Une restructuration est une opération par laquelle un ensemble organisé (entreprise, gouvernement, unité de production, collectivité...) voit sa structure organisationnelle remaniée en vue d’atteindre une nouvelle configuration (et souvent pour faire des économies d'échelle et de dépenses).
En urbanisme et architecture, le terme désigne surtout le réaménagement d'un espace, d'un quartier ou d'un bâtiment. En psychologie, il désigne la reconstruction de la personnalité ou de l’individualité.
En économie, il désigne soit une opération à caractère financier (restructuration du capital, de la dette…), soit la réorganisation d'un secteur d'activité économique, d'une administration ou d'une entreprise. Dans ce dernier cas, la restructuration peut se traduire par la mise en cause de tout ou partie de ses activités et mener à des suppressions d'emplois ou des fermetures de site de production ou de gestion.
Ce mot s’est popularisé dans les années 1980 pour désigner les réorganisations d’entreprises et leurs cortèges de plans de licenciements, au point qu'il est parfois considéré comme un euphémisme qui les désigne. Plus récemment, les restructurations se sont trouvées elles-mêmes euphémisées par l'expression « mutations industrielles », qui rend compte de leur permanence mais qui peut être aussi considérée comme plus déterministe et impersonnelle.
Formellement, la restructuration d'une entreprise pourra résulter : de l'abandon d'un produit ou d'une branche d'activité, voire de la cessation de l'activité de l'entreprise ; de l'adaptation de ses moyens de production à un niveau d'activité prévu ; de la délocalisation de certaines activités ; de l'externalisation de certaines fonctions ; de la réduction de doublons à la suite d'une acquisition ou d'une fusion ; de la réorganisation du travail, le plus souvent en relation avec un investissement.
Appréhendée en généralité, la nature du phénomène est sujette à débat, les clés d’entrée étant multiples. Les restructurations et réorganisations d’entreprises s’inscrivent en effet dans une histoire économique contemporaine marquée par de profondes évolutions pouvant être abordées sous un angle historique mais aussi politique, juridique et socialDominique Thierry et Jean Noël Tuillier (2003) Mieux vivre les restructurations, anticiper et coopérer, Éditions d’Organisation, pp. 3 et 4.. De fait, elles soulèvent de nombreux enjeux dont sont porteurs une diversité d’acteurs, publics ou privés, au niveau des États, des entreprises ou des territoires.
Généralités Les définitions des restructurations Le mot restructuration est récent, la première attestation datant de 1957 selon la base de données du Centre national de ressources textuelles et lexicales CNRTL.. Le phénomène en lui-même semble toutefois intemporel puisque la restructuration consiste à « donner une nouvelle structure » à un ensemble organisé.
Aux plans économique et social, la Direction générale Emploi de la Commission européenne considère que « les restructurations peuvent se concevoir à trois niveaux »DG emploi, Background document du Forum restructurations et emploi, 2005. : au niveau intersectoriel, les restructurations portent sur le « déversement » des emplois entre grands secteurs (agriculture, industries, services), « des millions d'emplois [ayant] été créés dans le secteur des services, et détruits dans les secteurs manufacturiers et agricoles. » Il s’agit de « processus de grande amplitude [qui] prennent du temps et peuvent s'accompagner de risques pour la cohésion sociale au sens large ». au niveau intrasectoriel, où les mouvements sont beaucoup plus nombreux, les restructurations résultent des « évolutions à l'intérieur de chaque secteur ou qui en modifient les contours ». Il s’agit « de restructurations qui sont le fruit d'améliorations technologiques et d'une tendance à l'augmentation de la valeur ajoutée des produits » et qui ont de fortes « implications sur la qualification, dé-qualification ou re-qualification », des travailleurs touchés par ce type de restructuration. au niveau des entreprises, la restructuration « fait partie intégrante de la stratégie des firmes, nationale ou internationale, et de leur intégration sur le segment de marché qui les concerne. » Ce type de restructuration « résulte d'une réaction ou d'une anticipation par les firmes » dont « la résultante en termes de volume d'emploi au niveau de l'entreprise est parfois négative, lorsque la réorganisation de la production ou la delocalisation entraînent respectivement des réductions d'effectifs sur site ou une fermeture. Il s'agit alors d'effets localisés sur un site de production (effet local/régional) ».
Dans la recherche académique sur les restructurations, c’est ce dernier niveau qui a fait l’objet des définitions les plus nombreuses, d’autres termes, le plus souvent d’origine anglo-saxonne, étant par ailleurs fréquemment utilisés pour désigner des phénomènes similaires. Les deux principaux sont : Le downsizing, qui peut être défini comme une stratégie de réduction de la taille de l’entreprise. Par construction, il se traduit toujours par une réduction des effectifs. Le reengineering, qui peut être défini comme une action de réorganisation complète du processus de production d'une entreprise. Il ne se traduit donc pas nécessairement par une réduction des effectifs, mais l'expérience a montré que c'est le plus souvent le casVoir notamment Thomas H. Davenport, The Fad That Forgot People, 1996, où il constate When I wrote about "business process redesign" in 1990, I explicitly said that using it for cost reduction alone was not a sensible goal. And consultants Michael Hammer and James Champy, the two names most closely associated with reengineering, have insisted all along that layoffs shouldn't be the point. But the fact is, once out of the bottle, the reengineering genie quickly turned ugly..
Le downsizing et le reengineering ont fait l'objet d'un engouement particulier, dès les années 1980 pour le premier, dans le courant des années 1990 pour le second. Les effets de mode managériale attachés à chacune des démarches se sont à présent assez largement estompés, mais les termes restent utilisés pour désigner les opérations de restructuration de façon générique et se trouvent associés aux travaux académiques nord-américains des 20 dernières années qui se sont révélés pionniers dans l'approche des restructurations d'entreprises. Si l’on fait donc abstraction de différences plus sémantiques qu'effectives, on trouve deux grandes catégories de définition :
La première tend à souligner l’aspect décisionnel du phénomène. L’exemple classique est la définition de Bowman et Singh (1993) qui appréhendent la restructuration comme « un ensemble d’opérations dont l’objectif est d’acheter ou vendre des actifs, de modifier la structure du capital ou de transformer l’organisation interne de l’entreprise »Edward H. Bowman et Harbir Singh, Corporate restructuring : reconfiguring the firm, Strategic Management Journal, vol. 14, Special Issue, 1993, pp. 5-14.. Un autre exemple peut être trouvé chez Cameron (1994) qui aborde le phénomène comme un « ensemble d’activités entreprises par le management d’une organisation et destinées à améliorer l’efficacité organisationnelle, la productivité ou la compétitivité »Kim S. Cameron, Strategies for successful organizational downsizing, Human Resource Management, Vol 33, N°2, 1994, pp 189-211..
La seconde se focalise sur les effets de ces décisions sur l’entreprise et avant tout sur sa main-d’œuvre. Dans une acception large, Etzioni (1971) ou Galbraith (1973) définissent la restructuration comme « un déplacement des frontières de l'organisation par la modification du partage des facteurs de production, de la distribution des responsabilités et de l'autorité ou de l'affectation de l'espace physique »Annick Valette, Quelle(s) place(s) pour les chercheurs en GRH dans les systèmes complexes ? Réflexions à partir des restructurations hospitalières in Restructurations d'entreprises ... des recherches pour l'action, Rachel Beaujolin-Bellet et Geraldine Schmidt (coordonné par), Vuibert, 2008, en référence à Amitai Etzioni, Les organisations modernes, Éditions J. Duculot, 1971 et Jay R. Galbraith, Designing Complex Organizations, Addison Wesley, 1973.. Cascio (1993) affirme que dans une restructuration, il s’agit principalement de procéder à « la destruction planifiée de positions ou d’emplois »Wayne F. Cascio, Downsizing: what do we know? what have we learned?, Academy of Management Executive, Vol 7, N°1, 1993, pp. 95-104.. Selon Moulin (2001), « la restructuration correspond à la stratégie intentionnelle d’une entreprise qui considère les réductions de la main-d’œuvre comme un moyen d’augmenter l’efficacité organisationnelle. Elle vise la réduction des coûts salariaux (en réduisant le nombre des salariés), la réorganisation du travail (en éliminant certaines positions) ainsi que les changements systémiques (améliorations continues) »Yves Moulin, Contribution à la connaissance du processus de réduction des effectifs instrumentée par un plan social : une analyse empirique des mécanismes formels et informels, thèse de doctorat soutenue à l’université Paris-2, 2001..
Dans tous les cas, les restructurations ne se confondent pas avec le changement, la plupart des entreprises ayant développé des méthodes permettant d’intégrer le changement dans la gestion courante de l’activité et des comportements au travail. Mais elles en constituent une modalité particulière qui présente la caractéristique d’organiser de brusques ruptures d’avec la stabilité antérieure et les routines établiesProjet MIRE, Synthèse et recommandations, 2007, p. 7..
Les « moteurs » des restructurations Si les restructurations peuvent être appréhendées à plusieurs niveaux, la place qu’y tiennent les entreprises est centrale puisque, in fine, c’est à leur niveau que s’opèrent les évolutions concrètes d’activité et les actions de recomposition des structures financières et organisationnelles. À cet égard, Vincent Ramus (1999) distingue sept « moteurs » principaux des restructurationsVincent Ramus, Reconcevoir les processus de création de valeur, Communication au séminaire annuel de la direction des statistiques d’entreprises de l’INSEE, in Insee Méthodes nº 95-96, novembre 2000, p. 33. : la « course chaînée à la croissance » que se livrent les grandes entreprises entre elles. Cette dynamique, à la fois menée et subie par les grandes entreprises, serait guidée par la nécessité de maintenir un rapport de force lié à la taille. Elle conduirait à des mouvements de concentration qui sont eux-mêmes de puissants leviers de réorganisation interne des groupes ; la recherche de création et de capture de valeur, « par le haut », en cherchant à acquérir des positions dominantes sur les marchés, et « par le bas », en cherchant à réduire les coûts et à optimiser les économies d’échelle. Elle conduirait à engager des démarches continues de sélectivité des marchés et de recherche d’économies ;