Redgauntlet : histoire du (en anglais, Redgauntlet. A Tale of the Eighteenth Century) est un roman historique de l'auteur écossais Walter Scott, publié le sous la signature « l'auteur de Waverley ».

Le récit, entièrement fictif, situé en 1766, évoque les derniers soubresauts du jacobitisme après les rébellions de 1715 et 1745 matées dans le sang par la maison de Hanovre. Groupés autour de Charles Édouard Stuart, égarés dans des valeurs désuètes, résolument à contre-courant de la marche de l'Histoire, des nobles conspirent contre .

Scott, homme de loi nourri des Lumières, défend la bourgeoisie. Actif partisan des Hanovres, il voit avec satisfaction la société passer d'un état de civilisation à un autre, plus réaliste. Au temps révolu de la noblesse, nous dit-il, la force primait sur le droit, la justice était confiée à des incompétents. Les hommes de loi issus de la bourgeoisie incarnent le présent. Ils défendent .

Le récit comporte le plus célèbre des contes de Walter Scott, l'histoire de Willie le voyageur.

Genèse Sources

thumb|alt=Peinture d’époque. Portrait, avec perruque , veste garance et cordon bleu sous la veste.|left|upright=1|Charles Édouard Stuart en 1775.

Après Waverley (1814), Le Nain noir (1816) et Rob Roy (1817), Scott s'intéresse une nouvelle fois aux jacobites. Il s'inspire principalement des Political and Literary Anecdotes of His Own Times de l'universitaire jacobite William King (1685-1763) William King, Political and Literary Anecdotes of His Own Times, Londres, Murray, 1818.. Ce livre rapporte le séjour clandestin de Charles Édouard Stuart à Londres en 1750, et les vaines tentatives de ses partisans pour lui faire répudier sa maîtresse, Clementina Walkinshaw « Redgauntlet », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011 (consulté le 26 février 2018)..

Scott peut avoir eu vent des rumeurs de ses visites ultérieures en Grande-Bretagne, en 1761 et en 1763. aurait été informé de celle de 1763. Voulant éviter de faire du prétendant un martyr, il aurait ordonné de ne pas l'inquiéter.

Écriture

Scott a coutume de tenir ses éditeurs et ses amis informés de ses projets de roman et de l'avancement du travail. Étrangement, de à début , il ne souffle mot de Redgauntlet et il aiguille sur de fausses pistes (notamment sur Les Fiancés et Le Talisman qui ne paraîtront qu'en 1825). Cette réserve provient peut-être du fait que Redgauntlet est le plus personnel de ses romans. Le récit contiendrait des références autobiographiques.. : apprentissage du métier d'homme de loi, passion contrariée pour Williamina Belsches, voyage dans le Lake District (dans le Cumberland, au nord-ouest de l'Angleterre) où Scott rencontre sa future épouse « Williamina, Charlotte and Marriage », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 24 octobre 2003 (consulté le 28 février 2018)., déplacement professionnel dans le Dumfries et le Galloway en 1807… Le personnage du jeune Alan Fairford apparaît comme un autoportrait. Le père du jeune homme, Saunders Fairford, ressemble au père de l'auteur. Darsie Latimer semble inspiré de deux condisciples de l'étudiant Walter Scott. Les personnages d’Alan et de Darsie pourraient aussi être deux facettes du propre caractère de Scott Magnús Magnússon, Scotland: The Story of a Nation, Londres, HarperCollins, 2000, 637., à la fois homme de loi réaliste et poète rêveur.

On a donc peu de renseignements sur la genèse de l'œuvre. Le précédent roman, Les Eaux de Saint-Ronan, paraît le « Saint Ronan's Well », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011 (consulté le 22 février 2018).. On suppose que Scott commence à écrire Redgauntlet à ce moment-là, durant les vacances de Noël. Il l'intitule Herries, ou Herris. C'est l'imprimeur et coéditeur Ballantyne qui suggère le titre Redgauntlet. Le livre est terminé le .

Publication

Redgauntlet. A Tale of the Eighteenth Century (Redgauntlet : histoire du ) paraît en trois volumes le sous la signature « l'auteur de Waverley » : à Édimbourg chez Archibald Constable and Co. ; à Londres chez Hurst, Robinson and Co..

Contexte historique thumb|alt=drapeau rouge comportant un carré blanc au centre|left|upright=1|Drapeau jacobite.

Depuis 1707, l’Écosse est unie à l’Angleterre en un royaume de Grande-Bretagne. Les Stuarts ont été chassés du pouvoir. Les rébellions jacobites de 1715 et de 1745 ont été écrasées. Après une sauvage répression, le pardon général a été accordé. L’acte de 1748 a aboli le vasselage et les juridictions héréditairesWalter Scott, Redgauntlet : histoire du , coll. « Motifs », Privat/Le Rocher, 2007, II, 268.. Le jacobitisme est en déclin. Le gouvernement ferme à présent les yeux sur la survivance de quelques proscrits qui n’ont pas obtenu leur grâce.

vignette|alt=Carte localisant Édimbourg, le comté de Dumfries (sud-ouest de l'Écosse), séparé du Cumberland (nord-ouest de l'Angleterre) par un golfe, le Solway Firth.|droite|upright=1|L'action principale prend place de part et d'autre du Solway Firth, qui sépare l'Écosse de l'Angleterre.

Certaines provinces sont mécontentes — principalement de l’administration —, ce qui peut encourager les jacobites à recommencer leurs intrigues. Mais, juge l’un des personnages du roman, les conspirateurs ne rallieront pas les mécontents : n’ont aucun rapport avec leur cause. Et une nouvelle entreprise jacobite serait .

Le , le prétendant Jacques François Stuart meurt à Rome. Un dernier complot pour soutenir le nouveau prétendant, Charles Édouard, est déjoué à Londres, en 1767. C’est l’ultime soubresaut jacobite qu’évoque Walter Scott, à travers une trame totalement fictive qu’il situe en 1766Darsie Latimer, personnage né en 1745, va sur ses . . — De plus, Charles Édouard est présenté comme le prétendant (, disent les jacobites), ce qu’il n’est devenu qu’à la mort de son père, le ..

Dates et lieux du récit

Le récit se déroule en juillet et août 1766, principalement dans le comté de Dumfries (Écosse) et dans le Cumberland (Angleterre), c’est-à-dire , là où les deux nations sont séparées par le Solway Firth, là où trafiquent , et qui échappent aux lois.

Résumé vignette|alt=Golfe à marée basse. En arrière-plan, la côte anglaise.|gauche|upright=1|Le Solway Firth, au sud de Dumfries.

Darsie Latimer, étudiant en droit à Édimbourg, est né en Angleterre, pays vers lequel se tournent tous ses vœux, . Orphelin de mère, il a été conduit en Écosse à l’âge de six ans. Il ignore qui est son père, position affligeante . Son tuteur lui promet une immense fortune, qui lui appartiendra quand il aura . D’ici là, il doit éviter de visiter l’Angleterre, comme d’enquêter sur sa famille.

vignette|alt=Deux cavaliers écossais fuient devant le flot. L'un d'eux a fait monter un jeune homme devant lui sur sa monture.|droite|upright=1|Darsie sauvé et enlevé par Herries.

Alors qu’il fait du tourisme dans le comté de Dumfries, tout près de l’Angleterre, il est enlevé par un personnage mystérieux. Son ami Alan Fairford, apprenant la nouvelle, se lance à son secours.

Après bien des intrigues, Darsie découvre que son ravisseur, Herries de Birrenswork, de son vrai nom sir Hugues Redgauntlet, est son oncle. Darsie fait également la connaissance de sa sœur, Lilias. Il découvre par ailleurs que plusieurs jacobites éminents et le prétendant Charles Édouard Stuart sont réunis dans un cabaret du Cumberland, en Angleterre, dans le but d’organiser une révolte. Hugues Redgauntlet est à l’origine de ce nouveau complot jacobite, et il veut que Darsie, fils de son frère aîné et chef légitime de la famille, le rejoigne.

Lors de la réunion, Hugues Redgauntlet se rend compte que les conspirateurs sont très réticents à se lancer dans l’aventure. Soit prudence légitime, soit prétexte, ils font valoir qu’ils soupçonnent la maîtresse du prétendant d’espionner pour le compte du gouvernement de Londres. Sa présence menace la réussite de l’entreprise. Cette femme doit être renvoyée. Charles Édouard refuse, considérant que ses partisans n’ont pas de condition à mettre à leur ralliement.

Interrompant les discussions, Colin Campbell, lieutenant-général des forces régulières, apparaît soudain. Car le complot a été éventé par le gouvernement. Le roi veut bien pardonner aux conspirateurs, s’ils renoncent à leurs projets.

Charles Édouard repart en exil, tandis que ses partisans, trop heureux de s’en tirer à si bon compte, se dispersent. Hugues Redgauntlet, comprenant que la cause jacobite est définitivement perdue, accompagne Charles Édouard dans son exil. Darsie, qui est resté fidèle à la cause hanovrienne, est présenté à , tandis qu’Alan épouse Lilias.

L’histoire de Willie le voyageur

Le roman est écrit sous des formes variées : correspondance, journal, narration classique, confession du capitaine Nanty Ewart. Un moment très fort est le conte narré par Willie le voyageur. C’est une histoire de fantômes, dont la péripétie la plus impressionnante est la rencontre du grand-père de Willie, Steenie Steenson, avec le fantôme de son propriétaire, Robert Redgauntlet (l’arrière-grand-père de Darsie). Tous les événements surnaturels ont certes des explications raisonnables. Mais Willie les rejette avec véhémence. L’histoire de Willie le voyageur est le plus célèbre des contes de Walter Scott. Il est considéré de nos jours comme une des toutes meilleurs histoires courtes.

Personnages

Le livre compte quelque 120 personnages. Darsie Latimer approche de ses . Protestant, il n’est . Hanovrien, il aime cependant à entendre les histoires des Highlanders sur les temps de trouble. Il montre peu d’inclination pour la carrière d’homme de loi. Paresseux, de caractère instable, mais d’humeur joviale, agréable compagnon, espiègle, extravagant. Peu de solidité, inconstant, étourdi. Bon et généreux. , selon le père d’Alan. Une envie désordonnée de courir après les aventures et les situations romanesques. Se laisse entraîner, sans réfléchir, par le premier venu. Alan Fairford de Clinkdollar, écuyer-avocat, ami de Darsie. Ses qualités sont moins vives et moins brillantes que celles de son ami. Plus réaliste et plus solide que Darsie. Sérieux, solennel et grave. Rigide et réservé. , de son propre aveu. , selon Herries. Prudent, énergique, sensé, généreux, ferme, calme. Il est privé du patronage personnel dont jouissent les jeunes aristocrates, protégés par les alliances de leurs familles. Il sait donc qu’il lui faut acquérir par de longs efforts les avantages que possèdent les autres . Mais, dans une situation dramatique, il n’hésite pas une seconde à faire passer l’amitié avant sa carrière. Saunders (Alexandre) Fairford, père d’Alan, writer to the signetWriter to his majesty’s signet ou writer-signet : « écrivain du sceau de sa majesté », sorte de procureur ou d’avoué à la cour de justice, à Édimbourg. Équivalent du procureur du roi dans la France de l’Ancien Régime. Il a plus de privilèges que le simple writer (avoué en première instance). L’advocat plaide seulement. Albert Montémont, dans .. Whig, hanovrien et presbytérien. Il a combattu du côté hanovrien lors de la rébellion jacobite de 1745. Cependant, il a des clients et des relations d’affaires dans les familles des deux partis. Aussi adopte-t-il un compromis de langage pour satisfaire tout le monde : d’une personne mêlée à de 1745, il dit qu’elle s’est « absentée » à une certaine époque. William Crosbie, prévôt de Dumfries. Prétend avoir porté les armes contre les jacobites. Affirme abhorrer le papisme et tenir à l’Église réformée. Magnifiques et nombreuses déclarations de zèle pour les principes de la Glorieuse Révolution. Prononce de beaux discours contre le prétendant, ainsi qu’en faveur du roi George et du gouvernement établi. Mais ses ennemis affirment qu’il n’oserait rien avancer de tout cela dans la chambre à coucher conjugale. Prudent, il ne tient pas à mécontenter les jacobites. Nul n’ayant jamais pu découvrir s’il est whig ou tory, il a été nommé trois fois prévôt.