organisation germanique du par les carolingiens et les ottoniens.
Les empires carolingiens et ottoniens thumb|upright|Plan de Saint-Gall. thumb|Germigny-des-Prés. L'histoire de l'Europe carolingienne débute par l'ascension d'une famille aristocratique connue au début du . Cette dynastie des carolingiens règne sur l'Europe des années 750 à la fin du et réalise avec l'appui du pape la quasi-unité de l'Occident chrétien sous Charlemagne sacré empereur en 800.
La reconstitution de l'unité occidentale se développe dans trois directions: au sud-est en Italie, au sud-ouest vers l'Espagne et à l'est en Germanie. L'horizon germanique et singulièrement saxon attire Charlemagne vers l'est. Il a surtout le souci de rétablir l'ancien empire romain dont il serait le chef.