Le cinéma fantastique est un genre cinématographique regroupant des films faisant appel au surnaturel, à l'horreur, à l'insolite ou aux monstres. L’intrigue se fonde sur des éléments irrationnels, ou irréalistes. Le genre se caractérise par sa grande diversité : il regroupe des œuvres inspirées du merveilleux, des films d'horreur faisant appel à l'épouvante, au cauchemar, à la folie. Bien que représentant un genre à part entière, le cinéma de science-fiction se rattache au fantastique en mettant en scène des faits considérés comme impossibles, et qui s'accompagnent pour certains d'entre eux, d'horreur et d'épouvante (Alien de Ridley Scott, The Thing de John Carpenter). Le cinéma fantastique tire son origine de la littérature du même genre, et commence par adapter les œuvres classiques comme Frankenstein ou le Prométhée moderne ou Dracula.
L'histoire du cinéma fantastique se découpe en plusieurs périodes : à commencer, durant le cinéma muet, par les films de Georges Méliès, précurseur du genre, et l’expressionnisme allemand. La période du cinéma parlant voit l’essor du fantastique hollywoodien des années 1930 et 1940. Les années 1950 sont marquées par l'apparition de mutants post-atomiques et d'extra-terrestres, tandis que les années 1960 voient la domination du genre gothique marqué par les films britanniques de la Hammer Film Productions. Dans les années 1970 et 1980 le réalisme fantastique, et le cinéma gore s'imposent dans le genre, et à partir des années 2000 ce sont les blockbusters en images de synthèse.
Définitions et délimitations Le fantastique se définit par rapport à l'irrationnel et à l'anormalité. Pierre-Georges Castex écrit dans Le Conte fantastique en France (1951) que c'est . Cette intrusion se fait toujours dans un environnement donné pour réel, dont l'irruption d'un élément anormal fait contraste et justifie son caractère fantastique, sans pour autant que l'élément en question appartienne au surnaturel. Il peut être simplement monstrueux comme la créature de Frankenstein, ou inexpliqué comme une attaque de mouettes dans le film Les Oiseaux d'Hitchcock. Le fantastique ne se définit pas selon un contexte particulier, un récit fantastique peut concerner n'importe quelle époque, et se dérouler dans un lieu réel ou imaginaire mais dont la dimension est cohérente.
Les frontières du fantastique au cinéma sont floues et poreuses. Le genre avoisine avec le merveilleux, la fantasy, la science-fiction et l'horreur, et n'existe pas dans la liste des genres cinématographiques hollywoodiens, qui lui substitue le genre (cinéma d'horreur). Dans un article publié en dans L'Écran fantastique intitulé « Tentative de définition du fantastique », Jean-Claude Romer comprend le genre dans six catégories : le fantastique stricto sensu, qui est rattaché au folklore et à la tradition, autour des légendes, des fantômes, des vampires, des loups-garous et des sorcières. Selon sa définition ; la science-fiction, qui concerne autant Frankenstein, que RoboCop autour de thèmes en rapport avec ; l'anticipation, qu'il distingue de la science-fiction car tout en se situant dans un monde futur, les phénomènes sont et concerne des films comme Rollerball, ou Mad Max; l'insolite avec des films comme la Monstrueuse Parade, ou Elephant Man sur l'irruption de la bizarrerie dans un monde réel; l'épouvante basée sur des phénomènes en rapport avec la peur et comprenant des films comme Psychose ou Rosemary's Baby; et le merveilleux qui appartient au domaine des contes de fées, de la fantaisie et de la mythologie, avec des films comme La Belle et la Bête, ou Le Choc des Titans.
Fantastique et science-fiction La science-fiction, quoique partageant des frontières communes, et des thèmes comparables autour de l'extra-terrestre qui, comme le monstre, s'introduit dans un monde réel, ou sur des mutations et transformations dues à des expériences scientifiques auxquelles se rattachent aussi l'histoire du docteur Jekyll ou de l'homme invisible, représente cependant pour Frank Henry un genre spécifique. Pour Michel Chion, la caractéristique fondamentale de la science-fiction est liée à l'emploi de machines et de procédés créés par un savoir scientifique, donnant un caractère rationnel à ce qui serait présenté comme miraculeux dans le fantastique.
Pour Gérard Lenne par contre, la science-fiction est un « conglomérat hétéroclite » constitué de fusées, de robots ou de martiens, et n'est pas une catégorie cohérente. La science-fiction est fantastique, car elle est conçue sur le même schéma : un danger inconnu qui menace l'homme. Les éléments scientifiques sont liés à un dérèglement, une folie. Elle reprend en les transformant les mythes du fantastique et du merveilleux, comme l'envahisseur venu d'un autre monde qui n'est que l'avatar d'un autre type d'envahisseur nocturne, le vampire, ou le Keija popularisé par Godzilla, extension futuriste du thème de la bête géante, dont King Kong est le modèle originel, associé au mythe du dragon oriental. Pour autant Lenne n'englobe pas toute la science-fiction dans le fantastique, car une partie liée à la littérature ancienne, représentée par Jules Verne, concerne plus le genre de l'aventure.
Fantastique et horreur
L'horreur ou l'épouvante, est basée sur la peur ou la répulsion ressentie par le spectateur, elle ne nécessite pas forcément le recours à l'irrationnel ou à l'anormalité. Frank Henry prend comme exemple le final sanglant de Taxi Driver film n'appartenant pas au genre du fantastique. Selon Éric Dufour dans son ouvrage Le cinéma d'horreur et ses figures, ce qui distingue le fantastique de l'horreur tient à la structure narrative des films. Le fantastique en tant que genre du cinéma traditionnel, fait progresser l'action de sorte que la situation initiale du récit est modifiée par l'action des personnages. Alors que dans le film d'horreur la situation du récit ne se modifie pas en dépit de l'intervention des protagonistes. Les événements demeurent bloqués et donnent une impression de répétition du fait que la situation ne connaît aucune progression narrative entre le début et la fin ; l'horreur est . Ainsi Dufour exclut du genre de l'horreur les films expressionnistes et les horror movies hollywoodiens, car ils entrent nettement dans une structure narrative classique du cinéma traditionnel.
L'autre critère qui distingue les deux genres, vient de la manière dont les films se concluent. Dufour se basant sur Lenne, définit le fantastique comme un combat de l'ordre contre un désordre, dans le fantastique la fin ne peut aboutir qu'à une victoire du premier contre le second, il se finit bien, là où un film d'horreur lui, ne se finit pas. L'auteur compare les deux fins de La Chose d'un autre monde de Christian Nyby et de son remake The Thing par John Carpenter : le premier appartient au genre fantastique par l'élimination de la chose et le retour à l'ordre selon le schéma du mal vaincu par le bien, tandis que la conclusion du remake est ouverte, le spectateur ne sait pas à la fin du film si la chose, qui assimile ses victimes en prenant leurs apparences, a été définitivement éliminée, ou si, des deux survivants, l'un ou l'autre n'a pas été contaminé; ce qui en fait un film d'horreur. Le film d'horreur se différencie du fantastique par son refus de toute finalité.
À la suite de Philippe Rouyer qui, dans son ouvrage sur le cinéma gore, fait naître le genre avec Blood Feast, Dufour ajoute Psychose d'Hitchcock qui représente la première référence du cinéma d'horreur, en exposant certaines des caractéristiques fondamentales du genre.
Fantastique et merveilleux Le merveilleux qui appartient au monde de l'enfance et de la féerie, est différent du fantastique, car pour Franck Henry, dans un monde irréel l'extraordinaire constitue la norme, il n'y a donc pas intrusion d'éléments anormaux qui justifieraient le fantastique. Gérard Lenne aussi, exclut le merveilleux du fantastique, et même l'y oppose sur plusieurs points. Il appartient au cadre exclusif de l'imaginaire et ne rencontre pas le réel. Au cinéma, le merveilleux s'exprime pleinement dans les dessins animés de Walt Disney ou les marionnettes animées de Jiří Trnka, et a plus de mal à convaincre en prise de vues réelles, comme dans Le Magicien d'Oz. Le merveilleux peut être considéré comme . Les premiers réalisateurs du fantastique ont d'abord puisé leur inspirations dans la matière du féérique pour réaliser les premiers films du genre, à commencer par Méliès. Plusieurs thèmes et figures sont à la confluence des deux genres, comme les fantômes ou les spectres, ou encore le mythe de Faust.
Histoire Les précurseurs du muet vignette|Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès (1902). Le cinéma fantastique tire ses premières inspirations de la littérature fantastique. La naissance du cinéma en 1895 coïncide avec la publication des romans fantastiques de la fin du . En fait, à part Mary Shelley et Edgar Allan Poe, les principaux auteurs adaptés au début du cinéma sont tardifs comme Robert-Louis Stevenson, Bram Stoker ou H. G. Wells, dont les romans paraissent entre 1886 et 1897. Le premier réalisateur à aborder le fantastique au cinéma est Georges Méliès, qui est aussi un précurseur des effets spéciaux.. Son Voyage dans la lune constitue le premier essai de film de science-fiction. Il est aussi le premier a réaliser un film sur le thème du vampirisme avec le Manoir du diable en 1896. Aux États-Unis le cinéma fantastique fait son apparition en 1908 avec Jekyll and Mr. Hyde première adaptation du roman de Robert Louis Stevenson, et en 1910 celle du Frankenstein de Mary Shelley réalisé par J. Searle Dawley, viennent ensuite The Vampire Dancer d'Ingvald C. Oes de 1912 et The Vampire tourné l'année suivante par Robert G. Vignola, premiers films américains de vampires. Le prolifique Louis Feuillade tourne en 1915 la série Les Vampires avec Musidora, qui inspira les surréalistes.
L'expressionnisme allemand
vignette|redresse|gauche|Affiche du film Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene (1920). Après la première guerre mondiale, l'expressionnisme allemand fait du fantastique un genre à part entière dans le cinéma. Les cinéastes développent une esthétique particulière représentée par des climats angoissants, dans un contexte marqué par les traumatismes de la première guerre mondiale, les crises et dépressions économiques durant la République de Weimar, et la montée du nazisme. Le film précurseur du mouvement est l'Étudiant de Prague de Stellan Rye et Paul Wegener réalisé en 1913.
Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene est le premier film marquant qui jette les bases de ce style, par son histoire angoissante, les maquillages et gestes outranciers des personnages, les décors géométriques aux perspectives déformées et les forts contrastes d'ombres et de lumières. Il donnera le terme « caligarisme » pour désigner les films se conformant strictement à cette esthétique. Autre film marquant, Nosferatu le vampire que Murnau tourne en 1922, et qui représente la première adaptation du roman de Bram Stoker Dracula. Cette version non autorisée, que Murnau réalisa sans obtenir les droits du roman, faillit être totalement détruite après un procès pour plagiat intenté par l'épouse de Bram Stoker. À la différence du film de Wiene, Nosferatu fut filmé entièrement en décors naturels à Wismar, Lübeck et Rostock.