Rob-Roy (Rob Roy, en édition de langue anglaise) est un roman historique de l'auteur écossais Walter Scott. Il paraît en 1817 sous la signature « l'auteur de Waverley, Guy Mannering et L'Antiquaire ».
C’est une œuvre réaliste où l’activité économique joue un rôle important. Voulant sauver l'entreprise familiale de la ruine, un jeune Londonien se rend dans une Écosse en proie à la crise qui précède la rébellion jacobite de 1715. Sa recherche d'un cousin scélérat lui fait croiser la route du hors-la-loi Robert MacGregor, dit Rob-Roy, lié aux jacobites, et qui a lui aussi un compte à régler avec ce cousin.
Le livre est un des plus grands succès de Scott.
Genèse
À la fin de l'année 1816, Scott s'est écarté de son éditeur écossais Constable en publiant la première série des Contes de mon hôte (Le Nain noir et Les Puritains d'Écosse) chez le londonien Murray et son correspondant d'Édimbourg Blackwood. Il a pour la circonstance changé de nom de plume, renonçant à « l'auteur de Waverley » pour devenir Jedediah Cleishbotham.
Au début de l'année 1817, il publie Harold l'Intrépide, son dernier long poème. Mais sa gloire de poète est maintenant éclipsée par le phénoménal succès de ses romans, et il va se consacrer essentiellement à la prose « Scott the Novelist », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 23 janvier 2007.. Mécontent de Blackwood, il décide de confier son sixième roman Rob-Roy à Constable, en reprenant la signature « l'auteur de Waverley » « Rob Roy », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 19 décembre 2011..
En juillet, il part en repérage, visitant sur la rive orientale du Loch Lomond la caverne de Rob Roy et Glen Falloch « Glen Falloch », sur images.is.ed.ac.uk.. Il visite aussi la cathédrale de Glasgow.
Il commence à écrire en août. Son travail est retardé par des accès de violente souffrance (probablement des calculs biliaires) qu'il s'efforce de soulager par la diète, par la saignée et par de fortes prises de laudanum.. Il ne termine son roman que début décembre.
Publication
Rob Roy paraît en trois volumes le , sous la signature « the Author of Waverley, Guy Mannering, and The Antiquary » : à Édimbourg, chez Archibald Constable and Co ; à Londres, chez Longman, Hurst, Rees, Orme, and Brown.
En 1831, dans l'édition Magnum Opus, Scott fait précéder le roman d'une introduction de consacrée à celui qui donne son nom au livre, le hors-la-loi Robert MacGregor, dit Rob Roy. Il y fait le partage entre Histoire et légendeDes extraits de cette introduction figurent dans le dossier critique de Rob-Roy, in ; et dans Walter Scott, Rob-Roy, sur ebooksgratuits.org, 6-34..
Époque et lieux du roman thumb|alt=|left|upright=1|Localisation du district de Stirling, où se trouve « le pays de Rob Roy ».
Le récit se déroule en 1715. Le jeune héros se trouve d'abord à Bordeaux, puis à Londres. Il est exilé par son père dans les monts Cheviot, au nord du Northumberland, à la frontière de l'Écosse. Il se rend ensuite dans l'est de l'Écosse, à Glasgow, la capitale économique.
« Le pays de Rob Roy »
Il part en expédition aux confins des Highlands, dans le district de Stirling, où se trouve « le pays de Rob Roy » que Scott décrit comme . Deux épisodes se passent dans le clachan (hameau) d'Aberfoyle (Aberfoil, dans le roman). L'attaque de Helen Campbell a lieu sur les bords du Loch Ard. C'est en traversant le Forth que Rob Roy s'évade.
Cadre historique
En 1707, l’acte d’Union met fin à l’indépendance de l’Écosse, et donne naissance à la Grande-Bretagne. En 1714, le protestant George de Hanovre accède au trône. En Écosse, surtout dans le nord, les rancœurs nationalistes et le changement de dynastie créent une situation explosive. Depuis l’acte d’Union, les impôts augmentent, les alcools sont taxés, tandis que l’ouverture du commerce écossais au marché américain se fait attendre. Dans le nord, les populations sont trop nombreuses pour des ressources trop maigres, tandis que le sud est actif et moderne. Aux querelles entre jacobites et hanovriens s’ajoutent les haines entre Highlanders et Lowlanders, et se mêlent des discordes héréditaires dont les causes sont inexplicables.
Depuis 1689, les souverains achetaient le calme en accordant des pensions aux chefs de clans — permettant à ceux-ci de subvenir aux besoins des affamés. Mais depuis l’avènement du roi George, ces pensions ne sont plus versées. Les chefs ne peuvent plus soutenir leurs clans.
La crise personnelle que traverse le narrateur vient en contrepoint de la crise historique précédant la rébellion jacobite de 1715. C’est la crise qui intéresse Scott, plus que son dénouement. C’est elle qui fournit le sujet du livre. La rébellion et son écrasement ne sont que rapidement évoqués dans les dernières pages.
Résumé Dans les monts Cheviot
En 1715, Frank Osbaldistone refuse de se destiner au commerce et à la succession de son père, riche négociant londonien. Le jeune homme est alors déshérité au profit de Rashleigh, un cousin qu'il ne connaît pas. Il est de plus exilé dans la famille de ce dernier, à Osbaldistone Hall, dans les monts Cheviot.
Créatures frustes partageant leur temps entre chasse et orgies, son oncle et ses cousins perpétuent la tradition aristocratique de la famille. Seul Rashleigh est fin, cultivé, très capable, mais il est également un sordide et jaloux intrigant. L’amertume du séjour est atténuée par la présence de la lumineuse Diana Vernon, amazone au franc-parler sidérant.
Injustement accusé d’avoir détroussé un agent du gouvernement, Frank est tiré d’affaire par l’intervention d’un certain Robert Campbell.
Frank s’interroge sur l’atmosphère de mystère qui entoure la si franche Diana, sur les liens troubles qu’elle entretient avec le révulsant Rashleigh et avec un inconnu fantomatique dont on sent la présence dans le château.
Rashleigh s’en va prendre à Londres la place de Frank. Les rênes de l’affaire lui sont confiés temporairement. Il en profite pour soustraire des effets de la caisse, mettant en péril la maison Osbaldistone et Tresham. Il s’enfuit en Écosse.
À Glasgow thumb|alt=vue d’une crypte|right|upright=1|La crypte de la cathédrale de Glasgow, où Frank est approché par Rob-Roy.
Alerté, Frank se rend à son tour en Écosse, à Glasgow, pour y rejoindre Owen, le premier commis de son père, qui tente de sauver la situation. C’est Robert Campbell qui permet à Frank de retrouver le commis : le malheureux a été jeté en prison par des créanciers locaux. Il n’est délivré que par l’intercession d’un plus humain et plus avisé partenaire, le bailli Nicol Jarvie.
Frank retrouve également Rashleigh, avec qui il se bat en duel. Les choses vont mal tourner pour Rashleigh, lorsque le bras de Frank est arrêté par Robert Campbell, toujours lui. Ce Campbell est en réalité Robert MacGregor, dit Rob-Roy, marchand de bestiaux ruiné, devenu chef de hors-la-loi.
Au pays de Rob-Roy
Frank, accompagné de son domestique et de Nicol Jarvie, se rend aux confins des Highlands pour tenter de remettre la main sur les effets dérobés à son père. Mais, dans l’auberge d’Aberfoil, à la suite d'une méprise, tous trois sont arrêtés et emmenés par les « habits rouges ». Sur les bords du loch Ard, la petite troupe tombe dans une embuscade tendue par des femmes, des vieillards et des enfants conduits par Helen Campbell, la farouche épouse de Rob-Roy.
L’implacable Helen se propose d’exécuter les quelques soldats survivants, ainsi que leurs trois prisonniers. Le sauvage supplice du douanier Morris leur donne un avant-goût de ce qui les attend. Mais Helen apprend que, sur trahison de Rashleigh, son mari a été capturé (Rashleigh, conspirateur jacobite, a trahi les jacobites à grande échelle). Alors, accordant un sursis à Frank, elle le charge de porter un message lourd de menaces aux geôliers de Rob, lequel doit être pendu le lendemain.
Mettant à profit la traversée du gué d’Avondow, Rob-Roy s’enfuit à la nage. Frank, soupçonné de l’avoir aidé, préfère s’éclipser. Il se retrouve de nuit, à pied, sur la route d’Aberfoil. Il a la surprise d’y rencontrer deux cavaliers. L’un d’eux est Diana Vernon, qui lui remet les effets dérobés par Rashleigh. L’autre est un inconnu, ce qui suscite la jalousie de Frank. Les deux cavaliers poursuivent leur chemin.
La rébellion
À Glasgow, Frank retrouve son père et Owen. Tous trois regagnent précipitamment Londres, car la rébellion se déclenche. Frank part combattre dans les troupes gouvernementales du général Carpenter.
La rébellion écrasée, Frank apprend la mort de son oncle et de cinq de ses cousins. Il hérite d’Olsbadistone Hall, car son oncle l’a couché sur son testament — n’accordant qu’un shilling à Rashleigh, en raison de sa traîtrise. Frank découvre que Diana et son conspirateur de père se cachent dans le château. Rashleigh les fait arrêter tous les trois, mais Rob-Roy et ses Highlanders interviennent et Rob-Roy tue Rashleigh. Le père de Diana a mal supporté toutes ces aventures. Il va mourir. Frank va donc pouvoir arracher Diana au couvent auquel ce père s’obstinait à la promettre.
Personnages thumb|alt=statue colorée, à flanc de montagne, dans la verdure|right|upright=1|Statue de Rob Roy.
Francis (Frank) Osbaldistone, le narrateur anglais, vingt-deux ans. Il n’a rien du fade et irrésolu Waverley. Orgueilleux, obstiné, parfois emporté, Frank sait ce qu’il veut. Presbytérien et hanovrien, il aime certes une jeune fille catholique et jacobite, il n’est certes pas dénué de compassion pour les insurgés, il veille certes à la sûreté de ceux qui lui demandent asile, mais il n’embrasse pas leur cause pour autant. Partisan décidé du gouvernement, il reste fidèle à sa religion et au roi George, se portant volontaire pour combattre l’insurrection. William Osbaldistone, père de Francis, aristocrate du Northumberland, déshérité et chassé par son propre père pour avoir choisi la voie du commerce. Habile, hardi, entreprenant, imaginatif, énergique, il est devenu un riche négociant de Crane Alley, à Londres. Joseph Owen, premier commis de la maison Osbaldistone et Tresham. Grave et sérieux, un petit air d’importance où perce la bonté. S’exprime en termes comptables dans la conversation courante. Morris, jaugeur sur le port de Geenock, à l’embouchure de la Clyde. Poltron. Robert MacGregor, alias Robert Campbell, alias Rob-Roy (Robert le Roux), figure historique. Highlander, marchand de bestiaux ruiné. Devenu chef de bande, il rackette les éleveurs des Lowlands. Il a partie liée avec les jacobites, mais il est surtout : les grands se méfient de lui, et il se méfie des grands. N’étant pas cruel de nature, il évite les exactions qui pourraient lui attirer des haines inutiles. Il fait souvent preuve de clémence et de générosité, ce qui lui vaut une réputation de Robin des Bois. Diana Vernon, dix-huit ans, de père anglais et de mère écossaise, nièce de sir Hildebrand Osbaldistone. Catholique. Enjouée, fine, simple. Élevée comme un garçon parmi ses rustres de cousins, elle a développé une étonnante personnalité faite d’indépendance d’allure, de vivacité d’esprit et de solide franchise. Elle est néanmoins entourée de mystère, car c’est une conspiratrice jacobite. Par ailleurs, un arrangement de famille l’oblige ou à entrer au couvent ou à épouser un Osbaldistone — Thorncliff ayant été désigné par sir Hildebrand. Sir Hildebrand Osbaldistone, chasseur enragé, grand mangeur et grand buveur. Catholique. Frère cadet du père de Frank, il a hérité du titre et du domaine lorsque son aîné a été chassé. Malgré la brusquerie de ses manières, en dépit de son ton rustique et grossier, il n’a pas mauvais fond. Thorncliff Osbaldistone, fils de sir Hildebrand. Campagnard sans la moindre éducation. Brusque, ombrageux et querelleur. Il est destiné à épouser Diana, qu’il n’aime pas mais qu’il considère comme sa propriété. Aussi est-il jaloux de la faveur de Frank auprès de la jeune fille.