Les Jeux olympiques d'été de 1968, Jeux de la olympiade de l'ère moderne, ont été célébrés à Mexico, au Mexique, du 12 au .
Ces Jeux de 1968, les premiers organisés dans un pays en voie de développement, furent fortement marqués par les événements politiques. Ouverts sous la protection de l'armée à la suite du massacre de Tlatelolco au cours duquel des étudiants furent tués par la police et l'armée mexicaine, ils se poursuivirent par des gestes de protestation d'athlètes afro-américains contre la ségrégation raciale aux États-Unis.
et (4735 hommes et ) prirent part à sportives dans .
L'altitude de Mexico, située à , posa des problèmes de respiration à de nombreux athlètes, mais contribua par ailleurs à des performances sportives exceptionnelles.
Élection de la ville hôte Le Comité international olympique confie l'organisation des Jeux olympiques d'été de 1968 à la ville de Mexico au cours de sa , le à Baden-Baden. Les villes de Détroit, Buenos Aires et Lyon avaient aussi présenté leur candidature pour organiser ces Jeux. +Résultats officiels du scrutin Villes Pays Tour 1 Mexico 30 Détroit 14 Lyon (Candidature de Lyon pour l'organisation des Jeux olympiques d'été de 1968) 12 Buenos Aires 2
Contexte politique thumb|left|Adolfo López Mateos, Président du Mexique de 1958 à 1964 et premier président du Comité olympique organisateur des jeux d'été 1968 L'année 1968 est marquée par une multitude d'événements politiques majeurs dans le monde. Le pasteur Martin Luther King est assassiné le et Bob Kennedy le . Le , les chars soviétiques pénètrent dans Prague. Par ailleurs, la guerre du Vietnam fait rage pendant qu'un conflit au Nigeria provoque un véritable génocide au Biafra.
Mais les deux événements qui marqueront le contexte de ces Jeux olympiques de Mexico resteront le massacre de Tlatelolco par l'armée mexicaine commis quelques jours avant la cérémonie d'ouverture, et la protestation contre la ségrégation raciale aux États-Unis par des athlètes américains sympathisants des Black Panthers.
Massacre de Tlatelolco
thumb|Stelle commémorative Place des Trois Cultures à Mexico. Le , soit dix jours avant l'ouverture des Jeux olympiques, une fusillade éclate sur la place des Trois-Cultures de Mexico à la suite d'une manifestation étudiante durement réprimée par l'armée mexicaine. Cette répression des autorités, appelée le massacre de Tlatelolco fera, selon les organisations des droits de l'homme, entre 200 et 300 morts (une vingtaine selon le gouvernement mexicain).
Avery Brundage, président du Comité international olympique, ne remet pas en cause le déroulement des Jeux en déclarant quelques jours avant le début de la cérémonie d'ouverture : . Les Jeux olympiques débuteront comme prévu le et se poursuivront dans une atmosphère pesante. Le Monde, 28 septembre 1968 cité par Michel Caillat, Jean-Marie Brohm, Les Dessous de l’olympisme, Paris, Éditions La Découverte, 1984, p. 93..
L'opinion générale formulée par les athlètes est de maintenir les Jeux olympiques, puisque les étudiants ne représentent pas un danger pour les sportifs.
Les médias mexicains reçoivent pour instruction d'évoquer le moins possible le massacre afin de ne pas « saboter les Jeux olympiques ».
Le poing levé des sympathisants
thumb|Podium du des Jeux olympiques de 1968 : les Américains Tommie Smith et John Carlos avec le poing levé et ganté, derrière l'Australien Peter Norman.
Lors de ces Jeux de Mexico, les athlètes afro-américains, mais également une large majorité de leurs compatriotes blancs, portent sur leur veston un macaron portant l'inscription Olympic project for human rights (Projet olympique pour les droits humains). John Carlos déclare avant le début des Jeux que les athlètes noirs d'Amérique ne boycotteront ni ne saboteront les Jeux mais qu'ils réaffirmeront leur position contre l'injustice envers les Noirs.
Le , une controverse éclate au terme de la finale masculine du . Les coureurs américains Tommie Smith Site consacré à Tommy Smith et John Carlos, arrivés respectivement premier et troisième du , protestent sur le podium de la remise des médailles contre la ségrégation raciale aux États-Unis et la situation des Noirs dans le monde (notamment en Afrique du Sud), en baissant la tête et en pointant, lors de l'hymne américain, leur poing ganté de noir vers le ciel (le droit pour Smith, le gauche pour Carlos). Un autre geste qui a moins été remarqué lors de cet épisode est qu'ils ont retiré leur paire de Puma Suede pour traverser le stade en chaussettes noires montantes et les ont posé sur le podium, pour rappeler que les afro-américains n'avaient même pas le moyen de s'offrir ce type de chaussures. Smith porte un foulard noir au cou, Carlos un collier, symboles du lynchage des Noirs. Les trois médaillés arborent un badge de l'Olympic Project for Human Rights.
Le geste symbolique du poing levé est interprété comme la marque de leur soutien au mouvement politique afro-américain des Black Panthers et du Black power (pouvoir noir aux États-Unis). Avery Brundage, président réactionnaire du Comité international olympique, juge ce geste scandaleux et demande aux officiels américains l'exclusion de Smith et Carlos. Doug Roby, président du Comité olympique des États-Unis, refuse dans un premier temps puis face à la menace du CIO de suspendre toute l'équipe américaine, décide de renvoyer les deux athlètes chez eux. Ces derniers seront par la suite exclus à vie des Jeux olympiques. Peter Norman qui a accepté par solidarité de porter le macaron "Olympic project for human rights" ne sera pas autorisé par le comité olympique australien à participer aux JO de 1972.
Après son geste, John Carlos déclare aux journalistes : (en anglais, negro signifie noir et n'a pas la connotation péjorative du français nègre qui est rendue par le terme nigger).
Quelques jours plus tard, les athlètes américains Lee Evans, Larry James et Ronald Freeman, ayant réalisé un triplé américain sur , montent sur le podium en portant le béret noir des Black Panthers pour dénoncer le racisme dans leur pays. Ils ne sont pas exclus.
Altitude et records thumb|La ville de Mexico située à d'altitude. Le choix de Mexico pour accueillir les Jeux olympiques de 1968 fut controversé du fait de l'altitude élevée de la ville et des performances sportives qui en découlèrent.
Mexico étant situé à plus de d'altitude, la pression atmosphérique y est inférieure d'environ 25 % à celle d'une ville au niveau de la mer. Ceci a des répercussions sur les performances sportiveshttp://www.volodalen.com/13physiologie/altitude.htm Physiologie : effets de l'altitude : la résistance de l'air à l'effort est réduite ce qui augmente certaines performances, tandis que d'autres performances sont réduites par la réduction de l'apport en oxygène. Ces deux effets opposés ont pour conséquence de favoriser les efforts en anaérobie, donc les efforts intenses et courts, et de défavoriser les efforts en aérobie, donc les épreuves d'endurance. Ainsi, lors de ces Jeux de Mexico, plusieurs records du monde furent battus, notamment sur les courtes distances de sprint en athlétisme. En effet, . Par exemple, le médaillé de bronze du 100 mètre homme, Charles Greene, établit un temps de 10 secondes et 0 centième ; Lors des 3 jeux olympiques suivants, les temps des médaillés d'or de cette même épreuve furent supérieurs à 10s00.
C'est ainsi que les records du monde du , du et du masculins furent améliorés. Au saut en longueur, la performance de Bob Beamon ( soit de plus que l'ancien record du monde) fut mise en corrélation avec les conditions atmosphériques.
La multiplication des performances fut également attribuée au revêtement synthétique en tartan de la piste d'athlétisme qui fut mis en place pour la première fois lors de ces jeux. Par ailleurs, une partie des records du monde enregistrés le furent avec une vitesse de vent de par seconde, soit la limite légale homologuéeL'Équipe, D'Athènes à Athènes: Tome II - 1964-2004, p. 306 ss..
Organisation Sites olympiques thumb|Le Stade Azteca à Mexico. Stade olympique universitaire : Athlétisme, Football Vélodrome olympique Agustín Melgar : Cyclisme Salle d'Escrime Fernando Montes : Escrime Palais des sports Juan Escutia : Basket-ball Stade Municipal : Hockey sur gazon Auditorium national : Gymnastique Campo Marte : Équitation Stade Azteca : Football Piscine olympique Francisco Márquez : Natation, Plongeon, Water-polo Piscine de la cité universitaire : Water polo Gymnase olympique Juan de la Barrera : Volleyball Arena México : Boxe Théâtre des insurgents : Haltérophilie Insurgents Ice Rink : Lutte Salle de tir Vicente Suárez : Tir Camp Militaire Lomas de Sotelo district : Pentathlon moderne Piste olympique Virgilio Uribe, Xochimilco : Aviron, Canoë-kayak À l'extérieur de Mexico, les épreuves de Football ont eu lieu à Puebla, Guadalajara et León. Les régates de Voile se sont déroulées à Acapulco.
Cérémonie d'ouverture La cérémonie d'ouverture se déroule le au Stade olympique universitaire de Mexico sous les yeux de , dont le président du Mexique, Gustavo Díaz Ordaz, qui déclarera l'ouverture officielle de ces Jeux olympiques. Pour la première fois, la flamme olympique est allumée par une femme : la championne mexicaine d'athlétisme et spécialiste du Norma Enriqueta Basilio de Sotelo.
Contrôles antidopage Pour la première fois, le Comité international olympique décide d'instituer des contrôles antidopage lors des Jeux olympiques. C'est ainsi que quotidiennement, dans cinq compétitions, cinquante tests sont effectués, notamment des prélèvements urinaires des six premiers de chaque épreuve individuelle. Au total, 667 athlètes seront contrôlés et un seul cas de dopage sera avéré, celui du pentathlonien suédois Hans-Gunnar Liljenwall dont des traces d'alcool furent découvertes dans son sangListe des sportifs dopés aux Jeux olympiques.
En outre, avant la compétition, des contrôles de féminité furent effectués par des médecins.
Nations participantes thumb|Pays participants en 1968. 112 nations étaient présentes aux Jeux olympiques de 1968. 12 d'entre elles ont fait leur première apparition à Mexico :, la Barbade, Belize, la Guinée, le Honduras, les Îles Vierges américaines, le Koweït, le Nicaragua, le Paraguay, la République centrafricaine, le Salvador, la Sierra Leone et le Suriname.
Pour la première fois, l'Allemagne est représentée par deux délégations : l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest (de 1956 à 1964, les deux Allemagnes disputait les Jeux olympiques sous une seule bannière, l'équipe unifiée d'Allemagne).
Le gouvernement sud-africain de John Vorster, alors sous régime d'apartheid, avait abrogé la législation interdisant des équipes sportives multi-raciales pour permettre à l'Afrique du Sud d'être admise à ces Jeux olympiques d'été de 1968http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,941074,00.html : South Africa Touch of Sweet Reasonableness, 31 mars 1967. Mais le CIO dut retirer l'invitation qu'il avait faite à l'Afrique du Sud devant les menaces de boycott de nombreux pays africainshttp://www.time.com/time/magazine/.../0,9171,900012,00.html : The Olympics : Boycotting South Africa, 8 mars 1968.
+ Les 112 délégations participantes(Le nombre d'athlètes engagés est indiqué entre parenthèses) Afrique Amériques Asie Europe Océanie (3) (1) (5) (10) (30) 18) (31) (15) 39) (1) (4) (2) (24) (2) (36) (11) (5) (21) (3) (5) (4) (3) (7) (7) (5) (89) (16) (9) (6) (4) (84) (138) (21) (43) (18) (118) (18) (15) (377) (48) (5) Honduras britannique (7) (6) (6) (25) (275) (11) (16) (1) (28) (58) (60) (1) (19) (27) (23) (5) (4) (3) (54) (11) (6) (25) (14) (3) (29) (171) (2) (11) (31) (16) (15) (49) (4) (2) (43) (41) (9) (226) (275) (43) (82) (112) (64) (122) (66) (172) (225) (44) (167) (8) (31) (171) (2) (5) (1) (2) (46) (107) (177) (20) (82) (4) (100) (85) (121) (29) (312) (69) (128)