vignette|upright=2.0|Situation géographique des sommets de plus dans le Karakoram et l'Himalaya.

Les sommets de plus de d'altitude sont au nombre de quatorze en ne tenant compte que des sommets principaux. Dix sont situés dans le massif de l'Himalaya et quatre dans le Karakoram, partagés entre l'Inde, le Pakistan, le Népal et la Chine. Le premier sommet à avoir été gravi a été l', le , par les alpinistes français Maurice Herzog et Louis Lachenal. Les autres ont tour à tour été gravis pour la première fois dans les années 1950 et au début des années 1960.

Historique Au milieu du , ces hauts sommets restent une terre inconnue pour les Occidentaux qui inventent l'alpinisme dans les Alpes. Il faut attendre le début du siècle suivant pour voir les prémices d'expéditions pour les gravir. L'altitude de est dépassée en 1909 par le duc des Abruzzes. Après la Première Guerre mondiale, c'est le Royaume-Uni avec George Leigh Mallory qui initie une longue série d'ascensions : avant la Seconde Guerre mondiale, une vingtaine de tentatives sont effectuées pour vaincre ces quelques rares .

L'attrait des sommets de plus de est partagé à l'international au . Historiquement, certaines nations ont pu s'attacher à gravir un sommet particulier, voire à s'acharner : l'Everest pour les Britanniques, le Nanga Parbat de façon tragique pour les Allemands surtout dans la première moitié du , l'Annapurna après guerre pour les Français et, dans une moindre mesure, les Américains sur le K2. Le Népal reste fermé jusqu'après la Seconde Guerre mondiale, interdisant l'accès à de nombreux sommets. Lorsque le pays s'ouvre vers 1950 (et que le Tibet annexé par la Chine se referme), huit sommets de plus de deviennent « accessibles », dont trois jamais approchés par les Occidentaux car entièrement situés au Népal, comme le Dhaulagiri ou l'Annapurna. Ce dernier est gravi par Maurice Herzog et Louis Lachenal ce qui va contribuer à populariser ces sommets en France, mais aussi à l'étranger.

Au début du les ascensions sont poussées par une volonté sportive mais aussi, voire surtout, nationaliste ; vers la fin de , l'aspect touristique prend le dessus. L'Everest devient un sommet très fréquenté, trop selon certains alpinistes confirmés. Mais la vente des permis par les autorités népalaises rapporte des millions de dollars tous les ans.

Les quatorze sommets # Sommet Image Altitude (m) Situation Coordonnées Première ascension Premiers grimpeurs Origine de l'expédition 1 Everest (ou Sagarmatha ou Chomolangma) 80px|Everest / Edmund Hillary et Tenzing Norgay. Britannique 2 K2 (ou Mont Godwin-Austen ou Chogori ou Dapsang) 80px|K2 / Le territoire englobant ces sommets (Cachemire) est aussi revendiqué par l'Inde. Achille Compagnoni et Lino Lacedelli . Italienne 3 Kangchenjunga (ou Kanchanfanga) 80px|Kangchendjunga / George Band et Joe Brown. Britannique 4 Lhotse 80px|Lhotse / Fritz Luchsinger et Ernst Reiss. Suisse 5 Makalu (ou Makalufeng) 80px|Makalu / Jean Couzy et Lionel Terray. Française 6 Cho Oyu 80px|Cho Oyu / Joseph Joechler, Pasang Dawa Lama et Herbert Tichy Autrichienne 7 Dhaulagiri (ou Aulagiri) 80px|Dhaulagiri Kurt Diemberger, Peter Diener, Nawang Dorje, Nima Dorje, Ernst Forrer et Albin Schelbert. Suisse 8 Manaslu (ou Kutang) 80px|Manaslu Toshio Imanishi et Gyalzen Norbu. Japonaise 9 Nanga Parbat (ou Diamir) 80px|Nanga Parbat Hermann Buhl. Autrichienne10 Annapurna I (ou Morshiadi) 80px|Annapurna I Louis Lachenal et Maurice Herzog. Française 11 Gasherbrum I (ou K5 ou Hidden Peak) 80px|Hidden Peak / Andrew Kauffman et Peter Schoening. Américaine 12 Broad Peak (ou Falchen Kangri ou K3) 80px|Broad Peak / Hermann Buhl, Kurt Diemberger, Marcus Schmuck et Fritz Wintersteller . Autrichienne 13 Gasherbrum II (ou K4) 80px|Gasherbrum II / Josef Larch, Fritz Moravec et Hans Willenpart. Autrichienne 14 Shishapangma (ou Gosainthan ou Xixabangma) 80px|Shishapangma Dix grimpeurs conduits par Hsu Ching. Chinoise

vignette|centré|upright=3.2|Schéma de comparaison des altitudes des quatorze sommets de plus de huit mille mètres (pointes rouges ou roses) et des sept sommets et sept seconds sommets, plus hauts et deuxièmes plus hauts sommets de chaque continent.

Les sommets secondaires Treize des de plus de sont dits ultra-proéminents, c'est-à-dire que leur proéminence est supérieure à . Le Lhotse n'a lui qu'une proéminence de par rapport au col Sud qui le sépare de l'Everest. Une vingtaine de sommets secondaires de plus de sont également identifiés, avec des proéminences de quelques dizaines de mètres. Seul le sommet central du Broad Peak (), a une proéminence supérieure à (). Quelques-unes de ces pointes sont encore vierges.

Sommet principalSommetAltitudeProéminencePremiers grimpeursDate Everest () Sommet SudMount Everest-South Summit, China/Nepal, peakbagger.com Tom Bourdillon et Charles Evans Épaule Nord-EstSubpeaks, 8000ers.com vierge Pointe Nord-Est III Russell Brice et Harry Taylor Sommet Ouest Dušan Podbevšek et Roman Robas K2 () Sommet Sud-Ouest Eiho Ohtani et Nazir Sabir pointe 8134 (arête sud-ouest) vierge Kangchenjunga () Yalung Kang ou Sommet Ouest Yutaka Ageta et Takao Matsuda Sommet Sud Eugeniusz Chrobak et Wojciech Wróż Sommet central Wojciech Brański, Andrzej Heinrich et Kazimierz Olech Épaule du Yalung Kang vierge Sommet sud-est vierge Lhotse () Lhotse central I Alexei Bolotov, Piotr Kuznetsov, Sergei Timofeev et Evgeni Vinogradski Josef Mayerl et Rolf Walter Lhotse central II ou Lhotse central Est vierge (pointe sur l'arête entre le Lhotse Central I et le Lhotse Shar) Lhotse Pointe Nord III vierge Lhotse Pointe Nord II vierge Lhotse Pointe Nord I vierge Nanga Parbat () Sommet Sud Ueli Bühler Annapurna I () Sommet central ou Udo Böning, Ludwig Greissl et Heinz Oberrauch Sommet Est ou José Manuel Anglada, Emilion Civis, Jorge Pons Broad Peak () Sommet central Kazimierz Głazek, Marek Kęsicki, Janusz Kuliś, Bohdan Nowaczyk et Andrzej Sikorski Shishapangma () Sommet central Makato Hara, Hiro Komamiya, Hirofumi Konishi

Difficultés

Les difficultés particulières pour gravir les sommets de plus de , décrites dans la plupart des ouvrages autobiographiques des himalayistes, sont les suivantes : l'altitude à cause de la pression atmosphérique environ trois fois plus basse à qu'au niveau de la mer, et de la température qui décroît de en moyenne tous les de dénivelé dans la troposphère. La pression est donnée par la formule du nivellement barométrique. La basse pression peut produire le mal aigu des montagnes (MAM). Même sans subir le MAM, chacun voit déjà ses performances considérablement diminuées sous basse pression. De plus, l'organisme ne peut rester longtemps à cause de cela au-dessus de d'altitude sans s'épuiser : en particulier, il se fatigue plus qu'il ne se repose même la nuit à l'abri d'un campement. Pour cette raison, il est difficile d'enchaîner plusieurs ascensions de , et dangereux de passer plus de 24 heures au-delà de cette altitude (dite zone de la mort) surtout sans apport artificiel d'oxygène ; les quantités de neige phénoménales peuvent conduire à des avalanches géantes sur terrain raide. Sur terrain moins raide, il y a accumulation importante de neige puis de glace : les énormes séracs suspendus sont à craindre, tout comme les chutes de glace ; l'isolement (absence de route) empêche les secours classiques, et oblige d'emporter un ou deux mois de ravitaillement et de matériel pour les grimpeurs et les porteurs, plus ou moins nombreux selon le type d'expédition ; les conditions météorologiques inadaptées pendant la mousson, et ne donnant pas souvent des périodes de beau temps suffisamment stables en dehors pour réussir facilement les ascensions. Des vents de , un froid glacial (pouvant conduire à de graves gelures et à l'hypothermie) et des chutes de neige abondantes effaçant rapidement toutes les traces ne sont pas rares. Il y a dix en Himalaya et quatre de plus au nord dans le Karakoram ; Adam Bielecki explique en complément que pour les dix premiers,

Les difficultés ont considérablement diminué depuis les débuts de l'himalayisme en raison de plusieurs facteurs : amélioration du matériel et de la technique alpine (vêtements d'alpinisme, matériel d'escalade…) ; amélioration des transmissions et des prévisions météorologiques, évitant certaines prises de risque ; amélioration des techniques d'acclimatations ; existence de cartographie et de photos-satellite, etc. Les himalayistes ont ainsi pu réussir des ascensions auparavant inenvisageables.

Compétition

Une compétition s'est installée entre les grimpeurs de haut niveau pour celui qui serait le premier à gravir les . C'est finalement l'Italien Reinhold Messner qui a été le premier en 1986. Les concurrents qui ont suivi sont le Polonais Jerzy Kukuczka, et le Suisse Erhard Loretan.

Depuis lors, des dizaines d'alpinistes (dont quelques femmes) ont réussi l'ascension des quatorze « », même si cette performance reste exceptionnelle. Parmi eux, nombre y sont parvenus sans jamais avoir utilisé de bouteille d'oxygène..

Ce classement est toutefois sujet à caution. Au terme d'une vaste enquête, le chroniqueur déclare dans une publication parue le qu'il n'y aurait dans les faits que trois alpinistes qui auraient réellement atteint le point sommital exact des 14 sommets. : Ed Viesturs, Veikka Gustafsson et Nirmal Purja Pun Magar, tous les autres ayant au moins une fois conclu leur ascension sur une antécime ou s'étant arrêté avant d'atteindre le sommet, en particulier sur l'Annapurna I, le Dhaulagiri et le Manaslu.....

L'Espagnole Edurne Pasaban est la première femme alpiniste à avoir gravi les de plus de huit mille mètres, le , en arrivant au sommet du Shishapangma : elle avait commencé cette compétition en 2001Shisha Pangma: Edurne Pasaban summits - completes the 14x800ers. En , la Sud-Coréenne Oh Eun-sun s'était présentée comme la première femme à avoir accompli cet exploitOh Eun-Sun summits Annapurna - becomes the first woman 14x8000er summiteer!. Mais les soupçons sur son ascension du Kangchenjunga, mise en doute par la fédération coréenne d'alpinisme S.Korea rejects woman's world record climbing claim, de surcroît considérée comme « contestée » par la spécialiste de l'himalayisme Elizabeth HawleyMiss Hawley : Je ne prends pas position, ont conduit à ne lui reconnaître, pour le moment, que atteints.

Edurne Pasaban a fait usage à deux reprises d'un apport d'oxygène artificiel (notamment pour l'ascension de l'Everest), alors que le challenge consistant, pour une femme, à boucler les quatorze « » sans assistance respiratoire a été réussi pour la première fois par l'Autrichienne Gerlinde Kaltenbrunner, qui a terminé par l'ascension du K2 le ..

En 2019, six ans après avoir gravi son premier , Nirmal Purja réussit l'enchaînement des quatorze en 189 jours, l'ancien record étant de 7 ans. Ce record est battu par Kristin Harila en 2023 en 3 mois et 1 jour.. À l'inverse, l'Espagnol Òscar Cadiach accomplit son dernier sommet 33 ans après son premier. En moyenne, les alpinistes mettent 14 ans pour faire les 14 ascensions.

En 2024, Nima Rinji Sherpa devient à 18 ans le plus jeune à avoir gravi les 14 sommets.