Henri Marie Jean Louis Ey, né le à Banyuls-dels-AspresExtrait de naissance, dossier Léonore. et mort le État civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970 dans la même ville, est un neurologue et psychiatre français, médecin-chef de l'hôpital psychiatrique de Bonneval (Eure-et-Loir).
Biographie Ascendance Henri Ey naît le à Banyuls-dels-Aspres dans le Roussillon, dans une famille catholique d'origine catalane propriétaire d'un domaine viticole. Il est l'aîné de quatre enfants. Son grand-père paternel, Louis Ey, était médecin et son grand-père maternel, avocat.
Formation Il effectue ses études primaires à Céret et ses études secondaires classiques de latin, grec et mathématiques au collège dominicain de Sorèze dans le Tarn.
Henri Ey commence ses études de médecine à Toulouse en 1917 et les poursuit à Paris à partir de 1920. Il obtient son doctorat de médecine en 1926 ainsi qu'une licence de philosophie et un diplôme de médecine légaleBiographie d'Henri Ey, consultée en ligne le 16.05.15.. Il passe le médicat avec son ami Jean Picard en 1924. Il est interne des hôpitaux de Paris à l’hôpital Sainte-Anne (1925-1931), en compagnie d'Eugène Minkowski, Jacques Lacan, Pierre Mâle, et rencontre Renée Schlouch, qui devient son épouse.
Carrière vignette|upright=0.6|left|L'hôpital Henri-Ey à Bonneval De 1931 à 1933, Henri Ey est chef de clinique à la Clinique des Maladies mentales et de l'Encéphale à Sainte-Anne, dont le patron est le Professeur Henri Claude. En 1933, il est nommé médecin-chef de l’hôpital psychiatrique de Bonneval dans un service de femmes de 380 lits. Il ne quitte Bonneval que durant deux périodes pendant la seconde guerre mondiale. En 1939-40 comme médecin militaire, puis, après un passage en 1944 dans les FFI, après la Libération dans le service de psychiatrie de l'Hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris.
C'est dans cet « asile » installé dans les cloîtres de l'abbaye bénédictine de Saint Florentin, qu'il rédige la plupart de ses écrits et organise et dirige à partir de 1942 pendant de nombreuses années les fameux « Colloques de Bonneval ».
Bien que n'ayant jamais accédé au grade de professeur, il pratique puis conserve en tant qu'invité après 1933, un enseignement bénévole hebdomadaire à l'hôpital Sainte-Anne, connu sous le nom des « mercredis de Sainte-Anne ».
Collaborateur du psychiatre et philosophe Minkowski, il devient cofondateur avec lui du mouvement et directeur de la revue L'Évolution psychiatrique à partir de 1945, il participe, en 1950 à la fondation de la WPA, l’ dont il devient, la même année, secrétaire général, contribuant à la préparation du premier congrès de l’association à Paris, en 1950.
Il est également impliqué dans l'action syndicale du syndicat des médecins des hôpitaux psychiatriques, fondé le . Il en devient secrétaire général à la suite de Georges Daumezon en 1955, puis président en 1959.
Dans les années 1950, il mène à Bonneval des essais cliniques sur des psychotropes, notamment le LSD.
Ses écrits érudits, notamment les Études psychiatriques en 3 volumes parus entre 1948 et 1954, le Traité de psychiatrie en 3 tomes de l’Encyclopédie médico-chirurgicale, dont il dirige la publication en 1955 avec 142 collaborateurs, et le Manuel de psychiatrie, rédigé avec Paul Bernard et Charles Brisset et publié en 1960, ont fait référence dans la psychiatrie française.
En 1966, il publie le Livre blanc de la psychiatrie française, un travail collectif réalisé avec L'Evolution Psychiatrique pour faire l'état des lieux du parent pauvre de la médecine que représente la spécialité qu'il défend toute sa vie.
Henri Ey se tient toute sa carrière à l'écart des postes officiels et honorifiques. Il reste en poste à Bonneval jusqu'à sa retraite en 1970 suite à des problèmes cardiaques
Il se retire dans son village natal où il continue à travailler. Il s'implique dans la Commission des maladies mentales au Ministère de la Santé de 1971 à 1975. En 1973, il démissionne de la World Psychiatric Association. La même année, il publie son Traité des Hallucinations en deux tomes et en 1975 revient sur sa théorie centrale en publiant Des idées de Jackson à une conception organodynamique.
Il publie une Défense et illustration de la psychiatrie et s'attelle à la rédaction d'une Histoire de la psychiatrie qui restera inachevée.
Mort Henri Ey meurt dans la nuit du 7 au , dans sa maison natale à Banyuls-dels-Aspres dans les Pyrénées-Orientales.
Théorie Modèle organodynamique Henri Ey est l’auteur de nombreux et volumineux ouvrages cherchant à définir et préciser les contours et les spécificités de la psychiatrie par rapport à la médecine organique et à la psychologie.
Il y développe sa théorie « organodynamique » à partir des idées de John Hughlings Jackson. En 1936, il publie avec Julien Rouart dans la revue L'Encéphale un « Essai d'application des principes de Jackson à une conception dynamique de la neuropsychiatrie ». Inspiré par la doctrine évolutionniste de Herbert Spencer, le neurologue anglais Hughlings Jackson, s'appuyant sur l'exemple du névraxe, postule en 1884 que les structures du système nerveux central se développent en se hiérarchisant, allant ainsi du plus simple au plus complexe, du plus automatique au plus volontaire, du mieux organisé au moins organisé. Cette évolution provoquerait une série d'inhibitions de l'instance inférieure par la supérieure jusqu'à l'écorce cérébrale qui porte les fonctions de la conscience.
Jackson décrit un processus pathologique de dissolution, inverse à la loi de l’évolution, qui va en sens inverse en direction du moins complexe, du plus organisé et du plus automatique. Mais alors que pour Spencer, le processus de dissolution est uniquement négatif, Jackson, se fondant sur des faits cliniques, postule que la dissolution présente également un versant positif. La dissolution détruisant en effet les niveaux les plus conscients, elle fait réapparaître les niveaux inférieurs auparavant inhibés par le contrôle des centres supérieurs. On constate alors une activité d’éléments nerveux désinhibés par le processus pathologique qui se traduisent en symptômes positifs (illusions, hallucinations, délires, conduites extravagantes..). Pour Jackson ces idées et actions des fous sont des manifestations des états sous-jacents sains.
L'élaboration par Ey de sa théorie de l'organodynamisme issue des principes de Jackson a lieu dans les années 1940. En 1941 et 1942, Il donne une série de conférences à Sainte-Anne où il présente l’histoire de la psychiatre comme une rivalité entre les théories mécanicistes réductrices de la psychiatrie classique et les théories psychogénétiques propres à la psychologie et la psychanalyse. En 1943, au second Colloque de Bonneval, il présente « Une conception organo-dynamiste de la psychiatrie » où le mot apparaît pour la première fois.
Dans sa théorie de l'organodynamisme, Henri Ey ne reprend que deux principes jacksoniens, la hiérarchie et la dissolution. Il les associe à plusieurs autres principes qui lui sont propres. Dans son système, les symptomatologies négatives et positives sont une conséquence de la hiérachisation de l'évolution, une idée plus proche de la dichotomie d’Eugen Bleuler dans sa distinction entre symptômes primaires et symptômes secondaires dans la schizophrénie. En référence à Henri Claude, Ey va développer l'idée d'une distinction entre dissolution globale, d'ordre psychiatrique, et dissolution locale, d'ordre neurologique, sur laquelle s'appuyera sa défense de la psychiatrie comme spécialité à part entière. Il se prononce également contre le principe d'une nosographie et refuse l'idée d'une entité anatomo-clinique.
La conception organodynamique de la psychiatrie d'Henri Ey se fait à la fois en réaction au mécanicisme de la neurologie et à la psychogenèse pure inhérente à la psychanalyse. Pour lui, la maladie mentale est une altération mentale de nature organique, au sens où elle est toujours organique dans son étiologie, sa cause, et toujours psychique dans sa pathogenèse, son expression. Ainsi il exclut du domaine de la psychiatrie, d'un côté tout ce qui ne relève pas d’une détérioration organique, de l’autre, toutes les pathologies spécifiques du système nerveux qui n’entraînent pas une dissolution uniforme de la vie psychique. Dans son système l'aphasie, par exemple, ne relève pas de la psychiatrie mais de la neurologie, des spécialités médicales qu'il distingue. Sur son impulsion, la psychiatrie, dont il défend la spécificité, et la neurologie seront distinguées dans les cursus médicaux à partir de 1968.
Le modèle organo-dynamique d'Henri Ey réfute aussi bien l'origine sociale de la maladie mentale et l'antipsychiatrie. Ey estime que les conditions sociales ne suffisent pas à produire les troubles psychiques, mais que ceux-ci, au contraire, leur préexistent, leur survivent et peuvent également conditionner la vie sociale. En opposition au courant d'antipsychiatrie, il prône l'existence d'une réalité de la maladie mentale, qui n'est pas un simple produit de la culture.
Le modèle théorique d’Henri Ey d'une conception organo-dynamique de l’activité psychique ne s'est pas imposé dans le temps. Les recherches sur les causes organiques des pathologies mentales n'ont pas été concluantes, mettant à mal sa théorie fondée sur une organicité étiologique dans les pathologies psychiatriques.
L'introduction de nouvelles disciplines comme l’épidémiologie des maladies mentales, et de nouveaux outils comme les échelles d’évaluation standardisées aboutissent à la parution en 1980 du DSM III, le manuel diagnostique et statistique de la psychiatrie américain. Toutes les catégories cliniques peuvent être introduites par des données épidémiologiques, une opération inconcevable du temps d’Henri Ey. L'évolution des méthodes de travail et de la psychiatrie biologique induisent de nouvelles approches de la maladie psychique. Elles signent l'abandon des grandes synthèses psychopathologiques et mettent un terme à la suprématie intellectuelle de la psychanalyse et d'autres courants de la psychiatrie dynamique.
Henri Ey n’était pas un chef d’école et n’a pas eu d’héritier théorique. Le combat qu'il a mené avec des confrères s'est fait en faveur d’une psychiatrie publique accessible et l'image qu'on retient de lui est celle d'un « psychiatre humaniste ».
Psychiatrie animale En 1964, Henri Ey publie avec Abel-Justin Brion, directeur de l’École nationale vétérinaire d’Alfort, Psychiatrie animale. Ce volumineux ouvrage, rédigé par 40 auteurs, est le fruit de 7 ans de travail d'un groupe de vétérinaires, éthologues et psychiatres, intéressés par les problèmes de comportement animal, réunis périodiquement par Ey dans la bibliothèque de Ste Anne. Par ce travail, Henri Ey entend étendre au règne animal la spécificité de la psychiatrie comme science des pathologies de la liberté. S'il existe une psychologie animale, sa psychopathologie étudie ce qui lui rend impossible, au sein de son espèce, la possibilité d’avoir un comportement adapté à son environnement.
Sa démarche, reconnue par des éthologues comme Michel Kreutzer, ouvre la voie dans les décennies suivantes au développement de la zoopsychiatrie.
Pour Ey, il existe un psychisme propre à chaque espèce, et chaque organisation psychique contient en soi sa propre potentialité de variations pathologiques. En ce sens, la zoopsychiatrie ne peut se fonder que sur une connaissance suffisante des comportements normaux de chaque espèce concernée.
Place de la psychanalyse Plon et Roudinesco affirment que .