Albert Spaggiari, né le à Laragne-Montéglin dans les Hautes-Alpes et mort le à Hyères, est un malfaiteur françaisÉmission Faites entrer l'accusé, « Albert Spaggiari, le casse du siècle », n°04x12, diffusée sur France 2 le ..

Il est connu pour avoir été le cerveau auto-proclamé du survenu à la Société générale de Nice, en . Ancien soldat de la guerre d'Indochine, partisan de l'Organisation armée secrète (OAS), écrivain et photographe, il a échappé à la police française durant sa cavale qui a duré jusqu’à sa mort, après une évasion spectaculaire.

Biographie Albert Romain Spaggiari est né en 1932 à Laragne-Montéglin (Hautes-Alpes) dans une famille franco-italienne. Alors qu'il n'a que trois ans, son père meurt (en 1935). Sa mère refait sa vie à Hyères (Var) où elle tient un magasin de lingerie. Il est scolarisé à l'Institution Sainte-Marie de La Seyne-sur-Mer. À l’âge de seize ans, il fugue pour rencontrer le célèbre bandit sicilien Salvatore Giuliano. Durant ce voyage, il fait quelques rencontres avec des personnages hauts en couleur, ce qui accroît encore son admiration pour la marginalité.

En 1950, à 17 ans, il s'engage chez les parachutistes et part pour l’Indochine française où il est affecté au bataillon de parachutistes coloniaux. Il y est deux fois blessé et une fois décoré.

C'est en 1953, en Indochine française, qu'il commence sa carrière de détrousseur. Le de cette même année, il se fait remettre, avec un complice, la caisse du Milk Bar, un bordel d'Hanoï dont les tenanciers s'étaient mal comportés avec des camarades parachutistes. Il est reconnu et arrêté.

Le , il est condamné à cinq ans de travaux forcés et vingt ans d'interdiction de séjour en Indochine. En novembre de la même année, il quitte l'Indochine pour la France où il rejoint Marseille et sa prison des Baumettes. Pendant son séjour carcéral, il prend des cours de chaudronnerie et de soudure.

En 1957, après deux remises de peine, il est libéré et s'installe à Hyères, où il rencontre sa première femme, Audi, une infirmière qu’il épouse civilement le . Albert trouve un travail à la société Fichet-Bauche, fabricant de coffres-forts. Celle-ci se trouve à Dakar, au Sénégal. Selon Spaggiari, il y fabrique des meubles métalliques et parfois ouvre les coffres à la perceuse ou au chalumeau pour les clients qui ont perdu les clés. Albert reste dans cette ville jusqu'en mars 1960, puis il regagne la France en compagnie de son épouse.

. Son nouveau combat devient l’Organisation armée secrète (OAS). Le , il est arrêté à Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes) dans une imprimerie clandestine de tracts pour l’OAS. Ses compagnons s'en sortent avec des peines avec sursis, mais Spaggiari est condamné à quatre ans de prison ferme, des armes et des munitions ayant été trouvées à son domicile. Il est incarcéré à la prison des BaumettesSite de l'ADIMAD. Il sort en 1965 et s'installe à Bézaudun-les-Alpes dans l'arrière-pays niçois. Il commence alors à militer dans les rangs nationalistes.

Il ouvre un magasin de photo à Nice dans le quartier Ferber en 1968. De ce fait, il travaille beaucoup avec la mairie pour les photos de mariage, ce qui explique certains de ses contacts avec les élus locaux. Puis vient le fameux « casse » de Nice.

« Casse du siècle » Inspiration et préparatifs Albert Spaggiari mène une vie calme, travaillant à son studio de photographie du 56, boulevard René-Cassin (ex-rue de Marseille), à Nice ; il était photographe à la mairie de Nice. Albert vit dans une bergerie isolée dans les collines niçoises, proche du village de Bézaudun-les-Alpes, sur les flancs du mont Cheiron. La bergerie est baptisée « Les Oies sauvages » (les S de la pancarte rappelant volontairement le symbole des SS.), en l'honneur du chant de la Légion étrangère. Mais il se lasse vite de cette vie monotone ; pour cette raison, il conçoit et dirige une opération qui est ensuite appelée le de Nice.

thumb|right|190px|Le Paillon passe sous le palais des expositions. C'est par cet endroit que Spaggiari et ses complices rejoignirent les égouts de la ville.

L'idée de s'attaquer à la Société générale de Nice lui vient des romans à suspense qu'il dévore à cette époque, et notamment de Tous à l'égout, de Robert Pollock, qui décrit le cambriolage d'une banque dans laquelle les malfaiteurs s'introduisent en empruntant les égouts. Un ami conseiller municipal, et employé à la Société générale, lui apprend que la salle des coffres de l'agence de Nice située avenue Jean-Médecin est dépourvue de système d'alarme, ses murs en béton d' d’épaisseur étant censés être suffisamment protecteurs.

Albert Spaggiari se prend alors à rêver à un cambriolage de l'agence, qui emprunterait les égouts de la ville.

Deux ans avant le cambriolage, pour évaluer le caractère réalisable de son projet, il loue un coffre à la Société générale dans lequel il place un réveil, qu'il règle pour sonner la nuit. Le but de la manœuvre vise à s'assurer de l'absence de systèmes de détection (sismique ou acoustique) à l'intérieur de la salle des coffres. Dans le même temps, il commence une exploration minutieuse des égouts en empruntant l'entrée située en amont de la partie couverte du fleuve Paillon, départ sous le palais des expositions de Nice, qui rejoint, après deux kilomètres, les égouts de la ville.

Après plusieurs nuits de visite, il se persuade qu'il est possible de creuser un tunnel d'accès à partir de l'égout, exactement sous la plaque d'entrée située au milieu de la rue Gustave-Deloye, au niveau de l'angle avec la rue Hôtel-des-Postes, et ceci, jusqu'à l'intérieur de la salle des coffres.

Albert Spaggiari décide alors de constituer une équipe pour mener le casse. Il se met en contact avec deux malfrats, Alain Bournat et Francis Pellegrin, qu'il charge de recruter une équipe dans le milieu marseillais dominé alors par Tany Zampa.

Travaux préliminaires de creusement du tunnel Les travaux, qui se révèlent importants, commencent. Le premier coup de burin de creusement du tunnel est donné le . Pendant presque trois mois, une quinzaine d’hommes, dont vraisemblablement des professionnels du terrassement, empruntent, de nuit, les égouts depuis l’entrée amont de la partie couverte du fleuve Paillon, portant jusqu'à de matériel (forets, burins, masses, lance thermique pour fondre le béton) à travers les de trajet sinueux dans les boyaux des égouts. Ils creusent dans un sol fait de terre, de poudingue et de pierre, un tunnel de de long aboutissant directement dans la salle des coffres. Il leur faut, pour finir, percer le mur de la salle des coffres qui fait d’épaisseur.

Les travaux, réalisés entièrement à la main afin de rester discret, sont très durs, les ouvriers passant parfois plusieurs nuits à essayer d'entamer la même pierre. Le tunnel est étayé, éclairé, aéré et même recouvert d'une moquette. Le vendredi , Valéry Giscard d'Estaing, alors président de la République, est en visite à Nice. L'important dispositif policier force Spaggiari à interrompre les travaux pour quelques jours, et cela, une semaine avant la date qui est prévue pour le casse, avec, de plus, le risque que les services de sécurité du Président inspectent les égouts sur le passage du cortège présidentielRevue internationale de criminologie et de police technique, Volume 29, Centre international d'études criminologiques, 1976, .

Week-end de l’ouverture de la salle des coffres thumb|right|L'immeuble de la Société générale, rue de l'Hôtel-des-Postes. Lorsqu'enfin les travaux se terminent, Albert Spaggiari fixe le week-end des 17 et pour donner l'assaut final aux coffres. L'électricité est installée dans la galerie, de gros chalumeaux et leurs bouteilles d'acétylène, des barres à mine, un vérin sont amenés pour ouvrir les coffres. À , le vendredi , le dernier morceau de mur menant dans la salle des coffres tombe. Le vérin est utilisé pour renverser le coffre qui s'appuyait sur le mur qui venait juste d'être percé.

L'équipe de treize hommes, qui campe tout le week-end dans la salle des coffres, ouvre, en deux jours et trois nuits, 371 coffres (sur un total de ), beaucoup moins que prévu, tant ils résistent au chalumeau ou au pied-de-biche. Ils prennent aussi les lingots d'or et les devises entreposés dans la « réserve » de la banque, la caisse qui alimente les distributeurs automatiques de billets. Le butin est évalué à 50 millions de francs (l'équivalent de 40 millions d'euros de l'année 2023somme convertie par correction de l'inflation observée entre les deux années, d'après le coefficient de transformation du franc d'une année en euro d'une autre année fourni par l'Insee (voir Pouvoir d'achat de l'euro et du franc sur insee.fr)).

Spaggiari s'offre même le luxe de laisser ses complices travailler seuls le samedi soir pour aller dîner dans un restaurant de la ville avec une amie. Il revient dans la salle des coffres un peu plus tard. Selon certains témoignages, Spaggiari amena alors à ses hommes du vin et du pâté pour fêter leur victoire. Ils trouvèrent dans les coffres des photos dénudées de certaines célébrités locales qu'ils affichèrent sur les murs du coffre pour qu'elles soient vues par ceux qui y rentreraient.

Ce week-end-là, il pleut dans la région niçoise. Ce détail prend de l’importance, puisque le niveau de l'eau est fortement monté dans les égouts et devient susceptible de bloquer le « gang des égoutiers » dans leur retraite. Albert Spaggiari, qui ne veut pas prendre de risque inutile, entame l’évacuation de la salle des coffres le dimanche vers 2 h du matin. Il avoue plus tard qu'il aurait voulu bénéficier de trois heures de plus et que cette retraite anticipée lui a laissé un goût d'inachevé.

L'équipe, avant de partir, prend le soin d'effacer toute empreinte et ne laisse qu'un maigre indice qui n’aide pas la police : le message inscrit sur le mur du coffre par Spaggiari , dont toute la bande repassera à la craie chacune des lettres, histoire d'empêcher une éventuelle recherche graphologique. Néanmoins, de ce message insolite la police déduit qu'il ne s'agit pas des pratiques habituelles des voyous du milieu traditionnel. Selon « Amigo », l'un des braqueurs, et contrairement à ce qu'a raconté Spaggiari, la phrase n'avait aucune connotation idéologique.

De nombreux allers-retours et près de trois heures de travail et de trajet dans les égouts sont nécessaires pour sortir tout le butin à la surface avant le lever du jour, lundi . Le niveau est monté dans les égouts et les comparses ont de l'eau jusqu'au cou.

Un 4×4 Land Rover a été placé par un complice sur la berge de la partie couverte du Paillon, espace utilisé comme voie d'entrée et de sortie des égouts. Il est chargé avec les 50 millions de francs du butin qui est partagé dans la journée par les complices dans une villa de l'arrière-pays niçois. Le soir du casse, Albert Spaggiari se réfugie chez sa compagne Emilia De Sacco, qui lui offre le gîte.

Remise en cause Selon plusieurs sources, Albert Spaggiari n'aurait jamais été le cerveau du casse de Nice. En 2007, Thierry Colombié, spécialiste du crime organisé en France et de la French Connection, l'écrit dans Beaux Voyous (Fayard). En 2010, Jacques Cassandri alias « Amigo », un ancien de la French, affirme dans son livre La Vérité sur le casse de Nice, que Spaggiari n'a jamais été le cerveau, et se revendique comme étant celui-ciDenis Trossero, Fred Guilledoux, Romain Luongo, « Exclusif - Le vrai "cerveau" du casse de Nice en garde à vue », La Provence, .. Il écrit : . Ces révélations déclenchent une enquête menée par le juge d'instruction marseillais Charles Duchaine.