Ambroise Roux, né le à Piscop et mort le à Montfort-l'Amaury, est un chef d'entreprise et homme d'affaires français, qui a dirigé, de 1965 à 1982, la Compagnie générale d'électricité (CGE), l'une des plus importantes sociétés privées françaises. Par sa grande influence sur le patronat et le gouvernement, il a marqué la politique industrielle du début de la Cinquième République.
Biographie Origines familiales Le père d'Ambroise Roux, André Roux (1886-1969), est un patron de presse ayant notamment participé à la direction de Paris-Soir et de Paris Match.
Sa mère, Cécile Marcilhacy (1896-1991), est la nièce de Gaston Poulenc, des établissements Poulenc frères.
Parcours dans les ministères puis à la CGE Ambroise Roux est élève au collège Stanislas, polytechnicien (promotion 1940), ingénieur des ponts et chaussées et ingénieur Supélec... Il commence sa carrière après 1944 au ministère de la Production Industrielle comme ingénieur de la première circonscription électrique (Paris et sa région)"Le parti des patrons", par Henri Weber, 1986. Fin 1949, il entre comme adjoint au directeur du service des brevets chez Poulenc frères, encore administré par son grand-oncle maternel Camille.
En 1951, Ambroise Roux retourne au ministère de l'Industrie, dirigé par Jean-Marie Louvel., dont il sera directeur de cabinet de 1952 à 1954Le Monde avril 1952, sous différents gouvernements. Il est administrateur, de 1952 à 1955, d'EDF et de la TRAPIL"M.Ambroise ROUX nommé vice-président du C.N.P.F". Article dans Le Monde du 19 janvier 1966 , pour lesquelles il supervise le plan Schumann et le lancement de la recherche pétrolière au SaharaPortrait dans Les Echos du 27 juillet 2009. Il annonce aussi à la presse "La réforme des programmes a été votée" dans Le Monde du 22 août 1953 . Le , la chute du gouvernement Laniel contraint Louvel et son directeur de cabinet à quitter leurs fonctions.
Cependant, l'expérience d'Ambroise Roux au gouvernement lui a permis de tisser un grand nombre de relations professionnelles. Il fait partie du réseau de l'influent Jean Jardin, et compte parmi ses amis Henri Lafond, financier proche des milieux du patronat traditionaliste catholique.
Lafond le recommande à Jacques Jourdain, président-directeur général de la Compagnie générale d'électricité (CGE), qui l’engage comme directeur général adjoint. Vingt-quatre heures plus tard, Jacques Jourdain meurt et Émile Marterer lui succède. Ambroise Roux devient directeur général de la CGE en 1963Le Monde du 19 juin 1970, et y fait entrer son ancien ministre Jean-Marie Louvel, qui devient administrateur puis président de la CGE en . Ambroise Roux cumulera les deux fonctions à partir du jusqu'en 1982.
En , il s'oppose à la création, souhaitée par le gouvernement, d'une filiale commune à Bull, la CSF et la CGE.
À la veille de l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand, en , Ambroise Roux a le plus gros salaire de France. Démissionnaire de la présidence de la CGE au moment de la nationalisation de 1982, consécutive à l'arrivée au pouvoir de la Gauche à la suite de l'élection présidentielle de 1981 (alors qu'il était persuadé de la victoire de Valéry Giscard d'Estaing), Ambroise Roux fonde, en , l'Association française des entreprises privées comme groupe de pression du patronat regroupant les soixante groupes français les plus importants et devient administrateur de la banque Barclays, puis président du Conseil de surveillance en 1991. Il ajoute d'autres mandats de ce type auprès du groupe de la Cité (1987-1991), FNAC (1994).
Il prend sa retraite en , à l'âge de 68 ans.
En 1995, lors de l'élection présidentielle, il choisit Jacques Chirac contre Édouard Balladur et, en 1997, il conseille au président la dissolution de l'Assemblée nationale.
Membre du CNPF En 1961, encore grâce à l'entremise d'Henri Lafond, Ambroise Roux rejoint le Conseil national du patronat français (CNPF). Fin 1965, il assure la vice-présidence la plus importante, celle de la commission économique générale. Commentant cette élection, Le Monde souligne que et en plus de la CGE.
Bien qu'Ambroise Roux n'ait jamais présidé le syndicat patronal, il y sera très influent toute sa vie. En 1972, bien que pour succéder à Paul Huvelin, il ne le sera pas, annonce Le Monde en soulignant qu'il est "A la recherche d'un nouveau patron des patrons", article de Jacqueline Grappin dans Le Monde du 23 novembre 1971 . Cependant, alors que la CGE s'intéresse à la métallurgie en devenant l'actionnaire majoritaire d'Alsthom, il parvient à faire élire son candidat, François Ceyrac, président de l'UIMM. L'élection se fait au détriment de Pierre de Calan, président du groupement de la mécanique lourde depuis 1969 et président de Babcock, concurrent de la CGE. François Ceyrac l'emporte aussi sur François Dalle, ami de François Mitterrand et président de l'association Entreprise et Progrès, mais aussi sur Louis Devaux (1907-1995), président de la Shell française, et sur un autre métallurgiste, Jacques Ferry (1913-1996).
Style Ambroise Roux se démarquait des autres patrons par bien des points : très conservateur sur le plan des mœurs, il interdit aux femmes le port du pantalon dans ses entreprises. À la CGE, il avait un ascenseur et un cinéma à sa disposition personnelle. Lors d'entretiens privés avec des journalistes, il se vantait de n'avoir . Chaque année, il prenait douze semaines de congés, le plus souvent l'été à Saint-Moritz. Ouvertement monarchiste et souhaitant le rétablissement de la royauté en France, il participait à la messe annuelle commémorative pour , le . Adepte des sciences occultes, il a préfacé un livre sur les tables tournantes et créé un laboratoire de recherche en parapsychologie (psychokinèse) à la CGE..
Durant sa présidence de la CGE, il ne reçut jamais les syndicats qu'il méprisait et pensait qu'il ne fallait pas les consulter.
Vie privée Ambroise Roux a épousé Françoise Marion en 1946. Ils ont deux enfants, un fils, Christian, et une fille, Véronique.
Prises de position et activités de lobbying Ambroise Roux œuvre à se faire la réputation d'un homme toujours discret, qui ne revendiquait jamais ouvertement ses succès de lobbyiste, mais intervient cependant très souvent dans les médias.
Lobbying économique et financier Dans les années 1966-1967, il est dans les médias la voix du CNPF, qui a adopté en 1965 une . Il milite pour une Article dans Le Monde du 24 février 1966 et fustige ou Article dans Le Monde du 15 juin 1967 , tout en saluant l'Europe mais en regrettant qu'elle entrave Article dans Le Monde du 23 novembre 1967 . Soucieux de compétitivité, il dénonce un taux de prélèvements obligatoires de 42%, , son absence des cinquante premières sociétés mondiales, ou encore qui a fait chuter . Il salue cependant l'amortissement fiscal et créant la TVA ou ramenant l'impôt sur les bénéfices distribués, via l'avoir fiscal, à 25 %Article dans Le Monde du 30 mars 1968 . Il réitère ce lobbying après Mai 68, mais en s'inquiétant aussi des sur la participation des salariés aux résultats de l'entreprise, qui conduiraient selon lui Article dans Le Monde du 12 juillet 1968 . Opposé à la distribution aux salariés d'actions de leur propre entreprise, il conseille plutôt des fonds commun de placement diversifiésLe Monde du 22 novembre 1968 ou pour aller au Le Monde du 19 février.
. Le 6 et le , il signe deux tribunes en ce sens dans Le MondeLe Monde du 6 mai 1969Le Monde du 13 mai 1969.
Même s'il n'est pas actionnaire de ses sociétés, Ambroise Roux est alors l'un des premiers patrons français à rendre publiques ses prévisions de résultats et de dividendes pour l'année suivante voire la prochaine, quand d'autres préfèrent mettre en doute "Informer c'est prévoir", par François Renard dans Le Monde du 20 décembre 1971 , avec une transparence d'informations qui "La CGE voit plus loin", par François Renard dans Le Monde du 25 octobre 1971 . Dès , Le Monde soulignait que les investisseurs étaient rebutés par "UN PATRONAT NOUVELLE MANIÈRE" . Article dans Le Monde du 19 février 1970 . Ambroise Roux avait entre-temps été l'invité d'honneur d'un colloque sur le marketing financier"Le colloque sur le marketing financier a plus traité des difficultés que des solutions". Article dans Le Monde du 5 décembre 1970 .
Il s'oppose par contre au projet de loi de protection des actionnaires minoritaires de Pierre-Bernard Cousté, député du Rhône"Les actionnaires minoritaires ne veulent plus faire les frais de l'appétit des grosses sociétés" par André Véné dans Le Monde du 20 juillet 1971 , cosignée par les députés membres et apparentés du parti gaulliste"Vers un droit des " groupes de sociétés " pour la protection des actionnaires minoritaires" par André Véné dans Le Monde du 23 février 1970 , qui réglementait les transferts de trésorerie et prévoyait notamment que l'appartenance d'une filiale à un groupe soit soumise à diverses mesures de publicité et des échanges actions en cas de prise de contrôle, à la suite d'abus qui avaient vu des sociétés se faire pomper leur trésorerie et subir fortes pertes en Bourse malgré la constitution de réserves pendant plusieurs dizaines d'années.
Lobbying dans le nucléaire À partir de 1969, sur fond de , il est absorbé par le remodelage de son entreprise pour tenter de se placer dans les programmes nucléaires et TGV voulus par le Général De Gaulle et confirmés par le président Georges Pompidou .
Prévue dans le 6ème plan (1971-1975) sous forme d'études, la construction d'une ligne "turbotrain", premier nom du TGV, reliant Paris-Lyon en deux heures, est confirmée lors du conseil interministériel du "M. GUICHARD CRITIQUE LE PROJET DE TURBOTRAIN PARIS-LYON" dans Le Monde du 13 décembre 1972 puis par le ministre des transports Robert Galley, après la présentation des prototypes le , dans les usines Alsthom à Belfort"Deux ans d'essais avant de mettre en service le turbotrain à grande vitesse" par Jacques de Barrin, dans Le Monde du 24 mars 1972 puis des essais à 220 km/h au printemps 1972 et 300 km/h l'été suivant"Le turbotrain à grande vitesse circulera entre Paris et Lyon au plus tard en 1980, confirme M. Galley" du 2 octobre 1972 . La CGE a déjà pris le contrôle d'Alstom, deux ans avant, pour se placer dans le nucléaire, où elle échouera, mais elle rebondira dans le TGV en 1972 et le téléphone en 1973.
EDF accélère le déploiement du nucléaire lors 6ème plan avec six nouveaux réacteurs. Dès , Ambroise Roux dessine dans la presse un accord de rationalisation avec son ex-associé Alstom, dont Thomson possédait 18 %, et dont la CGE prend 50% du capital en "LA C.G.E. DEVIENDRAIT MAJORITAIRE DANS ALSTHOM" dans Le Monde du 7 novembre 1969 , après le rachat à Stein et Roubaix de ses chaudières et à la société Rateau ses turbines à vapeur, alors que le chiffre de 40% était encore cité en mai"LES NÉGOCIATIONS ENTRE LES GROUPES THOMSON-BRANDT, C.G.E. ET ALSTHOM PROGRESSENT",Le Monde du 3 mai 1969 .
Ces grandes manœuvres lui permettent de profiter du fait que la société américaine Westinghouse ne se voit pas accorder, en "Alsthom, C.G.E. et Thomson-C.S.F. se sont rapprochées pour reprendre Jeumont-Schneider" dans Le Monde du 25 janvier 1969 , l'autorisation d'investissement dans Jeumont-Schneider par le ministre de l'économie et des finances. Alors que le gouvernement belge a donné son accord à la cession à Westhinghouse des Ateliers de constructions électriques de Charleroi, Valéry Giscard d'Estaing suggère à l'américain de s'associer avec un français dans la reprise de la partie française, avant d'exprimer un refus plus clair en Article d'Alphonse Thélier dans Le Monde du 8 décembre 1969, obligeant le Baron Empain à se tourner en vers la CGE ou la Compagnie électromécanique (CEM), pour vendre à 200 millions de francs ses 61%"La C.G.E. souhaiterait un dénouement rapide de l'affaire Jeumont-Schneider". Article dans Le Monde du 27 mai 1970, par Jacqueline Grappin .