Le Lamoricière est un paquebot de la Compagnie générale transatlantique, mis en service en sur les lignes d’Afrique du Nord, au départ de Marseille, service qu’il assurera jusqu’à son naufrage en 1942. En 1940, il est transformé à la chauffe au charbon du fait des restrictions de guerre. Il coule près des Baléares lors d'une tempête en , faisant .
Il porte le nom du général Christophe de Lamoricière (1806-1865).
Conception et construction Le Lamoricière est construit pour le compte de la Compagnie générale transatlantique dans les chantiers britanniques de Swan Hunter & Wigham Richardson (Newcastle).
Le Lamoricière mesure de long ( (HT)) et par le travers, avec un tirant d'eau de . Sa jauge brute est de et sa jauge nette de . Son déplacement est de et son port en lourd de .
Le coût de la construction est de .
Coque et machines Pour assurer sa flottabilité, outre le double fond, le navire est divisé sur sa longueur en dix compartiments étanches séparés par neuf cloisons qui montent jusqu'au pont supérieur.
Le Lamoricière peut transporter de cargaison, répartis en trois cales à l'avant et à l'arrière, ainsi que dans quatre compartiments au deuxième entrepont. La partie arrière de l'entrepont est réservé aux marchandises.
Situées dans deux compartiments, les soutes à charbon sont longitudinales, et placées de chaque bord de part et d'autre des chaudières. Ce sont six chaudières simples alimentées à volonté au charbon ou au mazout pour fournir la vapeur nécessaire aux machines.
Deux turbines à vapeur Parson à simple réduction activent notamment les hélices latérales. Pour entrainer l'hélice centrale, le Lamoricière est aussi doté d'une machine à vapeur à triple expansion, dont les quatre cylindres sont de diamètre respectif de , et de pour les deux derniers, et dont la course du piston fait .
Les trois machines ont une puissance totale de .
Le Lamoricière est propulsé lors de ses essais à , mais sa vitesse en service est de .
Structure Les registres de la Lloyds indiquent que le Lamoricière possède deux ponts, avec un gaillard d'avant de , un pont passerelle et un pont de dunette . La presse indique 3 ponts complets plus une teugue, un château et une dunette.
Aménagements des passagers Le paquebot peut accueillir 6 passagers dans deux suites de luxe, 106 en première classe, 116 en deuxième classe et 132 en troisième classe. Les aménagements des passagers sont répartis sur quatre ponts (le pont principal, le pont supérieur, le pont-promenade et le pont des embarcations).
Pont principal A l'avant du pont principal, se trouvent un poste d'équipage et sept postes de passagers de . Leur salle à manger est au-dessus, dans un roof isolé du pont supérieur. La partie tribord du pont principal est occupée par des cabines de . La partie bâbord comprend des locaux de service et les logements du personnel des machines, ainsi que les cuisines des .
Pont supérieur Sur le pont supérieur, à l'avant, la salle à manger des , et à l'arrière, celle des . Entre les deux, les cabines des , chacune avec un hublot.
Pont-promenade Sur le pont-promenade, un roof dans la partie centrale contient les cabines de luxe et les meilleures cabines de . À l'arrière, la promenade des , leur salon et leur fumoir. L'avant de ce pont est équipé de châssis vitrés.
Pont des embarcations Sur le pont des embarcations, à l'avant le salon de conversation des et leur fumoir, et vers l'arrière se trouve le roof des officiers et de la T.S.F..
Décoration La décoration confiée à des décorateurs de Paris et de Londres, a été étudiée pour les lignes de Méditerranée. Le salon de est de style moderne, avec 4 tableaux de l'école moderne représentant les quatre saisons. Il est surmonté d'un dôme qui l'éclaire. La salle à manger à l'avant du château est éclairée sur trois faces.
Equipements Le Lamoricière est muni de la T.S.F., puis d'un système de radiogoniométrie (Direction Finder). Son indicatif est FNST.
Commandants Le premier commandant du Lamoricière fut le commandant Galetti (1921). Parmi ses successeurs, les commandants Joseph Brondi (1926) et Sénès (1934). Le dernier fut le commandant Joseph Milliasseau (1937-1942).
L'équipage est initialement composé d'environ 97 membres.
Carrière Lancé le , le Lamoricière est mis en service en sur la ligne Marseille-Alger. Il desservira par la suite d'autres lignes d'Afrique du Nord depuis Marseille, son port d'attache (notamment Marseille-Oran).
La carrière du paquebot ne semble pas avoir connu de grande difficulté de navigation, ni de collisions, jusqu'à son naufrage.
Dans la nuit du , un militaire du premier bataillon d'Afrique se jette par-dessus bord. À bord d'un youyou, des marins du Lamoricière réussissent à le ramener à bord.
Le , l'hydravion de la ligne commerciale Marseille-Alger est contraint d'amerrir aux alentours de Minorque. Les recherches restent vaines. Le lendemain, un message annonce que le pilote Laborde et le radiotélégraphiste reviennent à Marseille à bord du Lamoricière.
Passagers notables En , le Lamoricière rapatrie le corps du compositeur Camille Saint-Saëns d'Alger à Marseille, puis en février 1922, les dépouilles de trois militaires algérois. En , le Lamoricière transporte le cercueil du roi Behanzin du Dahomey lors de son retour dans son pays.
En , le général Mangin traverse la Méditerranée à bord du Lamoricière pour une inspection au Maghreb. Le maréchal Franchet d'Esperey monte à bord du Lamoricière à plusieurs reprises (septembre 1922, ).
Parmi les voyageurs de marque, l'ex-Premier ministre britannique Ramsay MacDonald en 1926. L'équipe de France de football pour un match de bienfaisance en . Charlie Chaplin traverse de Marseille à Alger en . Il revient sur le Lamoricière le .
Le Lamoricière a parfois une cargaison spéciale : la locomotive "Paramount", support publicitaire de la firme cinématographique; des cracks (chevaux de course) qui vont concourir sur les hippodromes de métropole.
Transformations Le Lamoricière subit une transformation en 1934 qui porte sur les machines et les chaudières, l'électricité et l'éclairage, le système de ventilation, les peintures des cabines, le remplacement des matelas par des matelas à ressorts.
En 1940, du fait des restrictions allemandes sur le mazout, le Lamoricière est transformé à la chauffe au charbon. Cette modification lui limite sa vitesse à . Elle implique aussi la construction de « portelones », des portes de chargement du charbon ouvertes dans la coque (des sortes de sabords). En , le Bureau Veritas, garantit que la chauffe au charbon est rétablie en conformité et l'étanchéité des portes des soutes assurée. Il maintient la côte n°1 au paquebot.
Sur la foi de rapports du chef mécanicien indiquant l'état défectueux de certaines parties de la coque, notamment sur les « portelones », qui avaient fui par gros temps en et , des réparations et des révisions sont effectuées.
Le naufrage Le mardi à , le Lamoricière quitte Alger pour Marseille. Sous les ordres du commandant Joseph Milliasseau, . À bord se trouvent , dont 88 personnels militaires et un groupe de âgés de 10 à . Ces enfants du Centre Guynemer sont accompagnés de deux infirmières. Le Lamoricière transporte aussi une cargaison de , principalement des légumes.
Le mercredi 7, en fin de matinée, le navire aborde un coup de vent surgissant du golfe du Lion. À , le vent est Nord Nord-ouest et de force 8, la mer est grosse et la houle forme des creux de . Une voie d’eau se déclare, mouillant le charbon, mais les pompes sont mises en service et le paquebot poursuit sa route.
Le à , le paquebot capte un SOS du cargo Jumièges, de la compagnie Worms : « AVARIES GRAVES - NE FAISONS PLUS LA ROUTE - CALES PLEINES D’EAU - POSITION 40º25 N 04º25 E ». Le Jumièges est en difficulté à du Lamoricière, au large des îles Baléares. Le commandant Milliasseau décide de se dérouter pour lui porter secours, mais arrivé vers au point signalé par le cargo, celui-ci est introuvable.
Le paquebot reprend sa route vers Marseille et passe entre Majorque et Minorque vers midi le . Les vents sont de force 7 à 9 sur l'échelle de Beaufort, avec des vagues de . le Lamoricière subit à son tour de graves avaries : l'eau s'engouffre dans les soutes à charbon par les "portelones" qui présentent une étanchéité médiocre, et le navire commence à prendre de la gîte.
La puissance du paquebot, déjà limitée depuis la transformation de 1940, l'est plus encore par l'utilisation d'un charbon de qualité médiocre ( de cendres). Vers , craignant de manquer de combustible, le commandant Milliasseau décide de virer pour s'abriter sous Minorque. La manœuvre commence à , mais le navire tombe en travers de lame et roule. À , malgré l'eau embarquée, la manoeuvre est cependant exécutée. À , l'inondation totale des soutes à charbon provoque l'arrêt des machines. Désormais, le Lamoricière n'est plus manoeuvrant et peine à faire face aux vagues déferlantes.
À , le Lamoricière envoie un message : « NE POUVONS PLUS FAIRE ROUTE - NE SOMMES PLUS MAITRES DE NOTRE MANŒUVRE - CHAUFFERIES ENVAHIES PAR L’EAU PROGRESSIVEMENT - QUATRE CHAUDIERES ETEINTES - NOUS EFFORÇONS VIDER EAU PAR MOYENS DE FORTUNE. DEMANDONS URGENCE PRESENCE NAVIRE CAPABLE REMORQUER CAS ECHEANT POSITION APPROXIMATIVE 40.38N 04.38E. ESTIMONS DERIVE 3 MILLES A L’HEURE DANS LE S.S.E.. - MILLIASSEAU » .
A , le Lamoricière dérive en prenant de la bande. Les tentatives faites pour déplacer la cargaison pour redresser le paquebot échouent.
La combustion des bois d'épontillage et du mobilier de cabines n'a pas permis de faire remonter la pression de vapeur. Les dynamos et les pompes sont hors service vers .
Le , dans des vagues de et des vents de force 9, la gite bâbord du paquebot s'accentue. Le Lamoricière lance un premier SOS à du matin. Alertés par les messages de détresse, plusieurs navires se portent à son secours : les paquebots Gouverneur-Général-de-Gueydon et Gouverneur-Général-Chanzy de la Compagnie générale transatlantique, le croiseur Jean de Vienne et l'aviso dragueur L'Impétueuse de la marine nationale française, ainsi que le remorqueur Obstiné de la compagnie Chambon.
À , le Gouverneur-Général-de-Gueydon arrive le premier en vue du Lamoricière par le travers de Minorque. Il tente à plusieurs reprises de passer une remorque au navire en perdition, mais toutes les tentatives échouent.
À le , l'ordre d'abandonner le navire est donné. Les embarcations de sauvetage bâbord, les seules accessibles, sont mises à l'eau. Le groupe d'enfants et leurs accompagnatrices sont placés dans un canot. Une lame décroche le garant arrière, tandis que le garant avant tient toujours. Tous les occupants sont précipités à la mer et disparaissent. Dans l'impossibilité d'utiliser les canots, des radeaux sont construits.
Le vers , le Lamoricière coule à la latitude de 40°38N et la longitude de 04°38E près des côtes de Minorque.
Malgré la houle, les opérations de sauvetage se poursuivent le reste de la journée. Le Gouverneur-Général-de-Gueydon recueille 55 personnes, le Gouverneur-Général-Chanzy 25 et L'Impétueuse 13. Pour ces derniers, ils étaient sur un radeau et quatre marins de l'aviso les ont hissés à bord. Ils seront transbordés sur le Jean de Vienne qui les débarquera à Marseille.
Bilan Seuls ( et ) seront sauvés, dont deux enfants du centre Guynemer.
Le bilan du double naufrage s'élève à pour le Lamoricière, et vingt morts pour le Jumièges. Parmi les victimes du Lamoricière se trouve le mathématicien polonais Jerzy Różycki, qui a contribué au déchiffrement d'Enigma .
Par décision du secrétaire d'État à la Marine Auphan en date du , la mention « Morts pour la France » est attribuée aux marins du Jumièges, ainsi qu'aux marins et aux passagers du paquebot Lamoricière.
L'aspect juridique